| n° 18782 | Fiche technique | 22977 caractères | 22977Temps de lecture estimé : 13 mn | 15/01/19 corrigé 06/06/21 |
| Résumé: Le rideau tombe sur un dernier acte qui ramène tellement de souvenirs. Et les choses se montrent donc sous leur vrai visage... parfois il faut toute une vie pour apprendre que l'on est passé à côté du plus beau, du meilleur aussi ! | ||||
| Critères: amour confession nostalgie -regrets | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Journal d'une catin Chapitre 12 / 12 | FIN de la série |
Résumé épisode XI : « Temps de Paix »
Les retrouvailles avec une vieille amie pas forcément agréables, puis les mois plus calmes avec leurs vieux démons qui refont surface.
(Voir les résumés des premiers épisodes en fin de récit.)
Gabriel était venu un vendredi après-midi. Son costume bien taillé lui donnait une prestance remarquable. Nous avions discuté longuement et tout naturellement sa main était venue chercher « involontairement » la mienne. Celle-ci n’avait pas fui les doigts fins qui caressaient depuis un bon moment déjà la peau découverte. Puis machinalement sans vraiment que j’esquisse le moindre geste pour la stopper dans son élan, cette menotte longeait mon avant-bras. Câline, aventurière en vadrouille sur le textile qui me couvrait toujours la peau par la présence des manches de mon corsage. Depuis quelques minutes, il n’avait plus de sage que le nom. Et je me sentais d’humeur… guillerette.
Après cette montée doucereuse, tout se trouvait un peu plus confus dans mon esprit. Lequel de nos deux visages s’était suffisamment approché pour que nos souffles se mélangent ? Je n’en gardais aucun souvenir très net. Mais je me souvenais par ailleurs de nos bouches qui se plaquaient l’une à l’autre, avant de s’entrouvrir dans ce que sur l’instant, j’appréciai à sa juste valeur. La langue amie qui folâtrait dans mon palais entraînait avec elle une sorte de frénésie incompréhensible. C’était donc sans heurts que les mains masculines cavalaient sur les pistes inédites d’endroits que bien peu de personnes avaient vus.
Les lèvres douces au-dessus desquelles, les poils soyeux de la fine moustache devenaient de délicieuses complices de l’agitation manuelle de Gabriel. Tous ces mouvements tendaient à m’emporter sur une pente d’où je ne sortirais plus que femme accomplie. Malgré mes craintes, mes appréhensions, tout me donnait une chair de poule inouïe. Il me semblait que le temps s’arrêtait alors que sans fébrilité apparente, je dégrafai la ceinture du pantalon du Monsieur. Et lorsque dans ma main une bête souple et bien chaude vint se frotter, je crois que je me savais cette fois perdue.
Peu m’importait puisqu’après tout, Geneviève avait tout manigancé pour que ce soit celui-là qui me prenne cette virginité qui avait si longtemps résisté aux assauts des mâles que j’avais rencontrés. Donc lorsque d’une main douce, mais ferme il me fit ployer la tête, je savais que ce qui allait entrer dans ma bouche était aussi dur que du bois. Les yeux clos, je me surpris à aimer cette tétée insolite. Et, à ma plus grande surprise, que Gabriel soupire ne pouvait que me rassurer. Nous jouâmes des heures entières, enfin je crois que ça avait duré des heures, mais aujourd’hui, je n’en suis plus aussi certaine.
Et quand enfin, la hallebarde vint se nicher au plus profond de moi, la douleur que j’attendais n’avait rien de commun avec ce que mes craintes me laissaient imaginer. Dès les premiers voyages du bassin de Gabriel pour pousser au plus profond de moi son sexe, je haletais, mais bien de plaisir. Et je suis totalement sûre que la seconde fois, c’était mon désir qui primait sur celui de mon désormais amant. Je réclamais en râlant une possession plus vigoureuse encore que cette première entrée en matière qui m’avait émue aux larmes.
C’était donc sans remords que, sur mon lit avec ce type, ami de Gertrude et Geneviève, je devenais une vraie femme. Sans aucune arrière-pensée, je me devais de songer que j’avais été bien bête d’attendre tant de temps pour connaître une pareille félicité. Et gourmande, je lui faisais comprendre que ce n’était qu’un hors-d’œuvre ce qui venait de se passer. Gabriel se montra aussi talentueux en professeur de sexe que dans son travail d’orfèvre. Pour mon plus sincère bonheur, il prenait son temps, ne s’impatientant jamais et revenant mille fois sur des endroits qu’il savait me faire hurler.
Je goûtai même à cette semence qui me paraissait intarissable chez cet homme. Et je bus le calice jusqu’à la lie avec presque un orgasme rien que de penser à ce qui allait me jaillir dans le gosier. Je ne savais rien avant, du goût de cette liqueur qu’il me distribuait généreusement. Par contre, je crois que j’ai adoré celle-là dès la première goutte et chez tous mes amants, j’ai toujours aimé les garder jusqu’à leur crachat. Après cette longue nuit, il est revenu souvent me visiter. Mais, je n’ai avec lui en tout cas, jamais retrouvé la magie de l’instant où, de demoiselle, j’étais passée à femme.
Le lendemain matin, Gertrude en compagnie de Geneviève sonnait à ma porte. Et devant ces deux amies, nous prenions un petit déjeuner copieux, Gabriel et moi. Elles ne pouvaient donc plus ignorer qu’il avait passé la nuit dans mon appartement. Donc il leur était facile de conclure que ma virginité avait pris le large. Pourtant je suis presque certaine que Madame était déjà au courant.
Avec tous ces sous-entendus, il avait pris congé de nous trois. Et les deux vieilles dames m’avaient alors bombardée de questions :
Sous la charge qu’elle venait de recevoir, Madame n’avait pas insisté. Comprenant mon désappointement elle n’avait pas surenchéri. Quant à Gertrude, elle ne se mouillerait pas, ne cherchant aucun affrontement avec moi. Elle gardait un sourire aux lèvres, comme si ce que je venais de subir lui rappelait des souvenirs. Elle aussi, tout comme Geneviève du reste, avait bien eu également une défloration en son temps. Et personne n’en mourait de faire l’amour, même si c’était dans mon cas, un peu téléguidé et commandé par notre bonne mère maquerelle.
— xxxXXxxx —
Pendant des années, d’autres lundis furent réservés, tout comme chaque jour de la semaine. Mais j’ai tenu à garder pour moi les dimanches, jour du Seigneur. Celui-ci s’est souvent trouvé partagé entre ceux pour qui mon cœur balançait. Le premier à avoir eu droit à mes faveurs dominicales avait pour prénom Paul. Il était peintre. Je lui devais bien ce petit sacrifice, cette entorse aux bonnes résolutions prises envers Geneviève. Et si elle le sut, elle n’en fit nulle remarque. Puis quantité d’autres se renouvelaient dans mes draps de soie, pour une heure parfois, ou pour des mois entiers.
Aucun cependant n’eut le droit de vivre dans mon intimité plus que le temps d’une nuit. Pas question de loger un homme chez moi. Ensuite, de Montmartre, je suis passée au centre de Paris. J’ai toujours vécu avec la plus grande discrétion et personne ne m’a vraiment fait de mal. Si d’aventure l’un ou l’autre eut aimé s’attacher davantage à moi, je les ai tous éconduits toujours gentiment, ces doux passagers de mes nuits.
J’ai revu Adèle une fois ! En 54, aux galeries Lafayette. Elle traînait un trio de garçons turbulents derrière ses jupons. Je n’ai jamais su si elle m’avait reconnue. J’ai vu de loin cette femme accomplie qui faisait son shopping dans le rayon enfants du grand magasin. Elle avait l’air heureuse et un petit pincement au cœur m’avait alors assailli. Moi, des marmots, je n’en avais, n’en aurais sans doute jamais. Geneviève et Gertrude étaient parties vers « un monde meilleur » à quatre mois d’intervalle, emportées par une méchante grippe.
J’ai donné beaucoup d’amour à tellement d’hommes et pas un seul n’a traversé mon ciel plus loin que celui de mon lit. Parfois, en souriant je repense à ces années et je me dis que si Armand avait été différent avec moi… mais inutile de revenir sur le passé. J’ai beaucoup aimé, me suis vautrée dans d’innombrables bras, pour vivre une vie facile. Mais qu’en reste-t-il de ces instants où la chaleur d’un corps ne faisant que passer s’évanouissait dans une rue, me laissant vide d’une autre forme d’amour ?
J’ai de l’argent, une belle maison, une belle voiture, et les gens souvent m’envient. Eh bien, je me dois de leur dire que le bonheur ne se découvre pas au creux des draps avec mille et une bites à caresser. Une seule devrait suffire, si elle est bien choisie. Une unique queue, pourvu que l’homme qui l’accompagne soit un amour et qu’il partage tout avec vous. J’ai dispensé du sexe, pas de l’amour et c’est là la seule différence. Mais c’est l’existence que j’ai voulue et personne n’a forcé mes choix.
Et Geneviève me direz-vous ? Si j’avais dit non, aurait-elle eu une autre possibilité que de renoncer à me faire faire ce que je ne voulais pas faire ? Il me faut tout de même faire une dernière chose avant que j’aille rejoindre toutes mes chères disparues. Je voudrais me rabibocher avec Adèle avant qu’il ne soit vraiment trop tard pour cela. Puis, vous savez quoi ? J’ai aussi engagé un détective pour rechercher Peter… cet officier allemand qui nous a séparés, mon amie et moi.
Peut-être que si je parvenais à le revoir, ma chère, très chère Adèle comprendrait que je n’ai jamais voulu nuire à quiconque. Et puis, je suis certaine que même très âgé, il doit bien se souvenir de nos voyages en voiture blindée… je garde bien à l’esprit l’image de ses doigts courant sur un piano pour interpréter Mozart… Pourquoi m’aurait-il, lui, perdue dans sa mémoire ? Je sais… je radote, deviens une vieille folle sénile… mais les ans pèsent aussi sur mes épaules.
— xxxXXxxx —
Les cloches sonnent à toute volée. Un jeune Président nous rappelle des souvenirs bizarres. Ceux d’un Maréchal de France déshonoré, qui a cru aussi bien faire. Et je suis là, debout devant toi, ma chère Adèle. Quelques larmes coulent sur ma joue alors que ton teint si pâle me laisse croire que tu as froid. Je voudrais te raconter, te dire, te serrer contre moi. Et mes mains tremblent devant les tiennes si figées. Nous ne sommes guère nombreux à te veiller. Mais nos amis sont tous là où tu es toi aussi. Je me sens si seule.
Trois garçons viennent d’entrer. Ils ont ta bouille, ma belle. Tu ne peux guère les renier, je sais je devrais dire tu ne pouvais guère… mais je ne veux pas m’y résoudre, pas encore. Le plus âgé des trois est là, tout proche de moi qui ne te quitte plus des yeux.
Mes larmes sont montées spontanément et par pudeur le jeune homme s’est éloigné. Seule avec mon chagrin devant ton corps de femme. La seule personne qui ait trouvé grâce à mes yeux. Je crois que si je pouvais encore te le dire, je te le hurlerais, mon Adèle… Je t’ai aimée toute ma vie. Les hommes qui se sont succédés dans mes draps n’auront jamais su me donner ce que toi tu m’avais offert il y a tant d’années… Et dans mes pleurs, des images et des sons, des mots renaissent comme si je devais te voir mourir deux fois.
Chacune de tes paroles ou des miennes est revenue du fond de ma mémoire. Et j’ai mal de ton départ. Pourquoi avons-nous été assez stupides pour croire que notre idéal se trouvait entre les bras d’une multitude de rencontres de hasard ? Il nous aurait suffi d’ouvrir les yeux, d’écouter nos cœurs parler et nous aurions su. Alors oui, les regrets sont violents et mon malaise trop profond pour que j’en guérisse.
Je ne veux plus te regarder si livide, si inerte alors que dans ma tête tu es toujours si pleine de vie. Et puis je ne veux pas que tes enfants me voient pleurer devant ton cercueil. Non ! Tu mérites mieux que cette vieille peau qui se lamente près de ta dépouille. Tes obsèques sont mon dernier chemin de croix. La dernière station d’un sentier pavé d’imbécillités que j’ai multiplié au centuple par ignorance.
Je te pleure alors qu’il est trop tard. C’est aux vivants qu’il faut dire les « je t’aime » qu’ils méritent, et je m’en veux de n’avoir pas su le faire. Dieu fasse que je te retrouve rapidement pour te demander pardon…
— xxxXXxxx —
L’automne a ramené ses couleurs chaudes et la sonnerie de la porte d’entrée qui retentit me surprend. Je somnolais sur le canapé et il me faut un temps infini pour traverser le hall d’entrée pour aller ouvrir. Derrière le panneau de bois peint, une tête de jeune homme bien dans ses baskets. Sobrement vêtu d’un polo marqué d’un crocodile, d’un pantalon de toile beige, les cheveux en brosse, un instant je crois te voir Adèle. Puis je réalise que c’est sans doute ton plus jeune fils, celui qui poursuit… ou poursuivait des études de droit à Versailles.
Le garçon m’a tendu une large enveloppe en papier kraft. Elle tremble un peu au bout de mes doigts. Et je vois bien que le jeune homme est aussi intrigué par ce qu’elle pourrait contenir. Alors je décachette le rabat et mes yeux plongent vers ce qu’elle contient. Au fond de l’enveloppe une lettre que je sors au grand jour. Des mots bien alignés, une écriture serrée que je reconnaîtrais entre mille. Celle d’Adèle ! … et scotchée sur le feuillet écrit, une touffe de cheveux… les miens.
Je lis le message et derrière cette page d’un vieux cahier, un seul mot couvert par la mèche de tifs entourée par un ruban adhésif :
« Pardon ! »
____________________________________________________
Résumé épisode I : « L’apprentissage »
Un temps lointain où les filles n’avaient pas la même valeur que les garçons !
Résumé épisode II : « Tante Gertrude »
Visite parisienne chez une vieille tante et bruit de bottes, à l’aube d’une jeune vie.
Résumé épisode III : « Un salon particulier »
Se faire belle reste tout un art et Madame se montre pleine de surprises.
Résumé épisode IV : « Le cadeau de Georges »
La vie se complique. Paris offre pourtant toujours de belles visites à faire et puis… les uns et les autres vont et viennent.
Résumé épisode V : « Montmartre »
Les rencontres les plus inattendues font se mêler les évènements insolites. Les temps troublés offrent bien des choix difficiles.
Résumé épisode VI : « Le ruisseau des tentations »
Une palette de couleurs sur fond de verdure. La préservation de la nature est un choix.
Résumé épisode VII : « Le retour d’Adèle »
Adèle, l’amie revenue, et les préparatifs de la Sainte Marie…
Résumé épisode VIII : « Le fiancé d’Adèle »
Un cadeau et une rencontre. C’est enfin le jour anniversaire tant attendu. Cadeaux pour Charlotte et pour Adèle, il y a Lionel. Et le couvre-feu qui oblige à la promiscuité.
Résumé épisode IX : « Monsieur Charles »
Encore un coup d’épée dans l’eau pour Adèle. Mais un départ, un voyage imminent met sur des charbons ardents Charlotte. Puis Paul aussi revient dans le jeu ainsi qu’un personnage troublant.
Résumé épisode X : « La traversée de Paris »
Un moyen efficace de se mettre à l’abri pour voyager ? Et les choses qui évoluent favorablement pour tous.