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n° 18750Fiche technique21893 caractères21893
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Temps de lecture estimé : 16 mn
26/12/18
Résumé:  L'amie revenue et les préparatifs de la Sainte Marie...
Critères:  #confession #premiersémois f ff hplusag nopéné
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message

Série : Journal d'une catin

Chapitre 07 / 12
Le retour d'Adèle

Résumé épisode I : « L’apprentissage »

Un temps lointain où les filles n’avaient pas la même valeur que les garçons !


Résumé épisode II : « Tante Gertrude »

Visite parisienne chez une vieille tante et bruit de bottes, à l’aube d’une jeune vie.


Résumé épisode III : « Un salon particulier »

Se faire belle reste tout un art et Madame se montre pleine de surprises.


Résumé épisode IV : « Le cadeau de Georges »

La vie se complique. Paris offre pourtant toujours de belles visites à faire et puis… les uns et les autres vont et viennent.


Résumé épisode V : « Montmartre »

Les rencontres les plus inattendues font se mêler les évènements insolites. Les temps troublés offrent bien des choix difficiles.


Résumé épisode VI : « Le ruisseau des tentations »

Une palette de couleurs sur fond de verdure. La préservation de la nature est un choix.




Le retour d’Adèle




La journée pique-nique nous avait un peu plus rapprochés, Paul et moi. Pas tout à fait autant qu’il l’aurait souhaité. Les heures passées près de lui m’avaient appris aussi que pour calmer les hommes, quelques promesses bien lancées s’avéraient toujours utiles. Gertrude me posait aussi bien des questions, ne m’ayant pas vu durant un long moment. Je n’éprouvais pas le besoin de lui dire ce que j’avais fait, pas plus qu’elle n’avait à connaître avec qui je m’étais promenée. Les quelques jours suivants, nous n’avions aucune nouvelle de Geneviève. Et je voyais arriver rapidement ce quinze août libérateur, du moins dans mon esprit. Ce n’était qu’en milieu de semaine, que l’amie de ma tante refit surface.


Alors que l’on frappait de petits coups discrets dans ma porte, vers les dix heures du matin, ce mercredi-là, je pestais déjà contre l’intrus qui venait m’importuner. Une robe de chambre aérienne sur le dos, des mules tout aussi légères, je venais en maugréant ouvrir l’huis. À peine le panneau de chêne ouvert qu’une furie s’abattait dans mes bras. Je faillis tomber à la renverse autant de surprise que par ce poids qui m’assaillait d’un coup. Elle était là, la fille à lunettes. Toujours les mêmes nattes aussi et son sourire imperturbable. Derrière elle, dans l’encadrement de la porte, Geneviève aussi suivait.


Elle tenait une valise que je pris de suite pour les affaires de mon amie. C’était encore la vieille copine de ma tante qui ferma derrière elle, nous isolant du couloir et des oreilles fureteuses.



La vieille dame avait d’un coup sec ouvert les deux fermoirs métalliques qui tenaient le couvercle et sous une pile de vêtements, un curieux instrument venait de nous apparaître.



Adèle et moi nous étions tues puis regardées avec une sorte de sourire de fatalité. Nous entrions dans la cour des grandes sans savoir comment. J’avais donc refermé la valise et m’était empressée de lui trouver une cachette au fond d’une grande commode, sous le tiroir le plus bas. Pour la trouver, il aurait fallu démonter ce dernier de ses rails. Mais peu sûre de moi, je me promettais de changer l’emplacement dès que j’en aurais découvert un autre, plus garanti. La fin de soirée se passa chez Gertrude. Une tablée de cinq femmes qui aurait surpris bien des gens s’ils les avaient entendues rire et raconter des bêtises. La joie et la gaîté, deux moyens simples et gratuits pour ne pas sombrer dans la neurasthénie.




— xxxXXxxx —




La nuit succédant à la réunion des deux jeunes femmes, Adèle vint bien évidemment rejoindre sa copine dans son lit. Elle aurait aimé pousser un peu plus avant leurs retrouvailles, mais elle ne sentait pas Charlotte, quelque part réceptive à ses attentes. Elle jugea bon de ne pas brusquer les évènements. Peut-être qu’elle voulait aller trop vite. Alors si elles s’endormirent bien ensemble dans la chambre à coucher de la nouvelle propriétaire de l’appartement, il ne se passa strictement rien. Adèle fit donc contre mauvaise fortune bon cœur. Elles auraient du temps toutes les deux pour se retrouver pleinement.


Une aube nouvelle, le lendemain, les trouva pourtant enlacées sans que l’une et l’autre gardent un vague souvenir de ce pour quoi elles l’étaient. Elles ne se levèrent pas immédiatement préférant paresser au lit. Bien sûr l’instant, propice aux confidences déliait les langues.



Adèle avait fait un grand bond et s’était assise regardant partout.



Nous nous étions enlacées et j’avais bien senti son émotion. Mais la mienne devait se voir également. Et sa main était venue se caler sur ma hanche. Je n’avais pas le cœur à l’empêcher de la faire glisser plus avant vers la fourche sous ma combinaison de coton. Adèle d’un coup, alors que sa patte venait de lui faire se rendre compte de l’absence de buisson, poussa un cri affreux.



Adèle avait alors rejeté le drap dans lequel nous étions plus ou moins entortillées. Puis elle avait lentement relevé le bas de ma chemise de nuit. Les yeux exorbités, la jeune femme ne bougeait plus, statufiée par la vision de ce minou déplumé. Au bout d’un long moment, elle eut comme une moue et lâcha simplement quelques mots.



Ensuite, nous nous étions levées. La journée s’était déroulée en promenades, à passer d’une maison à l’autre. C’était chez ma tante que nous avions déjeuné, dîner chez Geneviève avant de réintégrer mon appartement. Dans la journée pourtant j’avais vu qu’Adèle et Geneviève s’isolaient à plusieurs reprises. Sans doute la femme aux cheveux blancs lui donnait-elle quelques conseils. Du reste après ces petites cachotteries, il me sembla que mon amie était plus radieuse, riant de tout et de rien. Je n’avais de toute façon pas à m’inquiéter, Adèle serait en de bonnes mains tant que l’amie de ma tante la prendrait en charge.


Maman, elle, en début d’après-midi m’avait de nouveau demandé ma clé pour aller se « reposer » chez moi. J’eus un sourire ironique en la lui remettant. Mais elle se pâmait sur son nuage et ne s’en aperçut sûrement pas. Quand elle réapparut un peu avant l’heure du dîner, ma tante et moi étions fort occupées à dresser la table. Mais Adèle qui lui ouvrit la porte lui fit une remarque que depuis la salle à manger nous entendîmes.



Le rire de gorge de maman sonnait comme un aveu. Cette diablesse d’Adèle avait donc compris d’où ma mère revenait ? Nous eûmes un sourire entendu, Gertrude et moi alors que nous finissions de poser les couteaux autour des assiettes. Maman en arrivant dans la pièce baissait le front. Ne voulait-elle pas que je m’aperçoive de son trouble ? Possible ! L’incident n’eut pas d’autres conséquences. À table, Geneviève après le traditionnel verre de muscat de l’apéritif, en frappant du dos de son couteau contre son gobelet réclamait une minute d’attention ! Le silence prenait un grade de plus. De colonel, il devint général.



Je ne savais plus quoi dire. Une petite larme avait failli faire une apparition remarquée au coin de mes yeux. Je comprenais soudain ce que Geneviève et Adèle complotaient dans des messes basses fréquentes. Clothilde, quant à elle, souriait béatement et pas forcément pour cette bonne nouvelle. Toutes les convives se mettaient alors à taper dans leurs mains pour applaudir l’annonce qui me déstabilisait. Et Geneviève ajoutait pour faire bonne mesure.





— xxxXXxxx —




Un peu grisées par le vin que nous avions bu, Adèle et moi étions tout juste arrivées chez moi avant l’heure fatidique du couvre-feu. Encore que Paris en particulier bénéficiait d’une heure supplémentaire. C’était donc à pratiquement minuit que nous avions regagné toutes les deux mon appartement. Mon amie avait tenu à prendre un bain, après tout l’eau n’était pas restreinte. Je m’étais couchée et il me fallut un long moment pour comprendre que depuis la salle d’eau Adèle m’appelait. Rapidement relevée, je la trouvai dans l’eau jusqu’au cou et elle chantonnait.



La semaine suivante, quelques jours avant ce fameux banquet en mon honneur, sans rien dire à personne, je disparus une journée entière. J’avais retrouvé Paul et son chevalet. Il m’avait de nouveau fait une cour forcenée, sans pour autant obtenir plus que lors du rendez-vous précèdent. Le soleil tapait peut-être plus fort, lors de cette seconde rencontre et je ne pus garder la pose qu’en plusieurs fois, pour ne pas me brûler l’épiderme. Le peintre était toujours aussi empressé et néanmoins il resta d’une correction exemplaire. Cependant, il me lançait de temps à autre une petite pique, une allusion plus ou moins discrète.


Le soir, en rentrant, je lui parlais de l’idée de Geneviève et de mon anniversaire. Alors, il me surprit par sa réaction assez disproportionnée.



Paul n’avait pas surenchéri, se contentant de fixer la route cahoteuse qui nous ramenait vers Paris et notre cher quartier de Montmartre. Il avait une mine renfrognée alors que nous abordions déjà les premiers faubourgs. Des véhicules allemands sillonnaient tous les rues et boulevards. Il était tout à sa conduite. Lorsqu’il me déposa pour rejoindre mon entrée, il sortit pour galamment m’ouvrir la portière de la voiture. Et le bisou que ses lèvres escomptaient me poser sur la joue se trouva fort bizarrement dévié par un léger mouvement de mon visage. Geste maladroit sans doute dû au passage derrière moi, sur le trottoir d’un groupe de soldats en goguette.


Et ma foi, mes lèvres reçurent sans déplaisir les siennes. Il n’eut pas le temps de se servir de sa langue que prestement j’avais de nouveau fait pivoter ma figure, pour qu’il ne se fasse aucune illusion. Dans ses yeux, une incompréhension totale pouvait se lire alors que je m’éloignai en agitant ma menotte en guise d’au revoir. Je criai encore pour qu’il sache que nous nous reverrions.




À suivre…