| n° 18759 | Fiche technique | 21108 caractères | 21108 3759 Temps de lecture estimé : 16 mn |
03/01/19 |
Résumé: Encore un coup d'épée dans l'eau pour Adèle. Mais un départ, un voyage imminent met Charlotte sur des charbons ardents. Puis Paul aussi revient dans le jeu ainsi qu'un personnage troublant. | ||||
Critères: #premiersémois f fh cunnilingu | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Journal d'une catin Chapitre 09 / 12 | Épisode suivant |
Résumé épisode I : « L’apprentissage »
Un temps lointain où les filles n’avaient pas la même valeur que les garçons !
Résumé épisode II : « Tante Gertrude »
Visite parisienne chez une vieille tante et bruit de bottes, à l’aube d’une jeune vie.
Résumé épisode III : « Un salon particulier »
Se faire belle reste tout un art et Madame se montre pleine de surprises.
Résumé épisode IV : « Le cadeau de Georges »
La vie se complique. Paris offre pourtant toujours de belles visites à faire et puis… les uns et les autres vont et viennent.
Résumé épisode V : « Montmartre »
Les rencontres les plus inattendues font se mêler les évènements insolites. Les temps troublés offrent bien des choix difficiles.
Résumé épisode VI : « Le ruisseau des tentations »
Une palette de couleurs sur fond de verdure. La préservation de la nature est un choix.
Résumé épisode VII : « Le retour d’Adèle »
Adèle, l’amie revenue, et les préparatifs de la Sainte Marie…
Résumé épisode VIII : « Le fiancé d’Adèle »
Un cadeau et une rencontre. C’est enfin le jour anniversaire tant attendu. Cadeaux pour Charlotte et pour Adèle, il y a Lionel. Et le couvre-feu qui oblige à la promiscuité.
Pieds nus sur le parquet, en prenant bien soin de ne faire craquer aucune lame, je m’étais alors approchée du seul lieu où une minuscule lampe baignait l’endroit d’une clarté jaunâtre. Et ma foi ce que je vis me sembla édifiant. Le manège des deux-là, avait tourné à l’embrassade. C’était donc pour cela que je ne pouvais plus entendre de bruit. Difficile de parler la bouche pleine. Adèle était à demi couchée et notre visiteur la tripotait avec des mains très fines pour un homme. Ce baiser qui s’échangeait, ces gestes si précis, me ramenaient à ce soir-là, où déjà, je jouais les espionnes. Mon équipière de ce moment-là avait ici pourtant un nouveau rôle.
Ce que je visionnais en cet instant était plus proche de moi, plus réel aussi puisque seuls quelques pas nous séparaient. C’était vrai que ce soir-là aussi j’avais vu, mais si mal et juste de petites bribes. Ici, c’était par la porte entrouverte que le spectacle m’arrivait. Je constatais aussi que ce que je prenais pour une absence totale de son ne se trouvait être qu’une pause partielle. Parce qu’à chaque fois que les deux-là, vautrés sur mon canapé reprenaient leur souffle, de longs halètements étouffés s’échappaient de leurs poitrines.
Puis quand les doigts masculins singulièrement élancés eurent mis à mal les vêtements de mon amie, ce corps que j’avais si souvent tenu contre le mien, me parut d’une obscénité provocante. Une pointe de jalousie ? Peut-être quelque chose qui y ressemblait en tout cas. La tête de Lionel venait de glisser en même temps que son corps. Son mufle descendait entre les cuisses maintenant largement dénudées, et désormais agenouillé, il lui relevait les jambes pour les faire passer sur ses épaules. Adèle fermait les yeux et roucoulait. Son visage se crispait dans des grimaces inconnues.
Une fraction de seconde, je songeai qu’il lui faisait mal et que j’allais devoir intervenir. Puis les soupirs et gémissements de la belle me montrèrent combien je me trompais. Ses mains venaient de se coller sur la nuque du bonhomme et le pressaient d’insister dans son action. Alors mon corps aussi s’embrasa devant ces scènes hors du temps. Je sentis que mon ventre me rappelait ma propre envie. Ce fut donc sur la pointe des pieds que je refluai vers mon lit. Bien à l’abri de leurs fornications, je dus me faire justice.
Je devais plus tard avouer que j’enviais cette amie qui, à coup sûr au jour nouveau qui allait venir, ne serait, elle plus vierge. Et ma main ne suffirait pas à calmer cet orage qui couvait en moi. Le feu de mon ressentiment se faisait plus corsé, plus… profondément inscrit dans ma peau. Ce soir de mon vingt-et-unième anniversaire, je me promettais que bientôt… oui très prochainement ce serait… mon tour de devenir une vraie femme. Pourtant cette idée ne m’aida pas vraiment à trouver un sommeil réparateur.
Les glissements feutrés sur le parquet m’apprirent qu’elle ou lui, voire les deux ensemble allaient se coucher. Quelle heure pouvait-il être ? Aucune notion de temps dans l’obscurité de ma chambre ne me donnait d’indication. Inutile donc de chercher à savoir, à comprendre. Ma dernière pensée avant de plonger dans un sommeil agité fut pour Geneviève. Madame avait encore réussi son coup. Elle savourerait sa victoire. Cette femme était née pour vaincre ! Je me disais en cet instant que j’aimerais lui ressembler à son âge.
Cette pensée me fit rire… qui pouvait dire ce qu’il serait dans dix, vingt ans et même plus loin encore ? Avec cette guerre et surtout ces soldats qui se croyaient chez eux, les espérances se devaient d’être entretenues… et pour finir, une sorte de puits sans fond venait faire couler mon esprit dans un abyme d’infini calme. Je devais crier où pleurer, et pourquoi pas faire les deux simultanément ? Après tout, plus rien ne se contrôlait dans cette inconscience nauséeuse qui me gagnait.
En plus des tocantes que nous avait offertes notre passager de la nuit, il avait également dans ses bagages un bien plus précieux fardeau à mon sens. Sur la table de la cuisine, je trouvai en me levant, un sachet de papier. En ouvrant celui-là, je constatai avec joie que son contenu sentait un arôme presque oublié. Du café ! Du vrai, en grain, prêt à être moulu. N’écoutant que cette voix intérieure qui me hurlait que s’il l’avait mis à cet endroit, ce devait être pour que nous nous en servions, je fouillai dans mes placards. Le moulin était là et n’avait plus servi depuis un grand laps de temps.
Avec quel bonheur avais-je rempli le réservoir avant de maintenir le moulin entre mes genoux ? La poignée après des tours et des tours m’échauffait le bras. Mais quel arôme qui s’évadait du minuscule tiroir au fond de la petite meule ! L’eau bouillante allait en faire ressurgir bien des autres. Et avec eux des souvenirs d’un temps où ce nectar n’était pas si introuvable. Les tickets de rationnement ne donnaient pas forcément les produits.
Le premier à me rejoindre dans la cuisine avait été Lionel. Il avait une tête normale. Mais pourquoi aussi m’imaginais-je que les gens qui avaient… fait l’amour devaient avoir un visage différent de ceux des autres ? Pourquoi aurait-il dû se lire sur sa bouille qu’il avait frotté un peu plus que de raison mon amie Adèle ? Finalement, je devais convenir que ce genre de réflexion sur les apparences était farfelue. Non ! Il avait le nez en l’air seulement.
Lionel avait juste bu une tasse du breuvage noir et fort qui fleurait bon. Puis il avait repris ses affaires et avait filé pour prendre le métro. Une demi-heure après son départ, Adèle émergeait avec une tête de déterrée.
Abasourdie par ce dialogue, j’avais coupé court. Adèle me surprendrait toujours autant. Imprévisible, mais terriblement attachante. Elle avait bu son café puis était allée prendre un bain. J’étais désemparée par la tournure prise par les évènements. Je n’avais aucune envie de la voir s’éloigner en province, surtout de ce côté de la France. Les Allemands près de leur frontière étaient pratiquement chez eux. Puis vers onze heures, alors que nous nous baladions dans ce quartier si empreint de douceur de vivre en d’autres temps, nous étions de nouveau contrôlées par un barrage.
Dans ces soldats qui gardaient nos papiers d’identité sans vraies raisons, nous sentions quelques regards appuyés. L’un d’entre eux nous fit entrer dans une sorte de petite chambre leur servant de poste de garde. Dans un français plutôt bon, Adèle reçut l’ordre de se dévêtir.
D’un geste, je la calmais, ou du moins j’essayais de la rassurer.
Et comme pour démontrer ce que j’avançais, je commençai sans y être invitée à enlever tout ce que je portais sur moi. Un troisième venait d’arriver dans le local. Il s’apprêtait à s’adresser à celui qui commandait et à l’autre qui surveillait l’arme à la main. Les trois furent d’un coup très surpris. Je venais de déboutonner mon chemisier quand l’arrivant m’arrêta soudain.
Puis il s’adressait sur un ton bizarre à ses sbires.
Ce type avait des yeux brillants. Colère ou feu allumé par ma tentative de bravade ? Je n’aurais su le dire. Il nous raccompagna jusqu’à la porte et nous retrouvâmes donc la rue. Je tremblais et mon amie était blanche comme un linge. Quelques minutes après, nous remontions la rue Paul-Albert et notre effort se trouva apaisé dès que nous débouchâmes dans la rue du Chevalier-de-la-Barre. Il ne nous restait plus qu’à grimper les escaliers devant nous. Ceci fait, nous étions au calme derrière la basilique du Sacré-Cœur.
À peine avions-nous fait une dizaine de mètres qu’un homme nous hélait. Adèle fut la plus prompte à se retourner. Le type qui arrivait avait un visage plutôt souriant.
Ni Paul ni moi n’avions envie de relever l’allusion flagrante. Cette dinde mettait le paquet et sa manière de faire s’avérait assez indélicate. À ma grande surprise, force m’était de constater que Paul la regardait désormais d’une tout autre façon. L’œil du mâle s’était allumé, plus que celui du barbouilleur. Si Adèle avait envie de s’essayer avec ce gars, ce n’était pas à moi de l’en dissuader. Puis sans doute qu’il entrevoyait une possibilité, une ouverture inattendue. Elle, comme moi du reste, fut d’un coup prise à son propre jeu.
Je relevai de suite qu’il avait dit « chez votre amie » donc il savait qu’elle ne résiderait pas toujours là. Adèle dansait d’un pied sur l’autre, et ne savait plus trop quelle attitude adopter. Son regard vint chercher une réponse dans le mien. Mais je n’avais aucune envie de lui en offrir une. Elle n’avait qu’à se débrouiller toute seule. Et puisqu’elle ne trouvait rien à lire en moi, elle se résolut alors à murmurer…
Il riait et je comprenais que mon amie se sentait moins sûre d’elle. Mais finalement elle le suivit, tout en se retournant fréquemment pendant que je m’éloignais vers la maison de la copine de Gertrude. Et alors que leurs deux silhouettes allaient disparaître au coin de la rue, je la vis hésiter une dernière fois. Paul lui tenait la main, et j’avais un peu de vague à l’âme. Cette fois serait peut-être pour Adèle la bonne. Mais cet homme n’avait rien d’un bourreau et il saurait la mettre en confiance.
Puis pour ce qu’ils feraient tous les deux… je ne pouvais plus que l’imaginer. Et quelques minutes me suffirent pour arriver à destination. Geneviève était là, dans son salon, mais pas seule. Un homme auquel il m’était bien difficile de donner un âge était assis dans un fauteuil. Courtois et poli, il se leva à mon entrée dans la pièce. La vieille dame fit les présentations sommairement.
Il s’était levé pour me serrer la patte dans une poignée de main plutôt franche et virile. Son visage était jovial et une mince moustache ornait sa lèvre supérieure. Il devait me dépasser d’une bonne tête et respirait le calme. Il me dévisageait avec une sorte de malice. Son « amie » l’avait-elle déjà briffé sur moi avant mon arrivée ? Il ne posa aucune question. Leur conversation brutalement interrompue par ma venue n’avait pas l’air de vouloir reprendre. Et je sentais un certain malaise, d’un coup.
Le ton avait été péremptoire et ne souffrait d’aucune autre remarque. Je fermai donc ma bouche et attendis la suite.
Le bonhomme avait juste lâché cette phrase avec ses yeux dans les miens. Ma réponse fut tout aussi rapide.
Monsieur Charles avait pris congé et nous avions discuté quelques minutes Geneviève et moi. Elle m’avait posé quelques questions, mise en garde aussi sur les risques d’un tel déplacement. Versailles n’était pas si loin, mais le colis pouvait m’envoyer à la Gestapo à coup sûr si j’étais attrapé avec lui. Peu m’importait ! Et ma décision restait la même. J’irais donc où on me demanderait de déposer le poste radio-émetteur. Geneviève gardait un air sérieux et ne souriait plus…
À suivre…