| n° 18774 | Fiche technique | 29307 caractères | 29307Temps de lecture estimé : 17 mn | 11/01/19 corrigé 06/06/21 |
| Résumé: Les retrouvailles avec une vieille amie pas forcément agréables, puis les mois plus calmes avec leurs vieux démons qui refont surface. | ||||
| Critères: f h | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
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Résumé épisode X : « La traversée de Paris »
Un moyen efficace de se mettre à l’abri pour voyager ? Et les choses qui évoluent favorablement pour tous.
(Voir les résumés des premiers épisodes en fin de récit.)
La flambée de violence qui s’abattait sur la ville et la France semblait ne jamais avoir de fin. Incroyable le nombre de gens qui d’un coup sortait de l’ombre en arborant un brassard marqué de trois lettres vengeresses distinctives. Mais partout les voitures blindées de nos occupants allaient et venaient avec ici et là d’innombrables coups de feu qui visaient les soldats de plus en plus hargneux. Cette fois la guerre était dans nos murs. Je ne sortais plus de chez moi. Je n’allais même plus voir Gertrude ou Madame. De peur d’être prise pour cible par ces enragés qui voulaient montrer leur bravoure.
Entre le 19 et le 25 août de cette année 44, la couleur des uniformes changeait. Je ne fêtai pas mon anniversaire, inutile de le dire. Nos troupes alliées étaient de retour et c’était des blindés français qui étaient venus en premier fouler les rues parisiennes. En rentrant chez moi, quelques jours plus tard, je rencontrai par hasard mon amie Adèle qui, elle aussi, était venue se réfugier dans la capitale avec son compagnon l’horloger. Heureuse de la revoir, je me précipitai vers elle. Sa réaction me fit comprendre que cette joie n’était pas partagée.
Et comme elle se trouvait dans un groupe d’inconnus, je la vis tout d’abord pâlir, puis se mettre à vociférer des méchancetés à mon endroit. Complètement abasourdie, je n’écoutais rien de ce qu’elle hurlait.
Elle haranguait les autres avec ses cris malveillants. Je voulais tourner les talons pour m’enfuir, mais un groupe de femmes m’encercla rapidement et je pris quelques baffes au passage. Puis des injures, des crachats, et pour finir, je fus traînée sur la place où quelqu’un apporta une chaise. On m’obligeait alors à y prendre place en me frappant. Une grosse femme à la trogne rougeaude s’approcha et m’arracha mon corsage. En soutien-gorge devant cette foule qui m’injuriait, je n’avais plus mon mot à dire.
Ensuite ce fut Adèle elle-même, qui armée d’une paire de ciseaux me prit une touffe de cheveux et commença à me raser la tête. Je ne voulais pas baisser les yeux, et je me retins de pleurer. La folle s’obstinait et je me voyais déjà tondue quand deux têtes m’apparurent dans cette foule vindicative. Celles de Geneviève et de Monsieur Charles. Je crois que jamais des visages ne pourraient me faire plus plaisir. Et un coup de feu fut tiré en l’air, stoppant d’un coup tous les gestes autour de ma chaise.
Le cercle, qui m’entourait, devant la fureur de Monsieur Charles s’était desserré. Adèle avait lâché son instrument et me regardait avec une haine farouche. Comment pouvait-elle avoir autant changé en si peu de temps ? Puis en la fixant sans honte, je m’aperçus d’un léger changement dans sa morphologie. Son ventre… oui c’était cela, elle avait grossi et de beaucoup même.
Le groupe hétéroclite composé en majorité de femmes n’avait plus essayé de me garder. Je pouvais remercier le ciel d’avoir fait que Monsieur Charles et Geneviève soient dans les parages. Sinon, je crois bien que je n’aurais pas évité le déshonneur d’être tondue. Durant presque un mois, je vécus ainsi cloîtrée chez Madame. Je n’osais plus mettre un pied dans la rue. Puis un après-midi, quelques coups discrets frappés dans la porte et le murmure de Gertrude qui était venue me rendre visite, m’indiquaient qu’un visiteur était entré.
Avec un sourire épanoui, la tête tout à coup connue de ma tante s’encadrait dans l’ouverture de l’huis de ma chambre.
J’enfilai donc un peignoir en vitesse et Paul s’invita dans ma chambre.
Paul s’était assis sur le bord de mon lit et j’en avais fait de même. Alors lorsqu’il se penchait pour m’embrasser, je n’avais pas eu un seul sursaut de recul pour le repousser. Sur la couche, nous étions tombés l’un contre l’autre. Et ses grandes mains si douées pour la peinture se mirent en quête d’un autre sujet de conversation. Elles parvenaient à se balader sur mes seins que bien peu de tissu cachait à vrai dire. Et je savourais ces deux outils habiles qui se frayaient un chemin vers le buisson revenu sur un endroit qu’il avait déjà observé plus glabre, en d’autres temps et d’autres lieux.
Alors, haletante au bout de quelques minutes, notre besogne se trouva interrompue par la voix claire de Geneviève qui du couloir, sans doute même devant ma porte, nous invitait à la rejoindre pour le thé. Arrêté net dans notre élan, nos gestes n’étaient du coup plus aussi spontanés et finalement, sans y prendre garde, la magie de l’instant s’en alla comme elle était apparue. Nous nous étions redressés et Paul semblait dépité.
Nous avions rejoint le boudoir pour y retrouver ma tante et son amie. Les tasses fumaient et Paul but son breuvage avec une rapidité déconcertante. Il prit congé de nous toutes avec une hâte déconcertante. Il devait en avoir gros sur l’estomac, mais faisait contre mauvais figure bon cœur. Je crus lire sur les lèvres de Geneviève une immense satisfaction. Comment pouvait-elle savoir ce qui se trafiquait dans la chambre ? Je trouvais cela très étrange, cette intervention au moment fatidique. Et je me promis de lui poser quelques questions lorsque nous serions seules.
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Cette occasion se présenta une heure plus tard. Tantine ayant quelques courses à faire, elle nous quitta tranquillement. Nous devisions gentiment Madame et moi et je trouvais l’instant idéal pour savoir comment elle s’y était prise pour… m’interdire de ne plus être pucelle.
Subjuguée par le sang-froid hors du commun de cette femme, je lui emboîtai le pas. Nous fîmes toutes deux le tour de chaque chambre et endroit de la maison. Partout, elle me montra des « postes de guet » invisibles des invités ou des hôtes reçus. Ici un œilleton habilement dissimulé dans un tableau, là un trou si bien camouflé que l’on n’en devinait pas l’existence. Ainsi sa maison était truffée de ces judas discrètement disséminés. Elle pouvait contrôler tout ce qui se complotait sous son toit.
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Les mois suivants, je fus entraînée dans un véritable tourbillon. Sorties, promenades dans les endroits chics de la capitale où le beau monde reprenait une existence plus paisible. Les uniformes kaki remplaçaient ceux plus verts des troupes du Reich rejetées sans ménagement de toutes parts. Les cabarets retrouvaient des artistes qui longtemps s’étaient fait oublier. C’est ainsi que Geneviève me présenta bon nombre de Messieurs, pas tous je dois le dire, d’une fraîcheur exemplaire.
Mais l’attrait de ma jeunesse et surtout celle du fruit bien vert qui se nichait entre mes jambes les rameutaient comme des toutous. Je fis la connaissance de tout ce que la région parisienne comptait d’hommes riches et l’ivresse d’en choisir un me faisait les repousser tous, au grand désespoir de ma protectrice. Mais par respect, j’avoue volontiers qu’elle ne tentait jamais de me forcer la main. Le destin devrait se charger de moi finalement. Et puis au moins cette première fois aurait peut-être l’apparence du réel, du vrai.
Nous étions en avril 46 et ma mère arrivait sans « être annoncée » chez Geneviève. Ses traits tirés, sa mine triste nous apprenaient que quelque chose que nous ignorions s’était passé. Assise au bout de la table, elle déposa devant moi un courrier frappé du sceau de notre bonne république. J’y pouvais lire qu’Armand, mon père, figurait sur les listes des morts dans un camp de concentration de l’est de la France : Le Struthof. Cette nouvelle m’attrista plus que je ne l’aurais cru. Bien qu’il ne m’ait jamais manifesté un réel intérêt, Armand avait tout de même contribué à me donner de bonnes études.
Clothilde, elle, semblait effondrée et projetait de repartir pour le Nord et l’usine familiale. De toute façon je n’avais plus ma place là-bas et ce fut encore Geneviève qui eut des paroles de réconfort pour maman.
Elle avait passé quelques jours dans mon appartement, le temps pour elle et son nouveau mec de se préparer à ce retour aux sources. J’avais revu Paul aussi quelques fois, mais jamais seule et il me paraissait très triste. Enfin, en sortant du théâtre où nous avions passé une excellente soirée, un godelureau en habits s’avançait au passage de Geneviève.
Le Gabriel en question s’était éloigné de nous, entouré d’une sorte de cour. Et mon chaperon m’avait alors raconté l’histoire de la bijouterie où ce petit génie officiait désormais. Elle ne tarissait pas d’éloges sur cet homme qui devait friser la quarantaine. Apparemment il avait eu ses entrées chez Geneviève et qu’ils soient restés amis était déjà un gage de respect pour elle. Je ne sais pourquoi, mais quelque part en moi je sentais qu’elle me poussait vers ce type. Comme si elle aurait plaisir à me voir faire mes premières armes avec lui.
Elle m’avouait que c’était sans doute Gertrude qui avait eu la primeur du beau garçon qu’il était à vingt et un ans. Depuis, son avenir s’était éclairci au point de faire la renommée de la boutique qui sous ses ordres était en plein essor. Les bijoux dorénavant devenaient source de bonheur et se montraient au grand jour. L’homme excellait dans l’art d’innover et ses vitrines ouvertes sur la rue étaient désormais copiées par tous ses concurrents. Même Chaumet y était venu, alors… c’était un signe.
Avec à mon bras la vieille dame, fidèle à sa parole, nous nous étions donc égarées du côté de la place Vendôme et j’avais pu admirer des broches sublimes, des fantaisies argentées ou orées d’un éclat si particulier. Sans doute que mes yeux brillaient alors que ce Gabriel nous faisait visiter sa caverne d’Ali Baba. Partout de quoi rendre folles toutes les dames de la terre. Des dizaines de pierres précieuses jetaient leurs éclats sympathiques sur la promenade que nous faisions en compagnie du Monsieur. Et son bureau ressemblait à une galerie d’art. Des tableaux sur chacun des murs, des œuvres qui sans doute valaient des fortunes.
L’une d’elles attira mon attention. Une merveilleuse jeune femme dont le buste était tout juste recouvert d’un voile transparent. Mais ce n’était pas la déesse qui s’y montrait qui m’intriguait, mais bien la signature que j’y lisais. Paul…
Nous avions ri, Gabriel et moi, à ces propos de ma guide. Geneviève avait peut-être déjà une petite idée derrière la tête. Mais elle se garderait bien de m’en faire part. Et puis le bougre était séduisant. Sa fine moustache bien taillée, ses mains élégantes et fluettes, son air de toujours sembler de bonne humeur, tout me le rendait agréable. Finalement, il ne me déplaisait pas. Il fallait de toute façon bien une première fois et celui-ci pourrait faire l’affaire pour un temps. Il profita donc d’un instant d’égarement de ma protectrice pour me chuchoter quelques mots.
Comme la vieille dame venait de reposer la bague qu’elle tenait, nous avions brutalement interrompu notre messe basse. Mais elle gardait sur les lèvres un sourire entendu. Savait-elle que ces quelques secondes où elle s’était éloignée nous avaient été profitables ? Sans doute, elle était maligne comme un singe de toute façon. Alors je prétextai un besoin urgent pour filer aux toilettes que notre bon Gabriel se fit une joie de m’indiquer… une pareille maison se devait de veiller en toutes circonstances sur ses visiteuses.
Là, sur le bord d’un lavabo d’une propreté sans faille je griffonnais sur un petit papier mon adresse à l’intention de ce Monsieur. Et puis il ne me restait plus qu’à le lui glisser d’une manière fortuite dans la main hors de la vue de ma mentor. Ce qui fut fait en franchissant la porte de sortie de la boutique. Apparemment tout le monde avait un sourire sur le visage alors que nous quittions les lieux aux mille merveilles. Restait donc à espérer sa visite chez moi et là… la panique m’envahissait rien que d’y penser.
Durant le chemin du retour, Geneviève ne cessa de me poser des questions. Sur le magasin, sur mes goûts en matière de pierres précieuses et je sentais bien qu’elle cherchait à en savoir un peu plus sur ce qui ressortait de notre visite. Alors pour la rassurer et mettre un terme à son interrogatoire je lui répliquai doucement :
Elle avait mis un tel accent dans ces derniers mots que j’y décelai comme une crainte. Mais elle pouvait se rassurer, je prenais bien ces paroles pour ce qu’elles étaient, un feu vert à perdre cette virginité de plus en plus encombrante. Et si l’homme était fortuné, c’était encore mieux. Qu’il soit ou nous non marié ne m’importait que très peu. Du reste aucune allusion à son statut matrimonial n’avait filtré dans nos conversations de femmes. Et il me plaisait ce qui ne gâchait rien… Après tout, la vie n’était pas toujours rose pour les épouses !
À suivre…
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Résumé épisode I : « L’apprentissage »
Un temps lointain où les filles n’avaient pas la même valeur que les garçons !
Résumé épisode II : « Tante Gertrude »
Visite parisienne chez une vieille tante et bruit de bottes, à l’aube d’une jeune vie.
Résumé épisode III : « Un salon particulier »
Se faire belle reste tout un art et Madame se montre pleine de surprises.
Résumé épisode IV : « Le cadeau de Georges »
La vie se complique. Paris offre pourtant toujours de belles visites à faire et puis… les uns et les autres vont et viennent.
Résumé épisode V : « Montmartre »
Les rencontres les plus inattendues font se mêler les évènements insolites. Les temps troublés offrent bien des choix difficiles.
Résumé épisode VI : « Le ruisseau des tentations »
Une palette de couleurs sur fond de verdure. La préservation de la nature est un choix.
Résumé épisode VII : « Le retour d’Adèle »
Adèle, l’amie revenue, et les préparatifs de la Sainte Marie…
Résumé épisode VIII : « Le fiancé d’Adèle »
Un cadeau et une rencontre. C’est enfin le jour anniversaire tant attendu. Cadeaux pour Charlotte et pour Adèle, il y a Lionel. Et le couvre-feu qui oblige à la promiscuité.
Résumé épisode IX : « Monsieur Charles »
Encore un coup d’épée dans l’eau pour Adèle. Mais un départ, un voyage imminent met sur des charbons ardents Charlotte. Puis Paul aussi revient dans le jeu ainsi qu’un personnage troublant.