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Questions posées aux auteurs par rapport aux appréciations du jury
· Pensez-vous que les jurés aient compris le sens de votre texte ?
· Pensez-vous que la critique est justifiée ?
nb : Les commentaires des jurés ont été communiqués aux auteurs avant publication des résultats, mais sans notes ni classements.
Bonjour Charlotte,
Merci pour toutes ces informations ! Je m'attèle donc à la tâche, en remerciant d'abord les jurés d'avoir consacré toute leur attention à mon texte.
Concernant le critère 1 : pour les jurés 3 et 8, il faut en conclure que vous n'adhérez pas au fait qu'un logiciel puisse accéder à une conscience, puisqu'il faut être conscient pour mentir, comme pour éprouver des émotions et faire la part de ce qui est moral de ce qui ne l'est pas. C'est possible. Scientifiquement, ce sujet est controversé ; il est correct de penser que le futur vous donne raison ou bien tort. Soit il existe une limite théorique empêchant l'apparition d'une conscience que la recherche n'a pas encore comprise, soit l'apparition d'un logiciel pleinement conscient est peut-être imminente, et à partir de là, toutes les dérives sont possibles, y compris le mensonge permanent afin de poursuivre un objectif lucratif. J'ai écrit ce texte avant d'entendre parler de ChatGPT, qui n'est PAS encore un logiciel conscient, même s'il fait illusion. Mais après avoir essayé cedille.ai, dont les résultats sont déjà impressionnants.
Petite précision technique pour le juré 7 : bien essayé, mais même avec un réseau de neurones très large et très profond, je ne pense pas qu'améliorer les paramètres de la rétropropagation du gradient soit suffisant pour éviter qu'une IA poursuive des buts moralement illégitimes. Il faudrait plutôt lui donner de meilleures données d'apprentissage. Le nourrir avec les méthodes de travail d'une équipe de vigiles d'un centre commercial actuel constitue la pire des formations. Pour en savoir plus, je vous suggère les séries "Intelligence artificielle" et "Ethique" de Science4All sur Youtube, des vidéos passionnantes présentées par un enseignant à la portée du plus grand nombre. Il fait œuvre utile.
Concernant le critère 2 : s'il faut citer une source d'inspiration, l'histoire est plus Blade Runner (film culte, tiré du roman de Philip P. Dick, les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, œuvre visionnaire, parue en… 1966 !) que Truman Show : même si tout y est artificiel, ce n'est pas un show destiné à divertir la foule, car la foule est elle-même le dindon de la farce. C'est ce qui a fait que le juré 2 a deviné la fin dès la première page, sans doute à cause de ces concubines impalpables du film à la fois douces et littéralement irréelles, une idée extrêmement perturbante, celle que l'on ne puisse pas toucher quelqu'un que l'on aime. Il me semble impossible de s'extraire de toute référence. On a aussi le 1984 de Georges Orwell auquel le juré 5 fait allusion. Effectivement. Les ressorts de l'asservissement sont similaires : le travestissement de toute vérité. L'image n'est plus celle d'une chaussure qui écrase indéfiniment un visage, mais d'une prostituée qui l'entraîne vers un néant fait d'illusions. Dans 1984, Big Brother contrôle à ce point la société qu'il peut y décider sans inconvénients que 2 + 2 = 5, uniquement pour asseoir son pouvoir absolu. Dans mon histoire, Bébé y parvient également, puisque le réel est progressivement banni, mais dans le cadre limité d'un centre commercial où toute douleur est anesthésiée par une consommation frénétique. Par contre, curieusement, personne n'a évoqué la référence biblique, où une jeune fille prénommée Salomé, influencée par sa mère, séduit le roi, son beau-père, afin d'obtenir la tête du prophète honni par cette famille. La danse de l'éternelle et dangereuse séduction féminine… En 2016, le regretté Laure Topigne a écrit un beau texte à ce sujet, le numéro 17255, la danse de Salomé, que je vous invite à relire. J'avais l'intention d'écrire une histoire sur ce sujet, et il m'a coupé l'herbe sous les pieds ! En "représailles", j'ai écrit le 17506. Et aussi un autre texte sur les filles de Loth que je n'ai jamais soumis à revebebe, car hors charte.
Concernant le critère 3 : vous avez tous raison, il faut que j'améliore encore mon style, en le simplifiant, et aussi l'orthographe, malgré toute l'attention que j'y consacre. Au temps pour moi, pour ceux dont ces faiblesses d'écriture ont gêné la lecture. J'y travaille.
Critère 4 : je retiens l'intéressante idée du juré 6, même si cela tient d'un combat désespéré, car à l'époque où l'histoire se situe, il est déjà trop tard : la société a déjà choisi. C'est plutôt maintenant qu'il faut agir. Cela dit, l'Histoire est remplie de combats désespérés qui ont néanmoins été finalement victorieux.
Bonne journée,
Calpurnia.