Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 23705Fiche technique37266 caractères37266
6814
Temps de lecture estimé : 28 mn
16/07/26
Présentation:  L’histoire : La vie d’une jeune femme d’un autre temps. Non, non, ça n’a jamais existé et surtout pas en France… Rebelle, mais pas trop ! Pas toujours maitresse de ses sentiments, pas plus que de ses choix… À y bien réfléchir… est-on vraiment toujours en mesure de faire ce qui nous plait ?
Résumé:  Chapitre III Folie et Hystérie Offrir le meilleur de soi peut-il passer par une tierce personne ? La raison vacille à tout essayer pour être heureux ! Les alliances entre les uns et les autres vont au vent du moment.
Critères:  #nonérotique fh
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message

Série : Rebelle

Chapitre 03 / 04
Folie et hystérie

Résumé des épisodes précédents :

Chapitre I

L’obéissance

Papa dit, les autres obéissent. Bon gré mal gré… quand l’argent est le plus fort, faut-il toujours se coucher ?


Chapitre II

Péché de chair

Mariage de raison, mariage solide ? La faute aussi qui va au-delà de ce qu’il est possible de pardonner ? Entre petits secrets et grande lâcheté.




Je ne tiens aucunement à donner trop de détails à mon mari sur ce qui justifie ma grossesse. Mais même le minimum est compliqué à exposer. Il m’écoute, sans me demander qui est l’auteur de cet enfant qui nous arrive. Je vois qu’il prend presque cela comme un cadeau du ciel. Il me serre dans ses bras, ne tentant pas de me faire avouer « ma faute ». J’ai la nette impression que je lui retire une épine du pied. Est-ce si abject que cela pour lui d’imaginer coucher avec une femme ? Quand je dis coucher, c’est forcément le fait de faire l’amour avec elle, de la pénétrer, pas de s’allonger simplement sur une couche commune. Il n’y a de toute évidence aucun sentiment d’ordre amoureux entre Charles et moi.


Apprendre que je vais enfanter, si c’est forcément un choc pour mon époux, il s’en accommode d’autant mieux que mon état va rassurer toute sa famille. Ceux qui savent vont être surpris, et puis c’est comme tout, ça va passer, s’oublier et notre couple n’en aura qu’une apparence plus conforme aux attentes des uns et des autres. Mon péché qui se transforme en bénédiction, un comble ! Ça va faciliter aussi les relations pour Charles, dont les incertitudes sur sa sexualité déteignent souvent sur la confiance que les gens lui accordent. Un enfant va remettre les choses en place et il s’en sent très fier, pour ne pas dire heureux. Affectueusement, il me serre dans ses bras et c’est un moment très spécial.


Affronter le regard des autres n’est plus ensuite qu’une formalité. La première à être mise dans la confidence, Mamie Gisèle. Elle applaudit, bat des deux mains à la nouvelle. Je sais pourtant qu’elle émet beaucoup de doutes quant à la capacité de Charles à être l’auteur de ce haut fait d’armes. Je ne vais surtout pas abonder dans son sens, la laissant mijoter dans le flou de ses questionnements. Gertrude, qui vient me rendre visite, me félicite également pour mon embonpoint passager. La rumeur va bon train et tous y vont de leurs louanges, quand ce n’est pas comme maman d’une petite larme. Mon père, lui, ne manifeste aucune émotion. Il se borne à faire savoir qu’il espère un petit-fils.


La bonne de mes parents lors de son passage me fait part de l’accord tacite de Jean pour la place proposée. Comment lui dire non, alors que c’est moi qui ai fait la démarche pour l’inviter à postuler ? Ma situation actuelle ne doit souffrir d’aucune révélation. Alors, je lui demande de le faire venir pour discuter avec mon mari. Pour les appointements et les horaires, pour le logement aussi, c’est affaire d’homme. Et je me garde bien de laisser transparaître cette émotion qui pourtant marque ma chair. Non ! Personne ne doit savoir pour l’enfant qui croît dans son giron douillet. J’appréhende le jour de nos retrouvailles, en voulant croire que lui ne fera pas le lien entre ce qui nous a unis et mon bidon trop enflé.


Et la vie continue. Une longue accalmie qui me prépare à un moment douloureux. Tous sont aux petits soins pour la femme enceinte qui se rapproche du terme. Et ma belle-mère, maman et même Gertrude arrivent à mon chevet pour l’instant fatidique. Des douleurs qui durent une éternité. Je voue à tous les diables les bonshommes qui nous font tellement souffrir durant ces heures impossibles. Et lorsqu’après avoir hurlé et gémi tout mon soûl… un vagissement résonne enfin dans la chambre où je me sens si lasse, vidée, exténuée, la sage-femme appelée en urgence pose sur mon ventre mou, une pauvre petite chose, je n’ai pas un geste pour elle. Je ne pose pas la question de savoir si c’est il ou elle.


Charles, assis sur le bord de ma couche remise en état, toutes traces de l’atrocité passée retirées, me berce doucement dans ses bras.



Dès son départ de la chambre, c’est un véritable défilé de tout ce qui se veut curieux. Hormis nos deux familles déboulent les amis, puis les amis des amis et j’enrage de ne pouvoir trouver un repos mérité. Heureusement que finalement le moment du repas chasse les importuns. J’apprends là encore à connaître une autre forme de douleur. Celle de ces lèvres minuscules qui suçotent mes tétons dont un liquide séreux est avidement avalé par cette créature que mon ventre a fabriquée. C’est très spécial aussi cette réunion d’un intrus et de mon corps. Comme si ce lait qu’il ingurgite le maintenait proche de moi. Et dans les traits de ce bébé, il y a un petit peu de ceux de Jean.


Cette idée d’un coup me submerge d’émotions. Je vois en cet être tout neuf un morceau de ce que j’ai ressenti pour son géniteur. C’est là que je prends conscience que je n’ai rien oublié de ce grand bonheur qui nous a rapprochés. Mes lèvres inconsciemment se posent sur le front dégarni de mon petit Albert. Il est là, il est moi, il est également Jean, et je suis surprise par cet élan d’amour qui m’inonde de toutes parts. Oui, c’est là, avec mon sein pleurant de vie dans sa gorge que je sais que je l’aime, que je l’aime plus que tout. Albert… mon fils ! Une fois reposé dans son berceau, je ne quitte plus des yeux cette chair de ma chair et finis par m’endormir avec une sorte de bonheur maternel.


Mes rêves ? Il n’en subsiste aucun à mon réveil. Le bébé dort et je peux tout à loisir suivre les courbes fines de mon garçon. Le fin duvet qui couvre son crâne, ses joues roses, ses petites menottes aux doigts si bien formés, tout me laisse pantoise. Est-ce que c’est bien le plaisir d’un instant de dérive qui a si parfaitement dupliqué ce moment de folie furieuse ? Mon Dieu ! Comme il est beau. Je ne me lasse pas de le contempler. Un vrai tableau de maître, et ce bonhomme sage fait s’évaporer de mon cerveau les heures pénibles qui l’ont vu naître. Une nouvelle journée est là qui croule sous un soleil qui me fait de l’œil. Le premier des jours, d’après Albert. Ma poitrine monte et descend au rythme fou de mon cœur qui s’emballe.



— xXx —



Je suis sous la tonnelle et dans son couffin d’osier, notre fils gazouille. Pour sa première sortie à l’extérieur, nous avons droit aux chants des oiseaux, au vent léger et Charles vient s’asseoir près de nous.



Tordue encore cette pensée qui effleure mon esprit ? Pour sûr ! Mais ne vivons-nous pas une époque mouvante ? Le vingtième siècle est tout prêt à éclore avec sa modernité et ses prétendus avantages. La Terre est en constante évolution, je n’en veux pour seule preuve que cette histoire de sanitaires et de douches. Un luxe que j’imagine nécessaire pour tous dans le futur. Que mon père soit un pionnier en la matière me surprend quelque part. Qui a bien pu lui insuffler ce souffle de modernité ? Tout n’est peut-être pas perdu, au fond de l’homme. Et j’en reviens à l’idée qui me trotte sous la chevelure. Pourquoi suis-je en train de rêver d’un manège extraordinaire ? Charles a envie de Jean ! Moi aussi, je dois reconnaître que ma passade pour ce garçon me reste chevillée à l’âme.


Alors de là à songer qu’il serait possible de partager, il n’y a qu’un pas. Enjambée que mon imagination n’hésite pas à franchir allégrement. Mais la réalisation est plus complexe à mettre en œuvre. Et puis, avouer que Jean est le géniteur de notre petit Albert, c’est prendre un bien grand risque. Je dois donc peser le pour et le contre. Y regarder à deux fois avant de faire quoi que ce soit. D’où mon attente et mon indécision, qui laissent perplexe un Charles désabusé. Les jours coulent lentement et les saisons se meurent pour en voir de nouvelles naître. Cycles immuables de la vie qui forment un cercle vertueux. Mamie Gisèle vient de plus en plus souvent voir notre garçon.


Nous avons de longues discussions sur ce qu’elle nomme pudiquement les « dérapages » de son fils. À mots couverts, elle me met dans la confidence. Papa aurait une maîtresse. Je me garde bien de lui rapporter que le jour de mon mariage, j’ai aperçu la partie charnue de la dame. Deux fesses anonymes, mais dans une posture sans équivoque. Et malgré parfois mes recherches dans l’entourage proche de ma famille, je n’ai pas retrouvé le postérieur incriminé. Le seul qui puisse y faire référence en termes de taille ou d’esthétique s’apparente à celui de ma belle-mère. Et je me refuse à croire que cette dernière est la propriétaire de ce joufflu massif entraperçu. Non ! Pas elle, pas Mathilde !


Un soir, alors que je fais une promenade à la fraîche, une silhouette surgit dans l’allée où mes pas me portent. Jean est là ! Fou de cœur qui bondit dans sa cage ! Le mien vagabonde joyeusement, exprimant le naturel que je veux taire. Une chance encore que le noir tombant d’un jour sur le déclin interdise d’en voir trop de mon visage décoloré par l’apparition soudaine. Mon Dieu ! Pourquoi est-ce que ce gaillard est trop présent dans ma tête ?



Il reste sur place, me suivant des yeux alors que le sombre du chemin me perd. Je fais une dizaine de pas dans le silence du parc lorsque la cavalcade derrière moi me fait stopper mon élan. Je me retourne et les bras vigoureux de Jean ceignent mes épaules. Je n’ai pas de réaction ni un seul mouvement de recul, alors que deux lèvres s’adossent à ma bouche. Et je redécouvre avec une saveur inégalée le goût d’un baiser. Un envoûtement semblable à celui qui me torture l’esprit depuis tant de temps. Je laisse faire, amplifiant sans doute l’embrassade qui me plaît plus que tout. Les pattes sont déjà en route pour un tripotage que je ne peux pas tolérer, pas ici, pas comme ça.



Lui disparaît dans la nuit et, de mon côté, je rejoins les lumières de la maison. C’est l’heure du dîner pour mon fils. Et le petit affamé se précipite sur mes mamelles gonflées de sève nourrissante. Je tremble de cette rencontre dans le parc et me sens médusée par mon audace. J’ai avancé nos pions. Est-ce que Jean va savoir saisir ma balle au bond ? Son retour après coup m’en dit un peu plus sur son désir de ma petite personne. Et machinalement, je change de sein en gardant en tête la douceur de la langue qui vient de papillonner avec la mienne. Bon sang que j’aime sa manière de m’embrasser. Mais c’est aussi la seule que je connaisse… alors pas de point de comparaison !



— xXx —



Jean m’évite ? Une impression qui n’a pas force de loi, puisqu’il s’active toujours sur le terrain et donne à notre propriété un air de printemps. Il me serait facile d’aller le relancer, mais je m’y refuse, le laissant faire son choix sans pression. De loin en loin, les mercredis, je devine la présence de son amoureuse. Mais je n’interviens jamais dans ses visites. Et cette fin de semaine, Charles reçoit son monde. Roger et son épouse sont là depuis le début de l’après-midi et, comme à son habitude, ma belle-maman vient se coller à moi, ce qui me rend nerveuse. Je n’aime pas sa peau qui suinte au moindre effort. Son imposant tour de taille y est sûrement pour beaucoup. Puis, lorsque je visualise son gros popotin, je ne peux m’empêcher de l’imaginer dans une posture indécente.


J’ai beau vouloir croire que lors de mon mariage, elle me présentait son plus mauvais profil, je ne comprends pas ce qu’Hector lui trouvait comme attrait. La fessée sûrement, sinon comment voir en elle une amante dévouée ? Au moment du « dîner » de notre petit bout de chou, elle reste les yeux rivés sur le sein que je ne peux cacher. Et ma gêne va croissante, sans pour cela qu’elle voie plus loin que le bout de son nez. Cette fois, je suis prodigieusement agacée et à deux doigts d’exploser. Roger sauve la situation en m’apportant un verre de bière.



J’écoute sa voix émue alors qu’il me tend un grand verre de liquide doré et, bien entendu, sa proximité fait qu’il a également une vue plongeante sur cette laiterie que le bébé tète avidement. Ce qui ne plaît bien sûr pas à sa mégère, qui le rabroue presque vertement.



Je ne suis pas la suite de cet orage qui se prépare, tant je suis surprise par la violence des mots échangés. Mais j’ai cette fois la certitude que le temps n’est pas vraiment au beau fixe entre ces deux-là. Et si cette grosse dame est volage, je n’ai plus aucune raison de douter de l’appartenance du « cul » entrevu ce jour-là. Un doute subsiste, mais si faible que la probabilité d’erreur reste infime. Et tout le temps du dîner qui suit cet esclandre, je me repasse la scène grotesque qui me fait sourire. Charles n’est pas très loin et les éclats de voix de ses parents le laissent pantois, mais comment oser mettre de l’ordre à notre table ? Il faudrait un certain courage chez leur garçon pour être maître en sa demeure.


Le calme revient pour le digestif et le cigare. Père et fils se dirigent vers la pièce qui les isole de la dame. Et nous voici face à face, elle et moi, à nous affronter du regard. Pas question que je perde pied et je soutiens l’intensité de ses quinquets qui me jugent. Elle, du coup, se défile et d’une voix blanche revient sur l’incident.



Pas de réponse, bien que la couleur d’un coup de ses joues soit suffisamment explicite pour qu’elle n’ait pas besoin de rajouter un mot. Là, sur des charbons ardents, la grand-mère d’Albert bafouille deux ou trois phrases inaudibles. Elle sait que je l’ai piégée et, pour s’en sortir, elle baisse seulement les yeux. Je ne pousse pas mon avantage plus loin. J’ai ma réponse et je ne veux nullement l’humilier. Après tout, elle et mon père sont des adultes responsables. Et puis… suis-je plus propre avec ma demande extravagante à Jean ? Il est indéniable que chacun voit son intérêt dans toutes sortes de situations. Le sexe en est une qui prend vraisemblablement une grande part dans l’existence de tout un chacun.


Alors, je change de sujet en remballant ma laiterie, ressortie pour l’ultime repas journalier du petit Albert. Le bébé repose désormais dans les bras de sa mamie pour un rot libérateur. En la scrutant de plus près, sans doute qu’avec beaucoup de kilos en moins, Mathilde redeviendrait une belle femme. Mais il est possible que les hommes aiment aussi cette sécurité de l’embonpoint. La douceur de l’excès de chair peut avoir son charme. Du reste, mon fils sourit à celle qui lui fredonne une chanson et le berce gentiment contre son sein. Les deux fumeurs de retour apprécient le tableau et le sourire qui s’affiche sur leurs lèvres montre combien la scène est charmante.



— xXx —



Le parc prend des couleurs automnales. La ronde des feuilles de la morte-saison fait un tapis que notre jardinier ramasse pour les brûler dans un feu d’enfer. Les volutes de fumée montent vers le ciel moutonneux et je marche lentement sur le chemin entre les hautes futaies. Jean a-t-il remarqué ma présence dans son voisinage ? En tout cas, il ne fait pas mine de me voir. Son ouvrage avant tout, il insiste à rendre nets et propres nos espaces verts. Je ne vais pas le déranger, avançant sans but, dans une promenade à l’air un peu moins pur, puisque la fumée m’arrache un toussotement. Maintenant, il ne peut plus faire l’aveugle, j’ai fait suffisamment de raffut pour attirer son attention. Appuyé sur le manche de son râteau, il supervise mon passage.


Un signe du bras ! Est-ce lui ou moi, lequel de nous le fait en premier ? L’unique importance de ce mouvement, c’est que lui se porte au-devant de mes pas.



Je ne lui laisse plus le loisir de me répondre. Je reprends ma balade, honteuse de ces mots que je viens de prononcer. Lui, les mains sur le manche de son outil, ne bronche pas et il garde cette pose jusqu’à ce que je disparaisse de sa vue. J’ai le cœur qui joue à saute-mouton dans ma poitrine, les jambes qui ont la tremblote. Incroyable que je sois à ce point en manque d’amour, pour ainsi dire me jeter dans les griffes de Jean. Et lui qui minaude. Est-ce si difficile de saisir sa chance ? Je suis certaine que Charles serait ravi et puis, pourquoi ne pas admettre que l’idée de voir ces deux jeunes hommes ensemble est aussi un déclencheur puissant de mon imaginaire ? La langueur qui accompagne mon retour à la maison persiste bien longtemps encore dans la soirée.


Le coucher du Petit Prince se fait, et ensuite notre dînette en tête à tête nous fait glisser vers le salon où les flammes lèchent une bûche. Un endroit où la douceur de vivre s’apparente à un art. Charles lit son journal, moi un roman. Nous sommes un couple paisible comme tant d’autres. Alors pourquoi ce début de nuit qui s’annonce me rend-il plus anxieuse ? Si la porte s’ouvrait enfin sur notre jeune homme attendu. Charles n’est pas au courant de mon invitation. Et je me dois de le lui dire pour qu’il ne soit pas surpris, si d’aventure, Jean osait.



L’un et l’autre, nous nous replongeons dans notre passe-temps. Et c’est au moment où il se lève pour gribouiller dans les braises, pour sur leur lit déposer une bûche neuve, que de légers coups sont frappés dans la porte qui isole le salon du reste de la maison. Le visage de mon mari se tourne vers moi, avec des yeux enfiévrés. Il ne dit mot, gardant sa position accroupie.



D’un pas mal assuré, il fait le voyage de l’âtre à l’issue fermée. Il ouvre et là, Jean se tient debout, raide comme un piquet.



Charles n’est pas plus que cela décontenancé par l’arrivée de Jean. Il se dévêt sans aucune pudeur et notre invité est comme tétanisé. Il ne bronche pas, ses yeux dans le vague sont rivés sur moi. Charles, lui, rit et s’écrie.



Et je dégrafe mon corsage. Alors, en tremblant comme une feuille, le garçon cherche le boutonnage de sa chemise, peinant visiblement à sortir les attaches de leurs fermoirs. C’est aussi la première fois que je vois Charles dans le plus simple appareil. Ma foi, si son équipement pouvait se motiver à la vue d’une anatomie féminine, je suis persuadée qu’il ferait fureur. Je suis subjuguée par ce vermisseau au repos. Et puisque Jean est secoué par des tremblements qui le font mettre un temps fou pour parvenir à se mettre nu, mon époux lui prête main-forte. Quant à moi, j’en suis à ce « panty » qui cache ce que mon amant d’un autre soir a déjà pris. Je n’ai que peu d’hésitations pour mettre dans la lueur des flammes l’ensemble de mon corps.


Jean aussi approche du déshabillage total, aidé en cela par les mains fines de Charles. Est-ce le fait de me voir sans atours qui met le jardinier dans une telle condition ? Sa flamberge n’a ni la consistance ni le volume de celle de Charles. Et mes quinquets sont posés sur cette lance qui ne demande qu’à servir. Mais celui qui finit de retirer la culotte de Jean est sans doute aussi captivé que moi par ce manche raide qui se montre fier et viril. Mon mari pousse donc notre jeune ami sur la peau de mouton qui sert de tapis, devant l’âtre. C’est à genoux, bouille penchée au milieu de ce corps poilu que Charles touche l’oiseau. Ce spectacle hors norme ne me laisse pas non plus de marbre.


D’abord du bout des doigts, mon mari caresse le sexe de Jean. Les yeux de celui-ci sont sur moi et je m’assois tout près de son visage, pour qu’il puisse mieux encore apprécier les courbes de ma silhouette. C’est donc d’un simple mouvement du bras que la patte de Jean se pose sur ma cuisse accessible. Je sursaute à ce contact terriblement doux. Le jeune homme ne réagit absolument pas alors que le buste tout entier de mon mari se penche en avant. J’en devine la raison en voyant le balancement de la tête de haut en bas de mon homme. L’envie enveloppe tout mon être en comprenant que la bouche de mon époux s’active sur la tige de notre hôte. Je suis envahie par une chair de poule sans limites.


Et Jean me caresse d’une main alors que de l’autre, il attire ma bouille vers la sienne. Un baiser incandescent nous relie alors que les bruits de succion sont perceptibles dans le boudoir. J’adore ce qui se déroule dans le salon. C’est presque naturellement que j’enjambe la caboche de Jean, pour venir lentement m’asseoir sur son museau. Et mon buste ployé vers l’avant, j’ai une vue directe sur le manège de ce mari qui s’en donne à cœur joie. Nous ne sommes plus que gémissements, fièvres et chaleurs. Nous formons une chaîne de bouquets changeants, au gré des fantaisies qui nous animent. C’est allongée de tout mon long, avec les reflets des flammes, que je reçois cette fois les hommages de la langue de mon mari.


Celui-ci croupe levée au-dessus de mon nez pousse une sorte de « ouf » lorsque la mentule de Jean vient forcer le passage dans ce qui n’est guère différent entre un homme et une femme. La chose rigide s’enfonce sans à-coup dans le fond du sillon dont l’œillet sous mes yeux s’entrouvre et libère l’accès au dard gonflé. C’est lent, c’est divin de voir coulisser sur toute sa longueur ce pénis raide. Les gloussements de Charles font écho aux soupirs de celui qui s’enfonce avec une facilité déconcertante, dans ce canal inhabituel. Tout se déroule sous mes regards médusés et, montés du fond de mon ventre, des spasmes incontrôlables m’emportent dans une jouissance inouïe.


Bien entendu, je ne donne pas ma langue au chat. Je prends ensuite ma part de ce bonheur fabuleux. Si le scénario est différent, les effets sont surprenants. J’adore ce que mes yeux perçoivent et, lorsqu’arrive mon tour de goûter à cette gaule qui vient de faire un brin de toilette, je suis si chaudement heureuse que mon intimité en pleure de désir. Elle coule littéralement d’une eau claire que Charles se met en devoir de boire à la source. Délicieux mélange, semble-t-il, de mes sécrétions et de la semence largement dispensée par le sexe de Jean. Nous renouvelons chacun de nos gestes et trouvons notre compte dans des accouplements d’une intensité qui me laissent sans force. C’est au petit jour que sur la pointe des pieds, les vêtements sur le bras, notre invité s’esquive. Dans la cheminée, le feu aussi est fatigué !



À suivre…