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n° 23673Fiche technique14809 caractères14809
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Temps de lecture estimé : 11 mn
25/06/26
Résumé:  Certains retours se jouent moins dans les mots que dans les objets qu’on rapporte avec soi.
Critères:  #psychologie #érotisme #regret #confession #couple #domination #fétichisme
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message

Série : Presque entier

Chapitre 06 / 08
La chemise bleue

Résumé de l’épisode précédent :

La traversée n’a pas apaisé Marc. Arrivé aux Antilles, il rencontre Maëva.




Le message de Noémie attend toujours.


Tu dors ?


Que dire ? « Non. J’ai couché avec une autre femme. Sinon, le mouillage est calme. » J’opte plutôt pour :


« Je suis rentré tard. Je t’écris demain. »


La réponse arrive aussitôt.


« D’accord. Bonne nuit, Marc. »


Devant l’écran, j’attends une suite qui ne vient pas. Ma chemise sent Maëva. Je la plie et la range dans mon sac.


À l’aube, je fais du café trop fort et m’assois dans le cockpit. Une heure plus tard, Maëva apparaît sur le pont de Mauvaise Foi. Elle me voit, me fait signe de la main. Je lève la mienne. Je devrais prendre l’annexe, elle pourrait venir. Je ne bouge pas. Maëva reste un moment debout près de son mât, puis disparaît à nouveau dans son carré.


Je passe la matinée à préparer la remise du bateau. Écoutes lovées, cockpit rangé, niveaux vérifiés, liste des petites merdes à signaler : un loquet dur, deux ampoules mortes, un bout de ragage sur une drisse. Le Zizanie a fait son travail. Moi aussi, du moins sur le papier.


Dans l’après-midi, Maëva me rend finalement visite.



Ses cheveux sont attachés à la va-vite. Je m’essuie les doigts sur un chiffon.



Elle lève la main.



Je retrouve la femme de la veille, celle qui disait aimer les hommes qui repartent. Elle observe le cockpit propre, les bouts lovés avec application.



Je voudrais m’excuser. Je voudrais surtout qu’elle ne souffre pas.



Une annexe file derrière son bateau, quelqu’un crie depuis un catamaran.



Je souris. Deux femmes, même conseil.



Elle redémarre et file vers le quai.


*


Le propriétaire arrive le lendemain. Chemise propre, lunettes neuves, joie d’homme qui retrouve son bateau après qu’un autre a pris la fatigue à sa place. On fait le tour : moteur, batteries, voiles, réserves, petits points à surveiller. Il note tout sur son téléphone avec l’air grave du gars qui découvre que des pièces sont susceptibles de s’user.



Je pense à Maëva. À son bateau, à son café, à cette phrase laissée sur le pont comme un bout mal lové : « J’avais espéré… » Je pense aussi à Noémie. Il est temps que je rentre. Il ne comprend pas.


Je passe dire au revoir à Maëva. Elle est à bord, pieds nus, en train de réparer une couture de taud. Le tissu beige est posé sur ses genoux, l’aiguille entre ses doigts. Je reste dans l’annexe.



Elle sourit froidement, mais n’insiste pas. Le soleil tape sur son épaule. Je serre le liston.



Elle détourne les yeux vers son taud.



Elle se penche par-dessus le bastingage et m’embrasse au coin de la lèvre. Un baiser chaste, mais appuyé, qui dure plus longtemps qu’il ne devrait. Je m’éloigne. Elle reste là, debout sur son bateau, la main posée sur le hauban. Je la regrette un peu.


Arrivé à l’aéroport, j’envoie un message à Noémie.


« Départ dans une demi-heure. »

« D’accord. »


« D’accord », c’est tout. Un autre message arrive.


« Tu as l’air bizarre. »

« Je suis fatigué. »

« On verra ça tout à l’heure. »


L’avion secoue à l’arrivée. Tramontane. Les roues touchent la piste. Un choc, puis un second. Quelques passagers applaudissent quand ça se stabilise. Je m’abstiens.


Noémie m’attend près de sa voiture. Jean, manteau sombre, cheveux attachés, écharpe autour du cou. Elle a l’air crevée, mais est belle quand même. Alors qu’elle m’embrasse, son parfum me revient d’un coup : pharmacie, savon, elle. Je réponds mal, trop de retenue, trop-plein de ce que je n’ai pas encore dit. Atterrissage réussi. Retour raté.


Je monte côté passager. D’habitude, je conduis. Même râlant. Surtout râlant. Là, je ne discute pas, boucle ma ceinture et pose mes mains sur mes genoux. Noémie démarre.



La route me sert d’alibi ; ses pouces appuient trop fort sur le volant.


Nous quittons Perpignan. Les Albères se découpent au loin.



Elle laisse passer une moto avant de s’engager dans un rond-point.



Le vent secoue la voiture par petites rafales. Noémie attend. Je cherche une sortie, n’en trouve pas.



Le reste du trajet se fait sans un mot. La mer apparaît après un virage, Collioure se rapproche. Les façades, le clocher, les restaurants encore fermés. Noémie se gare devant la maison. Un pot de basilic mort traîne sur le rebord de la fenêtre. Elle sort la première. Je récupère mon bagage dans le coffre, il paraît plus lourd qu’au départ. Noémie déverrouille la porte, entre. Je pose mon sac.



Je le reprends avec moi et le pose près du frigo. Elle enlève son manteau, puis retire lentement son écharpe.



Elle reste debout, les bras croisés. Je défais la fermeture, rabats le tissu. Dedans, du linge sale, une trousse de toilette, un carnet, deux livres que je n’ai pas lus, ma chemise bleue. Elle la trouve aussitôt.



Je cherche une réponse qui ne la blessera pas davantage.



Ses sourcils se froncent, elle inspire profondément par le nez.



Elle avance d’un pas, puis se ravise.



Ses doigts cherchent le bord du plan de travail, s’y accrochent.



Là, mon ventre se contracte.



Noémie accuse le coup. Je le vois.



Ses mains sont calmes, mais son souffle ne l’est pas.



Elle ferme brièvement les yeux et inspire.



Je tire une chaise.



Son regard désigne plus bas, je comprends avant qu’elle finisse. Un volet claque quelque part. Je m’installe au sol, jambes pliées.



C’est ridicule, c’est insupportable, mais mon corps décide pourtant que le moment est intéressant. Noémie le devine et vient près de moi.



Je défais mon pantalon. Mes doigts manquent le bouton une fois. Mon sexe se libère, dur. Noémie recule d’un pas et s’assoit sur la chaise en face de moi. Elle croise les jambes. Ses bottines sont encore couvertes d’un peu de poussière.



Le zip de la première descend. J’écarte le cuir, prends son talon, enlève la chaussure. Son pied apparaît dans une chaussette fine, sombre, avec cette marque rouge légère à la cheville que laisse toujours l’élastique.



Je défais la seconde. Mes mains tremblent un peu, assez pour qu’elle le voie. Ses deux pieds enfin libres, elle pose le gauche à plat sur le carrelage, avance le droit et le place contre ma cuisse.



Elle m’observe quelques secondes, puis lève son pied, me le tend.



Je prends sa cheville entre mes doigts. Elle est froide. Je baisse la tête et pose mes lèvres sur la chaussette, une fois. Puis encore. Elle ne bouge pas, mais son talon devient plus lourd dans ma paume.



Elle retire doucement son pied, puis le plaque contre mon torse et appuie légèrement, juste au-dessus du cœur.



Elle passe une main dans ses cheveux, défait l’élastique. Quelques mèches tombent sur ses joues.



Son pied glisse contre ma poitrine, puis descend jusqu’à mon ventre.



Un sourire passe. Minuscule. Le premier depuis l’aéroport. Il disparaît vite.



Son pied revient plus bas, mon corps répond plus franchement. Ses orteils s’incrustent dans ma chair.



Je la fais glisser lentement. Elle tend l’autre, je recommence. Je suis à genoux maintenant, sans avoir remarqué le moment exact où j’ai quitté le sol pour me rapprocher d’elle. Je pose mon front contre sa cuisse.



Elle me repousse légèrement.



Mes jambes protestent. Elle déboutonne son chemisier et le laisse tomber.



J’obéis. Une main sur mon torse, sa paume glisse au ventre, puis plus bas, sans se presser.



Elle me mordille le lobe, je tremble. Son visage se ferme un instant, puis quelque chose l’éclaire d’une tristesse cruelle. Elle déboutonne à son tour son jean, le descend à mi-cuisses et glisse une main par-dessus sa culotte. Je reste assis, le sexe dressé.



Elle tire le tissu sur le côté. La lumière de la cuisine tombe sur sa chatte. Le duvet sombre, les lèvres un peu gonflées, la peau plus rose au bord. Ses doigts s’y attardent, reviennent. Le plan de travail grince quand elle s’y appuie. Son jean reste bloqué à mi-cuisses. Une mèche colle à sa tempe, sa bouche demeure fermée, dure, mais son ventre se tend.



Le coup est bas.



Ma queue répond pour moi, le sang y pulse par saccades que je préférerais dissimuler. Elle sourit en le voyant et écarte encore un peu plus le tissu. Deux de ses phalanges glissent dans sa chatte, remontent, appuient. Sa respiration accroche, très légèrement.



Elle retire ses doigts, lentement, les garde un instant contre son aine, puis remet la culotte en place et relève son jean à sa taille, sans le refermer.



Sa main saisit mon sexe. Elle le serre juste assez pour me faire tressaillir, et le relâche aussitôt. Puis son pied nu se pose entre mes cuisses.



La cuisine, la table, le sac ouvert, la chemise bleue pliée à part, le vent dehors. J’empoigne ma queue et commence à la branler. Noémie ne me quitte pas des yeux.



Ma main accélère malgré moi.



Elle se mord l’intérieur de la joue et son pied glisse sous mes couilles, la pointe tendue. Elle attend. Mon corps s’emballe. Je voudrais m’excuser, dire quelque chose, mais rien ne vient, hormis ma jouissance. Mon sperme recouvre peu à peu sa cheville. Noémie tremble à peine, puis ses traits s’apaisent, la peau marquée par mon aveu. Elle récupère une serviette en papier, s’essuie avec soin, la jette dans la poubelle. Puis elle retourne vers mon sac. La chemise bleue est toujours là, pliée sur le dessus. Elle la prend du bout des doigts et la porte à son visage.



Elle traverse la cuisine jusqu’à la buanderie. J’entends le hublot de la machine s’ouvrir. Elle la met dedans, puis revient chercher mon linge sale. Un caleçon tombe par terre. Je me penche pour le ramasser, elle le récupère avant moi. Elle ajoute de la lessive bon marché, puis referme et appuie sur le bouton. L’eau commence à monter.



Le tambour tourne une première fois. La chemise disparaît sous les autres vêtements, une chaussette reste collée contre la vitre.


Noémie passe près de moi. Son pied nu effleure le mien.



Elle part vers la chambre.


Dehors, la tramontane pousse contre les volets.