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n° 23672Fiche technique14512 caractères14512
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Temps de lecture estimé : 11 mn
24/06/26
Résumé:  Aux Antilles, Marc rencontre une femme qui semble avoir appris à vivre avec ses propres naufrages.
Critères:  #psychologie #érotisme #aventure #volupté #rencontre #regret #nostalgie #adultère
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message

Série : Presque entier

Chapitre 05 / 08
Mauvaise Foi

Résumé de l’épisode précédent :

Après avoir vu Steph coucher avec Noémie, Marc tente de reprendre pied. Incapable de vraiment porter ce qu’il a accepté, il part convoyer un voilier vers les Antilles, espérant laisser à terre ce qui le poursuit.




J’entre à Deshaies en fin d’après-midi. Le mouillage est déjà bien rempli. Des navires partout, des annexes qui zigzaguent, quelques catamarans dernier cri, des bateaux plus cabossés. Je choisis une zone calme, ce qui réduit les options, et prépare l’ancre. Le guindeau résiste une seconde, puis je laisse filer. Le Zizanie tire, hésite, se cale enfin dans l’axe du vent. Je reste un instant debout à l’avant, les mains sur le balcon, à vérifier que ça croche, puis reviens dans le cockpit pour couper les instruments, ranger deux bricoles. Autour, un enfant saute à l’eau, une planche à voile passe, une femme accroche un maillot de bain à une bôme.


Le téléphone vibre. Noémie.


« Je suis contente que tu sois arrivé. Tu es crevé ? »

« Lessivé serait plus juste. »


J’ai envie de lui raconter l’odeur de la terre, de lui dire qu’elle m’a manqué au moment exact où j’ai vu la côte, que j’ai pensé à elle tous les jours. J’écris seulement :


« J’aurais aimé que tu voies ça. »


Un bruit de moteur me fait relever le nez. Une annexe passe à quelques mètres, au ralenti. À bord, une femme seule, la quarantaine, cheveux noirs attachés en vrac, lunettes remontées sur la tête. Elle tient la barre d’une main, un bidon d’eau de l’autre. Le soleil a laissé sur sa peau quelque chose de mat, de vécu, sans la brûler vraiment. Aux coins de ses yeux, deux ou trois ridules apparaissent quand elle plisse le front pour jauger mon mouillage.



Son bateau est à quelques mètres devant, sur tribord. Un petit monocoque, bleu passé, avec une voile d’ombrage retenue par des bouts de toutes les couleurs.



Elle rit.



Alors qu’elle s’attache à son voilier, je lis le nom inscrit sur la poupe : « Mauvaise Foi ».



Je grimace. Elle sourit en hissant son bidon sur son pont et se retourne vers moi.



Je regarde Mauvaise Foi : neuf mètres de liberté défraîchie, un balcon arrière un peu tordu, des panneaux solaires ficelés plus que fixés, et une femme qui ne semble pas attendre grand-chose de personne.



Je vérifie mon ancre une dernière fois, puis mets mon annexe à l’eau. Maëva patiente dans son cockpit.


Son bateau sent le gasoil et les banquettes mal séchées. Des livres sont coincés dans un équipet, un masque et des palmes traînent sous la table. Sur la cloison, une photo tient avec deux morceaux de ruban adhésif : Maëva, plus jeune, les cheveux plus courts, debout sur un ponton avec un homme brun que le soleil a jauni.



Son sourire ne va pas jusqu’au bout.



Elle verse le café, me tend mon mug.



Elle hausse à peine les épaules, mais ça ne suffit pas à rendre ça léger.



Elle s’assoit en face de moi, pieds nus sur le banc, genoux remontés. Bas de maillot aux couleurs fanées, chemise légère qui laisse deviner une poitrine encore pleine, un peu plus basse qu’autrefois peut-être, mais magnifique justement parce qu’elle ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Je me surprends à trouver ça rassurant. Un corps qui a traversé des saisons et contre lequel je n’ai pas à mesurer ce que j’ai perdu.



Elle trempe ses lèvres dans son mug.



Le soleil descend déjà derrière les reliefs, donnant aux coques une couleur plus douce. Sur le Zizanie, le pavillon français flotte à peine.



Un voisin lance de la musique. Pas trop fort, heureusement. Un reggae mou de circonstance. Le ciel vire à l’orange. Maëva n’ajoute rien, alors je me sens obligé d’argumenter.



On parle ensuite du mouillage, de la météo, des bateaux qui cassent au mauvais moment. Elle vit seule à bord depuis quasiment quatre ans, fait des bouts de saison, des convoyages courts, quelques gardiennages, juste assez pour subsister. Elle connaît les coins dont il faut se méfier, les pontons où l’eau coûte le prix d’un parfum, les mécanos sérieux, les autres. Elle ne raconte pas sa liberté comme une conquête, et ça me plaît. Plus que ça, même. Moi, je parle du club, des touristes, des stagiaires qui confondent équilibre et optimisme. Elle ne rit pas toujours au bon moment, mais je me sens bien avec elle.


La nuit tombe. Maëva allume une petite lampe dans le cockpit. La lumière lui prend le visage de côté. Je remarque une légère cicatrice près de son sourcil gauche, la ligne fine de son cou, ses mains. Je la trouve belle. Vraiment. Nous restons encore à parler, moins pour apprendre des choses que pour retarder le moment où chacun devrait regagner son bord. Les bateaux tournent tranquilles sur leurs ancres. Son genou frôle parfois le mien sous la table, elle ne le retire jamais tout de suite. Moi non plus.


Je finis quand même par prendre congé avant que la fatigue et ma prodigieuse aptitude au désastre ne décident à ma place.



À bord du Zizanie, un message de Noémie m’attend.


Bonne nuit. Il me tarde de te retrouver.


« Moi aussi. Bonne nuit. »


*


Le soleil tape déjà sur le pont quand je me réveille. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis, puis je me lève, vaseux. J’ai tout juste le temps d’avaler un café que Maëva me récupère pour m’accompagner à terre. Elle a enfilé un short en toile et des tongs, mais n’est ni plus ni moins apprêtée que la veille. La matinée passe entre formalités, courses et petites démarches. Elle a l’habitude des lieux et va droit au but sans s’agiter. C’est stupidement séduisant.


Chez l’avitailleur, le patron l’appelle « capitaine » avec un sérieux moqueur. Elle lui répond qu’un capitaine qui achète du papier toilette en promotion perd automatiquement deux galons. Ils ont l’air de se connaître trop bien pour que ce soit uniquement commercial.



Elle règle quand même une partie de ses dettes avec les quelques pauvres billets pliés qu’elle sort d’une poche intérieure.


À midi, nous mangeons dans un resto près de la route. Poulet, riz, sauce qui pique plus qu’annoncé, jus frais. Des ventilateurs tournent au plafond. Noémie m’envoie un message.


« Bien dormi ? »

« Oui. Enfin. Formalités ce matin. Je mange avec Maëva, elle m’a évité trois erreurs d’enregistrement et probablement une crise de nerfs. »


Maëva découpe son poulet, tranquille. Noémie répond aussitôt :


« Elle est efficace, donc. »

« Oui. »


Je pourrais m’arrêter là. Pourtant…


« Elle est aussi très sympa. Ça me fait du bien de parler avec quelqu’un qui connaît la mer. »

« Je comprends. »


Je range le téléphone.



Je réponds en plantant ma fourchette dans le riz.



Elle me regarde une seconde de trop, puis pousse vers moi le petit pot de sauce.



L’après-midi, je retourne sur le Zizanie pour ranger, vérifier, répondre aux quelques questions que me pose Casanière. Je me dépêche, avant que Maëva ne repasse me chercher. Elle va souvent nager avant la nuit et m’a proposé de l’accompagner. Vers dix-sept heures, elle s’accroche à mon liston.


Nous gagnons une petite zone tranquille pas loin des rochers. Maëva retire son T-shirt, ne garde que son bas de maillot, puis plonge. Je la suis. L’eau est très chaude pour quelqu’un qui a quitté Collioure en janvier. Au bout de quelques minutes, je m’arrête sur le dos. Mon corps flotte. Elle se rapproche, fait mine de vouloir me couler, et nous nageons ensemble un moment avant de retrouver son annexe.



À son bord, je parle un peu de Noémie. Suffisamment pour que Maëva entende ce que je contourne.



Le vent tombe et les moustiques arrivent, elle allume un serpentin. L’odeur âcre s’installe entre nous.



Après le poisson, on boit un fond de rhum. Je devrais rentrer, écrire à Noémie, dormir, mais je garde le verre entre mes mains. La chemise de Maëva est ouverte d’un bouton de plus qu’au début de la soirée. Mon regard y revient, appliqué. Pas toujours très discret.



Elle vide son verre, puis le pose avec soin.



Les bateaux tirent sur leurs chaînes, une voix traverse la nuit puis disparaît. Je fixe sa bouche…



… et je l’embrasse. D’abord avec une hésitation qui ne trompe personne. Ses doigts montent à ma nuque, se ferment, et le baiser cesse aussitôt d’avoir des excuses. Ses dents accrochent ma lèvre. Je ris, elle me mord pour de bon.



Dans le triangle avant, tout colle : la peau, les draps, le bois, l’air. Je lui arrache presque sa chemise des épaules, elle ne m’aide pas pour le reste et attend que je perde patience. J’embrasse son cou, puis sa poitrine. Sous son sein droit, je cherche malgré moi le grain de beauté. Sa culotte tombe, elle l’envoie dans le carré d’un coup de pied.


Je la renverse sur la couchette et descends entre ses cuisses. Elle les écarte sans hésiter, une main dans mes cheveux, l’autre contre la cloison. Sa chatte est chaude, mouillée déjà. Son goût sur mon palais est entêtant. Un doigt en elle alors que je la lèche, elle ferme les yeux, son bassin avance.



Elle ne contrôle plus tout, tant mieux. J’insiste, j’appuie, je reviens, je déguste. Ses cuisses se serrent sur mes tempes, puis s’ouvrent encore. Sa respiration se casse. Je remonte, et ses lèvres s’écrasent sur les miennes tandis qu’elle libère ma queue. Sa paume y glisse, je perds pied une seconde. Puis elle me prend en bouche. C’est chaud, c’est bon. Sa langue tourne autour de mon gland, l’avale, revient, insiste.



Elle se redresse, tend le bras vers un équipet et en sort un préservatif. Le sachet craque.


Ce bruit. Encore ce putain de bruit.


Elle déroule la capote, s’allonge et m’attire entre ses cuisses. Elle est brûlante. Je pousse, elle inspire. Je pousse plus fort, elle m’accueille en râlant, ses talons plantés dans mes reins.


La couchette cogne contre la cloison. Maëva s’accroche à mes épaules, ses ongles s’incrustent dans mon dos. Je vais et je viens plus vite, plus profond. Sa bouche entrouverte, ses seins qui bougent à chaque coup, sa hanche sous ma main, sa sueur, je la baise.



Quand je ralentis, elle rejette aussitôt son bassin vers le mien.



Alors je la baise comme si ses cris pouvaient faire taire tout le reste.


Ses jambes me serrent, elle jouit. Je vais la suivre. Mon corps le veut, mon ventre en brûle. J’accélère encore, m’accrochant à cet espoir. J’insiste, mais ça ne part pas. Impossible.



Je sors et m’assois au bord de la couchette, la capote sur ma queue toujours raide. Maëva reste allongée, nue, les yeux fermés. Elle respire fort.


Je retire le préservatif. Latex, nœud, poubelle.



Elle attrape sa chemise, l’enfile sans la fermer. J’ai envie de la toucher, je n’ose pas.



Elle baisse les yeux.



Et elle m’embrasse. Pour se souvenir, sûrement.


Le Zizanie flotte à quelques mètres, blanc, tranquille. Crétin de bateau. Je descends dans mon annexe et rame avec son odeur sur ma peau.


Arrivé à bord, je regarde mon téléphone et y trouve un message de Noémie, reçu une heure plus tôt.


Tu dors ?