| n° 23648 | Fiche technique | 27931 caractères | 27931 5156 Temps de lecture estimé : 21 mn |
26/05/26 |
| Présentation: Une femme qui disjoncte et cherche des explications à tout prix. Mais en existe-t-il toujours de rationnelles pour tous les évènements de notre existence ? | ||||
Résumé: Quand savoir n’est pas forcément une bonne chose. | ||||
Critères: f h | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
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Résumé des épisodes précédents :
Épisode I
Perte de mémoire.
Un drôle de réveil et mille questions sans réponse.
Épisode II
Visites médicales
Quand ne pas savoir ou comprendre devient une obsession !
Épisode III
Flammes vacillantes
Un rendez-vous surprenant et un retour à la maison tout aussi… charmant !
Nous n’avons pas de limites. Et je peux feuler sans risquer de déranger quiconque. À part quelques rares oiseaux dans la forêt alentour, nous sommes bien loin de l’agitation du centre-ville. Déchainée, c’est le bon vocable pour qualifier cette partie de jambes en l’air champêtre. Mais après cela, il nous faut rentrer et je me sens très heureuse de ce moment de grâce. À la maison, c’est le feu roulant des questions. Par contre, je me borne à dire le strict minimum et que j’ai un second rendez-vous dès demain. Pas d’effort à faire pour que Roger et Charlotte en parents modèles se précipitent pour retenir mon amant. Apparemment, c’est déjà pour les deux un secret de polichinelle. Ce qui fait dire à mon père lors du diner quelque chose à quoi nous ne nous attendions pas vraiment.
Eh ben ! La messe est dite. Adopté le capitaine, et à l’unanimité encore. Mais pas un des deux ne me demande mon avis. Je souris à cette idée que mes parents, qui sont des personnes simples, sont en parfaite harmonie avec ce choix qui s’impose à moi. Nous nous pelotonnons l’un contre l’autre sur le canapé une bonne partie de ce long film qui est distillé par la TNT. Je n’en retiens pas grand-chose. Par contre, je suis trempée avant même d’aller nous coucher. Cette fois, nous traversons le corridor qui mène à ma chambre, main dans la main, au su et vu de ce couple qui nous donne sa bénédiction. Alors ? Dès lors que nous n’avons plus rien à cacher… nous renouvelons la tendre infraction, multipliant les postures qui nous délivrent un plaisir certain.
La vie suit son cours et nous empruntons un itinéraire identique pour nous rendre chez madame Ravier. Étrangement, je me sens moins crispée que la veille. Ma première séance m’a fait beaucoup de bien et a annihilé mon appréhension. Puis là, le round d’observation ne dure que le temps de nous saluer. Le divan est toujours aussi accueillant et Alliette a déjà préparé sa bougie. Mes prunelles fixent la flamme jaune et bleue qui ne vacille pas vraiment. Dehors, il fait frais, mais le soleil est présent.
Je ne suis plus là. Le nuage est de retour et je ne pense à rien. La voix douce remonte dans ma tête. Je l’entends qui m’arrive de toute part.
Je suis étourdie sans raison. J’ouvre les yeux et tous mes muscles se détendent. Gilles me tient la main et le visage de Alliette est blême. Je mets quelques secondes à reprendre mes esprits. Les deux ensemble me couvent. Je tremble un peu. Peur, effroi, qu’est-ce qui s’est réellement passé durant ces minutes où je n’étais plus moi ?
Gilles, lui, s’inquiète et, dans sa voix, ça se ressent quand il s’adresse à madame Ravier.
Que se passe-t-il ?
Je dois être folle ! Je suis morte, c’est sûr. J’ai eu un accident ? Mais pourquoi ma voiture est là, toujours bien en un seul morceau et les… les quoi ? Je ne sais pas comment les appeler, ils sont autour de moi. C’est dans ma tête que j’entends leurs voix métalliques qui semblent vibrer partout dans l’espace où je suis couchée. Mince ! Ils ont tous la même taille et sont gris… c’est un habit ou de la peau ? Pas moyen de le savoir. Ils ne me touchent pas, mais font passer au-dessus de moi des instruments qui me fichent la trouille. On dirait… oui des savants qui m’étudient… et… c’est quoi encore ce machin qui vient de s’allumer au-dessus de moi ?
Un écran ! Oui, mais un écran qui bouge, qui se tord, qui transmet des images… de l’intérieur de moi ? Ils n’ont pas l’air de me vouloir du mal ! Et puis… tout vibre de partout dans l’espace où je suis prisonnière. La plus proche de moi de ces… bêtes, je ne trouve pas de mots, me montre l’écran et ça résonne dans mon crâne. Quoi ? C’est moi qui entends des voix ou il s’adresse à ma petite personne ?
- — Ne crains rien ! Il ne te sera fait aucun mal. Tu vas nous servir, nous allons prélever des échantillons et puis tu pourras reprendre le cours de ta vie sur ta planète.
- — Mais… que me voulez-vous ? Qu’allez-vous me faire ?
- — Aucun mal et tu ne te souviendras même pas de nous. Tu n’as pas d’enfants… on le voit ici.
Il me montre sur l’écran, je peux regarder mon propre ventre… si je pouvais bouger les mains, sans doute que je serais en mesure de sentir du bout des doigts mon utérus…
- — Tout semble fonctionner pourtant chez toi, Terrienne. Tu as tout ce qu’il faut pour procréer… Nous allons t’ensemencer…
- — Quoi ? Non !
- — Chut… reste calme, tu ne sentiras absolument rien… nous venons de placer une puce dans ton bras gauche. Elle va te garantir l’immunité contre toutes les maladies qui courent sur ta Terre. Si tu tentes de la retirer ou qu’un jour un de vos horribles docteurs cherche à l’enlever, ce sera la fin de toi dans les heures qui suivront…
- — Pourquoi… pourquoi vous me faites ça ?
- — Ne pense pas aussi vite ! Nous avons besoin que tu sois plus lente par la pensée pour analyser tes demandes et y répondre le plus justement possible. Tu as peur, c’est juste humain. Tu n’auras plus jamais de maladies qui déciment les êtres de cette planète. Vous êtes quelques milliers qui vont faire avancer cette terre, que tant des tiens détruisent par leur bêtise. Et puis… voilà ! Est-ce que tu as eu mal quelque part ?
- — Non… qu’est-ce que vous m’avez fait ?
- — Rien de méchant. Nous sommes les gardiens de la galaxie et nous t’avons préparée pour une future fécondation. Le petit que tu porteras un jour aura en lui un gène qui va modifier l’ADN de certains d’entre les Terriens. Nous améliorons votre race en quelque sorte… mais c’est le cas depuis la nuit des temps. Il y a longtemps que nous revenons pour vous apporter toutes les modifications nécessaires pour que vous avanciez dans la bonne direction. D’autres que toi sont aussi depuis quelques jours, préparées à ces fécondations modificatives. Vous êtes les élues… et nous ne voulons pas vous perdre à cause d’un virus fabriqué par vos têtes brûlées de chercheurs…
- — Vous… c’est fou ! Pourquoi moi et ces autres dont vous me parlez ? Et puis, comment je peux discuter avec vous sans que ma voix ne sorte de ma gorge ?
- — Nous analysons tes pensées… nous nous mettons sur la fréquence de ton cerveau, et c’est de la télépathie… pour schématiser. En fait, c’est plus complexe que ça, mais tu n’es pas apte à comprendre.
- — Et… pourquoi est-ce que j’ai l’impression que vous passez à travers de mon corps ?
- — Tu es très curieuse ! Ce n’est pas nous qui passons en toi, c’est l’inverse… tu saisis ?
- — Mais… comment vous pouvez me faire quoi que ce soit si… vous n’êtes pas réels ? Je… je suis dans un cauchemar ? Ou alors, je suis en train de mourir ?
- — Pas du tout ! Tu es seulement dépassée par une technologie qui n’existe pas, ou pas encore sur cette Terre. Mais ce que nous avons introduit dans tes gènes va contribuer à faire avancer votre science…
- — Mais… je n’ai pas d’enfant et, pour en fabriquer, il faut un homme sur terre… et puis avant qu’il ne soit en âge de donner la vie lui aussi, ça va prendre des années…
- — Nous ne sommes pas pressés. Votre évolution, vous la devez à toutes ces rectifications d’erreurs que nous avons apportées à ces animaux dont vous êtes issus. Ça a pris des milliers d’années, c’est un schéma ordinaire partout dans l’univers. Vous par contre avez fait un bond en avant trop violent pour cette planète et vos errements peuvent la détruire si nous n’y prenons garde. Tu vois… nous veillons. Bon… viens… je vais te faire visiter bien des endroits… tu dois rester proches de nous jusqu’à ce que ton corps assimile les corrections que nous lui avons apportées.
- — Je ne peux pas rentrer chez moi ? Et où sommes-nous… j’ai le droit de savoir !
- — Oui… mais avant de partir, nous ferons un « reset » de ton cerveau.
- — Quoi ? Vous ferez quoi ?
- — Une remise à jour ! Nous effacerons aussi quelques jours de ton existence… tous tes souvenirs seront éliminés… ceux de ton passage dans notre bâtiment…
- — Nous sommes où ?
- — Vois par toi-même ! La boule bleue là-bas, c’est chez toi… tu connais les hologrammes ?
- — Non !
- — Ce sont des images qui commencent à être mises en service là-bas dans ton monde.
- — Comment ça ?
- — Un homme meurt et, avec certaines machines, vos savants arrivent à reproduire son image… à lui rendre une voix et à le faire se mouvoir à plusieurs endroits simultanément aussi, c’est possible. Regarde ! Voici des images que nous avons captées en provenance de ta terre. Là… tu vois ?
- — Mais… ce sont les frères Karamov… ?
- — Deux faux savants surtout très incultes… et ce ne sont pas eux physiquement que tu observes… juste un hologramme de ces deux hommes.
- — … et ça qu’est-ce que c’est ?
- — Votre lune… remarque bien qu’il n’y a ni construction ni vie sur ce satellite mort depuis longtemps… contrairement à ce que de doux dingues chez vous colportent…
- — Mais… comment puis-je voir la lune ? Vous m’emmenez où ?
- — En promenade dans l’univers… le rêve de tout Terrien, non ?
- — Non ! Moi, je ne veux qu’une vie tranquille et calme, auprès de ma famille… Ils vont tous s’inquiéter. Vous allez me relâcher dans combien de temps ?
- — Huit ou dix jours de ta Terre…
- — Mais non ! Je dois prévenir ma famille que je vais bien… Je veux rentrer chez moi.
- — Ne t’énerve pas… tant pis pour toi… nous n’allons pas gâcher notre travail pour une petite saute de ton humeur… voilà.
Je ne sais pas comment il s’y est pris, mais je suis de nouveau allongée, flottant dans le vide. Tout autour de moi, des instruments dont je ne sais rien, dont je comprends encore moins l’utilité, sont partout. Mon interlocuteur m’a plantée là, entre ciel et terre, bien que je sois incapable de déterminer s’il y a toujours un endroit et un envers, là où je suis captive. Personne, par contre, ne me fait le moindre bobo. De temps en temps, l’une ou l’autre de ces créatures vient, laisse flotter ce qui ressemble à un bras à quelques centimètres de mon corps et repart sans que je devine ce qu’elle a fait. Très étrange également l’absence caractéristique de faims, de soif. Tout comme je perds la notion du temps.
Est-ce que je reste longtemps en suspension au-dessus de nulle part ? Mon esprit invente-t-il toutes ces idées qui se bousculent dans ma tête ? Celui qui m’a donné quelques indications… enfin est-ce bien celui-là ? Ils se ressemblent tous, il est de nouveau là à faire vibrer mon cerveau. Je sais avec exactitude ce qu’il me raconte.
- — Tu es revenue à de meilleurs sentiments, tu me promets de ne pas faire une crise ?
- — Vous avez donc peur d’une misérable créature humaine ?
- — Non ! Nous sommes vos ancêtres… quand je dis « nous », il faut bien que tu comprennes que si nous sommes immatériels dans ce vaisseau, c’est pour les voyages dans l’univers. Moi, sur ma planète, mon nom est Râal ! Le tien, c’est Caroline Dumoulin… tout est toujours préparé longtemps avant que débute notre mission. Tu fais donc partie du plan. Et tu vas nous faire deux beaux enfants, d’ici quelque temps… les premiers d’une longue lignée qui seront améliorés.
- — … ? Comment pouvez-vous savoir ce genre de truc ? Vous savez donc lire aussi notre avenir ?
- — Nous le fabriquons. Rien n’est hasard dans l’univers. Tous nous formons un tout, et tout est imbriqué dans un plan de grande envergure. Je modifie tes gènes, c’est mon rôle. D’autres ont une mission différente et chacun fait ce qui lui est imparti. Vous êtes la seule race qui tente de dévier des projets initiaux que le créateur a mis en place. Un bug sans doute au départ et nous avons pour tâche de réparer au mieux vos défaillances. Vous ne nous facilitez pas le travail. Il est possible aussi que si les imperfections deviennent trop complexes à remettre en état, votre race soit éradiquée.
- — Vous voulez dire que nous pourrions tous être exterminés ?
- — Pas tous ! C’est déjà arrivé lors du déluge. Noé n’est pas un mythe…
- — Noé ?
- — Oui… et n’en dites pas de mal, c’était mon père…
- — … ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas la sensation d’avoir faim ou soif ? Et comment puis-je respirer dans cet engin ?
- — Tu es la seule à avoir besoin d’oxygène… coupé bien sûr, et nous avons le bon dosage. Quant à ce que tu nommes tes sensations de soif, de faim… ce sont de réels besoins en fait, nous te les enrayons chaque fois que nos bras font un voyage au-dessus de ton corps.
- — Pourquoi ne pas nous donner votre savoir pour que des milliers de personnes ne meurent plus de faim ou de soif sur la terre ?
- — Mais nous venons justement de l’implanter dans tes gènes… dans ceux de toutes les femelles comme toi, que nous venons de soigner. À ton retour sur ta planète, tu porteras le fruit des années de recherches, et du remède mis au point pour une ultime tentative de sauver votre race. Puisque tu es calme, sage, c’est bien comme ça que vous dites ? Sage ? Je vais te faire voir ce que tu ne devrais jamais savoir… là… pose ton front ici…
- — … ? Je… il n’y a aucun risque, vous êtes certain ?
- — Si nous avions voulu ta mort, crois-tu que ce ne serait pas chose faite ? C’est étrange que vous ne soyez pas en capacité de vous servir plus de ces cerveaux que vous possédez… vous les Terriens. Ils ne fonctionnent que très peu par rapport à leurs possibilités infinies.
Ma tête s’incline, je suis libre de mes mouvements et, dans ce qui s’apparente à un télescope, ou un instrument pour voir des images, je peux deviner une agitation de plusieurs personnes autour de… ma voiture.
- — Mais c’est mon véhicule ce que vous me montrez là !
- — C’est surtout ton futur… et dans ces fourmis qui vont et viennent, il en est une qui t’est destinée. Le père de tes enfants est parmi ceux-là. Tu ne devrais pas le voir, mais… je te trouve plus intéressante que toutes les autres. C’est, comment vous dites là en bas ? Une fleur que je te fais !
- — … ? Je vais bientôt être libérée ?
- — Mais tu n’as jamais été détenue ! Seulement malade et nous venons de te soigner. Le temps de cicatriser et tu pourras retourner dans ta fourmilière. Plus forte que jamais. À toi d’ouvrir bien les yeux… et ton esprit, dans ceux-là, il y a matière à te prendre pour femme.
- — Mais…
- — Bon ! On se tait désormais ! Regarde ceci…
Le spectre fait passer devant mon visage, comme un trait de lumière, une sorte de laser rouge. Et c’est le néant… je suis sur le siège arrière de ma Peugeot. Il y a des gendarmes partout et je ne sais plus rien de ce qui m’est arrivé… il manque un grand morceau de ma vie…
Ils sont livides tous les deux. Et je tremble de ce que mon esprit me restitue. Je regarde Alliette qui écarquille les mirettes. Gilles, lui, est comme fou.
— xXx —
Je règle la facture à Alliette Ravier, et nous quittons son boudoir. J’ai un goût amer dans la bouche. Comment mon cerveau est-il devenu assez cinglé pour ressortir des images de cette nature ? Une vraie folie. Gilles ne desserre plus les dents. Il conduit prudemment, l’atmosphère dans l’habitacle devient quasiment irrespirable. De mon côté, je me replie dans ces flashs qui me remontent par bouquets complets à l’esprit. Tout est désormais plus net, et tellement plus réel, tant que ça me serre l’estomac. À un point tel que dans un élan bizarre, je lui crie :
Il freine brutalement et j’ai juste le réflexe d’ouvrir la portière que déjà un haut-le-cœur m’arrache une gerbe de bile. Je quitte ma place pour finir de me vider un peu à l’écart de la route. Merde ! Foutue imagination ? Je ne peux pas avoir vécu ce truc débile. Oui ? Mais comment expliquer ces détails aussi nets, la sensation de réalité qui me submerge ? Et puis… si c’est vrai, alors, ces gens-là, et quand je dis « gens » ne devrais-je pas dire « ces choses », que m’ont-ils fait. Le mot réparé est là qui me bouleverse. Gilles vient me rejoindre, sorti lui aussi de la voiture. Il me donne le bras.
Il est là qui me serre dans ses bras. Et machinalement, son visage s’avance vers le mien. Je détourne la bouille juste pour éviter qu’il n’écrase ses lippes sur les miennes. Je viens de vomir et… un baiser dans de telles conditions n’aurait rien de glamour. Il rit d’un coup en réalisant pourquoi je refuse sa pelle. Nous voici de nouveau dans la circulation et, dès mon arrivée à la maison, je file à la salle de bain. Gilles est entouré de mes parents et j’apprécie hautement qu’il fasse front à ma place. Je n’ai pas envie de leur narrer ce qui me crucifie pour de bon. Une douche et un brossage des quenottes, je peux enfin revenir vers le trio qui discute gentiment. Apparemment, mon amant a détourné l’attention des deux qui ne me posent aucune question embarrassante !
À suivre…