| n° 23645 | Fiche technique | 34626 caractères | 34626 6294 Temps de lecture estimé : 26 mn |
25/05/26 |
| Présentation: Une femme qui disjoncte et cherche des explications à tout prix. Mais en existe-t-il toujours de rationnelles pour tous les évènements de notre existence ? | ||||
Résumé: Un rendez-vous surprenant et un retour à la maison tout aussi... charmant ! | ||||
Critères: f h | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
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Résumé des épisodes précédents :
Épisode 1
Perte de mémoire.
Un drôle de réveil et mille questions sans réponse.
Épisode 2
Visites médicales
Quand ne pas savoir ou comprendre devient une obsession !
Excitée comme une puce, maman l’est véritablement dans l’attente du militaire. Allez savoir pourquoi ! Et il arrive en fin de journée, en civil ! Tiens ! C’est très curieux, dans mon esprit il est intimement lié à son uniforme et ça me fait tout drôle de le voir ainsi dans des vêtements d’homme « normal ». Réflexion digne d’une crétine, puisqu’à bien y songer, il est un homme de toute façon. Et les ronds de jambe de sa Charlotte irritent papa. Et nous avons lui et moi un sourire de connivence qui en dit long sur les circonvolutions de maman. C’est elle qui lui fait visiter la maison, sans seulement le laisser respirer. Il suit amusé, et enfin nos yeux se croisent. Je n’arrive toujours pas à me faire à l’idée que c’est bien ce type que j’ai rencontré dans un hôpital si loin de chez nous.
Là… au milieu de notre salon où il discute avec papa, son accent ensoleillé détone avec celui plus terroir paysan qui nous caractérise, nous les régionaux de l’est. Et dans la cuisine, nous entendons les ustensiles sur le feu de ma mère qui prépare à la hâte, sa surprise pour notre visiteur. Je veux mettre la main à la pâte. Peine perdue parce que je me fais rembarrer immédiatement. Et au bout de longues minutes, d’une agitation frénétique également dont les sons nous parviennent, monte enfin du royaume de Charlotte, une incroyable bonne odeur de pâtisserie. Là, les deux hommes parlent du métier compliqué de notre hôte.
Je sens que lui n’est pas dans le coup. Il me parait vouloir en savoir plus sur mon état de santé et surtout aimerait en apprendre davantage sur ce qui m’anime, et m’a fait prendre un rendez-vous chez cette dénommée Alliette… Alors, dès qu’il en a l’occasion, profitant de ce que mon père nous quitte un moment pour rejoindre sa femme, il se lance sur ce sujet qui lui tient visiblement à cœur.
C’est un vrai soupir qui s’échappe de la gorge de ce Gilles. Pourquoi nos quinquets sont-ils rivés du coup les uns dans les autres, comme imbriqués ? Zut ! Je me sens toute remuée de l’intérieur. Ce peut-il que mon père ait vu juste ? Non ! Je balaie d’un revers de main cette hypothèse que je juge farfelue. Il ne peut, il n’y a rien entre ce gars et moi. Ouais ? Alors l’accélération des battements de mon cœur, à quoi sont-ils dus ? Je n’ai jamais ressenti quelque chose de similaire avec tous les hommes que j’ai fréquentés auparavant. Là, ça n’a rien de ce que je sais. Pour les autres, c’était souvent un coup de peau, un coup de chaud très ponctuel, un désir très passager. Mais ce que je ressens en cet instant, c’est… terriblement différent.
J’en suis tout émue et le retour de maman et papa me sauve d’une situation scabreuse. Ils reviennent ensemble, maman portant un plat sur lequel embaument toujours ses « gougères maison ». Quant à Roger… il rapplique avec une bouteille d’un vin de groseille de sa production. Mes parents veulent faire honneur à leur invité surprise, à n’en pas douter. Et mon trouble est si perceptible que papa marque un temps d’arrêt. Il met celui-ci à profit pour me reluquer de la tête aux pieds, comme si tout chez moi laissait entrevoir ce chamboulement provoqué par un simple échange de nos mirettes entre Moreau et moi. Mince… je dois me reprendre, vite pour ne pas inquiéter qui que ce soit.
Plus facile à dire qu’à faire. Et je demeure sur un petit nuage tout au long d’un diner de fête que maman a préparé pour l’occasion. Je voudrais être une petite souris, m’enfoncer sous terre, dès que le gendarme tourne son visage vers moi. Est-ce le hasard ? Il est à ma droite à table, face à papa et moi, j’ai maman en droite ligne devant moi. Je rêve debout ? Ai-je vraiment senti un frôlement léger contre ma cuisse ? Imaginaire aussi ce pied qui heurte le mien sous la table ? Celui de maman, de papa, qui par inadvertance auraient trop avancé un des leurs ? Je me recroqueville sur ma chaise. Et j’arrive à me persuader que ce n’est pas possible… ce qui vient d’une fois encore flirter avec mon ripaton, ne vient pas de devant, mais plus certainement du côté où se tient… Gilles.
Une cuisse se colle littéralement à la mienne sans que je puisse faire un geste pour la faire fuir. Lui garde un sourire énigmatique au coin des lèvres, parlant gentiment avec l’un ou l’autre de mes parents. Sa fourchette va de son assiette à sa bouche dans d’incessants va-et-vient. Il félicite la cuisinière pour son diner, et tient le crachoir à mon père. Je sais qu’il envoute les deux qui l’écoutent avec des oreilles attentives. Oui… c’est ça ! Émerveiller les parents pour mieux venir au-devant de la fille, ce qui me semble expliquer l’attitude positive de l’invité. Et moi qui comprends tout cela, pire encore, qui me trouve enchantée de ce qui se déroule à cette table.
Quel est le sujet de la discussion au cours de notre repas ? Je suis incapable de le dire. Je ne saisis pas grand-chose de ce qui s’échange là. Et maman qui amène enfin ce qui l’a retenue si loin de nous au moment de l’apéro… une magnifique tarte de brimbelles. Aucun visiteur de marque qui est à notre table n’échappe à cette tradition. Oui ! Ce type est forcément le bienvenu sous notre toit. Ces attentions répétées, ce sont là les preuves de la sympathie de mes parents. Mon Dieu ! Ça ne fait que me précipiter un peu plus vers ce qui me serre le ventre. Je réalise que c’est à eux qu’il plait et tous ses mots, ses gestes tendent à les amadouer. Est-ce que je suis… sa cible ? Cette idée saugrenue loin de m’effrayer renforce de plus belle ce qui me crispe les tripes. Il y a chez ce beau gendarme un truc qui… me plait trop.
Et maman et moi, nous nous levons de concert. Les hommes font de même et papa invite Gilles à le suivre. Le salon pour un autre cérémonial très vosgien… le pousse-café. Un rituel ici où l’hôte se doit de goûter l’eau de vie de mirabelle… et gare à celui qui refuserait. Une vexation de ce style et ce serait la fin d’une amitié en devenir. Dans la cuisine, maman est volubile et survoltée. Tout en plaçant les assiettes et les couverts dans la machine pour les laver, elle parle. À moi bien sûr, qui ne l’écoute pas vraiment. Mais certains de ses mots me restent pourtant accrochés à l’oreille.
Elle rigole en me voyant la planter là ! Le salon où je fais un bref passage, un « bonsoir » laconique aux deux gaillards qui se frottent à la bouteille de gnôle et je gagne ma chambre. Un peu de calme, malgré le flot de paroles transmis par ma mère, un peu trop follette à mon goût ce soir. Se peut-il que mes parents soient plus clairvoyants que je ne le suis ? Ai-je été à ce point si démonstrative lors de notre diner, qu’ils aient senti mon trouble ? Difficile de trouver le sommeil avec de telles pensées qui se bousculent sous mes tifs. Et des pas dans le couloir, je reconnais là ceux de maman qui, elle aussi, va se coucher. Les deux bonshommes sont donc encore à l’abreuvoir ? Que peuvent-ils bien se raconter qui les tiennent en éveil aussi longtemps ?
Les voix feutrées qui murmurent me rappellent que je ne dors pas vraiment. Une somnolence latente qui, au moindre bruit, me rouvre les paupières. Zut ! J’ai beau me tourner, me retourner encore et encore, rien n’y fait. Et puis la soif vient aussi semer la zizanie dans mon esprit déjà passablement énervé. J’écoute le silence et puis glisse hors de ma couche. La porte entrouverte, je guigne dans le corridor plongé dans le noir. Tous sont au lit ! Je me coule donc vers la cuisine et le réfrigérateur, en quête d’une bouteille d’eau minérale. Tout est calme et je parviens sans encombre à la source fraiche. Après avoir sifflé un grand verre cul sec, je garde le flacon pour faire machine arrière. Toujours sans bruit, je longe donc la chambre parentale, et m’engouffre dans celle où je couche.
C’est au moment où je m’assois sur mon pieu que deux petits coups très discrets sont frappés dans la porte. Je me bloque soudain dans une attente craintive. Qui peut venir toquer chez moi ? Je ne bronche pas et, de nouveau, deux coups feutrés se font entendre. Bon ! Qui est-ce qui peut bien venir au milieu de la nuit ? Mon cœur bat à tout rompre. Et je me rends derrière la cloison mobile. Toc-toc ! Ma main tremble un peu, s’empare quand même de la clenche et… il est là. Son visage se découpe dans l’embrasure que je viens d’ouvrir.
Il avance sa bouille. J’aurais tout loisir de retirer ma frimousse. Alors ? Pourquoi est-ce que je n’en fais rien ? Il avance d’un pas, suffisant pour que nos museaux se trouvent. Là… est-ce lui ou moi, qui de nous deux fait ce geste qui engendre tout ce qui va suivre ? Les mots de maman, les paroles de mon père, tout me remonte à l’esprit pendant que quatre lèvres s’apprivoisent. Un vrai, un long, très langoureux baiser nous rattrape sans que je fasse quoi que ce soit pour l’abréger ou le refuser. Il me serre dans ses bras, ce Gilles fougueux. Et notre étreinte me pousse à reculer, toujours le corps collé à celui de cet homme. La lampe de chevet permet sûrement à mon cavalier de guider ses pas vers ma couche. Là… dès lors que mes jambes y sont accolées, plus d’échappatoire. Mais ai-je seulement une seule pensée pour éviter ce qui devient inéluctable ?
Je ne sais plus où je suis, nageant dans un épais brouillard. Ma chemise de nuit en pilou n’a rien de très glamour et les mains trop chaudes qui dessinent en filigrane les contours de mon anatomie sur le tissu me brûlent pour de bon. Je suis surprise et ne peux prononcer un seul mot. Je gis désormais sur les draps à demi ouverts. Gilles se pose à côté de moi, lippes qui se lovent sur les miennes. Nos langues papillonnent comme pour savourer l’instant présent. Respirations haletantes, nous sommes deux à avoir le souffle coupé par des baisers qui se renouvellent d’eux-mêmes, avec pour seule interruption la prise impérative d’une goulée d’air, obligatoire à notre survie. Je trouve dans ces pelles enflammées une vigueur incroyable.
Pas une phrase n’est prononcée, nous sommes totalement obnubilés par ce besoin de nous découvrir. Au sens figuré d’abord, puis petit à petit au sens propre du terme. Ma chemise de nuit remonte sur le haut de mon corps, tirée par deux pattes impatientes. Elle me passe par-dessus la tête et reste bloquée par les manches sur mes poignets. Bras relevés, je ne cherche pas, et du reste il m’est impossible de camoufler ma poitrine et mon ventre dénudés. Je demeure prisonnière de ce vêtement, pas vraiment fait pour être ôté de cette manière trop rapide. Gilles prend son temps ! Il ouvre les quinquets tout en déboutonnant les fixations qui interdisent le retrait total de ma tunique nocturne. Savoure-t-il la vue de mes seins haut perchés, ou l’ombre sombre de mon pubis libre de toute contrainte, sans fard et très exposé ?
Le temps des caresses, celui de mes gloussements aussi et les bisous qui me font frissonner, jamais je ne veux qu’il s’arrête. Envolées les paroles de mes parents ! Je ne suis plus qu’une boule de nerfs qui se vautre contre les mains qui l’explorent. Je dois bien sûr retenir un maximum mes plaintes pour ne pas réveiller papa et maman. Et les bisous dans mon cou, sur ma nuque stoppent un court instant leur progression. C’est seulement pour me murmurer une demande ferme.
Il n’y a plus de chuchotements. Cette fois, il est dans l’action. Et il se coule le long de mon ventre. Sa bouille se fraye un passage entre mes cuisses. Étendue de tout mon long sur le drap, je le laisse venir boire à cette source qu’il a mise en ébullition. Et il sait faire. Je me cabre à diverses reprises sous des coups de langue surprenants. Mes mains au bout d’un court moment viennent s’amarrer à sa chevelure rase. Et mes paumes ne repoussent pas du tout celui qui s’ingénie à me lécher avec une douceur infinie. Inouï ! Je suis prise dans un tourbillon inconnu, une forme d’abandon de tout mon être. Je lâche prise, et c’est un véritable feu d’artifice. Je dodeline ma caboche de droite à gauche, en gémissant très faiblement. Et puis zut ! Au diable la retenue. Je suis incapable de garder ces plaintes au fond de ma gorge. Gilles me fait tellement de bien !
Combien dure ce qui nous fait n’être plus qu’un ? Je ne saurais compter, mais j’apprécie au plus haut point ce qui régale mes sens. J’ose même des gestes si intimes que je n’ai jamais pratiqués avec mes amants précédents. Ce gendarme n’a rien de ceux avec qui j’ai eu des rapports sexuels. Là ! C’est le nec le plus ultra ! Le dessus du panier, le gratin. Ma tête me lance des mots, elle me hurle que je fais l’amour plus que je ne baise. Jamais auparavant je n’ai ressenti ce curieux frisson qui m’envahit soudain, qui me fait libérer je ne sais quelles sécrétions qui inondent ma couche, sans que j’en sois purement consciente. Et les tressaillements de tout mon corps s’éternisent en vagues successives qui me font me tordre dans des mouvements que mon partenaire peut croire de douleur.
Il n’en est rien, évidemment. Il ne s’agit là que d’un déferlement de sensations terriblement différentes de tout ce que je connais de l’amour… ou du sexe. Et il est certain qu’en ces instants particuliers, tout se mélange dans mon cerveau et que je ne suis pas, plus en mesure de comprendre ce qui m’arrive. Je jouis, oui ! De cette jouissance qui déferle partout en moi, rendant intouchable chaque centimètre carré de ma peau. Tout est en feu ! Je me consume de l’intérieur, à ne plus supporter le moindre frôlement et mon complice a le tact, et surtout la présence d’esprit de ne plus intervenir. Il s’écarte de moi et tout bouge, tout tremble un long moment avant qu’enfin mes sens s’apaisent lentement. Et je suis la première à revenir me blottir contre le torse masculin velu. Lui enroule son bras autour de mon épaule.
De sa main libre, il lisse mon front, remonte une mèche de cheveux qui me couvre l’œil et sa bouche par de petits bisous sonores me ramène à une tendresse inconnue. Il a la respiration régulière, apaisant de ses câlins les derniers soubresauts qui me font frétiller. Je suis calée contre ce mur, ce roc protecteur. Et je songe que les paroles de maman, celles hier de papa, étaient sûrement prophétiques. Je n’ai aucune envie de le voir repartir pour sa chambre. Avec le barouf que j’ai fait, les cris qui ont fini par s’échapper malgré moi de mon gosier, si mes parents ne sont pas au courant de nos activités nocturnes, c’est qu’ils doivent avoir un sommeil de plomb. Alors ? Eh bien, j’ouvre au large le drap et invite muettement mon cavalier à se blottir dans mon lit, pour le reste de la nuit.
Il ne demande pas mieux. Un dernier baiser, amoureusement donné et reçu de la même manière et nous nous enfonçons dans un repos mérité. Je me fous de l’heure, du temps et de tout ce qui peut se faire ou se dire. Jamais une telle félicité ne m’a habitée. C’est dans les bras de mon beau gendarme que je sombre dans un néant sans nuages. Lui doit dormir aussi, mais il m’est impossible de le savoir. Pas de rêve, pas de cauchemar, juste le sentiment que je suis heureuse. Et ce qui me ramène les pieds sur terre, c’est une bonne odeur de café. Maman ne nous a pas réveillés en se levant. Et comme chaque matin que Dieu fait, elle s’occupe de sa maisonnée. Le petit-déjeuner sera sûrement prêt lorsque nous débarquerons dans le royaume de la maitresse de maison. Pas tout de suite en tout cas, puisque Gille est aussi tiré de son repos par mes mouvements trop brusques. Et… le bonjour que nous nous offrons n’est pas forcément formulé en langage courant.
— xXx —
Les yeux s’attardent sur Gilles qui nous rejoint une vingtaine de minutes après que je me sois levée. Temps nécessaire à la normalité des choses. À sa manière de le dévisager, elle le suspecte ? Mes gémissements l’ont-ils alertée ? C’est la seule possibilité. Papa est le dernier à se mettre les pieds sous la table. Et là aussi, à son clin d’œil, je devine qu’il est au courant. Notre hôte de son côté ne se doute de rien ? Ou plus simplement fait-il mine d’ignorer les sourires entendus de mes parents ? Ce n’est pas non plus l’affaire du siècle et l’ambiance est bon enfant… tout mon petit monde semble joyeux. De surcroit, je trahis le rapprochement opéré entre celui que je dois bien considérer comme mon amant maintenant et moi, par un tutoiement à diverses reprises.
Des « tu » qui n’avaient pas cours hier pendant le diner ni plus tard dans la soirée. Ça tient à si peu de choses et je suis persuadée que ma famille n’est pas dupe de ce qui nous unit désormais, le gendarme et moi. Mais… papa et Gilles vont faire un tour dans l’atelier du maitre des lieux et nous, les femmes, restons en tête à tête. Je vais avoir droit à un interrogatoire serré, si j’en juge par la bouille malicieuse de la femme qui m’a mise au monde. Et… ça ne traine pas.
Je baisse le nez, et mes mains essuient plus longuement le verre à jus de fruits qu’elles attrapent. Mais elle insiste… curieuse.
Elle se met à rire et comment ne pas lui emboiter le pas. Elle est là, debout devant moi, avec tellement d’amour dans les pupilles. Comment lui en vouloir d’être aussi cash ? C’est vrai qu’elle a vécu bien des histoires avant ma naissance, et qui sait, après celle-là aussi. Et papa… peut-être est-il plus coquin que je ne veux l’imaginer. Le bonheur est là, qui rit franchement. Par pur réflexe, je la prends à bras-le-corps et nous nous étreignons devant l’évier. Mon Dieu… une bouffée de tendresse qui me serre l’estomac, qui me donne chaud. Cette mère sur qui j’ai toujours pu me reposer, me confier aussi, elle sait bien que je n’ai pas « couché » au hasard. Elle me prouve son affection et, du même coup, me fait savoir qu’elle me signe un chèque en blanc. Un blanc-seing pour la suite des évènements, sa bénédiction quoi.
Une petite larme nait au coin de mes mirettes, mouille ma joue et son corsage par la même occasion. Ne pas lui montrer ce débordement qui m’étreint en tentant de retenir ces perles d’amour qui roulent sur les ailes de mon nez… Elle n’est pas folle, et sent bien que je les réprime ces sanglots qui me submergent. Sa voix se love dans mon esgourde…
Les deux mâles se font entendre dans l’entrée. Alors, je quitte la pièce et maman, direction la salle de bain. Une bonne douche s’impose. Puis je m’habille en songeant à cette praticienne d’un genre spécial qui doit me recevoir cet après-midi. Quand vient l’heure du déjeuner, c’est un Gilles fringant et détendu qui mange en face de mon père. Ceux-là sont déjà copains comme cochon, et la cuisse qui frôle la mienne le fait sciemment, sans que j’y trouve à redire. C’est… presque dans l’ordre des choses, ces câlins qui s’instaurent sous la table, et mes parents se doutent forcément de notre nouvelle complicité. Est-ce que papa et Gilles ont parlé de notre nuit ? Aucune idée, mais maman l’a bien fait avec moi, alors pourquoi pas ?
Vers treize heures trente, c’est en qualité de passagère d’un beau gendarme que je prends la route pour le cabinet de celle qui m’attend. Le trajet ne doit pas durer plus d’une heure. Et c’est un réel plaisir que de vivre ces instants magiques avec cet homme-là. Mais mon esprit est en dérangement. J’ai une appréhension légitime au fur et à mesure de notre approche du cabinet du médecin. Et je n’en mène pas large lorsque d’un index assuré, Gilles appuie sur le bouton de la sonnerie du cabinet de madame Ravier. Nous n’avons plus à nous poser de questions. Un visage jovial s’inscrit dans notre champ de vision.
Me voici installée en position allongée, le buste surélevé par rapport à mes pieds. Un meuble confortable et la praticienne s’assoit sur un fauteuil identique à celui qui reçoit Gilles. Elle reste un moment silencieuse. Enfin, quand elle ouvre la bouche, c’est seulement pour me demander de lui relater mon histoire.
Et je me mets à débiter le peu d’éléments que je garde en mémoire. Je raconte ma sortie du travail, mon retour en début de nuit et puis la panne de ma voiture. Je n’omets rien, et narre comment je me suis détournée de mon véhicule pour trouver du réseau… et appeler mon père ou un dépanneur. Je relate également mon retour à la vie, avec ce trou béant dans mon existence. Les entretiens avec les gendarmes, avec les soignants aussi de l’hôpital, sans passer sous silence le fait que le compteur de ma Peugeot, inexplicablement, prouve que je n’ai pas roulé jusqu’à l’endroit où j’ai été récupérée par Gilles et ses collègues, bien loin de chez moi. L’absence de souvenirs pour toutes ces heures qui font défaut à ma vie désormais. Je prends mon temps pour édicter ce qui au fil des mots fait remonter mon angoisse.
La femme, assez petite, légèrement potelée sans être grosse, chevelure auburn, visage souriant, note ce que je débite, sans me poser aucune question, sans revenir sur tel ou tel point ! Non, elle se contente de m’écouter et d’écrire sur un cahier ce que je dis. Combien de temps dure cet entretien dont je ne mesure pas la longueur ? Je lui explique également mon besoin de savoir, l’appel à Gilles et son désir de m’accompagner. Madame Ravier continue sans un mot de noter mes faits et gestes, du moins ceux qui me reviennent au cours de mon monologue. Je suis au bout de mon histoire avec l’entrée dans son cabinet. Là, elle relève la tête… puis toujours sans un mot, elle se lève. Mon regard et celui de mon accompagnateur suivent le déplacement de la femme.
Elle se saisit d’une bougie, l’allume et la pose sur une petite table devant moi. Elle se décide à ouvrir la bouche.
C’est drôle. Je suis seule et il ne me reste que cette mélodie qui me poursuit. Oui… une voix qui chantonne. J’ai l’impression que je vole, que je suis sur un nuage. Et la voix me berce, me caresse doucettement. Agréable voyage dans un pays ouaté, satiné. Puis la voix me parle.
J’ai l’air hébétée. Je regarde ce qui m’entoure. Deux paires d’yeux me scrutent. Candidement, je pose une question.
Gilles me sourit. Je ne trouve pas ça drôle pourtant, et la bouche de la toubib qui s’entrouvre pour émettre des sons qui me vrillent les tympans…
Nous voici sur le chemin du retour. Et je suis muette. Comment exprimer ce qui me serre la gorge ? Je n’arrive pas à admettre que mon cerveau se soit plié aux injonctions de cette femme. C’est… impensable vraiment. Gilles lui s’en amuse, de ce qui s’est passé.
Nous roulons donc cette fois sur le chemin des écoliers. Vers un petit chalet dans la montagne ! Mon seul souhait en cet instant ? C’est qu’il n’ait pas neigé là-haut cette nuit pour que les deux derniers kilomètres sur un petit chemin caillouteux soient praticables en voiture. Mais à défaut, nous les ferons à pied… et ma main se pose sur la cuisse de mon chauffeur. Il ne bronche pas. Encore une demi-heure de plus et nous tirons la porte « du chalet de la Charmotte » sur notre couple. Un antique fourneau à bois et, dix minutes plus tard, un feu nous réchauffe. Sortie du coffre, une couverture écossaise en laine va nous servir de matelas. Ce qui se trame ensuite, dans ce lieu perdu, n’est que le rapprochement de deux corps ivres d’envie. Et là… il n’y a pas maman ou papa pour m’empêcher d’extérioriser ma jouissance.
À suivre…