| n° 23649 | Fiche technique | 32643 caractères | 32643 5910 Temps de lecture estimé : 24 mn |
27/05/26 |
| Présentation: Une femme qui disjoncte et cherche des explications à tout prix. Mais en existe-t-il toujours de rationnelles pour tous les évènements de notre existence ? | ||||
Résumé: Les hallucinations, les rêves ou les cauchemars peuvent-ils être héréditaires ? | ||||
Critères: f h | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Le temps perdu Chapitre 05 / 05 | FIN de la série |
Résumé des épisodes précédents :
Épisode I
Perte de mémoire.
Un drôle de réveil et mille questions sans réponse.
Épisode II
Visites médicales
Quand ne pas savoir ou comprendre devient une obsession !
Épisode III
Flammes vacillantes
Un rendez-vous surprenant et un retour à la maison tout aussi… charmant !
Épisode IV
Révélations d’une folle endormie ?
Quand savoir n’est pas forcément une bonne chose.
Je hais les nuits suivantes, lorsque je suis seule. Gilles est reparti dans son sud et sa gendarmerie. Les vacances ne peuvent pas durer éternellement et, de mon côté, j’ai aussi repris mon travail. Évidemment, mes collègues espiègles en diable se moquent gentiment de mon « absence ». Adèle, une jeune femme qui bosse dans le même bureau que moi, me taquine avec un amoureux lointain. Bien sûr, elle ne saurait être si près d’une vérité qui est arrivée après coup. Et je me garde bien de parler de mon ténébreux Capitaine. Il m’appelle tous les soirs ou presque, mais ce n’est pas comme s’il était présent. Et puis… les images de ce qui est des hallucinations dès que les heures lumineuses s’effacent sont là, qui me hantent.
Pas moyen de passer à autre chose. Les drôles de créatures grises et sans consistance me pourrissent l’existence désormais quasiment chaque soir, dès que je ferme les yeux. Je n’ai aucun moyen de les combattre si ce n’est celui de rester éveillée. Ce qui, bien entendu, ne peut pas durer. Je suis une fois par semaine chez Madame Ravier qui fait l’impossible pour me sortir de ce qui cause lentement ma perte. Hier… je me suis rendue à l’hôpital de Remiremont pour y subir cette radio qui devrait lever tous mes doutes, ou m’enfoncer un peu plus dans le mystère d’une absence prolongée de dix journées de ma vie. Le prétexte pour cette image médicale étant des souffrances imaginaires dans mon bras gauche, les opérateurs prennent toute une série de clichés de mon membre prétendument douloureux.
Même notre bon vieux médecin de famille n’est pas dans la confidence et c’est lui, normalement, qui devrait réceptionner les résultats en fin de semaine. C’est donc le samedi matin que l’épouse secrétaire de celui-ci m’invite par téléphone à venir entre deux consultations pour visiter son mari. Elle ne s’étend pas sur le sujet, secret professionnel oblige. Je dois reconnaitre qu’en me rendant à ce rendez-vous impromptu, je n’en mène pas large. Henri Mangin est en consultation et je fais tapisserie environ une dizaine de minutes avant qu’il me fasse entrer dans son cabinet. Je scrute bien évidemment sa bouille pour essayer de deviner, mais il baisse le nez, m’invite à m’installer et se colle sur son siège.
Il relève ses lorgnons, ouvre une large enveloppe bleutée, en sort les radios et je le sens nerveux. Mon cœur dans ma poitrine bat la mesure, en accéléré même, en attendant qu’il se décide.
Il retourne le cliché de manière à ce que je voie ce qu’il veut me montrer. Je n’observe pas grand-chose en fait, juste une marque plus claire, une sorte de « T » qui parait faire partie de l’os. Une callosité en apparence bénigne.
Je fixe le vieux bonhomme et il a un sursaut. Il ouvre de nouveau la bouche, se souvenant soudain que les mœurs actuelles sont bien différentes de celles de sa jeunesse.
Mon sourire est ma seule réponse. Il prend cela de la façon qui lui plait, je m’en fiche. Mais ce truc dans mon bras… est-ce que c’est la preuve que je n’ai pas rêvé toute cette histoire de jours manquants à l’appel de mon existence ? Et l’ectoplasme qui m’a collé ça dans le cubitus, il m’a mise en garde ! Je fouille pour me souvenir de ce que l’hypnose m’a remis en mémoire. Ah oui… « Elle va te garantir l’immunité contre toutes les maladies qui courent sur ta terre. Si tu tentes de la retirer ou qu’un jour un de vos horribles docteurs cherche à l’enlever, ce sera la fin de toi dans les heures qui suivront… » Oui… c’est bien ce que me restitue mon cerveau et je blêmis du coup sous cette possible menace. Pas question que ce bidule soit tripoté donc ! Un long frisson parcourt mon dos en songeant que… bon sang et si… c’était bien réel ?
Mon moral prend la tangente. J’ai l’impression que mon cou rentre dans mes épaules et je serre mon poing sur l’anse de mon sac à main. Henri s’imagine sûrement que c’est pour ses paroles que j’ai ce coup de blues. Il a lui aussi une drôle de mine.
Il sort d’un tiroir et s’apprête à me signer un arrêt maladie. Je le dissuade immédiatement.
Il rit et cette fois mes lèvres esquissent un retour, le plus ressemblant possible. Une risette forcée qui doit suffire à rassurer mon bon généraliste. Ça me démange de lui déballer tout ce qui me bouffe de l’intérieur, mais comment exprimer cette trouille qui m’habite ? Non ! La raison veut que je garde le silence sur… la présence de ce machin dans mon avant-bras. Et après avoir réglé les honoraires de la consultation, je rentre chez moi, bouleversée et de moins en moins joyeuse. Je sais aussi qu’à la maison, je vais devoir faire semblant d’aller bien, d’être heureuse en fait. Et merde ! Pourquoi ce genre de plan tombe sur mon insignifiante personne ? Et dansent dans mon crâne des paroles encore que mes phases d’endormissement artificielles ont fait renaitre…
Notamment quelques mots : « D’autres que toi sont aussi, depuis quelques jours, préparées à ces fécondations modificatives. Vous êtes les élues… » et si je ne sais pas qui ni où, se peut-il que sur cette Terre des femmes se sentent elles aussi, totalement dépourvues devant des évènements incompréhensibles qui leur arrivent ? Oui ? Mais comment le savoir et où les dénicher ? Il reste aussi un autre point que mon cerveau élude forcément… les bestioles grises ont également avancé une phrase inquiétante si j’en juge par ce que Alliette Ravier a fait ressurgir dans mon crâne… Et celle-ci n’est pas anodine non plus. Zut… un peu la panique qui refait surface : « nous t’avons préparée pour une future fécondation. Le petit que tu porteras un jour aura en lui un gène qui va modifier l’ADN de certains d’entre les Terriens. »
— xXx —
Lentement je glisse sur une pente savonneuse. Ne pas comprendre ce qui m’est arrivé devient comme un enfermement personnel, une prison que je verrouille à double tour, toute seule, sans même m’en rendre compte. Mes rapports avec les autres deviennent complexes, j’en veux à la Terre entière et mes parents pâtissent de mes sautes d’humeur. Pas seulement eux du reste, puisqu’au travail, je deviens imbuvable. Et je fais l’inverse de ce qu’il faudrait. Mon attitude éloigne les uns et les autres, c’est un cercle vicieux duquel je ne parviens plus à m’échapper. L’unique personne à trouver grâce à mes yeux, c’est Gilles Moreau.
Nous passons toujours quelques minutes au téléphone et il m’annonce sa visite pour la fin de semaine, si bien sûr rien ne vient contrecarrer la permission posée… l’armée a souvent toujours le dernier mot. Et nous sommes ce vendredi tant attendu. Il est midi lorsque je reçois son coup de fil.
Il raccroche, mon cœur est en liesse. Je sors de mon boulot et rentre avec l’unique pensée qu’il doit déjà m’attendre chez mes parents. J’avoue que je dépasse à plusieurs reprises les limitations de vitesse, pour arriver plus rapidement. Et… il est là, en compagnie de mon père, qui a sorti son bataclan de pêcheur. La Moselle n’est pas très loin et c’est la pleine saison de la pêche à la mouche. Papa est un acharné. Il adore taquiner un poisson qui s’appelle l’ombre et je suis surprise de voir les deux hommes, canne à mouche à la main, qui se brisent les poignets à faire des « lancers blancs » sur la pelouse. Maman est là qui rit de voir les efforts de mon invité qui s’ingénie à copier son mari.
Le « fouet » est vite oublié dès que j’arrive et Gilles s’avance vers moi, sous les yeux médusés de mes parents. Et sans chichis, nous nous embrassons devant eux, vrai baiser d’amoureux qui s’attendent depuis trop longtemps. Lorsque nous nous séparons, papa fait un clin d’œil au gendarme.
Il est planté là et je me précipite contre sa poitrine. Machinalement mes bras s’agrippent à son cou et il me serre si fort que j’en ai le souffle court. Mon visage se lève vers le sien… et nos bouches font de concert la moitié d’un chemin qui les amène l’une contre l’autre. Un baiser fou qui vient enfin clore un long discours et montrer à quel point j’attendais ces retrouvailles. Comment expliquer que j’ai la sensation que mon cœur va exploser ? Ces embrassades fougueuses que nous partageons, sous les yeux éberlués de mes parents, sont-elles le prélude à des amours immensément profondes ? Je veux le croire.
Par contre et par respect pour mes parents, nous décidons que nous utiliserons la chambre d’ami, plus éloignée de celle conjugale de mes ainés. Et il est évident que c’est un excellent choix. Dès nos retrouvailles en tête à tête, ce qui a mijoté durant des jours et des semaines explose en caresses et… en gémissements. Bref ! Gilles et moi satisfaisons notre besoin d’amour dans une sexualité débridée. J’apprends avec lui plus en quelques jours que durant toutes mes minces expériences avec mes précédents jeunes amants. Nous revenons aussi dans le huis clos de la pièce où nous calmons nos sens, sur le sujet épineux qui me tracasse. Lui a ce don de me calmer réellement. Et… c’est bien dans cette piaule que s’ébauchent nos premiers plans sur la comète, d’un futur à deux.
Ainsi, cette semaine de folles amours passe avec une rapidité qui défie les lois temporelles. Il me quitte avec cette promesse d’un retour le plus rapide possible et le cours de mon existence sombre dans la mélancolie de son attente. Quel matin ai-je les premières nausées ? Je ne m’en formalise pas plus que cela. Et c’est maman qui au bout de quelques incursions matinales aux toilettes pour régurgiter son café qui me pose une question qui fait tilt dans ma tête.
Ma maman se penche sur moi et me fait un bisou sur le front. Elle arbore un sourire épanoui. Heureuse d’une possible grossesse chez sa propre fille. Lorsqu’elle se détache de moi, elle me murmure encore un ou deux mots. Ceux-ci me sont glissés dans l’oreille à voix basse, peut-être parce que mon père s’annonce dans la porte de la cuisine.
Elle fonce vers son évier alors que son mari nous balance directement une phrase étrange.
Voilà comment ma mère vient d’enfoncer un clou dans mon cerveau. Il est vrai que nous n’avons pris aucune mesure spéciale et qu’il est possible que je sois… enceinte. Nos rapports fréquents se sont déroulés « au naturel » et je mesure soudain la bêtise de ces actes inconscients. Alors, je suis les conseils maternels et la semaine suivante, puisque les régurgitations non seulement n’ont pas disparues, mais ont une nette tendance à s’amplifier, je n’ai plus d’autre choix que d’aller consulter le médecin de famille. J’obtiens un rendez-vous promptement. Le bénéfice d’être des proches peut-être ? Et c’est ainsi que le matin suivant mon appel, je fais le pied de grue dans sa salle d’attente.
Première patiente du matin, je le suis dans son cabinet. Il est souriant, et il ne lui faut guère plus de quelques minutes pour arriver aux conclusions de maman. Les symptômes décrits sont sans nul doute un bon indicateur, et un examen plus avancé lève le voile sur mon état. Cette fois, je suis au pied du mur. Il ne pose pas de question trop personnelle, se contente de faire son job en bon praticien. Il me donne une lettre de recommandation pour le gynécologue de la maternité de Remiremont. Et… toujours sur un ton plaisant, il me souhaite « bonne chance ». J’ai beaucoup de peine à contenir les émotions contradictoires qui m’assaillent, je navigue entre joie et peur, mais les deux pôles attirent mes larmes.
Me voilà embringuée dans un cursus rébarbatif inconnu en diable. Il est évident que je dois également mettre au courant l’auteur des faits. Et Gilles montre une telle fierté et une immense joie que je dois calmer ses ardeurs téléphoniques. La distance qui nous sépare n’est pas pour le rassurer non plus. Mais dans sa tête, il échafaude déjà une éventuelle demande de mutation, un rapprochement que l’armée peut permettre. Je lui laisse le soin de régler ce genre de détail avec son état-major. De mon côté, j’ai la chance d’avoir une mère dévouée qui connait la musique et je sais pouvoir compter sur elle. Papa, dès qu’il a eu vent de l’affaire, a secoué la tête, s’est borné à me dire :
Rien d’autre, hormis me serrer contre son cœur et me faire un bisou sonore sur le front. Et l’affaire suit son cours. Visites médicales obligatoires, suivi de mon état, échographie encore de ce qui croît en moi. Une énorme surprise encore lors de celle-ci que je subis en présence de maman. Et la toubib perplexe montre le moniteur à ma mère qui se tourne vers moi avec un air étrange. Je flippe de nouveau et pose évidemment la seule question qui émerge de mon cerveau.
Je tends l’oreille et j’ai un son, bien sûr.
Voici comment je surmonte le traumatisme de ces heures perdues, envolées dans le cours d’une existence. Durant cette période très féminine, je surfe sur le meilleur, et parfois le pire. De longs moments de bonheur intenses alternent avec des phases de désespoir infini. Mon ventre s’arrondit tel un ballon de baudruche dans lequel un souffleur fou injecte de l’air et je suis de plus en plus « handicapée » par ce bidon imposant. La marche me devient pénible au fil des mois, mais Gilles est là le plus possible pour m’épauler. Des filles, ces petits êtres qui prennent du volume en moi, oui, ce sont deux filles. C’est donc par une petite nuit d’avril que naissent, après plus de quinze heures de contractions et de douleurs, deux bouts de choux… de deux kilos et demi chacun.
— xXx —
Fleur et Flore… poupées chauves dont le caractère agité de la première contraste étrangement avec la zénitude de sa sœur. Fleur crie, Flore dort. Le jour et la nuit, dit souvent maman. Et bien malin qui, au fil des mois, puis des ans, pourrait les différencier. Le grand-père arrive à les confondre et il faut mon œil exercé pour les reconnaitre. Gilles est désormais rattaché à la brigade de notre village, et nous nous sommes mariés alors que nos filles venaient de faire leurs premiers pas. Quelques fois, certaines nuits, il me semble que des visions refont surface, sorties tout droit de mon cerveau. De drôles de songes, toujours la nuit, des êtres gris viennent, me font subir une batterie de tests et au petit matin, il ne subsiste plus rien de ces visiteurs imaginaires.
Si Fleur, qui est entrée cette année au cours préparatoire, demeure impétueuse et espiègle, sa sœur plus douce, semble douée pour les arts et la musique en particulier. Elle passe le plus clair de son temps devant le miroir en pied de l’armoire de sa chambre. Elle chante et ça a le don d’agacer Fleur. Je suis trop souvent obligée de me gendarmer pour que mon petit monde s’accorde. Je ménage la chèvre et le chou et file toujours le parfait amour avec celui qui de capitaine est devenu commandant. Il est responsable de la brigade du village. Souvent absent, pris par son fichu métier, je gère donc seule l’éducation de nos enfants.
Curieusement, je n’ai jamais pu en avoir d’autres. Il n’existe pas d’explications plausibles à cet état de fait. Nous n’avons jamais, et continuons à le faire, pris de précautions particulières lors de nos rapports amoureux. C’est simplement « comme ça » ! Nous menons une existence heureuse, tous les quatre, sans souci du lendemain. Nos filles fêteront leur seizième anniversaire en avril prochain. Gilles a quelques cheveux blancs et je suis moins fine, plus ronde sans être grosse. C’est en passant devant la chambre de Flore que ce soir, je l’entends parler. Sans doute au téléphone, comme c’est si souvent le cas pour sa sœur Fleur qui draine une sorte de cour, tant de garçons la courtisent.
Rien d’anormal, pas d’alerte puisque nos enfants ont la tête sur les épaules et que nous avons veillé à leur donner une très bonne éducation. Alors ? Pourquoi une alarme dans ma caboche se met-elle en branle sans raison ? Ou plus justement, c’est en découvrant sur la crédence de la salle à manger le téléphone de Flore que je suis d’un coup en alerte. Avec qui peut-elle bien discuter, puisque personne n’est entré dans la maison ? Fleur est dans sa chambre, occupée sur son PC et visiblement pas du tout en relation avec sa sœur. Je fais donc volte-face et reviens sur mes pas. Les murmures sont plus audibles du corridor, de derrière la porte de sa chambre.
Curieuse, je me demande donc qui est l’interlocuteur de ma petite Flore. Intriguée, je fais ce qu’aucune maman ne devrait jamais oser faire. Je me penche par le trou de la serrure et… je tente d’épier qui peut bien dialoguer avec ma gamine. Je ne distingue rien d’anormal et me sens idiote de ce comportement absurde. Je frappe pourtant.
Je pousse la porte avant de réaliser que, sans m’avoir entrevu, elle sait que c’est moi qui viens la visiter ?
Elle se lève de son siège et va vers la porte. De là, elle appelle sa sœur. Un bruit dans la chambre à côté et sa frangine apparaît dans l’encadrement de la porte.
Je sens mes jambes qui n’arrivent plus à me soutenir. Je dois m’assoir sur le lit pour ne pas tomber. Je ne pige pas. Mais ce que mes deux filles me décrivent là, ça ressemble bougrement à ce qui m’a volé des jours et des jours de ma vie. Comment est-ce possible ? Les cauchemars ne sont pas héréditaires que je sache ! C’est dément, je ne veux pas croire ce que mes deux gamines me racontent. Quant à Fleur, égale à elle-même, elle tourne les talons en disant à sa frangine :
Mon Dieu. Je ne vais donc jamais m’en sortir ? Je suis complètement abasourdie par le discours de Fleur et plus encore anéantie par ce prétendu ami gris me rappelant de très mauvais moments de mon existence. Pourquoi alors, une idée germe-t-elle dans mon cerveau ? Il n’y a pas que de mauvaises choses dans ces jours oubliés. La rencontre avec Gilles, notre amour et surtout la naissance de nos filles ! Et si tout cela avait été au départ créé de toutes pièces ? Un grand plan pour que tout s’enchaine mécaniquement, que tout s’enclenche à la perfection ? Si le résultat était que j’accouche de deux filles ? Comment peuvent-elles visualiser ce que mon esprit ne peut pas concevoir ? Je n’ai pas d’explication une fois de plus ?
Je suis incapable d’assimiler cet état de fait. Mais mes deux gamines n’ont pas l’air d’être des menteuses ! Alors ? Existe-t-il quelque chose qui me, qui nous dépasse ? Gilles et moi avons deux beaux enfants, nous vivons une existence « normale » et nous sommes heureux. Je veux le croire du moins. Suis-je trop inquiète ? Qui ne le serait pas pour sa famille. Puis, il y a aussi un détail qui m’intrigue depuis longtemps sans que je veuille me l’avouer. Jamais, d’aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai attrapé le moindre rhume, la plus petite maladie. Nous avons traversé les temps délicats de la Covid sans être atteintes les filles ou moi. Leur père a lui par contre été malade comme un chien de ce fichu virus.
Est-ce juste un effet de mon imagination ? Et si tout ceci était vrai ? Si quelque chose, quelqu’un nous surveillait ? Comment expliquer ces phénomènes bizarres qui nous préservent mes gamines et moi de toutes infections ? Et si tout ceci n’était pas un rêve… ou un cauchemar ? Si quelqu’un ou quelque chose veillait sur la terre et par extension sur nous, les humains ? Trop de questions pour mon pauvre cerveau, auxquelles je n’aurai malheureusement jamais de réponse. Ce qui me traverse l’esprit de nombreuses nuits est-il héréditaire ? Est-ce mon mal-être qui déteint sur nos enfants ? Comment le savoir ? Il ne reste pour me prouver que je n’ai pas tout inventé que les cassettes audio de madame Ravier.
Alliette nous rend visite parfois, mais hors de son cabinet, nous n’abordons jamais ce sujet épineux de mes dérives mentales. Pas plus que nous n’effleurons celui des « hallucinations » de Flore et de Fleur. Les dons qu’elles développent me paraissent curieux, mais un autre médecin a découvert un terme à la mode et je m’en accommode. HPI ! Haut Potentiel Intellectuel ! Est-ce que ça colle avec exactitude aux étrangetés que je note chez nos filles ? Peut-être ! Voilà ! Je vis avec un trou de plusieurs jours dans mon existence, une faille qui permet toutes les déductions. Et… je songe parfois que ce temps perdu, s’il ne se rattrape jamais, a tout de même permis que je sois heureuse. Gilles… Fleur, Flore, Alliette et tous ceux que nous avons croisés sur notre route… oui !
Le bonheur se construit, heure après heure, jour après jour… et mon Dieu… à chacun sa croix, et le temps perdu ne l’est peut-être pas tant que cela au final…
Fin !