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Temps de lecture estimé : 29 mn
31/03/26
Résumé:  Avoir un coupable potentiel, c’est bien mais l’arrêter… Le sang va encore couler…
Critères:  #policier fh hh
Auteur : Domi Dupon            Envoi mini-message

Série : Poulets de Bresse

Chapitre 05 / 06
On fonce

Résumé des épisodes précédents :

Après l’accident survenu à Santa-Anna, les enquêteurs ont une piste plus que sérieuse.




PARTIE 5 : On fonce




Il eut du mal à émerger. Courbatu, la tête en vrac… une gueule de bois pas possible mais bizarrement les idées claires, très claires. Les flics avaient flairé quelque chose. Leur présence, cette nuit, sur les lieux, mieux, près du sous-bois le prouvait. Une petite voix lui glissait qu’il s’agissait peut-être d’amateurs d’émotions fortes, voire simplement un couple qui voulait s’envoyer en l’air. Il ne croyait pas aux coïncidences. S’ils étaient sur les lieux, ils avaient déjà rattaché Carlos aux autres meurtres. Ils allaient trouver cette putain de seringue, si ce n’était déjà fait. Ils en tireraient la conclusion évidente : l’agresseur appartenait au milieu médical. De là, à le rattacher à ces crimes, lui, le petit toubib insignifiant qui avait constaté le décès de Mercure, il y avait un océan.


Peu de chance que la cavalerie débarque. Cependant parier sa liberté sur cette éventualité, pas question. Une idée de génie dans la tête d’un flic, un hasard malencontreux, un témoin… Et les photos ! L’idée lui avait paru amusante. Il les avait suffisamment triturées pour qu’ils puissent en tirer bénéfice. Trop de variables à prendre en compte. Il fallait qu’il dégage de chez lui et agisse. Rien ne devait l’empêcher de finir le travail. Cette salope et son macho à grosse bite paieraient.


Il passa dans la chambre, leur chambre, pour se changer et récupérer quelques affaires notamment le Luger de son grand-père. Il l’avait « emprunté » à un officier allemand qu’il venait d’abattre et l’avait conservé comme un trophée. Malgré son âge vénérable, le pistolet avait toujours été entretenu, d’abord par son aïeul puis par lui. Il n’avait que très rarement tiré avec, quoique plus souvent ces derniers temps. Il était en parfait état de fonctionnement.


Le souvenir de la première fois où cette garce était entrée dans cette pièce, à son bras lui explosa en pleine figure. « Oh mon chéri, c’est merveilleux ! Comme on va être heureux dans cette maison. » Elle l’avait poussé sur le lit, avait dégrafé et descendu son pantalon. Le boxer avait suivi la même voie. Sa bouche s’était précipitée, gourmande, sur son vit qui s’était instantanément redressé. La plénitude d’érection atteinte, elle l’avait enfourché. Écartant juste sa culotte pour permettre le passage, elle s’était empalée sur son membre et l’avait baisé jusqu’à leur jouissance mutuelle. Ça n’avait été que le début du match. Ils avaient baisé, baisé et encore baisé. À cette époque, elle était insatiable. À la fin de leur joute, ils avaient dû se rabattre sur le McDo, il n’avait pas rempli le frigo et à cette heure avancée, les restaurants étaient fermés. La salope, elle s’était bien foutue de lui.


Il se reprit, entassa ce dont il avait besoin dans un sac de sport. Il sortit de la chambre, jeta un dernier regard aux lieux. Probable qu’il ne revienne jamais dans cette maison. Il faillit oublier : les accessoires. Un tour rapide par le garage où il remplit un petit sac à dos avant de se mettre en route.


Maintenant il allait s’occuper de ces petits chéris. Il les avait assez espionnés pour connaître leurs habitudes. Adrianne, l’esthéticienne, bossait le samedi pour que les pétasses, comme elle, puissent le soir venu, embobiner un pauvre homme. Elle rejoignait son bellâtre, après son travail, dans la maison de campagne que celui-ci possédait dans le Haut-Bugey où ils passaient le week-end sans beaucoup sortir. Il imaginait parfaitement ce qui se passait dans le chalet.


Roberto, obscur salarié, disposait de son samedi. Comme la météo s’y prêtait, il monterait certainement à vélo, il n’arriverait certainement pas au chalet avant le début d’après-midi.


Il ricana. Monsieur s’entretenait. À l’approche de la cinquantaine, il fallait bien tout ça pour satisfaire la libido d’Adrianne. Au pieu, il ne fallait pas lui en promettre. Combien de fois, elle lui avait affirmé qu’il baisait comme un Dieu, que c’était l’homme le plus endurant qu’elle avait rencontré ? Qu’est-ce qu’elle avait pu trouver à ce séducteur de banlieue sur le retour ? Son esprit ? Impossible ! Quel esprit pouvait avoir ce vulgaire employé d’une banale entreprise de plomberie ? C’est comme ça qu’elle l’avait connu. Une vulgaire fuite dans la salle de bain. Un spécialiste de la tuyauterie, il ne voyait que ça.


Quand ce problème s’était produit, leur relation se détériorait déjà. Ce bellâtre, dans une tenue de travail qui moulait ses fesses et sa grosse b… Elle avait craqué. Il les imaginait : lui, sur le dos à changer le joint, cette salope d’Adrianne, à genoux, sortant sa grosse queue de son bleu et la suçant comme elle savait si bien faire.


Tout à ses pensées érotico-masochistes, il faillit rater l’embranchement pour le plateau et continuer sur Nantua. Pour ne pas être filmé au péage, il avait évité la A40 et emprunté des routes secondaires. Plus qu’une quinzaine de kilomètres avant d’atteindre son but. Pas encore midi ! Trop tôt pour que sa cible soit arrivée. Il aurait du temps pour se positionner et se préparer.




***********************




Leur suspect s’appelait Yves-Guy Paupe, âgé de 45 ans, médecin urgentiste au CH de Bourg. La photo de son passeport, vieille de 5 ans, montrait le visage d’un homme sans trait particulier, prématurément chauve et portant des lunettes.



Originaire de la région parisienne, il avait débarqué en novembre deux ans auparavant suite à une séparation. Le divorce avait été rondement mené, prononcé à ses torts. Son ex-épouse avait obtenu le droit de garde de ses deux enfants. Cette dernière s’était beaucoup répandue sur les réseaux sociaux, révélant sans honte qu’il l’avait plaquée pour une jeunette. Elle l’avait flingué à longueur de posts pendant quelques jours. Ceux-ci avaient, brusquement, cessé. Elle insistait lourdement sur le fait qu’il était un mauvais père, qu’il négligeait ses enfants. Elle n’hésitait pas à le traiter de sociopathe. De manière plus insidieuse, elle émettait des doutes quant à ses aptitudes sexuelles, laissant entendre qu’il avait des pratiques douteuses pour compenser son manque de virilité. Difficile, malgré tout, de prendre au sérieux les propos d’une femme bafouée.


Il avait loué une grande maison à Revonnas, village à une douzaine de kilomètres de Bourg. Dès qu’ils avaient eu l’adresse, Krieger avait envoyé une équipe pour l’appréhender mais ceux-ci avaient fait chou blanc. Le nid était vide. Elle leur avait demandé de rester en planque au cas où. Elle avait aussi contacté Barbara-Anne de la Bitchboille-Ampépeur, la proc pour avoir un ordre de perquisition. Celle-ci malgré l’absence de preuve évidente, donna immédiatement son feu vert et prévint qu’elle se mettait en route pour Bourg dans l’heure.


Il était propriétaire d’une Mercedes EQS et d’un 4 x 4 Toyota. La Merko se trouvait dans le garage donc il utilisait le 4 x 4. Un avis de recherche avait été lancé.


Si son ex était une aficionado de FB, Instagram et autre réseau, Paupe n’y existait pas. L’hôpital n’avait strictement rien à raconter : YGP se montrait un praticien efficient, sûr de lui, sans histoire. Parmi les urgentistes, aucun ne le connaissait réellement ni ne l’appréciait vraiment. Il ne parlait de lui qu’au niveau professionnel, très fier de son travail, de ses résultats, à la limite de la vantardise selon certains. Il snobait ses collègues provinciaux. Il n’était proche de personne. Nul, dans ceux qui avaient pu être joints, n’avait pu dire quelque chose de perso à son sujet, sur ses goûts, ses hobbies.


La première année, une jeune femme venait parfois le voir, le chercher. Elle l’avait accompagné pour la fête de Noël. Puis elle avait disparu du paysage. Aucun de leurs interlocuteurs ne put la décrire : une jeune femme quelconque, plutôt replète. Une infirmière qui avait la langue bien pendue précisa qu’elle allumait à tout va mais que franchement, elle n’était vraiment pas canon. Un interne, tout aussi mauvaise langue, affirma qu’elle avait une grosse paire de nibards et un gros cul mais que franchement…


La compagne ! Il avait quitté sa femme pour une nana. Contactée par téléphone, son ex ne put les renseigner. Effectivement, il avait cherché un poste sur Bourg pour se rapprocher de cette briseuse de ménage. Sur cette « gamine », elle ne savait rien sinon qu’il l’avait rencontrée durant un séjour au Club Med en Grèce, deux ans auparavant. À Marianne, qui l’avait eue en ligne, elle ne put préciser la date exacte du séjour mais elle put lui indiquer le lieu, l’année et le mois. Quant à la personnalité de YGP, son ex avait nuancé les propos qu’elle avait tenus sur les réseaux sociaux. Ils exprimaient sa colère. Cependant elle persistait à le décrire comme un narcissique, limite pervers totalement centré sur lui-même. Il se croyait d’une intelligence supérieure, voulant tout contrôler. Il lui avait interdit de poster des photos de lui sur les réseaux sociaux. Quand ils s’étaient séparés, il avait proféré des menaces très explicites si elle s’obstinait à l’évoquer sur FB. Effrayée, elle avait tout arrêté.


D’après elle, il avait développé un très gros complexe d’infériorité par rapport à sa petite taille. Il était obsédé par son apparence physique et tentait de compenser son manque de cm par une pratique intensive de la musculation. Cette dernière information expliquait sans doute le transport des corps.


Le pire selon son ex-femme, son attitude envers ses enfants : il ne les aimait pas, n’avait montré aucune empathie envers eux. Il les avait acceptés comme un mal social nécessaire. Malades, il les traitait comme n’importe quel patient sans aucun affect. Depuis son départ, à l’exception de quelques très rares visites, il les avait reçus chez lui qu’une seule fois, pour Noël dernier… pour 48 heures. Ceux-ci n’avaient rencontré aucune femme chez leur père.


Au fur et à mesure que les renseignements arrivaient, que le personnage se précisait, du moins son asociabilité, Michel se disait qu’il tenait le bon bout. S’il l’arrêtait, les meurtres s’arrêteraient aussi. Qu’est-ce qui l’avait poussé à tuer ? Pas de femme quand ses enfants étaient venus. Il ne voulait pas la montrer. Pas crédible. Un trophée, ça se montre. Mais cette compagne avait « disparu ». Elle pouvait être le déclencheur. Il fallait la retrouver.


Marianne s’y était attelée. Avec les renseignements communiqués par l’ex, elle contacta le Club Med. Parvenir à joindre quelqu’un, un samedi matin. Coton. Mais elle y parvint.


La proc arriva vers 11 heures en mode week-end : jean, débardeur, cheveux dénoués. Un canon. Au regard que lui jeta Michel, Marianne éprouva un pincement de jalousie alors que Chrissie ricanait, se disant qu’un mec serait toujours un mec : un beau cul, une paire de nichons et ça frétillait dans le pantalon.


Quelques minutes plus tard, Krieger et elle organisèrent un nouveau tour de table. La perquisition n’avait pas donné grand-chose. Ce pas grand-chose confirmait cependant leurs suspicions. Une bouteille de cognac cassée, une autre de vodka qui s’était vidée sur le parquet indiquait l’état de trouble dans lequel YGP se trouvait. Des fringues en vrac sur le lit comme s’il avait fait un bagage vite fait. Et surtout, une boîte vide qui selon les techniciens avait dû contenir une arme de poing.



Aucune trace de présence féminine, ni fringue, ni trace de produits de beauté dans la salle de bains et absence révélatrice de LA seconde brosse à dents. Ça corroborait l’hypothèse que son amie l’avait quitté. Deux gars de la PTS et un enquêteur étaient restés sur place pour approfondir. Il ne faisait plus guère de doute que Paupe était leur tueur.


Aucune caméra n’avait, jusqu’à là, repéré le 4 x 4. L’homme était assez intelligent pour avoir planqué sa voiture quelque part et rouler avec un véhicule de location mais ils avaient fait chou blanc dans les agences bressanes. Donc s’il roulait, il utilisait le réseau secondaire.


Quant à sa compagne, celle en tout cas pour qui il avait quitté sa famille, Marianne avait, après moult péripéties, fini par l’identifier grâce à son séjour au Club Med de Gregolimano en Grèce : Adrianne Bélot, 28 ans, esthéticienne. Sa dernière adresse connue était la villa de YGP. Marianne leur montra la photo de son permis. Ce portrait, tout officiel qu’il était, montrait une jeune femme aux joues déjà flasques, au regard terne, aux cheveux filasse. Pas vraiment l’image de la séductrice qu’ils avaient imaginée. Alors que Marianne leur dit qu’elle allait la pister sur les réseaux sociaux, le portable de Michel émit sa sonnerie aigrelette.


Il jeta un œil : numéro inconnu mais pas dissimulé. Il reconnut immédiatement la voix : Robert Page. Il ne comprenait pas un mot de ce que Page disait mais l’angoisse qu’il décela dans sa voix l’alerta.



Il fit signe aux autres de se taire.



Michel réagit instantanément. Il mit le haut-parleur.



Les paroles de Page étaient à la limite de l’audible.



Déjà, Krieger par signe indiquait aux membres de l’équipe de se préparer et entraîna de la Bitchboille-Ampépeur dans un coin de l’open space. Les deux eurent un bref conciliabule tandis que Michel terminait sa conversation avec Page.



Il coupa son micro. Marianne lui tendait son gilet pare-balles.



Il s’aperçut alors qu’elle avait passé un gilet et qu’elle lui emboîtait le pas.



Cette nana lui plaisait. Elle n’hésitait pas à sortir de son rôle.


Ils coururent vers le garage.




***********************




En chemin, ils s’étaient concertés pour savoir quelle tactique adopter. Grâce à la liaison avec Page, ils étaient renseignés sur l’évolution de la situation. Les truands gueulaient beaucoup et Patricia Schmidt poussait des hurlements de douleur, supposait-il. Il leur avait appris qu’une porte donnant accès à la piscine sur le derrière de la maison n’était pas verrouillée. Michel et deux gendarmes tenteraient une approche discrète. Lorsqu’ils seraient parvenus à la porte, les trois voitures de la gendarmerie arriveraient sirènes hurlantes. Ce qui devrait déstabiliser les malfrats et permettre aux trois hommes d’entrer dans la maison en bénéficiant de l’effet de surprise.


Les trois véhicules s’arrêtèrent à 500 mètres de la propriété. La première partie du plan se passa comme prévu. Michel avertit Krieger quand ils furent à pied d’œuvre. Celle-ci lança la cavalerie. Prestement les trois hommes se glissèrent dans le couloir. Pour affoler encore un peu plus les truands et permettre aux gendarmes de s’orienter, il avait été décidé d’appeler Patricia Schmidt.


Les hommes entrèrent dans la pièce au moment où le gimmick du téléphone retentit. D’un regard Michel analysa la situation : Schmidt était attachée sur un fauteuil, le visage bien amoché, débraillée, mais vivante, un de ses assaillants, planqué derrière un rideau, regardait vers l’extérieur. L’autre posté en face de la jeune femme avait sorti sa bite de son futal et se branlait pour bander. Tout aurait pu se passer tranquillement, mais le téléphone se trouvait dans le sac à main et celui-ci avait été jeté dans l’entrée. La sonnerie fit se retourner les deux truands. Ils virent les flics. Celui qui se tenait vers la fenêtre défourailla sans se poser de question. Il toucha un des gendarmes. Il n’eut pas le temps de tirer une seconde balle. Le Sig-Sauer de Michel lui en coupa définitivement toute envie. Le second, la queue à l’air, sans arme apparente, voyant la tournure que prenaient les évènements, leva les bras.



Aux coups de feu, les autres avaient foncé et les avaient rejoints. Tandis que Michel et son équipier menottaient le second truand après avoir récupéré l’arme qu’il avait, glissée à l’arrière de son pantalon, Fetzpoule s’occupait à délivrer Patricia Schmidt et à la réconforter, Krieger prévenait les secours. Pour l’homme abattu par Michel, ils étaient inutiles : il avait commencé son voyage vers l’enfer. Le gendarme, heureusement, avait été touché à l’épaule.


Robert Page qui, sur les conseils de Michel, s’était réfugié dans la salle de bain de l’étage fut amené au salon. Instant de grande émotion romantique quand il se précipita vers Patricia Schmidt installée sur un sofa dans l’attente de l’ambulance. Prostrée jusqu’à là, elle fondit en larmes lorsque Page l’enlaça. Michel retint un sourire : de la fugacité des sentiments et de l’identité sexuelle.


Laissant la place aux secours et à la PTS qui venait d’arriver, les trois officiers regagnèrent la brigade en compagnie du mafieux.


À midi et demi, ils étaient de retour à la brigade.


L’interrogatoire de ce dernier fut bref. Il déclina son identité : Donaldo Suziquatro. Ensuite à chaque question :



Ils en apprendraient plus en interrogeant Schmidt mais pour l’instant, elle était en état de choc et ils avaient d’autres chats à fouetter.


La proc avait fait du bon boulot. Pendant que Michel interviewait le mafieux, elle briefait Marianne et Krieger. Elle leur avoua qu’il fallait surtout féliciter Serge, son mari, geek de la police lyonnaise.


Adrianne Bélot travaillait pour un institut de beauté du centre de Bourg. Elle ne fréquentait guère les réseaux sociaux. Donc peu de traces d’elle, seulement quelques photos par la bande grâce à des posts sur FB ou Insta de ses collègues. Son physique correspondait à ce que suggérait la photo de son permis. De taille moyenne, la nature l’avait pourvue d’une poitrine avantageuse et d’un fessier plus que confortable. Cependant elle dégageait une espèce de sensualité animale. Sur un de ces clichés, elle apparaissait aux côtés d’un quinquagénaire ayant un air de famille avec les victimes du tueur.


De la Bitchboille avait essayé de l’appeler sur son portable mais était tombée sur son répondeur. Elle s’était aussitôt rabattue sur l’institut. Malheureusement, Bélot avait pris son samedi. À la question de l’adresse, on lui donna celle qu’ils avaient déjà. Apparemment, Bélot avait « oublié » de signaler son changement de domicile. Quant à l’identité de son nouveau compagnon, la patronne pensait qu’il s’appelait Roberto. Elle interrogea ses employées mais nulle ne connaissait son nom de famille. Une voix précisa qu’elle habitait avec son copain, un petit appartement dans le quartier de la gare. Une autre, sans grande gentillesse, la traita de mythomane, toujours en train de se vanter de ses prétendues nombreuses conquêtes. Personne ne s’interposa pour la défendre. Elle n’avait aucune amie parmi les esthéticiennes présentes.


Il leur fallait trouver ce Roberto qui habitait le quartier de la gare. « Une question de vie ou de mort », pensa Michel. Après son raté, sa biture probable, son départ précipité, YGP s’affolait. Or se mettant dans la tête du tueur, il semblait évident que la cible ultime serait ce Roberto. Il fit part de ses réflexions aux trois femmes qui l’entouraient.





***********************




Ça ne s’était pas vraiment déroulé comme il l’avait prévu mais, après un imprévu, beaucoup mieux. Passant devant le chalet, il avait d’abord aperçu la voiture du matador, une pauvre VW pourrie puis ensuite Adrianne. En culotte et soutien-gorge, assise dans un transat, un verre à la main, elle profitait du soleil de ce début d’après-midi. Moment de panique, elle connaissait sa voiture. Trop occupée à bronzer, connectée sans doute à Spotify selon son habitude, elle n’avait même pas entendu la voiture.


S’ils étaient là, tous les deux, sa tâche devenait plus complexe. Il s’était garé plus haut dans le village. Après un instant de réflexion, il était sorti de sa voiture, le Luger dans la poche de sa veste, le sac à dos contenant les accessoires à la main. Il n’avait pas le choix, il devait agir. S’il parvenait à neutraliser la salope et s’en servir comme bouclier, le bellâtre ne lui résisterait pas.


Les écouteurs qui diffusaient une musique débile dans ses oreilles l’avaient grandement aidé. La surprise avait été totale. Lorsqu’il avait appuyé le pistolet sur sa nuque, elle avait bondi, s’était retournée. Le reconnaissant, elle lui cria dessus :



Il n’avait pas retenu son geste. La crosse de l’arme avait heurté avec violence la joue de la salope. Sous le choc la chaise longue avait basculé, l’expédiant au sol. Quand elle s’était relevée, dans son regard, la peur avait remplacé la colère.



Elle avait essayé de l’amadouer, en prenant une petite voix et un air soumis :



Jouissif de voir cette pute, terrorisée, reculer en mettant les bras en croix devant son visage pour se protéger. Il en avait un début d’érection.



Soulevant l’arme :



Il avait eu un bref instant d’hésitation. La voir ainsi, ses grosses mamelles tremblotantes débordant de son soutif, sa moule rebondie dessinée par sa culotte l’avait fait bander mais aujourd’hui cette vision eut l’effet contraire. Rien que l’idée de passer derrière ce… Elle essayait seulement de le baiser encore une fois.



Il l’avait suivie. Un intérieur vieillot minable. Un couloir à petits carreaux les avait conduits à un escalier raide et étroit en bois. Cette conne avait tortillé du cul pour l’exciter. Son postérieur volumineux et ses cuisses « encellulitées » l’avaient écœuré. Comment avait-il pu ? Arrivé dans leur baisodrome, il lui avait ordonné de se foutre à poil. Cette pute était prête à tout pour sauver sa peau. Elle avait secoué ses grosses loloches, mimé une caresse intime. Il avait suffi qu’il lève le Luger pour qu’elle cesse ses simagrées. Il l’avait fait asseoir sur l’unique chaise de la pièce puis lui avait lié les chevilles aux barreaux et les mains dans le dos.



Il avait eu envie de parler, de lui raconter mais il s’était allongé sur le lit la contemplant, vivant avec un sadique plaisir la montée de la peur, de la terreur dans toute la gestuelle de sa prisonnière.


Il n’aurait su dire combien de temps, il avait attendu mais il en avait savouré chaque seconde. Il avait particulièrement aimé lorsqu’il lui avait refusé le droit d’aller aux toilettes.


Tout s’était déroulé idéalement. Le bellâtre devait être particulièrement pressé de tirer son coup ou c’était dans leurs habitudes. Après l’effort, le réconfort. Il était monté directement dans la chambre, sans qu’elle ait besoin de l’appeler, se déshabillant en chemin. À son entrée, il était encore empêtré dans son cuissard. Quand il l’avait braqué, la surprise lui avait fait perdre l’équilibre. Il faisait moins le malin le Rocco Siffredi du pauvre. Après l’avoir obligé à se dénuder totalement et s’allonger sur le lit, à plat ventre, il lui avait planté l’aiguille dans le cou et injecté le Dipravan. Effet immédiat, l’autre s’était endormi. Il l’avait retourné sur le dos puis attaché les chevilles et poignets aux montants du lit. Était-ce la peur ? L’anesthésique ? Sa bite n’était pas si grosse que ça.


Et maintenant, il regardait Roberto, nu, attaché sur le lit sortant doucement du cirage. Quant à Adrianne, ses yeux reflétaient la terreur. La nudité ne l’avantageait pas : ses gros seins tombants ne ressemblaient à rien, sa chatte mal entretenue ne donnait pas vraiment envie. Et que dire de ses cuisses ? Depuis qu’elle l’avait quitté, elle avait pris quelques kilos qui s’étaient portés essentiellement sur son cul et ses cuisses. Qu’est-ce qu’il avait pu lui trouver à cette morue. Fugitivement, il se rappela comme elle le faisait jouir, sa bouche magique, ses coups de reins et son absence totale de tabous. Ce n’était plus d’actualité. Il allait finir de réveiller le minable.




***********************




Une ambiance oppressante régnait dans l’open space. Krieger avait fait livrer sandwiches et boissons. Chacun avait mangé à son poste de travail, concentré sur sa tâche. Qui le regard rivé à son écran pianotait sans répit. Qui accroché à son téléphone cherchant le correspondant qui pourrait lui amener un renseignement positif. Le temps pressait. Chaque minute perdue augmentait le risque de trouver Adrianne Bélot et son compagnon à l’état de cadavres. Michel n’en doutait pas. YGP, se sentant acculé, voudrait finir en beauté. Or cela n’avançait pas. La proc en communication constante avec son mec retransmettait aux membres de l’équipe des infos ou des directives de recherche. Krieger ne mouftait pas. Pourtant collaborer avec la police nationale, ces civils, n’était pas sa cap of tea mais la situation était trop grave pour rejouer la guerre des polices.


Quatorze heures venaient de sonner quand De la Bitchboille, super excitée, leur balança un nom et une adresse : Roberto Frippo, 10 rue des Cerisiers.


Branle-bas de combat : Michel et Marianne suivis de quatre autres gendarmes tous armés sautèrent dans leurs véhicules tandis que Krieger tentait de le joindre sur son portable. Comme pour Adrianne Bélot, répondeur. Deuxième fois de la journée qu’ils partaient pour une intervention à risque. Et on lui avait dit que Bourg était un coin de tout repos.


Il aurait pu s’y rendre tout seul. Roberto Frippo louait le premier étage d’une maison avec jardin. Ils eurent beau sonner et encore sonner, personne ne répondit. Comble de malchance, les propriétaires qui occupaient les rez-de-chaussée brillaient également par leur absence. Restait la porte à porte. Un porte-à-porte laborieux. Un mois de juillet, une belle journée ensoleillée, un samedi, tout confluait pour que les gens fuient leurs maisons. Marianne finit par tomber sur un vieux retraité grincheux. À défaut d’avoir vraiment de relations avec le couple Frippo/Bélot, il possédait une excellente ouïe. Il avait entendu une conversation entre Adrianne et la propriétaire où elle évoquait leur maison de campagne dans le Haut-Bugey.


Une nouvelle énigme à résoudre pour les geeks de service. Elle fut résolue bien plus rapidement. Pendant qu’il se rendait rue des Cerisiers, Ampépeur avait ciblé ses recherches sur le sieur Frippo. Il en ressortait : 53 ans, secrétaire dans une grosse boîte de plomberie, deux divorces à son actif, pas d’enfant connu, séducteur impénitent. Ces deux mariages s’étaient soldés à ses dépens, au bout de cinq ans pour le premier et deux pour le second. « Sa queue ne pouvait rester dans sa braguette », Madame la procureure dixit. Locataire à Bourg, il avait hérité de ses parents d’une maison sur la commune de Carmoranche dans le Haut-Bugey.


Krieger avait déjà prévenu les collègues d’Hauteville afin qu’ils effectuent une reconnaissance en civil et en voiture banalisée. Ils avaient ordre de ne rien tenter avant leur arrivée.




***********************




Il avait fermé toutes les fenêtres, mis de la musique suffisamment fort pour couvrir les cris.


Le premier appui sur le ventre réveilla le matador qui hurla comme un cochon qu’on égorge. Il avait remplacé la cigarette trop inoffensive par un fer à souder l’étain.



Il s’approcha d’elle lui balança une féroce paire de claques qui lui amenèrent les larmes aux yeux puis il approcha l’extrémité incandescente de son sein droit.



Terrifiée, elle se tut fermant les yeux pour ne pas voir mais elle ne pourrait se boucher les oreilles.


Avec un sadisme consommé, il écrasa avec régularité le fer d’abord tout autour du ventre puis sur toutes les parties que cette salope avait pu embrasser, sucer, lécher : les tétons, les bourses, la bite. La déception et l’ennui le gagnèrent rapidement. Au début les hurlements de sa victime, ses yeux fous, les pleurs d’Adrianne le régalèrent mais la douleur trop forte avait tétanisé le bellâtre. Il s’évanouissait régulièrement. Il avait beau l’aider à reprendre conscience, attendre qu’il ouvre un œil. Il avait beau écraser longuement le fer sur des zones sensibles, la seule réaction était purement nerveuse, il ne criait plus, semblait ne plus être là. Désolant.


De la même façon, la salope s’était échappée depuis longtemps. Après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, respectant toutefois l’ordre de silence, l’horreur de ce qu’elle entendait avait mis à mal sa raison. L’œil torve, le menton pesant sur son gros nichon, la bave dégoulinant de sa bouche entrouverte, elle s’était débranchée. Plus rien ne pouvait l’atteindre. Nulle, elle avait été. Nulle elle mourrait. Il n’aurait pas même l’occasion de voir son regard désespéré au moment où il étranglerait son amant.


Ça ne l’amusait plus. Il avait pourtant prévu d’autres réjouissances, notamment certains supplices chinois découverts au fil de ses lectures. À ses accessoires, il avait joint plusieurs scalpels. L’émasculation à quoi bon. Il avait songé à le castrer puis faire apprécier une dernière fois à la putain la bite de son maquereau. Mais pourquoi se fatiguer alors que son public avait décroché. En plus le porc allait saigner. Ça gâcherait l’esthétisme de la scène.


Il s’offrirait un dernier plaisir juste pour lui. Il ramassa le string d’Adrianne. Cette pute portait à nouveau ses horreurs qui dévoilaient la cellulite de son gros cul. Il la revit quelques heures plus tôt quand elle marchait devant lui pour entrer dans la maison, la ficelle séparant ses grosses fesses flasques tremblotant à chaque pas. Il eut une brusque montée d’adrénaline : il aurait dû la baiser derrière la porte. Elle se serait laissé faire croyant trouver une chance de le manipuler. Cela se serait trop apparenté à un viol : il n’était pas comme ça. Tant qu’ils avaient été ensemble, il lui avait interdit de porter ce genre de lingerie mais avec ce minable, elle avait commis à nouveau cette faute de goût. Il passa la culotte autour du cou du matador et serra en tournant. Encore un produit chinois, elle craqua avant que l’autre ne cesse de respirer. Il allait devoir payer de sa personne comme avec le Lituanien. Il plaça ses mains, pouces sur les carotides. Il ferma les yeux et serra, serra lentement, « écoutant » du bout des doigts la vie s’en aller. Il bandait. Ça l’énerva. Il écrasa brutalement le larynx.


Roberto Frippo rendit son dernier soupir au moment où Paupe entendit la voiture arriver et s’arrêter.




***********************




Ils ne prirent pas la peine de repasser par la brigade. Sirène hurlante, gyrophare allumé, Michel et Marianne dans le premier véhicule, ils filèrent prendre l’autoroute. Ils étaient à une heure de Carmoranche. Le temps jouait contre eux. Le 4 x 4 d’Yves-Guy Paupe avait été repéré près du domicile de Frippo. Le tueur était déjà sur place, probablement dans le chalet retenant le couple Frippo/Bélot. Adieu les limitations de vitesse : les compteurs s’affolaient à la limite du 200 jusqu’à la sortie de Saint-Martin. Sur les routes de montagne ce fut plus coton. Il leur fallut 50 minutes pour arriver à destination.


Tandis que Marianne jouait les Verstappen, il consultait les photos que les flics avaient prises en passant devant la propriété. Pas très encourageant. Le terrain était dégagé tout autour de la maison qui était située sur une hauteur, une centaine de mètres à l’écart du hameau. Il échangeait avec Krieger par radio pour décider le modus operandi de l’intervention. Elle avait prévenu le G. I. G. N., surtout pour se couvrir, car YGP pourrait tuer dix fois ses otages avant que les « warriors » du groupe d’intervention n’arrivent.


Ils n’avaient pas de bonne solution. Lui estimait qu’il fallait tenter de le surprendre, Krieger penchait plutôt pour une arrivée en fanfare. La boss trancha : elle argua que la configuration du site ne permettait pas une approche discrète. Ça paraissait difficile, voire impossible alors autant la jouer franco mais sans jouer les gros bras.


Deux tireurs avec des armes de précision se placeraient à couvert prêts à faire feu. Les six autres se positionneraient tout autour de la maison, hors de sa vue, pour lui interdire toute fuite. Lui et Marianne se présenteraient innocemment à la porte comme s’ils ignoraient la présence d’YGP. Krieger n’approuvait pas cette partie du plan, Marianne d’un pouce levé lui avait manifesté son adhésion. C’était risqué mais Paupe pouvait penser que, les flics ignorant sa présence, il avait un coup à jouer. Bizarrement, alors que Krieger protestait, le contact radio fut rompu. À quelques kilomètres du but, ils s’arrêtèrent. Il donna ses directives aux huit hommes/femmes des voitures suiveuses. À savoir, les deux meilleurs tireurs en position, les six autres équipés de pied en cap, prêts à donner l’assaut si ça dégénérait.


Il entendait Krieger s’époumoner inutilement dans la radio. Son équipe le suivait et elle pouvait crier autant qu’elle voulait. Lorsqu’ils remontèrent dans la voiture, Marianne se pencha vers lui et l’embrassa passionnément. Il répondit à son baiser. Inutile de feindre. Dans pas longtemps, ils seraient peut-être morts alors se laisser aller pendant quelques secondes à ses sentiments. Whatever !


Aussi se présentèrent-ils benoîtement au domicile de Frippo. Ils avaient néanmoins pris la précaution de mettre leurs gilets pare-balles, aussi invisibles que possible, sous leur sweat. Ils descendirent de voiture et se dirigèrent nonchalamment vers la porte d’entrée.




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C’était foutu. Il arrivait à la fin du voyage. Il avait reconnu les deux flics croisés quand il avait constaté le décès de Mercure. Ils avaient beau se la jouer décontractés, il savait pertinemment qu’ils avaient repéré sa caisse : ils n’ignoraient pas qu’il se trouvait dans le chalet.


Il se retourna : Adrianne bavait toujours mais il avait cru percevoir une lueur dans son regard. Que faire ? La crever, c’était son projet. Un légume, aucun intérêt à la laisser vivre. Par contre, elle avait beau être une connasse de première, ce qu’elle venait de vivre, elle l’endurerait toute sa vie. L’imaginer revivre ad vitam æternam ces quelques heures, il kiffait.


Ils tambourinaient à la porte. Il devait prendre une décision, vite. Lui tirer une balle dans le ventre en touchant un endroit vital. Ça le tentait. Il pointa le Luger. La peur dans ses yeux, l’avait-il imaginée. Il baissa l’arme. Il eut l’impression de lire du soulagement. La laisser vivre. Les flics s’énervaient. Le chef perdit patience.



Il entrouvrit la fenêtre prenant garde à ne pas s’offrir comme cible à un tireur éventuel.



Du vent. Rien que du vent. Gagner du temps. Pourquoi faire ? Il pourrait leur demander de le laisser partir. Il emmènerait la pute en otage. Sauf qu’elle ne tenait plus sur ses jambes. Elle serait un handicap. Il se prendrait une balle dans la tête avant même d’arriver à la voiture. Pas question qu’ils choisissent l’heure de sa mort. Le bout du chemin, il l’avait atteint. Son sort était scellé. Le bellâtre, mort, restait à décider pour la putain. Le bellâtre et la putain, un bon titre de film. Il était incapable de se décider.


L’autre parlait sous la fenêtre. Il ne l’écoutait pas. Il pouvait faire durer. Ça ne changerait en rien l’issue. Les flics ne le lâcheraient pas. Le dilemme, Adrianne. La vengeance, jusqu’au bout : il la laissait vivre. Un minimum de compassion : une balle dans la tête. Un mix : une balle dans le ventre.


La balle dans la tête, trop doux. Il exclut. Et s’il laissait le hasard décider. Il fouilla dans sa poche, y dénicha une pièce d’un euro. Pile, elle vivait. Face, elle mourrait. Il lança la pièce, la laissa retomber sur le ventre du cadavre. Pile. La salope vivrait.



Réfléchir ! Il n’en avait pas besoin. Une pièce avait résolu son dernier questionnement. Il désirait juste quelques minutes pour clore ses dossiers, écrire le mot fin. Il s’assit sur le lit, le dos collé à la hanche du bellâtre. Il détailla Adrianne des pieds à la tête. Ses jambes ouvertes sur cette chatte qu’il avait léchée si souvent. Son ventre rebondi sur lequel il avait souvent répandu sa semence. Ses nichons aux gros tétons qu’il avait tétés, mordillés. Cette bouche aux grosses lèvres qui lui avait donné tant de plaisir. Ces yeux qui brillaient d’amour pour lui. Aujourd’hui, cela le laissait froid. Il ne voyait qu’une grosse truie. Comment en était-il arrivé là à cause de cette… Trop tard pour se poser la question.


Le moment était venu. Il avait d’abord songé à sortir et à défourailler sur les flics. Ils riposteraient mais, aussi infime soit-elle, il pouvait le rater. Hors de question de risquer le procès ou la prison. Poussant le sadisme à l’extrême, il s’assit sur les genoux d’Adrianne. Il glissa le canon du Luger dans sa bouche et appuya sur la détente.




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Michel et elle se regardèrent. Elle posa les doigts sur ses lèvres. D’un geste de la main, il lui signifia de se mettre à couvert. Ils reculèrent jusqu’à l’arrière de leur voiture.



Il mit le haut-parleur. Ainsi elle suivrait la conversation. La boss voulait, exigeait qu’ils attendent un négociateur. Michel eut beau lui dire que tout le monde à l’intérieur serait mort bien avant. Alors que le ton montait, un coup de feu retentit suivi d’un hurlement démentiel. Il laissa tomber son téléphone sur le capot, et cria à Marianne :



Et dans son talkie :



Ils se ruèrent dans la maison, pistolets pointés. La porte n’était pas fermée à clé. Le hurlement qui n’avait pas cessé provenait de l’étage. Michel la précéda dans l’étroit escalier. Il s’immobilisa à l’entrée de la chambre. Il se retourna vers elle :



En effet. Des scènes de crime, elle en avait vu mais comme ça jamais. Dantesque ! La femme qui hurlait. Probablement Bélot. Le visage criblé de taches de sang et d’une matière grisâtre. Sang qui dégoulinait sur sa gorge. Ses yeux exorbités. Sa bouche grande ouverte. Le corps agité de tremblements convulsifs. À ses pieds, ce qu’elle supposa être Paupe. La balle lui avait emporté le haut du crâne. Il tenait encore son arme dans la main. À leur droite, sur le lit, le cadavre de Frippo atrocement torturé, une culotte fourrée dans sa bouche.


L’horreur l’avait statufiée. Michel la secoua :



Dans son talkie :



La situation est clean. Comment pouvait-il… Elle admirait son sang-froid. Elle voulut défaire les liens de la femme. Quand elle la toucha, celle-ci s’agita et hurla encore plus fort.



Elle l’enlaça malgré ses cris et ses tentatives de la repousser. Adrianne grelottait. Michel arracha un des doubles rideaux et le lui tendit. Elle recouvrit sa nudité. Elle l’enlaça de nouveau en lui parlant doucement pour la rassurer, l’apaiser mais rien n’y faisait.


Michel de son côté tentait d’ameuter les secours. Il avait appelé la gendarmerie du plateau pour qu’on lui envoie toutes affaires cessantes un médecin avec de quoi calmer une crise d’hystérie. Devant l’apparente inertie de son interlocuteur, il perdit enfin son sang-froid.



Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Le médecin serait le bienvenu car tous ses mots ne servaient à rien. La pauvre femme continuait à hurler. Les seuls brefs silences, quand elle reprenait sa respiration. À bout d’argument, elle se mit à chantonner, en boucle, un refrain d’un chanteur canadien qu’elle avait appris à l’école primaire : « Les amours, les travaux même le chant d’un oiseau, ton cœur, mes mots font tourner le monde. » Plus tard quand Michel et elle en discutèrent, elle ne trouva aucune explication. Mais le miracle se produisit. Peu à peu, les hurlements baissèrent d’intensité pour se transformer en une plainte puis de manière totalement surréaliste, Bélot chanta, elle aussi.


Quand le médecin arriva, dans les temps impartis, il les trouva se balançant au rythme de cette ritournelle.




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À suivre