| n° 23572 | Fiche technique | 42321 caractères | 42321 7098 Temps de lecture estimé : 29 mn |
30/03/26 |
Résumé: Les enquêteurs piétinent mais un accident qui n’en est pas vraiment un va faire avancer l’enquête. | ||||
Critères: #policier fh hh | ||||
| Auteur : Domi Dupon Envoi mini-message | ||||
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Résumé des épisodes précédents :
Après la découverte du cadavre de Mercure, l’enquête s’oriente vers un jeu sexuel qui aurait mal tourné. La découverte d’un deuxième corps met cette hypothèse à mal.
Vendredi 28 juillet
L’enquête ne progressa guère durant les jours qui suivirent. Les médias nationaux, toujours à la recherche du sensationnel, disparurent dès le mardi suite à des émeutes en région parisienne provoquées par la mort d’un jeune abattu par la police.
Les deux autopsies sur lesquelles ils fondaient quelque espoir se révélèrent décevantes. Fleur Demaville confirma que Mercure avait certainement été tué dans la nuit du vendredi au samedi. Selon elle la présence de sperme n’excluait pas un viol avec préservatif ensuite. L’absence de traces de violence pouvant s’expliquer par la baise qui avait précédé, laissant l’anus très ouvert. Au contraire le mort à ce moment toujours non identifié devait être vierge d’où l’importance des meurtrissures. Le viol avait eu lieu du vivant de la seconde victime ou immédiatement après le décès.
Demaville entérina les conclusions de Heind : ligatures et brûlures avaient eu lieu peu avant la mort. Elle confirma l’existence des cicatrices de brûlure plus anciennes sur la dépouille de Mercure.
Le mercredi tomba l’identification de la seconde victime. Un responsable de Carrefour signala au commissariat la présence d’un petit camion garé depuis plusieurs jours sur le parking du supermarché. Il avait trouvé cela suspect. Le flic qui prit l’appel eut un bon feeling. Il leur transmit l’information. N’ayant rien à se mettre sous la dent, Marianne et Michel approfondirent. Ce camion lituanien cabotait en France depuis plusieurs semaines et l’entreprise n’avait pas de nouvelles du chauffeur, Marinus Pastorius, depuis le jeudi précédent. La photo de celui-ci fournie par l’ambassade lituanienne leur apprit qu’il était bien la seconde victime. Comment le meurtrier l’avait-il rencontré ? Fallait-il chercher du côté des brèves rencontres ? Était-ce là, la connexion ?
Ces questions restaient sans réponse. Ils ne parvenaient pas à avoir accès au relevé des communications du chauffeur ni à sa carte bancaire. Ils piétinaient. Ils avaient eu plusieurs réunions visio avec la proc en compagnie de Krieger et de Heind. Michel apprécia la compréhension dont fit preuve la représentante du parquet loin de l’attitude de certains de ses collègues qui hurlaient aux résultats.
Du côté des femmes de sa vie, le calme semblait revenu au moins provisoirement. Grace avait envoyé un « ami » récupérer ses affaires. Chrissie se révélait égale à elle-même le charriant chaque fois qu’elle pouvait. Quant à Marianne, ils avaient retrouvé leur complicité. Une complicité augmentée baignant dans les sous-entendus et les non-dits. Elle avait beau porter son « uniforme de combat », il voyait la femme derrière.
Quand arriva le vendredi, il aurait presque aimé avoir des problèmes sentimentaux. La presse nationale s’était, à nouveau, intéressée à l’affaire faisant le buzz avec la possibilité d’un nouveau crime ce week-end. Les médias n’utilisaient pas l’acronyme WSK (Week-end Serial Killer), ce qui semblait confirmer que la fuite ne venait pas de la brigade.
La hantise que le tueur frappe de nouveau l’habitait. Krieger, en liaison avec le préfet et la police municipale de Bourg avait réquisitionné tout le personnel pour patrouiller et multiplier les contrôles routiers dans l’agglomération et aux alentours, dès vingt heures. Tout ce branle-bas ne servirait à rien, Michel en était certain. Si nouveau crime, il y avait, il ne pourrait l’empêcher. Tout le monde en était conscient. Avec un peu – beaucoup de chance, pensait Michel – il pourrait l’intercepter quand il voudrait se débarrasser de sa victime.
Il avait insisté pour accompagner un patrouilleur. Krieger et Fetzpoule restèrent à la brigade pour assurer la coordination. La « vieille » s’était enfermée dans son bureau. Seule dans l’open space, Marianne synthétisait les appels provenant du terrain. Chaque équipage devait signaler immédiatement tout fait inhabituel. Pour l’instant, elle s’emmerdait royalement alors elle relisait le dossier. Depuis un long moment, elle planchait sur les deux photos que le journaliste leur avait confiées. Un techno spécialiste du sujet avait analysé les deux fichiers. Ils avaient été anonymisés évidemment. Selon lui, il s’agissait de fichiers couleurs provenant d’un téléphone. Elles avaient été trafiquées un maximum par Photoshop ou un autre logiciel pro. Qu’il ait passé les fichiers en noir et blanc la chiffonnait. Y avait un loup. Seulement, elle ne parvenait pas à le débusquer.
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Avec le Lituanien, il avait eu un coup de pot phénoménal. Quand il l’avait croisé dans Carrouf, il avait flashé : le sosie de Mercure et de Roberto. Il allait le… Il l’avait suivi jusqu’à la caisse, il s’était, alors, rendu compte qu’il était étranger. Abandonnant son chariot sous le regard éberlué du suivant dans la file, il s’était précipité vers la sortie sans achat. Il avait cru l’avoir perdu puis l’avait retrouvé au coin presse où il était planté devant les revues cochonnes. Un plan avait germé dans sa tête. Un étranger, c’était parfait. Il avait attendu qu’il sorte. L’homme avait rejoint un petit camion, genre camion de livraison. Il l’avait accosté. En français, toute communication avait été impossible. En baragouinant en anglais et en montrant des billets de 100 €, il s’était fait comprendre. L’autre avait d’abord protesté sans pour autant lui envoyer son poing dans la gueule. Au cinquième billet, il avait accepté et l’avait suivi dans sa voiture.
Il l’avait emmené chez lui. Prise de risque mais il ne pourrait rien raconter. Pendant que le chauffeur le suçait dans son garage, il l’avait étranglé. Lui le gringalet dont tout le monde se moquait. Des années de muscu, ça payait. Dans sa position agenouillée, sa victime n’avait rien pu faire. Il avait serré suffisamment pour qu’il s’évanouisse mais pas assez pour le tuer. Il l’avait dénudé. Déception. Très loin du physique entretenu de Roberto. Pas d’abdo mais un début de ventre. Le t-shirt large avait fait illusion. Et puis un pénis ridicule. Il avait ri. Peut-être que celui de Roberto était aussi rikiki.
Il l’avait ligoté avec des liens de serrage et utilisé un vieux chiffon comme bâillon. Sa maison avait beau être à l’écart, il était préférable d’éviter de tenter le diable. Il avait attendu qu’il se réveille. Le voir souffrir. Imaginer Roberto à sa place. Le Lituanien s’était montré à la hauteur malgré le bâillon, il l’avait entendu couiner chaque fois qu’il avait appliqué sa cigarette rougeoyante sur la peau. L’odeur des poils brûlés l’avait un peu écœuré mais l’écouter hurler en silence, savourer ses larmes de douleur avait largement compensé ce léger inconvénient. Il avait éprouvé un plaisir proche de la jouissance lorsqu’il l’avait violé avec le manche d’un marteau. Il n’était pas gay, il ne se croyait pas sadique non plus pourtant il avait eu une vraie érection. Ce double constat l’avait mis en colère et l’avait convaincu d’en finir. Il avait à nouveau serré son cou mais cette fois jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Ensuite, karchériser, sécher puis rhabiller le corps prenant soin de faire à l’envers le nœud des lacets avant de le rouler dans une bâche. À part ne pas mettre ses empreintes partout et nettoyer le corps, il n’avait pas pris de précautions particulières. Il n’était pas désavantageusement connu des services de police, plus il était un citoyen respectable. Le plus dur avait été de s’en débarrasser. Il avait échappé de justesse au désastre. La forêt aurait dû être déserte à cette heure. Sauf qu’elle servait de baisodrome à une certaine faune de dépravés. Il serait plus méfiant cette fois.
Trouver un nouveau candidat s’était révélé plus compliqué. Il avait erré dans les rues de Bourg durant son temps libre. Son arpentage des rues s’était soldé par un échec, il avait alors pensé aux réseaux sociaux. Ainsi, il diversifiait ses approches. L’actualité avait mis un tchat en lumière : coco. Le plus étonnant était qu’en une soirée, il avait réussi. Beaucoup de bi et de gays fréquentaient le site, beaucoup de mythomanes aussi. Les réellement intéressés n’hésitaient pas à se montrer. En moins de deux heures, il avait trouvé le pigeon, photo à l’appui. Pseudo : Carlos. Pas son vrai nom, une évidence. Il ne ressemblait pas vraiment à Roberto, cependant l’allure générale faisait illusion. Ils s’étaient donné rendez-vous à dix-huit heures dans un petit bois près de Jasseron à quelques kilomètres de Bourg. Il en aurait ri. Lui qui cherchait un moyen de l’attirer dans un coin discret, c’est l’autre qui lui avait proposé : marié, femme jalouse.
Il s’était procuré une seringue de Diprivan. Il comptait l’endormir et procéder comme avec le Lituanien. Venu en avance par précaution, il se gara à une centaine de mètres du lieu du rendez-vous. Carlos fut ponctuel. Prudent, lui aussi arriva à pied. Il ne l’avait pas trompé sur la marchandise. De taille moyenne, musclé mais svelte, très brun, un regard d’hidalgo…
Et fougueux. Cela il ne l’avait pas prévu. Sans discours inutile, Carlos s’agenouilla, tira son jogging vers le bas, entraînant le boxer dans sa descente et plongea la bouche en avant. Cette entrée en matière le désarçonna. L’autre suçait comme un dieu et un instant, il s’égara. Quand il se reprit, il bandait comme un âne. Il voulut se baisser pour récupérer la seringue dans sa poche. Il y parvint après moult contorsions mais ça avait alerté Carlos. Au moment où il levait la seringue pour la lui planter dans le cou, son suceur s’aperçut de la manœuvre et le repoussa brutalement. Il se retrouva le cul dans les feuillages. Au lieu de profiter de son avantage, Carlos s’enfuit à toutes jambes.
Il ne pouvait le laisser s’échapper. Il se releva et se lança à sa poursuite. L’autre avait beau avoir une bonne forme physique, elle ne valait pas la sienne. Il gagnait du terrain. Il allait le rattraper. Ils sortirent du bois. Il eut une hésitation. À découvert… Non ! Il fallait l’empêcher… Ils arrivaient à une route. L’autre, sans regarder, traversa. Un grand bruit de frein, un corps qui vole. Il s’arrêta net, s’empressa de faire demi-tour et pénétra dans le sous-bois. Il courut à perdre haleine jusqu’à sa voiture. Il démarra en trombe.
Il était fou furieux. Il espérait seulement que l’automobiliste n’avait pas bâclé le travail comme lui. La seringue. Il l’avait complètement oubliée. Trop tard ! Il ne restait qu’à espérer que les flics ne fassent pas le lien et ne s’intéressent pas au sous-bois.
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À minuit, rien ne leur avait été signalé. Krieg’s décida qu’il était temps de mettre fin à la partie. Elle rappela les équipes surnuméraires et proposa aux policiers municipaux de faire de même. Michel, de retour à la brigade, manifesta son désaccord, il allait forcément se passer quelque chose. Krieg’s lui rappela sèchement qui commandait et lui ordonna d’aller se coucher. Il ne décolérait pas.
Marianne tenta de le raisonner. Il fit la sourde oreille et s’installa devant son écran. Elle n’osa pas partir : c’eut été l’abandonner. Elle le voyait s’activer sur son clavier se demandant ce qu’il cherchait.
Soudain, il décrocha le téléphone fixe.
Elle s’approcha.
Un compte-rendu d’intervention était affiché. Elle le lut : à 18 h 10, une patrouille était intervenue sur la commune de Jasseron. Un quidam s’était fait renverser par une voiture sur la D936. D’après le conducteur et sa compagne, l’homme, courant, avait surgi de nulle part et s’était précipité sous les roues de leur voiture. La femme précisait qu’un homme avait vu l’accident et pourrait confirmer leur histoire. Mais aucun témoin ne s’était présenté. Le blessé avait été conduit aux urgences de Fleyriat, l’hôpital de Bourg où il était en soin intensif. Le conducteur était clean. Quant à la victime, ils attendaient une réponse de l’hosto. Il n’avait ni téléphone ni papier. C’est entre autres ce qui avait attiré l’attention de Marianne. Une annexe précisait qu’il avait été identifié. Sa femme ayant appelé l’hôpital, s’inquiétant de l’absence de son mari. Il s’agissait d’un certain Charles Santa-Anna, 45 ans, promoteur immobilier.
Le fixe sonna. Il dérocha, écouta son interlocuteur.
Attrapant un stylo, il griffonna sur une feuille qui traînait sur son bureau.
Il raccrocha.
Il empoigna son blouson.
Il lui montra la feuille où était inscrite l’adresse. Montmerle. Elle connaissait un peu, un hameau rattaché à la commune du Valrevermont. 15 km.
Elle prit sa place devant la bécane et entra dans le service des permis de conduire. Elle sortit facilement le permis de Santa Anna. L’évidence leur sauta aux yeux : il correspondait tout à fait à une cible potentielle.
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Samedi 29 juillet
très tôt
Ils prirent l’Alfa de Marianne. Complètement pris par l’enquête toute tension amoureuse avait disparu, ils avaient retrouvé leur fonctionnement habituel. « C’est une bonne chose », pensait Michel alors que Marianne, faisant fi, comme à son habitude des limitations de vitesse conduisait comme un pilote de rallye et enchaînait les virages qui les amenèrent à Montmerle.
Montmerle un hameau d’une vingtaine de maisons. Ils eurent malgré tout quelques difficultés à trouver celle de Martin Barre, le conducteur et de sa compagne, Jo-Anne Dersonne. Leur GPS avait atteint sa limite de compétences. Il les avait amenés à la ruelle et avait déclaré forfait. Heureusement la nuit était lumineuse et ils purent repérer les noms sur une boîte aux lettres.
Bâtie sur un seul étage, une petite terrasse protégée par un avant-toit, entourée d’un terrain bien arboré, éclairée, par la lune, la maison plut immédiatement à Michel. Une image idiote, Marianne et lui… il la chassa immédiatement.
Déjà celle-ci sonnait. Les premières mesures de la Ve de Beethoven retentirent surprenant les deux gendarmes. La porte s’ouvrit aussitôt sur un jeune homme hagard, cigarette à la main. Une certitude, ils ne l’avaient pas réveillé.
Marianne et Michel se présentèrent. Si l’homme se montra indifférent, sa compagne n’apprécia pas de les voir débarquer ainsi. Son copain n’avait rien fait, c’était l’autre qui s’était jeté sur les roues. Il fallut toute la diplomatie de Marianne pour la calmer. Pendant ces échanges, Martin Barre avait terminé sa clope et en avait allumé une autre. La pièce dans laquelle il les avait reçus, la pièce à vivre, baignait dans un halo de fumée. L’odeur indisposait, le fumeur repenti qu’était Michel.
Quand Marianne leur eut bien fait comprendre qu’ils ne mettaient pas en doute leur version de l’accident mais qu’au contraire ils pouvaient les aider dans une autre enquête. Jo-Anna Dersonne se radoucit et leur proposa de s’asseoir à la table familiale, leur proposant un café, qu’ils refusèrent. Ils ne voulaient pas déranger plus que ça.
Martin Barre leur expliqua qu’il ne pouvait s’endormir. Dès qu’il fermait les yeux, il voyait l’homme s’écraser sur son pare-brise. Michel lui demanda de se remémorer l’accident du mieux qu’il put.
Il se mit à pleurer. Sa copine l’enlaça, le consola comme on aurait consolé un enfant. Et elle prit la parole. Elle précisa qu’elle l’avait vu arriver mais trop tard. Ça avait été trop rapide. Son cri pour prévenir son compagnon arrivait à la seconde où la voiture percutait l’homme.
Marin Barre semblait sortir de sa léthargie.
Michel fondait peu d’espoir sur cette question mais il devait la poser.
Le couple voulut savoir pourquoi cet intérêt pour cet homme. Ils avaient bien compris que c’était lui qui intéressait les deux flics. Michel leur expliqua qu’il pouvait être impliqué dans une enquête qu’ils menaient sans entrer dans les détails.
Martin Barre qui avait retrouvé du poil de la bête trouva tout de suite le joint.
Ils quittèrent le couple en s’excusant pour le dérangement nocturne et tentèrent de déculpabiliser le jeune homme.
Pendant que Marianne conduisait, Michel appela Krieger. D’abord celle-ci fit preuve de mauvaise humeur mais ce qu’il lui annonça le fit sauter de son lit. D’autres allaient être réveillés brutalement. Elle voulait que ses hommes soient opérationnels dès le lever du jour. Michel lui demanda d’envoyer immédiatement une patrouille pour surveiller la zone.
Il essaya de convaincre son binôme qu’il n’était pas utile de se rendre sur place. Têtue comme un âne rouge, elle s’accrocha à son idée. Il céda.
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La clarté de cette nuit d’été leur permit de trouver facilement le lieu de l’accident matérialisé par les traces de freinage et le sable répandu par les pompiers. La chance leur sourit. Ce bout de pré n’avait pas été fauché et les herbes hautes où Santa-Anna était passé ne s’étaient pas encore relevées. Ils n’eurent pas besoin de leur torche pour suivre sa trace jusqu’à l’orée du bosquet. Cela ne les avançait guère : ils n’avaient parcouru qu’une cinquantaine de mètres.
Dans le bois, ils eurent beau éclairer le sol couvert de feuilles mortes, cela devint trop compliqué. Il leur aurait fallu un pisteur indien ou un chien. Michel appela immédiatement Krieger pour demander un maître-chien.
Elle prenait son travail très à cœur mais il ne l’avait jamais vue aussi acharnée sur une affaire. Il se demanda si ce n’était pas pour elle un moyen de le chasser de ses pensées.
Ils installèrent une rubalise le long du passage emprunté par Santa-Anna. Planté à l’orée du bois, Michel observait la route.
Une voiture de gendarmerie arriva à ce moment. Michel donna ses consignes aux deux hommes puis s’adressant à Marianne :
Devant son recul, elle rajouta :
Il ne répliqua pas.
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Il ne décolérait pas. Après avoir beaucoup hésité, il avait décidé d’aller récupérer la seringue. Il les avait vus, plus exactement, il avait vu la voiture, une Alfa et les deux torches qui brillaient dans la nuit. À cette heure avancée, des curieux, il n’y croyait pas, ce ne pouvait pas être que des flics. Qui qu’ils soient, il lui avait interdit toute approche. Il était rentré furieux de sa bêtise.
Il arpentait, en maugréant, les pièces de la grande maison vide qu’il avait acquise pour elle, pour cette putain. Il s’était montré stupide. Comment avait-il pu se laisser surprendre par ce connard ? Il l’avait fait bander.
Cette érection, venant après celle qu’il avait eue en violant le Lituanien, l’avait perturbé. L’autre avait profité de son trouble. Heureusement, cet abruti avait eu ce qu’il méritait. D’après ce qu’il savait, il ne passerait pas la nuit.
Il attrapa une bouteille de Cognac sur la desserte et s’en enfila une longue rasade à même le goulot. Il continua de déambuler, traînant la bouteille avec lui.
Comment avait-il pu oublier la seringue. Y avait ses empreintes dessus. Il n’était pas fiché mais si par malheur, il se retrouvait dans leur viseur. Il allait devoir changer ses plans. Roberto ne pouvait plus attendre et, perdu pour perdu, cette salope d’Adrianne allait payer aussi. « Adrianne, tu m’appelles Adrianne, c’est bien plus classe qu’Adrienne. » Connasse ! Il avait tout abandonné pour elle, sa famille, un poste qui lui ouvrait de grandes perspectives. Il l’avait suivie dans ce trou de province pour qu’après moins d’un an, elle le largue comme une vieille chaussette pour une espèce de bellâtre, genre danseur de tango.
« Faut pas m’en vouloir, lui avait-elle lâché mais Roberto c’est mon âme sœur ».
Un meilleur coup que lui voilà. Pas un mec qu’une tarlouze aurait fait bander en le suçant.
Comment elle l’avait couillonné avec ses compliments. « Comme tu es beau ! Comme tu es intelligent ! Comme tu es fort ! Tu es l’amour de ma vie. » Le corbeau et le renard…
Comme tu es beau : naïvement, il avait cru que c’était l’Amour qui le rendait beau.
Comme tu es intelligent : elle avait bien raison et il allait leur prouver à elle et à son matador de pacotille.
Comme tu es fort : ça oui. Plus rien à voir avec le petit gringalet dont tout le monde se moquait au lycée. Soulever de la fonte lui avait sculpté un corps d’athlète. D’ailleurs, il l’avait rencontrée à la salle de sport de l’hôtel au cours de vacances familiales.
Vacances familiales, l’ennui assuré avec deux gamins qui piaillaient et une femme qui ne pensait qu’à être uniformément bronzée. Si encore… Mais elle était frigide depuis ses grossesses. De sa faute à elle aussi s’il était tombé dans les bras de cette catin.
Aussi quand Adrianne s’était pointée avec ses compliments à la con et ses seins en avant, elle n’avait eu qu’à se baisser pour le ramasser. Au lit, une vraie bombe et la première qui s’exclamait : « Mon chéri, tu es un amant merveilleux. »
Il s’enfila une nouvelle rasade de Cognac et s’avachit dans un fauteuil.
Après ces vacances, elle l’avait poursuivi de ses assiduités. Il descendait à Bourg aussi souvent qu’il pouvait. Au bout de quelques mois, il l’avait rejointe. Elle le hantait. Vivre sans elle, sans leurs baises à répétition lui était devenu impossible.
Il voulut boire encore une gorgée mais il avait vidé la bouteille. De rage, il la jeta contre le mur. Elle s’éclata contre la paroi avant de s’écraser au sol en mille morceaux.
Il avait acheté cette putain de grande maison et ils s’y étaient installés. Le dérapage avait commencé à partir de ce moment-là. Les sorties, les restos, les séances de baise, surtout les longues séances de baise – quand il venait le week-end, ils passaient la moitié du temps à baiser – se heurtèrent à la réalité du quotidien de la vie en couple. Il s’ennuyait avec elle. Ils avaient peu de choses en commun et pas grand-chose à se dire.
Ce n’était qu’une putain d’esthéticienne inculte. Il lui avait fait l’honneur de… Elle aurait pu faire un effort mais non elle passait ses soirées devant la téloche à mater des programmes de télé-réalités pour sous-doués.
Heureusement, il restait la baise. Ça aussi ne dura pas. Si son désir demeurait intact celui de cette pute d’Adrianne s’étiola. La fatigue après une dure journée ou les maux de tête auxquels sa femme l’avait habitué réapparurent.
Jusqu’au jour où sans crier gare et sans précaution, elle lui asséna qu’elle avait trouvé « l’âme sœur ». Prévoyante, la salope avait déjà déménagé toutes ses affaires pendant qu’il bossait.
Il se leva, alla titubant fouiller dans le bar. Il ne buvait pas et celui-ci n’était guère achalandé. Il dénicha un flacon de vodka à peine entamé. Il fit sauter le bouchon et but, à même le goulot, avant de retourner dans son fauteuil.
Imaginer Adrianne en train de se faire saillir par ce primate le mettait en rage. Et dès qu’il fermait les yeux, il la voyait se pâmer. Il voyait le matador secouant sa muleta devant lui. Derrière le tissu rouge, il ne pointait pas une épée mais sa grosse bite de macho espagnol.
Il avait ruminé, ruminé sur « comment se venger ». Il ne savait même plus s’il était amoureux d’elle ou s’il ne l’avait jamais été. Il était accro à son corps. Jamais il n’avait donné autant de plaisir à une femme. Et cette salope pour le remercier…
La vision de ce crétin de Mercure avait été le déclic. Il avait su ce qu’il devait faire. Un autre ne l’aurait pas.
Tuer et tuer encore les sosies de Roberto, lui faire comprendre d’une manière ou l’autre qu’il était une victime possible pour dans un final grandiose arriver à le châtrer avant de le faire crever à petit feu. Il avait suffisamment lu sur les serial killers pour savoir que s’ils gardaient un modus operandi, ils évoluaient au fil des crimes. Carlos, il avait pensé lui couper les oreilles. Le suivant, il aurait inventé une autre mutilation pour arriver graduellement à la castration du bellâtre en une sorte d’apothéose.
Il n’avait plus le temps. À cause de sa négligence ! Il lui fallait passer directement au dernier acte et disparaître. Disparaître car il ne doutait pas que les flics s’ils trouvaient la seringue, et ils la trouveraient, parviendraient à un moment à un autre à faire le lien. Quel lien ? Il ne devait pas perdre son sang-froid. Pourquoi penserait-il à lui ? Le Dipravan les enverrait dans une certaine direction, une direction médicale mais rien de plus. Le produit lui-même n’était pas traçable. Il s’affolait pour rien.
Il s’endormit complètement ivre. La bouteille s’échappa de sa main, tomba. La vodka se déversa sur le tapis.
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Samedi matin
La nuit fut courte. Rendus chez Marianne aux environs de deux heures du mat, ils avaient dormi quatre heures. Au coucher, aucun lézard, ils étaient réellement trop crevés. À peine déshabillé, il s’était écroulé sur le lit (de la chambre d’ami) pour immédiatement s’endormir. Une main l’avait secoué alors qu’il avait l’impression de juste commencer sa nuit. Là début de malaise. L’avait-elle fait exprès… ou pas ? Elle portait un shorty et un t-shirt élimé qui évoquaient ses formes sans les dévoiler la rendant très désirable. Tentation de l’attirer à lui, de l’attirer dans le lit. Une lueur dans son regard lui disait qu’elle ne résisterait pas mais lui résista.
Il prit un rapide déjeuner pendant qu’elle se douchait et se doucha pendant qu’elle se préparait.
En chemin, elle lui expliqua qu’elle n’avait pas pu dormir. Elle avait essayé à travers les réseaux sociaux, les services administratifs, enfin tous les sites où elle pensait pouvoir découvrir des renseignements sur Santa-Anna. Résultat néant. Le mec était clean ou prudent. À part un compte FB sans intérêt, il ne fréquentait guère la toile. Le seul mince détail incriminant qu’elle avait trouvé au bout de la nuit, une contravention en face d’un sauna de la région lyonnaise bien connu pour ses fréquentations gay. C’était maigre mais ça allait dans le sens de…
Il était époustouflé, elle n’avait pas dormi de la nuit et elle était fraîche comme une rose. Sacrée nana.
Quand ils arrivèrent sur site, aux environs de 6 heures, Krieg’s était aux manettes et la PTS à l’œuvre. Le maître-chien arriva peu après. Une chaussure du blessé avait été récupérée à l’hôpital par un collègue. Le chien après l’avoir sentie se mit en route. Il entra dans le bois et nez au sol suivit la piste. Le temps sec et l’absence de rosée avaient conservé les odeurs. Il s’arrêta une première fois et tourna en rond avant de repartir. Il les conduisit à une voiture qui se révéla être celle de Santa-Anna. Le chien marqua un nouvel arrêt à la hauteur de la roue avant gauche.
Michel eut une intuition. Il glissa la main sous l’aile. La clé de la voiture était posée sur le pneu. Encore un indice qui montrait que Santa-Anna n’allait pas dans ce bois pour cueillir des champignons. Dans la boîte à gants, ils trouvèrent ses papiers et son portable.
Ils revinrent à l’endroit où le chien avait marqué son premier arrêt. En y regardant de près, ils se rendirent compte que le tapis de feuilles avait été piétiné. Un creux indiquait que quelqu’un/quelque chose avait heurté violemment le sol.
Son hypothèse était plausible. Ils limitèrent une zone à fouiller. S’il y avait eu lutte, ils trouveraient peut-être…
Rapidement, un technicien découvrit une seringue pleine d’un liquide incolore. Chrissie qui chapeautait l’équipe de la PTS s’en empara et décida de filer immédiatement au labo pour l’analyser et tenter de faire parler le portable de Santa-Anna.
La suite de l’inspection ne leur apporta rien de neuf excepté un préservatif bien détérioré et une cannette de bière.
À la fin de la fouille, ils débriefèrent avec Krieger et Chrissie qui les avait rejoints en vidéo. Ils n’avaient plus guère de doute, le tueur du week-end avait encore frappé. L’hypothèse énoncée par Marianne était probablement la bonne : l’attaque du tueur avait foiré. Le liquide contenu dans la seringue avait été rapidement identifié : un anesthésique très puissant couramment employé en chirurgie. L’intéressant était qu’il n’était pas facile de s’en procurer. Chrissie avait trouvé des empreintes sur la seringue mais elles n’étaient pas répertoriées. Quant au téléphone facilement craqué, elle avait fait chou blanc. Santa-Anna naviguait derrière un VPN très performant. Ce qui en soi se présentait comme un nouvel indice.
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À la brigade, agitation maximale. Ils avaient du concret. La découverte du Dipravan réduisait grandement le périmètre de recherche. Cet anesthésique provenait forcément d’un hôpital ou d’un établissement hospitalier. Ce qui limitait le nombre de personnes qui y avait accès à quelques centaines, si on se limitait à Bourg et ses environs. Tous les membres de la section étaient plongés dans la recherche de profil de médecins, infirmiers, personnel soignant ayant déjà eu des démêlés avec la justice pour des faits de violence ou fichés comme délinquants sexuels.
Au milieu de tout ce brouhaha, l’annonce du décès de Charles Santa-Anna passa quasiment inaperçue. Pourtant, trois morts, on pouvait parler de serial killer.
Marianne ne participait pas au branle-bas général, persuadée qu’elle était que ça ne donnerait rien. Krieger partait du principe que le tueur était un régional. Possible mais nullement certain. Lyon était à moins d’une heure. Là, on passait brusquement d’une centaine à un millier, voire plus, de suspects potentiels.
Assise à son bureau, une loupe à la main, elle observait chaque mm² des deux photos envoyées par le tueur. Chrissie lui avait procuré deux agrandissements papiers avec la plus haute résolution possible. Ces clichés l’obsédaient, surtout celui de la première scène de crime. Un détail l’avait chiffonnée mais elle n’arrivait pas à mettre l’œil dessus. Indifférente à l’effervescence qui l’entourait, elle continuait de scruter, de la retourner dans tous les sens. Pour rien.
Jusqu’à ce que… Elle se précipita sur son écran, consulta plusieurs sites puis revint à la photo. Elle appela Michel.
Elle lui céda sa place et lui désigna un point précis sur l’écran.
Elle se pencha au-dessus de son épaule. Son sein frôlait son épaule. Elle sentit son mamelon durcir à ce contact.
Elle s’amena en tortillant exagérément du popotin.
Elle disparut quelques instants son téléphone à la main. Quand elle revint, elle s’adressa à Michel.
Devant le regard incendiaire de celle-ci, sans se démonter aucunement, elle lui balança :
En retour, elle eut droit à un doigt dirigé vers le plafond.
Michel avait suivi ces échanges de très loin. Il était revenu sur écran, zoomait et rezoomait sur la partie que son binôme lui avait désignée. À force d’espérer n’inventait-elle pas ? Pourtant, c’était là.
Cette dernière se pencha de nouveau, tétons dardés et montra à la techno.
Le sein de Marianne occupant le flanc gauche, celui de Heind vint s’appuyer sur le droit. Résultat : le sein droit de Marianne s’écrasait contre son omoplate gauche tandis que le sein gauche de la techno s’écrasait contre son omoplate droite. Dans d’autres circonstances, il eut sans doute trouvé la situation amusante, voire excitante, mais en l’occurrence, ce qu’impliquait la découverte de Fetzpoule l’occupait tout entier. Il ne put cependant ignorer le clin d’œil ironique de Krieg’s.
Les deux femmes, maintenant en totale connivence, se pressaient langoureusement contre lui. Heind ne distinguant pas ce qu’il voulait lui montrer, Marianne, dans un geste glissant, qui lui permit de caresser le torse musclé sans en avoir l’air, plaça son index sur un point précis de l’écran.
Plusieurs collègues s’étaient rendu compte du manège des deux femmes et ricanaient ouvertement. Leur manège dura jusqu’à ce que Michel craque.
Hilares, elles checkèrent dans son dos.
Le technicien spécialiste en photos arriva, échevelé, à cet instant et fit diversion. Michel lui montra la lueur.
Le techno passa de l’écran au tirage papier. Il lui emprunta sa loupe. Il scruta longuement.
Le silence s’était fait dans l’open space. Ils avaient compris qu’il se passait quelque chose d’important.
Le technicien hésita. Marianne avait une idée mais elle ne voulait pas influencer leur jugement.
Michel transféra le contenu de son pc sur le grand écran de l’open space. Le technicien s’était replongé dans l’examen de la photo.
La cheffe avait repris la main s’adressant aux technos :
Le technicien, littéralement, s’enfuit.
Michel allait répliquer mais le ton et la mimique de Krieger l’en dissuadèrent. Don Juan… et encore quoi ?
Ses deux collègues qui s’étaient écartées pouffaient dans son dos. Krieger n’avait pas fini. S’adressant à l’assistance qui regardait l’écran géant.
Un silence lourd d’incompréhension lui répondit.
Un des flics leva le doigt comme à l’école.
« Ce n’est pas le seul problème. », songea Marianne. Pas le moment de l’évoquer. L’heure était à l’euphorie.
Krieger reprit la parole et répartit les tâches. Les enquêteurs qui s’étaient regroupés autour de l’écran géant se dispersèrent et retournèrent à leur poste de travail. À neuf heures, ils avaient la confirmation que la photo avait été prise le matin. Ils avaient un suspect, et bientôt un nom.
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À suivre