| n° 23570 | Fiche technique | 50296 caractères | 50296 8458 Temps de lecture estimé : 34 mn |
29/03/26 |
Résumé: Entre l’enquête qui n’avance guère et sa relation compliquée avec son adjointe, le capitaine n’a pas le temps de s’ennuyer surtout que... | ||||
Critères: #policier fh hh | ||||
| Auteur : Domi Dupon Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Poulets de Bresse Chapitre 03 / 06 | Épisode suivant |
Résumé des épisodes précédents :
Le capitaine Michel Jagueur et son adjointe la lieutenante Marianne Fetzpoule enquêtent sur une disparition. Enquête qui évolue lorsque le cadavre de Mercure est retrouvé.
Une première mauvaise nouvelle les attendait en rentrant à la brigade : Lyon avait refusé le corps et Fleur effectuerait l’autopsie au retour de son séminaire lundi. Chrissie, avec l’accord téléphonique de la légiste, en avait profité pour faire d’autres analyses ne dépendant pas vraiment de son domaine de compétence. Mercure avait eu une relation sexuelle avant son décès : elle avait retrouvé du sperme dans ses sphincters. Ce qui ne faisait que confirmer les déclarations de Lucille Bourdon. Si on trouvait des brûlures un peu partout sur le corps, elles étaient plus nombreuses à proximité des parties érogènes. Plus intéressants, les marques de tortures et les brûlures les plus récentes avaient eu lieu peu de temps avant la mort de Mercure. Ce qui conforta les deux enquêteurs dans leur hypothèse.
La deuxième leur parvint, en fin d’après-midi, alors que Michel s’inquiétait de cette seconde nuit chez Marianne. Un appel de la gendarmerie de Chambéry. L’avis de recherche pour les camions de l’entreprise courait toujours. Une patrouille en avait croisé un sur la nationale en provenance d’Italie. Ils avaient fait demi-tour pour le contrôler. Le chauffeur voyant la voiture de gendarmerie à ses trousses, s’était affolé, avait abandonné le camion sur le bord de la route et avait tenté de fuir malheureusement, il ne courait pas assez vite et l’Arc l’avait stoppé.
Le camion fut fouillé. À l’arrière, ils trouvèrent un groupe de quatre très jeunes Asiatiques. Après le passage de la frontière, le chauffeur, trop confiant, les avait laissées sortir de leur cache et s’asseoir entre les cartons de la cargaison. Il avoua qu’il devait les conduire jusqu’à Lyon à Édouard Herriot (le port pas l’hôpital) où un mec réceptionnerait la cargaison. Il avait un certain nombre de voyages à son actif mais, d’après les collègues de Chambé, il n’était qu’une petite main, recevait ses instructions de Mercure ou de sa secrétaire et effectuait les livraisons, point barre. À la question de l’implication de Madame Schmidt, il répondit qu’il n’avait jamais eu affaire à elle. Il ne pouvait pas dire si elle était au courant. Pour la capitaine que Michel avait eue au téléphone, le trafic avec l’Italie impliquait probablement la présence de la Mafia.
À la suite des aveux du chauffeur, il l’avait laissé repartir pour Lyon où une souricière avait été tendue pour identifier le maillon suivant. La collègue de Chambé n’en savait pas plus. La brigade spécialisée dans le commerce d’êtres humains avait été saisie et c’étaient ses officiers qui prenaient la suite.
Cela n’avait probablement aucun rapport avec le meurtre, encore qu’ils ne pouvaient rejeter l’hypothèse sans vérification. Même si l’enquête ne relevait désormais plus d’eux, l’entreprise étant établie sur leur secteur, ils auraient à travailler dessus. Établir si Patricia Schmidt trempait dans ces magouilles et qui d’autre dans l’entreprise participait à ce trafic. Une quasi-certitude : la secrétaire Mauricette Alanice. Ses états d’âme sur la soirée à venir furent relégués aux oubliettes.
Interroger Patricia Schmidt comme il l’avait initialement prévu, une évidence mais il devrait la reporter au vendredi. Il était plus urgent de cuisiner la secrétaire… Plutôt que de retourner la voir à son bureau, Michel envoya deux uniformes la chercher afin qu’il l’auditionne « très officiellement » en salle d’interrogatoire.
Mauricette, encadrée par les deux flics arriva toute souriante pas du tout alarmée même plutôt flattée de susciter autant d’intérêt.
Finie la légèreté ! Sa voix avait perdu toute gaieté et reflétait une certaine inquiétude. Ajouté au fait qu’elle ramenait son rôle à celui de secrétaire obéissante… Michel comprit qu’a minima, elle savait. Inutile de tergiverser.
Elle tenta de prendre un air étonné mais n’était guère convaincante. Elle se retrancha derrière un :
Michel avançait à l’aveuglette. Le visage décomposé de la secrétaire lui montrait qu’il allait dans la bonne direction.
L’allusion au juge et ce que cela impliquait eut un effet bœuf. Elle s’écroula et devint intarissable. Au départ, elle ne savait rien. Elle avait compris qu’il y avait quelque chose de louche quand, à plusieurs reprises, Mercure avait modifié les plannings pour que Lou Ride ou Stéphane Tailleur soit chargé d’un transport particulier. Elle trouva encore plus bizarre que très souvent ces nouveaux itinéraires les amenaient en Italie. La curiosité est un vilain défaut et contrairement à ce qu’elle avait affirmé précédemment, non seulement, elle ne s’était pas refusée à Lou Ride mais c’est elle qui l’avait dragué. Sur l’oreiller, elle l’avait confessé. L’appât de l’argent facile avait été le plus fort : elle voulait sa part du gâteau et était allée voir son patron. Heureusement pour elle, Mercure n’était pas vraiment un mafieux sinon elle aurait fini dans un tragique accident de la circulation. Ce dernier avait préféré « l’intéresser aux bénéfices ». Il l’avait chargée des plannings. Elle finit par admettre qu’elle bidouillait des factures pour blanchir le fric qui rentrait.
De ses aveux, il ressortait que Mercure n’était, lui aussi, qu’un maillon, qu’un exécutant. Seuls deux de ses chauffeurs participaient aux trafics variés, allant de la contrebande de cigarettes, venant principalement de Roumanie jusqu’au transport de jeunes femmes en provenance de pays de l’Est ou d’Asie destinées à la prostitution, en passant par des chargements de drogues. Ils lui firent signer sa déposition et la placèrent en garde à vue. La suite ne dépendait plus d’eux.
Michel en revint à son souci existentialiste : la soirée et… la nuit chez Marianne.
***********************
Vendredi 21 juillet
In fine, ça s’était plutôt bien passé, enfin il ne s’était rien passé. Il avait profité d’un sommeil réparateur. Après le dérapage alcoolisé de la veille, Marianne avait gardé sa tenue de combat jusqu’à ce que douche prise, il rejoigne la chambre d’ami. Sans se concerter, ils avaient évité l’alcool. La soirée avait été crispante par moment électrique mais chacun était resté sur son quant-à-soi et quand il fut clair qu’ils resteraient sages, ils retrouvèrent leur complicité amicale. Bien qu’amicale ne soit plus le bon mot. Depuis l’épisode de la veille, il ne la voyait plus de la même manière. La réciproque était sans doute vraie.
Après avoir pris un déjeuner rapide, ils rejoignirent la brigade chacun avec leur voiture. Il emprunta le chemin des écoliers pour ne pas arriver en même temps que Marianne. En trempant leurs tartines dans leur café noir, ils avaient revu toute l’affaire. Pour Marianne, la mort de Mercure était résolue. Ne restait qu’à faire avouer le couple Bourdon. Ce qui, d’après elle, ne devrait pas être trop compliqué. Lui avait encore un doute. Les trafics, la mafia. Ils ne pouvaient ignorer cette piste. Malgré son chagrin, ils allaient cuisiner Patricia Schmidt pour savoir à quel point elle était impliquée dans ces trafics… si elle l’était.
Un cabriolet Peugeot était garé, mal garé, au pied du perron de la gentilhommière du couple Schmidt/Mercure. Michel supposa à tort que c’était un membre de la famille ou un ami venu consoler la veuve. La personne en peignoir qui leur ouvrit la porte n’était ni l’un ni l’autre.
Chassé le désespoir de la veille.
À l’ordre qui régnait succédait le chaos. Dans l’entrée des vêtements jonchaient le sol, le porte-manteau était de guingois, cerise sur le gâteau, une petite culotte transparente gisait sur le sol. Devant l’air interloqué des deux flics, Page leur déclara l’air enjoué :
Le salon était à l’image du hall : des bouteilles vides, de la vaisselle sale, des miettes de repas, le canapé en désordre, les coussins sur le parquet comme si on s’était battu. Et un Robert Page toujours aussi hilare. La veille, il était dévasté par la mort de son amant.
Reprenant son sérieux :
Ils remirent les coussins en place et s’installèrent. Ils n’eurent pas à attendre longtemps. Patricia fit son apparition, cheveux humides dans un peignoir jumeau de celui de Page, le visage rayonnant. Assurément, ça avait matché entre eux. Leur air réjoui montrait que ça avait dépassé la simple partie de jambes en l’air. Cette impression se confirma lorsqu’il fit comprendre à Page qu’ils désiraient interroger Schmidt hors de sa présence.
Devant l’air interloqué de Marianne, il continua :
Ils abandonnèrent le sujet pour interroger Schmidt sur les activités de camionnage, sans faire état de l’arrestation du chauffeur et de la découverte qui avait suivi. Elle leur répondit avec une décontraction distraite trop occupée à cajoler Page qui, aux mouvements que cela provoquait sous le peignoir, semblait apprécier au plus haut point. Elle ne s’était jamais intéressée à l’entreprise de transport considérant que c’était un gadget, le joujou de Fred. Elle avait assez à faire avec leur boîte de BTP.
Sa décontraction et son « je-m’en-foutisme » dans ses réponses les convainquirent, sans qu’ils aient à se concerter, de la non-implication de Schmidt dans les petits trafics de son ex-compagnon. Par contre, Page incita Patricia à leur raconter le comportement à risque de Mercure, ses soupçons sur le couple rencontré au « Grateful Airplane ».
Michel préféra ignorer la pique.
***********************
La journée se passa sans autre fait notoire. L’affaire, en l’attente de la nomination d’un nouveau proc à Bourg, avait été confiée à une procureure de Lyon, Barbara-Anne de La Bitchboille-Ampépeur qui ne semblant guère intéressée par un petit meurtre en province se contentait de communiquer par mail avec Krieger.
À la fin de son service, Michel s’était rendu à son appartement pour constater que non seulement Grace n’avait pas fait ses bagages mais qu’elle avait levé trois jeunots pour le week-end. L’orgie n’avait pas encore débuté mais vu l’état de Grace, cela n’allait pas tarder. Elle l’invita à se joindre à eux. Elle insista le supplia, le menaça mais il tint bon et partit en claquant la porte. Il passa de nombreux appels pour trouver une chambre mais avant dimanche soir, il n’y avait rien. N’était-ce l’interrogatoire et le bouclage quasi-certain de l’affaire, il serait allé squatter chez son frère à Valence mais là…
Afin de retarder l’échéance, il l’avait invitée au resto pour la remercier de son hospitalité. Funeste erreur. Marianne avait fait un effort pour être au top de sa féminité : une robe d’été des plus légères qui n’atteindrait jamais les genoux, les talons s’ils n’étaient pas aiguilles étaient suffisamment hauts pour qu’elle soit aussi grande que lui. Elle s’était même débrouillée pour passer chez la coiffeuse. La seule chose qu’elle lui avait épargnée était le maquillage mais elle n’en avait nullement besoin.
Il l’avait amenée, sur les bords de l’Ain, dans une guinguette où l’on mangeait des grenouilles divinement préparées. Au fur et à mesure que le repas avançait, la tension érotique devenait de plus en plus palpable. Michel, devant conduire, ne but qu’un verre de la bouteille d’Altesse qui accompagna leur repas. Ce qui lui permit de garder provisoirement la tête froide. Tel n’était pas le cas de Marianne qui fit honneur au vin lui ôtant toute inhibition. Pour un oui ou pour un non, la main de son binôme touchait la sienne. Chaque fois, et c’était de plus en plus fréquent, qu’elle se penchait, elle lui montrait qu’elle ne portait pas de soutien-gorge. Sans compter le nombre de fois où ses pieds frôlaient ses jambes. Consciemment ou pas, elle l’allumait.
Le désir qu’il avait d’elle augmentait à chaque geste. Il ne voyait pas comment éviter de finir dans son lit ce soir. C’était Marianne, sa collègue, son second moi. Coucher avec elle foutrait non seulement en l’air leur complicité mais aurait sans doute des conséquences négatives sur leur travail. Il était indécrottable. Quand elle plantait les yeux dans les siens, il perdait tous ses moyens. Il lui tardait de réclamer l’addition.
Marianne éprouvait les mêmes sensations. Depuis longtemps, elle réprimait ses sentiments. Elle pensait qu’ils étaient à sens unique et elle ne voulait pas perdre leur complicité. L’autre soir, elle avait vu son regard changer, s’allumer comme si soudain, il avait connecté l’amie et la femme. Au matin, elle avait presque regretté qu’il ne se soit rien passé mais il lui avait fait comprendre que ce ne serait pas judicieux. Il avait raison et le second soir, elle s’était retenue. Mais à cette minute, l’alcool aidant, elle n’avait qu’une envie : se retrouver seule avec lui, chez elle. C’était une grosse connerie.
Michel ne put faire autre chose que d’obtempérer.
Alors qu’il venait de régler la douloureuse, leurs deux portables bipèrent. Ils se regardèrent. « Sauvé par le gong ! » pensèrent-ils de concert.
Ils avaient reçu les mêmes textos : « cadavre tout frais retrouvé à Seillon pts déjà sur place »
Il ne put éviter le sac à dos balancé contre sa poitrine, ni le french-kiss express qui suivit.
***********************
Roger Daltré gara sa voiture sur le parking de l’ancien Courte-Paille à l’abandon qui bordait la forêt. Des petits malins en avaient joyeusement cassé toutes les vitres. Cet endroit, il l’avait découvert quelques mois plus tôt en tchatant sur un site gay. D’après son contact, ce coin était un lieu de rencontre entre mecs depuis des décennies. Ils s’étaient donné rendez-vous et avaient constaté que dès la tombée de la nuit, l’endroit était fréquenté par une faune venue dans un but précis. Depuis, il y venait régulièrement, le week-end, lorsque Sally sa très british moitié, se rendaient chez ses parents du côté de York. Il aimait tendrement son épouse mais depuis plusieurs années, ils n’avaient plus aucune vie sexuelle. Or à 61 ans Roger avait encore des besoins, des envies, des pulsions. Prendre une maîtresse, la pensée l’avait traversé mais les femmes… beaucoup trop compliquées et c’eût été tromper Sally. Alors que baiser un petit cul d’homme… Il n’était pas gay. Dans ses relations, il était toujours resté le mâle.
Plusieurs voitures, sur le parking. Un vendredi soir, y avait du monde. Il vérifia qu’il avait bien des préservatifs dans sa poche et pénétra dans les sous-bois en quête d’une proie. Il croisa plusieurs couples ou groupes en pleine action. Il n’aimait pas la proximité et le voyeurisme. Il s’enfonça plus profond dans la forêt. La nuit était tombée. À la croisée de deux sentes se tenait un jeune androgyne qu’il avait déjà pratiqué. Roger se rappela avoir passé un bon moment avec lui : une très bonne bouche. Vêtu uniquement d’un short, le blondinet attendait. À son approche, il se caressa les seins, pinçant ses tétons. L’invite était claire. Il lui répondit par un autre geste de la main dénué de toute équivoque, à la hauteur de son pubis. D’un mouvement de tête, il lui ordonna de le suivre et se mit en marche sans même se retourner.
Roger avait repéré une petite clairière lors d’une de ses précédentes « visites ». Assez reculée pour qu’ils ne soient pas dérangés par d’éventuels voyeurs. Ils en étaient à quelques mètres quand il entendit un bruissement de feuillage. Il s’arrêta net. Ils n’étaient pas seuls. Le blondinet, lui, nullement gêné, continua sur sa lancée, lui disant au passage : « Tu viens chéri ! »
Ces paroles prononcées à voix haute provoquèrent la fuite dans un grand bruit de branches malmenées, de ce que Roger pensa être un animal.
Il faillit se faire renverser par le jeune homme qui s’enfuyait. Roger s’avança. Au milieu de SA clairière gisait, ce qu’il identifia immédiatement comme un corps. Réflexe professionnel, il s’agenouilla, posa deux doigts sur la jugulaire. L’homme était mort. À cette seconde, il entendit une voiture qui démarrait moteur ronflant. Relevant la tête, il aperçut, à une centaine de mètres, des feux arrière qui disparurent happés par la forêt.
Il s’en retourna vers sa voiture, tout désir éteint. Lorsqu’il y arriva, il vit disparaître, vers l’ancien F1, les feux arrière de la dernière voiture. Le parking était vide.
Ce malheureux ne pouvait pas rester là à la merci des bêtes de la forêt. Il prit son portable qu’il avait laissé dans sa boîte à gants, anonymisa son tél et appela le 17.
***********************
Sur l’insistance de Marianne, ils étaient repassés par l’appart. Il était hors de question qu’on la voie dans une tenue aussi féminine. Michel l’avait attendue dans la voiture pendant qu’elle passait à la hâte un battle et un sweat. La retrouver dans son « uniforme » habituel lui permit de reprendre ses esprits, d’évacuer ce désir, cette tension érotique qui l’avait poursuivi tout le repas.
Pour expliquer, leur arrivée commune, ils prétexteraient, si nécessaire, que l’Alfa de Marianne avait eu un problème. La forêt de Seillon, Michel la connaissait bien pour y courir souvent. Il savait qu’à certains endroits les gays s’en donnaient à queue joie.
Seillon était en zone police. Le lien avec leur affaire avait dû paraître évident au commissaire Jérémie Garcia, bien content de leur refiler le bébé. Guidé par les gyrophares qui bleuissaient la nuit, il posa sa Saab derrière le fourgon de la PTS. Ils n’eurent qu’une très courte distance à parcourir mais durent justifier leur identité aux policiers qui avaient sécurisé la zone. Ils durent marcher hors du chemin balisé par la PTS avec de la rubalise pour rejoindre la clairière illuminée par quatre spots posés autour du cadavre.
Marianne et lui se rapprochèrent. Chrissie Heind et une jeune femme bien en chair étaient penchées sur le corps d’un homme en bermuda et t-shirt. Elles se relevèrent et leur firent face.
Exit madame la docteure Marlet.
Un œil sur sa montre.
Marianne qui tournait autour du corps l’interpella.
Il se dirigea vers Marianne.
Marianne l’ignora.
Elle lui montrait le mort.
Impossible à rater : la quarantaine, cheveux bruns, taille moyenne, même stature de sportif, la ressemblance était frappante.
Il lui fallut quelques secondes pour comprendre.
Sans trop s’avancer, l’hypothèse du même tueur s’imposait. Pourtant, pour elle, cela paraissait tellement évident que le couple Bourdon était coupable. L’attitude de la femme… y a un truc qui la dérangeait. Les faits étaient contrariants. Elle ne pouvait les ignorer. Ils allaient devoir tout reprendre à zéro. À ce moment de la nuit, l’audition du couple n’était plus prioritaire. Elle ne pouvait se résigner :
Michel la ramena à la réalité.
Michel sauta sur l’occasion.
Il tendit les clés de la Saab à Marianne.
Elle prit les clés et s’en fut ne sachant pas si elle devait se réjouir ou se mordre les doigts. Elle avait bien compris que Michel avait saisi au vol l’opportunité de passer la nuit ailleurs que dans son appart. Il avait subitement oublié qu’elle avait bu. Qui allait éteindre l’incendie qui s’était déclaré dans son bas-ventre ? Et qui allait éteindre celui qui flambait dans le jean de Michel ?
***********************
Samedi 22 juillet
Michel eut un long entretien avec le commissaire Garcia où ils convinrent que la police municipale bouclerait et surveillerait la zone aussi longtemps que nécessaire. Chrissie profita de cette conversation pour mitrailler la scène de crime prenant garde de ne pas la souiller. Renonçant à attendre le corbillard qui devait emporter le corps, ils rentrèrent à la brigade avec le fourgon. Le trajet se fit en silence. La techno, concentrée sur sa conduite, Michel plongé dans des pensées pas vraiment réjouissantes. Ce second corps semblait invalider la culpabilité des Bourdon qui paraissait quasi évidente quelques heures plus tôt… N’eussent été les lacets à l’envers, il aurait pensé à un imitateur. Mais là…
Arrivée au labo, Chrissie ôta sa tunique blanche. Elle apparut uniquement vêtue d’une mini fuchsia. Malgré l’approche de la cinquantaine, elle en jetait encore un max. Le port de la tenue de la PTS avait froissé la robe remontant très haut au-dessus des genoux. Un décolleté largement échancré peinait à cacher sa voluptueuse poitrine.
Cette vision hautement sensuelle, la tension érotique à laquelle Michel avait été soumis les heures précédentes provoqua une érection instantanée. Le regard allumé, allumant, allumeur que lui jeta Heind en faisant sa remarque déclencha une pulsion impérieuse. Ses mains partirent à l’assaut d’un corps qui ne se déroba pas. Elles se glissèrent sous la robe, la remontèrent, empaumant rudement les fesses. À l’unisson, elle lui avait dégrafé son jean et libéré son membre. Il ne prit pas le temps d’ôter la culotte, se contentant de l’écarter, il la pénétra brutalement, plaquant le corps de sa partenaire à la paillasse du labo.
La charge de la brigade légère ne dura guère mais fut d’une intensité que Michel avait rarement connue. Sa partenaire hurla de plaisir (elle lui expliqua ensuite que la douleur infligée par l’arête de la paillasse contre ses lombaires y était aussi pour quelque chose) alors qu’il la pilonnait en ahanant. Chrissie n’était pas en reste et lui labourait le dos de ses ongles acérés. Ils jouirent ensemble dans un dernier râle et un dernier cri. Se dévaginant, Michel s’adossa à son tour à la table du labo. Ils reprirent lentement leur souffle.
Reprenant son sang-froid, il eut des états d’âme. Chrissie semblant lire en lui balança :
Elle se décolla de la paillasse, se rajusta et se dirigea vers la pièce informatique. La gêne provoquée par leurs ébats disparut très vite grâce à la bonne humeur de Chrissie.
Pendant qu’il contactait les gendarmeries régionales dans le cas bien improbable où une disparition leur aurait été signalée, elle s’occupa de repérer qui avait appelé pour signaler le meurtre. Elle ne pouvait pas rivaliser avec un hacker et ce n’était pas son job. Le service disposait d’un geek mais à ses moments perdus, elle aimait titiller la bécane. Et ce soir, ça urgeait. Attendre le bon vouloir des opérateurs téléphoniques n’allait pas le faire. Alors, elle se mit au boulot. Dans un premier temps, elle logea tous les téléphones qui avaient borné près de Seillon à l’heure de la découverte du corps. Ensuite, elle les avait croisés avec les appels passés à la minute précise où le commissariat avait été contacté. Par chance, il n’y en avait qu’un seul. Le téléphone appartenait au docteur Roger Daltré, spécialiste bien connu à Bourg et exerçant dans une clinique privée. Le genre d’homme qui n’avait certainement pas envie qu’on sache qu’il fréquentait les lieux de drague homo.
Entre-temps, ils avaient réceptionné le corps. Chrissie le mitrailla de nouveau sous toutes les coutures avant qu’ils ne le déshabillent.
Les fringues totalement anonymes ne leur livrèrent aucune information nouvelle. Pas le moindre ticket bancaire, même pas un paquet de kleenex. Ils ne trouvèrent aucune empreinte exploitable. Un examen exhaustif du corps ne leur apporta rien de plus que ce qu’ils avaient vu sur la scène de crime. Nouvelles photos sous tous les angles possibles. Elle avait prélevé quelques fibres sur les vêtements et la dépouille mais ne fondait guère d’espoir sur leur utilité.
Mêmes brûlures, mêmes traces de liens et de coups, strangulation faite moins d’une heure avant la mort comme pour Mercure. D’après Heind, contrairement au premier mort, aucune trace de sévices plus anciens. Juste en écartant les fesses du cadavre, ils purent observer qu’il y avait des traces de pénétrations plutôt violentes. Allant un peu plus loin dans son inspection, la techno ne trouva nulle trace de sperme.
Le jour n’allait pas tarder à se lever.
Surtout pas, pensa Michel. Seule Marianne connaissait ses turpitudes sentimentales.
Regagnant son antre, il s’installa dans son fauteuil. Le sommeil ne vint pas. L’affaire le tenait éveillé. Ils étaient coincés. Pour avancer, il leur fallait l’expertise de Fleur Demaville ou pouvoir identifier le second mort. Il ne pouvait pas non plus débarquer chez Daltré qui appartenait à la bonne société bressane à cinq heures du mat. Bien que son témoignage soit important, il devrait y aller mollo, ce n’était pas l’arabe du coin. L’homme avait eu assez de sens civique pour les prévenir alors autant user de diplomatie.
***********************
Roger Daltré n’avait pas dormi de la nuit. Il n’aurait jamais dû appeler les flics. Voilà ce que c’était que d’avoir une conscience. Il s’était mis dans la merde. Il n’avait aucun doute : avec leurs moyens d’investigation, ils n’auraient aucune peine à le retrouver.
Quand, à neuf heures, on sonna à sa porte, il s’apprêtait à se trouver face à deux uniformes qui venaient l’arrêter. En fait, c’était deux civils, enfin deux gendarmes en civil, comprit-il quand ils se présentèrent.
Les deux flics eurent l’air surpris par son attitude.
Devant son air éberlué, la femme flic intervint :
Ils étaient toujours à l’extérieur.
Il les conduisit dans son salon où ils s’installèrent dans les fauteuils. Il constata qu’ils prenaient les deux fauteuils qui les éloignaient le plus l’un de l’autre. Peut-être pour le forcer à s’asseoir face à eux mais plus sûrement à cause d’une dissension qui les divisait. En fait, il sentait autre chose, un élément bien plus personnel qu’une simple divergence d’opinions. De par son métier, il avait l’habitude de « profiler » ses interlocuteurs. Ces deux-là avaient un sacré contentieux. Cependant, ils restaient très professionnels.
Il leur narra ce qu’il avait vu et entendu. Il vit à leur air dépité que ça ne leur servirait pas à grand-chose. Le seul élément qui parut les intéresser : le corps était encore tiède quand il l’avait touché. D’après lui, la mort remontait à moins d’une heure.
À aucun moment, il ne fut question de la raison pour laquelle il se trouvait dans la forêt à cette heure tardive. Quand ils furent sur le point de partir, il ne put se retenir.
La femme l’interrompit gentiment :
L’homme renchérit.
Il les remercia chaleureusement.
Semblant repenser à quelque chose, le policier sortit son portable et lui montra la photo d’un homme.
Pour le connaître, il le connaissait. Il l’avait rencontré plusieurs fois, ces derniers mois, sur les bords de la rivière d’Ain, autre lieu de drague qu’il fréquentait. En bas et guêpière, titubant sur des talons aiguilles, il était tenu en laisse par son propriétaire qui l’offrait à qui voulait. Il n’en avait pas profité bien que… mais ce n’était pas vraiment discret. Il feignit de regarder attentivement le portrait.
***********************
Comme il l’avait prévu, Marianne s’était pointée tôt sans croissant et en tirant la gueule. Elle n’avait pas digéré sa répudiation. Au premier regard, il avait compris : elle avait deviné qu’il avait baisé avec Chrissie. Au nuage moelleux et érotique de la veille, avait succédé un nuage d’orage noir d’agressivité, de non-dits. Leur professionnalisme avait vite repris le dessus. Michel lui avait exposé le peu qu’ils avaient appris durant la nuit. Ils avaient relancé les brigades pour savoir si une disparition correspondant à leur mort… mais rien.
Beaucoup trop tôt pour aller interviewer Roger Daltré. Il avait pris une douche puis ils étaient allés petit-déj dans un troquet du centre-ville. Contrairement à leur habitude, le repas n’avait pas été un moment de complicité. Ils avaient peu parlé et uniquement de l’affaire. Ils avaient eu beau tourner et retourner dans tous les sens les indices réunis jusqu’à là, tant qu’ils n’auraient pas les résultats des autopsies et si aucun témoin providentiel ne se manifestait, ils étaient dans le brouillard.
Ils avaient eu un désaccord. Marianne ne pouvait s’empêcher de penser que les Bourdon étaient impliqués dans le meurtre de Mercure. Michel, quant à lui, s’appuyait sur les faits : la gendarmerie d’Orange avait lâché Eric Bourdon aux environs de 20 h. Ce qui mathématiquement l’innocentait du second meurtre.
Ils avaient continué à disserter jusqu’à ce qu’ils puissent aller chez le docteur Daltré. Le malaise qui s’était dissipé durant leurs échanges, réapparut dès qu’ils montèrent dans la voiture. Le trajet s’était fait dans un mutisme pesant.
Il en aurait été de même si au retour, Marianne n’avait pas mis les pieds dans le plat après quelques minutes de silence.
Elle ne put finir sa phrase et éclata d’un rire incontrôlable.
Il éclata de rire à son tour.
Puis montrant que le sujet était clos, elle enchaîna :
***********************
Ils ne virent rien. L’interrogatoire du couple Bourdon se montra très décevant. Chacun de leur côté, ils se cramponnèrent à la version que la fleuriste leur avait servie à Meximieux. Une leçon bien apprise et bien récitée. Un savant mélange de mensonges et de demi-vérités. À la fin de l’audition Marianne restait persuadée de leur culpabilité mais malgré leurs efforts, ils ne purent les prendre en défaut et durent se résoudre à les laisser partir.
Ils rejoignirent la commandante dans son bureau pour faire le point.
Krieg’s était furieuse.
Le Progrès faisait sa une sur le double meurtre, insinuant qu’un serial killer traînait dans les forêts bressanes. Les détails sur le viol donnés dans l’article prouvaient que le journaliste avait une source très proche de l’enquête. Ce ne pouvait pas être ni une des personnes présentes sur la scène de crime, ni même un des brancardiers. Qu’il y ait une fuite dans son service le mettait hors d’elle. Pas question d’en rester là. En accord avec Marianne et Michel, ils tendirent un piège à l’informateur éventuel. Ils décidèrent de nommer l’assassin le WSK, Week-end Serial Killer. Aucun journaliste ne pourrait résister.
Ils découvrirent ensemble le compte-rendu de l’arrestation et de l’interrogatoire du passeur à Édouard Herriot (le port) envoyé par leurs collègues. L’homme n’avait opposé aucune résistance. Il reconnaissait tout mais n’avait strictement rien à dire sur ses patrons par contre il avait bavé sur Mercure sans se faire prier. C’était sa dernière livraison. ON ne voulait plus de lui. Monsieur avait des exigences qu’ON trouvait démesurées. Devant le refus, il avait menacé de balancer. Funeste erreur, ON lui avait expliqué que s’il voulait danser le 14 juillet, il avait intérêt à fermer sa « gueule de tarlouze ». D’après le passeur, le bruit courait qu’il aurait entourloupé « ON » or on ne manque pas à « ON » s’était-il carrément vanté.
Et si c’était simplement une exécution ?
La proc lyonnaise avait appelé. Elle rappliquait en fin de journée. Krieger les congédia en les sommant de prendre leur après-midi. Ils avaient besoin de repos et elle s’occuperait de la représentante du parquet.
La mafia lyonnaise, les Bourdon, le tueur en série… On ne manquait pas de tueur potentiel. C’est ce que se disait Michel en roulant vers son appartement. Il avait décidé de prendre le taureau par les cornes et de récupérer son chez-lui coûte que coûte. Impossible de passer une nuit de plus chez Marianne. Il aurait pu demander à Chrissie mais c’était déjà assez compliqué comme ça. Quand il arriva, Grace était en train de s’habiller, se préparant à sortir. Elle sauta à son cou pour une pelle dévastatrice. Il eut du mal à résister. Cette poitrine nue aux tétons roides qui se pressait contre son torse, cette vulve bombée qui ondulait contre son pubis déclenchèrent une bandaison instantanée bien qu’involontaire. Il avait aimé cette femme d’un amour fou, il la désirait toujours. Et cette étreinte ravivait… la pensée de leur dernière entrevue, le visage de Marianne lui permit de retrouver son sang-froid. Il la repoussa. Elle se cramponna. Il la repoussa. Elle revint à la charge. Il la projeta en avant violemment. Elle s’affala sur le canapé. Elle voulut se relever. Il la maintint assise en la bloquant par les épaules.
Elle se détendit.
Naïvement, Michel relâcha sa prise. Avant qu’il ne réagisse, elle se faufila, fila vers l’entrée et s’empara de son Sig-Sauer de service que par habitude, il avait posé sur la desserte en arrivant. Trop énervé, il avait omis de le verrouiller. Il risquait de payer cher cet oubli.
Elle se retourna, pointant l’arme sur lui hystérique.
Le pistolet tremblait dans ses mains. Le doigt sur la gâchette, le coup pouvait partir n’importe quand. Il ne s’affola pas. Ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait face à une telle situation. Mais là c’était Grace. Il ne pouvait laisser durer le silence. Elle pouvait tirer à tout instant. Ça tournait à 10 000 Trs/mn dans son cerveau. Il décida. L’avantage : elle n’y connaissait rien en arme à feu. L’inconvénient : elle n’y connaissait rien en arme à feu.
Quitte ou double. Il fixait son doigt prêt à plonger tout en sachant que ce serait une réaction dérisoire si elle appuyait sur la gâchette. Normalement, même si le possesseur de l’arme n’y croit pas, il ne peut s’empêcher de jeter un regard.
Pas la réaction de Grace.
Son doigt…
La pression sur la gâchette se relâcha.
Elle regarda. Il plongea la main en avant. Fermant le poing, il frappa violemment son poignet. Le pistolet tomba. Dans la suite du mouvement, il la plaqua au sol. À cheval sur elle, les genoux sur ses épaules, elle ne pouvait plus bouger.
Ce pouvait aussi bien être une nouvelle ruse que le reflet de son désir. Folle à lier. Dans quelle galère s’était-il fourré avec cette nana ? Il ne se laissa pas prendre à son jeu.
Sans tenir compte de ses délires, il continua :
Cette menace la calma. Si Grace craignait quelqu’un, c’était sa mère. Elle fit sa valise sans trop rechigner en continuant à le traiter de nom d’oiseau.
Elle termina sur une dernière pirouette d’une extrême élégance :
Lorsqu’il eut claqué la porte derrière elle, il s’y adossa et se laissa glisser le long du chambranle. Jamais, il n’avait eu aussi peur. Elle avait été à deux doigts… à un demi-doigt plutôt quand elle avait pressé la gâchette, il avait cru sa dernière heure arrivée. Il avait beau se dire qu’elle ne savait pas manier une arme, que le coup serait parti dans le plafond… Son expérience lui avait permis de garder son sang-froid mais, le danger écarté, la décompression était rude. Il resta ainsi prostré, les bras enserrant ses genoux, de longues minutes.
***********************
Dimanche 23 juillet
Le dimanche matin, il paressa au lit jusqu’à une heure avancée. Il avait glandé tout le samedi après-midi, avachi devant sa téloche, tentant d’oublier l’affaire. La tentation d’appeler Marianne avait été forte mais il avait résisté. Il avait dormi comme un bébé, oubliant l’affaire, libéré du joug de Grace. Sa menace du scandale avait fait mouche. Vivant d’expédients et du bon vouloir de ses amants, elle ne pouvait se permettre de se mettre à dos sa famille qui supportait ses frasques tant qu’elle ne faisait pas trop de vague.
Comment se débrouillait-il pour toujours se retrouver embringué dans des relations sentimentales inextricables ? Le pire est qu’il ne draguait pas.
Après un petit déj tardif, il alla courir, non pas dans la forêt de Seillon, un de ses itinéraires habituels mais autour du plan d’eau de Bouvent. En rentrant chez lui, il passa prendre des burgers bressans. Alors que vautré dans son canapé, il mangeait en buvant une bière, la sonnerie de son téléphone retentit. Marianne ! Qu’est-ce qu’elle voulait ? Il hésita puis décrocha.
Sur l’écran, à côté de Krieger, pérorait une grande femme brune le visage à moitié dissimulé derrière des lunettes à grosses montures, genre écaille. Ce devait être la proc. Deux morts, un tueur en série, là ça valait le déplacement.
C’était effectivement la proc. En incrustation venait d’apparaître : Barbara-Anne de La Bitchboille-Ampépeur – Procureur de la République.
Encore une de ces bêcheuses avec un nom à rallonge, avide de publicité télévisuelle. Au fur et à mesure qu’il l’écoutait, son avis changea. À la manière dont elle traita les médias, son but n’était manifestement pas de faire le buzz.
Il avait raté le début de son speech. Sur ce qu’il avait entendu, elle n’avait pas lâché grand-chose. D’après les réponses aux questions qui suivirent, elle avait dû rester dans le vague. Elle rejeta très habilement les hypothèses des journalistes concernant un potentiel tueur en série. De la même manière, elle ne confirma aucune des informations révélées par le pisse-copie du Progrès. Elle affirma avec force qu’elle répondait personnellement de la discrétion des services de la gendarmerie et que messieurs les journalistes feraient mieux de se poser la question sur l’origine de ces informations et de leur authenticité.
Oui mais si les fuites ne venaient pas de la gendarmerie, si, et les détails donnés le montraient, les autres personnes qui avaient vu le second cadavre n’avaient pu communiquer certains renseignements, il ne restait qu’une source possible.
Sonnerie du téléphone. Marianne. Leurs pensées avaient suivi le même cheminement. Le tueur devait communiquer avec le journaliste. Dimanche ou pas, ils allaient le dénicher et le soumettre à la question. Il passa la prendre et se rendirent à l’antenne locale du Progrès. Coup de chance, le journaliste Jean-Jacques Cale, composait son article après la conférence de presse.
Michel avait craint de tomber sur un de ces pisse-copie qui rêvait d’un moment de gloire. Mais J. J. Cale n’avait pas ce profil. Il ne rêvait pas de devenir un de ces journalistes parisiens du CAC40. Il revendiquait le fait d’être un vrai journaliste de terrain, près des gens, heureux de son sort. Il ne se cacha pas derrière le secret des sources espérant sans doute un renvoi d’ascenseur.
Il n’avait pas réellement à se cacher : il ne connaissait pas son interlocuteur. Il pouvait seulement dire que c’était le même dans les deux cas et qu’il avait vu les corps. Il leur montra les mails envoyés par un expéditeur différent, chacun accompagné d’une photo en noir et blanc. Il avait essayé de répondre mais, dans les deux cas, ses courriels lui avaient été retournés comme « non-délivrés ». Ils observèrent attentivement les deux clichés. Ils provenaient incontestablement des scènes de crime. Mieux sur le second figurait un bout de bâche absente à leur arrivée.
Un de ses potes geek avait tracé sans difficulté les mails lesquels provenaient de l’hôpital de Bourg. D’après lui, un mec avait hacké le wifi de l’hosto, il avait créé une bal pour envoyer son message et l’avait supprimée ensuite.
Michel lui demanda de transmettre mails et photos à Chrissie.
Ils avaient appelé Krieger pour dire qu’ils venaient à la brigade. Ils s’étaient fait jeter. Elle leur avait demandé de se reposer.
Il ne croyait pas si bien dire.
***********************
À suivre