| n° 23569 | Fiche technique | 38108 caractères | 38108 6407 Temps de lecture estimé : 26 mn |
27/03/26 |
Résumé: Le cadavre de Frédéric Mercure est retrouvé dans un bois. L’enquête pour disparition se transforme en enquête pour meurtre | ||||
Critères: #policier fh hh | ||||
| Auteur : Domi Dupon Envoi mini-message | ||||
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Résumé de l’épisode précédent :
Frédéric Mercure, un entrepreneur dans le transport disparaît. Le capitaine Michel Jagueur et son adjointe la lieutenante Marianne Fetzpoule sont chargés du dossier.
L’avis de recherche diffusé avait été efficace. Les premiers gendarmes sur les lieux avaient immédiatement reconnu Frédéric Mercure. Lorsque Jagueur et Fetzpoule arrivèrent, ils croisèrent un petit homme portant une sacoche en bandoulière. Michel supposa que c’était le toubib venu constater le décès. En l’absence de Fleur Demaville légiste habituelle partie pour un lointain séminaire, un médecin d’astreinte avait été dépêché par le Centre Hospitalier de Bourg.
Sur la scène de crime, les tuniques blanches de la PTS œuvraient déjà. Ils jetèrent un œil rapide au corps avant qu’il ne soit recouvert d’une bâche, puis se dirigèrent vers les gendarmes. Guy Lemours, l’adjudant de gendarmerie, avec qui Michel avait déjà eu l’occasion de collaborer leur résuma rapidement les faits. À savoir Madame Paul et le jeune Gabriel Pierre étaient tombés sur le corps alors qu’ils cueillaient des champignons. Avec un sourire égrillard, il fit remarquer que leur panier était vide et qu’à son avis, bolets et autres trompettes de mort ne couraient pas grand risque. Leur but était tout autre. Le bel adjudant profita de l’opportunité pour flirter avec Fetzpoule qui sembla apprécier. Leur complicité laissa penser à Michel, avec un petit pincement inexplicable, que ces deux-là avaient peut-être bien été cueillir des champignons ensemble.
En s’approchant des deux témoins assis dans le fourgon, Michel et Marianne eurent un regard entendu. L’état de leurs tenues donnait l’impression qu’ils s’étaient roulés dans l’humus. Le jeune homme, sans doute encore choqué, avait remonté tant bien que mal son short mais pas vraiment son caleçon. Quant à la femme, hébétée, avachie, les jambes écartées, sa jupe remontée sur ses cuisses révélait un sexe lisse qu’aucune culotte ne dissimulait. Le mort avait interrompu prématurément une partie de jambes en l’air.
Ils gardèrent leur sérieux quand Simone Paul leur expliqua benoîtement qu’elle s’était pris les pieds dans le corps qui affleurait et que Gabriel voulant la rattraper l’avait suivie dans sa chute. Nul n’était dupe mais cela préservait les apparences et n’avait aucune importance pour l’affaire qui les concernait.
Christine Heind, plus communément appelée Chris ou Chrissie, responsable de la PTS leur expliqua que le corps avait simplement été recouvert de feuilles mortes. D’après le toubib, il avait été étranglé et la mort remontait au moins à 48 heures. Ce dernier, pas aimable du tout, avait fait le minimum. On l’avait réquisitionné. Il avait constaté le décès. Pour le reste, ce n’était pas son boulot mais celui du médecin légiste et ils devraient attendre l’autopsie. Chrissie avait constaté des marques bizarres sur le corps, peut-être des brûlures. Elle leur montra quelques photos. Mercure portait un short, un polo et des baskets. Rien d’inhabituel par cette chaleur. Elle avait noté un détail bizarre : les lacets des chaussures étaient noués à l’envers.
D’après un autre technicien, le corps avait été porté, et non pas traîné depuis le chemin, sur une centaine de mètres. Soit, l’assassin était costaud, soit, ils étaient plusieurs. Aucune trace flagrante dans le sous-bois, même pas celles des deux « découvreurs ». Sur le chemin pierreux, ses collègues avaient constaté le passage d’un véhicule. Mais avec la sécheresse de ce mois de juillet, rien d’exploitable.
Avec la découverte du corps, l’affaire prenait une nouvelle tournure, plus habituelle en quelque sorte. Première étape, fouiller la vie de Frédéric Mercure afin de voir si quelqu’un avait une bonne raison de l’envoyer « ad-patres ». Michel ne le sentait pas : l’endroit où il avait été trouvé, la tombe maladroite, la vie dissolue de Mercure induisait plutôt un acte irréfléchi, un crime pas du tout prémédité. Mais en tout premier lieu, ils allaient devoir annoncer à Patricia Schmidt qu’elle était veuve ou du moins que son compagnon avait passé l’arme à gauche. Aucun flic, à moins qu’il ne soit sociopathe, ne prenait plaisir à cette cruelle corvée. Or, ni l’un, ni l’autre ne l’était.
Michel, les rares fois où cela s’était produit, se déchargeait de la tâche sur Marianne. Elle usait de son empathie, de sa compassion et gérait avec adresse ces situations délicates mais jamais on ne pouvait prévoir les réactions. Patricia Schmidt, littéralement, explosa en vol. Ils durent appeler le SAMU. Le médecin lui injecta une dose massive de calmant. Ils restèrent ensuite à son chevet, jusqu’à ce que sa belle-sœur, la femme de son frère, ne les remplace. Bien évidemment au vu des circonstances, l’interroger s’était révélé impossible.
Quand ils la quittèrent, l’après-midi était bien entamée. Leurs estomacs criaient famine. À cette heure, leur estaminet habituel ne servant plus, ils se rabattirent sur un fast-food. Ils rentrèrent ensuite à l’hôtel de police pour apprendre que, faute de légiste, le corps serait transféré à la médecine légale à Lyon et que l’autopsie n’aurait pas lieu avant vendredi.
Dans une série policière, une piste et une foule d’indices les auraient conduits immédiatement vers un suspect qui à la fin de l’épisode se serait révélé innocent. Que pouvait répondre Michel à sa coéquipière qui savait comme lui qu’ils n’avaient rien. Nada !
Elle ouvrit un fichier.
Elle consulta à nouveau son écran.
Nouveau coup d’œil au PC.
Ils repartirent immédiatement pour St André le désert. La paperasse attendrait.
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Las, les réseaux sociaux avaient bien travaillé. Page savait. Ils le comprirent immédiatement en voyant son visage dévasté par le chagrin. Plus un mec est un salaud, plus on le pleure, pensa Michel.
Devant l’air dubitatif des policiers, il enchaîna :
Il les précéda dans son salon, il s’appuya dos au bureau. Pas de rafraîchissement cette fois ! Il voulait savoir comment son ami était mort. Marianne lui résuma les faits, se retranchant derrière le secret de l’enquête pour ne pas donner de détails sordides.
Page hésita brièvement avant de répondre, comme s’il mettait ses idées dans l’ordre.
L’interrogatoire continua mais le beau Robert, « à part ses intuitions » n’avait rien à leur offrir. De fait, il s’avéra qu’il ne connaissait pas grand-chose de la vie de son amant. Si celui-ci déblatérait volontiers sur sa compagne et ses exigences, il restait très discret sur sa vie personnelle et refusait de parler de sa vie professionnelle.
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De retour à la brigade, ils firent le point sur les avancées avec Krieger. Débriefing rapide car il n’y avait pas grand-chose de neuf. Les enquêtes de voisinage n’avaient rien donné. L’entreprise, le lieu où avait été découvert le cadavre se situaient dans des zones désertiques la nuit. Ils n’avaient pas de nouvelle de la PTS. Michel eut beau retarder l’échéance, le moment qu’il redoutait arriva. Déranger les gens, entrer dans leur intimité n’avait jamais été sa tasse de thé. Pénétrer celle de Marianne le perturbait d’autant plus que c’était une femme. Pas n’importe quelle femme, sa collègue, son amie. Une peur obscure le tenaillait. Discrètement durant la journée, il avait essayé de trouver un point de chute. Les rares qu’il avait trouvés ne rentraient pas dans son budget. Elle ne lui laissa pas la possibilité de discuter en agissant comme si tout était acté.
Sans attendre une réponse, elle lui tourna le dos et sortit du bureau. Ayant une heure à tuer, il contacta la PTS. À cette heure, il pouvait trouver encore un interlocuteur. Ce fut une interlocutrice : Chrissie, la responsable des scènes de crime. Sur le téléphone perso de Mercure, elle avait récupéré de nombreux messages plutôt intéressants, parfois menaçants de Page et de sa compagne. Le geek du service avait réussi à craquer le second, un prépayé. Elle n’avait trouvé aucun message, seulement quelques numéros dans le répertoire venant aussi de prépayés à l’exception d’un. Pour les prépayés, elle pourrait sans doute localiser les appels mais rien de plus et pour l’autre, elle n’avait pas eu le temps de l’identifier. Elle avait demandé au geek de voir s’il y avait des messages effacés et les récupérer. Michel lui demanda de lui envoyer un relevé des messages les plus pertinents du tel perso.
Alors qu’il attendait l’alerte lui signalant l’arrivée des fichiers, c’est la technicienne en chair et en os (surtout en chair) qui se présenta à la porte de son antre agitant un paquet de photos dans la main.
Elle vint se placer derrière lui et posa les clichés sur le bureau. Ce faisant, elle s’appuya contre son dos. Il sentit la pression d’un sein contre son omoplate. Au début, il crut à un geste innocent.
Elle lui montra les traces sur le torse (probablement des brûlures de cigarettes), les marques aux poignets et aux chevilles (sans doute des liens) et enfin les traces de coups sur les fesses et le dos. Enfin les marbrures sur le cou, signe de strangulation, probablement avec un foulard ou un bas.
Elle ricana, toujours se frottant contre lui.
Était-ce cette situation qui excitait Chrissie ? Possible, un téton en érection frottant son bras semblait le prouver. Il tenta vainement de rompre le contact mais il était coincé par son bureau. La techno délaissant les photos du corps lui montrait maintenant les relevés de textos. La première page, composée de textos échangés entre Mercure et Page, dont le contenu au minimum érotique racontait ce que Mercure attendait de Page et vice-versa. Les mots utilisés qui en auraient choqué plus d’un avaient déclenché un début de bandaison. Et les seins de Chrissie qui pressaient lourdement son dos… Il réagit.
Elle lui tendit les feuilles des relevés.
Heind avait bien travaillé. Il la remercia chaleureusement en pivotant sur son fauteuil. Ce qui força la technicienne à reculer. Il en profita pour se lever. Son air dut être dissuasif car elle s’écarta lui libérant le passage. À cette seconde, il la désirait. Elle le lut sur son visage. La mine renfrognée qu’elle avait prise quand il l’avait repoussée était remplacée par un sourire aguichant. Il lui caressa la joue dans un geste tendre.
Un temps de silence.
Elle ne lui laissa pas le loisir de finir. Elle lui claqua un baiser au coin de la lèvre.
Il se plongea dans la lecture. Trois pages de textos émanant de Page et de Schmidt. Si le niveau de langage n’était pas le même, la vulgarité pour Schmidt, un ton plus mesuré parfois précieux pour Page, le sens ne différait guère. L’une comme l’autre reprochait à Mercure ses trahisons, ses mensonges, son indifférence. Au fil du temps, le ton se faisait plus agressif pour terminer par des menaces de la part de la jeune femme.
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Lola, sa belle-sœur, lui avait enfin lâché la grappe. Elle était rentrée chez elle pour s’occuper de ses gosses. Dès la porte fermée, Patricia se précipita sous la douche. Elle y passa un long moment qui l’apaisa. En sortant, elle passa une culotte diaphane, une nuisette et se remplit, à demi, un verre avec un Islay single malt de 18 ans d’âge le complétant avec du coca, ricanant à travers ses larmes. Fred aurait hurlé s’il lui avait vu commettre une telle hérésie. « T’es plus là pour me crier dessus, espèce de connard ! » jeta-t-elle avant de vider la moitié du verre et d’éclater en sanglots.
Avec sa mort, toute la haine qu’elle avait cultivée ses derniers mois s’était dissoute dans l’éther. Elle avait oublié tout ce qu’il lui avait fait subir, avait dressé devant Lola un portrait rêvé de leur couple. De la merde, rien que de la merde. Ce salaud avait eu ce qu’il méritait. « Va pourrir en enfer, Ducon ! ». Elle éclata de rire avant de faire cul-sec avec le restant de son whisky-coca.
Elle se leva, titubant, se prépara une nouvelle dose, prête à lui faire subir la même chose que la précédente quand le thème musical de la sonnette d’entrée retentit. Elle fut tentée de ne pas répondre mais la curiosité l’emporta. Elle regarda l’écran de l’entrée et s’exclama :
Comme elle n’ouvrait pas, il se mit à tambouriner à la porte.
Il se prenait pour qui ce nullard. Lui parler de quoi de leurs séances de baise dans son dos. De pleurer sur ce pauvre Fred. Le chagrin fit place à la rage. Il allait l’entendre. Elle ouvrit. Dès qu’il franchit le seuil, elle se précipita sur lui, ses poings fermés martelant la poitrine de Robert Page de toutes ses forces.
D’abord abasourdi par cet assaut brutal et imprévu, Page réagit. Il lui capta les poignets et la tint à distance.
Elle continua de s’agiter en l’insultant. Elle tentait de se libérer et soudain elle devint toute molle, s’effondrant dans les bras de l’homme, son corps secoué par les sanglots. Dans un geste instinctif, il la retint, l’attirant à lui. Désemparé devant la fragilité de la jeune femme, il tenta de la calmer, de la consoler en caressant doucement ses longs cheveux bruns. « Ils auraient besoin d’être lavés. », se dit-il. Il sourit intérieurement à cette pensée fugace et incongrue. Son esprit s’évada : les affirmations dans les insultes proférées l’avaient interpellé. Elle en savait plus que lui. Il lui avait parlé. Le pauvre niais qu’il était n’avait été qu’un instrument, qu’une bite comme elle l’avait si justement crié, qu’un moyen de poursuivre ses expériences. Il avait conservé une relation avec lui juste en dépannage.
À ressasser, il n’eut pas conscience de ce que faisait Patricia, la main de Patricia. S’insinuant entre leurs bassins, elle massait doucement son membre. « À l’insu de son plein gré », celui-ci avait réagi. Un début d’érection puis une érection franche l’alerta. Il repoussa le corps alangui contre le sien.
Elle releva la tête, le regardant d’un air provocateur :
Joignant le geste à la parole, elle se laissa tomber sur les genoux, entraînant dans sa chute le futal et le boxer de Page. Après le départ des flics, il avait pris un bain, noyant son chagrin dans l’eau bouillante. C’est à ce moment qu’il avait décidé d’aller voir Patricia. Il avait passé, à la hâte, un jogging que cette dernière n’avait eu aucun mal à faire glisser le long de ses jambes. Avant qu’il ne puisse se dégager, elle l’avait empoigné par les fesses, ses lèvres absorbant son gland. Partagé entre le dégoût de cette bouche de femme et la montée de plaisir qu’elle avait déclenché, il laissa faire. Sa première fellation au féminin. Il lui suffisait de fermer les yeux et imaginer que c’était Freddy. Il n’y parvint pas. Rien à voir avec le pompage viril auquel l’avait habitué Freddy, pompage qui l’amenait inexorablement à l’éjaculation. Son amant adorait ce moment où après avoir joui une première fois, il le tenait à sa merci, le cajolant, le caressant, l’embrassant jusqu’à ce que son membre retrouve sa rigidité pour un second round qui se terminerait par une pénétration.
Patricia câlinait son sexe par des petits coups de langue judicieux, des succions vite interrompues, parfois elle prenait son sexe totalement en bouche. Elle l’amena plusieurs fois au bord de la jouissance mais prévenant celle-ci, elle s’interrompait pour lui mordre les testicules et faire redescendre la pression. Quand il voulut accélérer le mouvement en passant la main derrière sa nuque, elle se retira.
Et se relevant, elle l’enlaça et prit sa bouche. Sans vraiment comprendre, il répondit à son baiser. Surréaliste, la situation : debout dans l’entrée, le jogging aux chevilles, la bite pressée contre le pubis lisse de Patricia à peine dissimulé par la frêle étoffe de ses vêtements, les deux veufs avaient complètement oublié le mort. Si le geste de départ de la femme n’avait été qu’une provocation et si la surprise avait annihilé les défenses de l’homme, ils n’en étaient plus là.
Page la plaqua contre la cloison faisant tomber au passage les vêtements accrochés au porte-manteau. Il remonta la nuisette et tenta de lui ôter la petite culotte. Impatiente, Patricia s’en débarrassa. Le dernier rempart de son intimité atterrit à côté du tas de vêtements. Il ne fut pas plus adroit pour la pénétrer. Devant sa maladresse, Patricia étreignit le membre de celui qui était en train de devenir son amant et le guida en elle. Il s’enfonça au plus profond et la pilonna rudement. Il s’interrompit. Il n’était pas en train de baiser Freddy mais une femme, sa femme. Son rythme se fit plus mesuré à l’écoute des réactions de sa compagne. Comme par miracle, ils arrivèrent ensemble au plaisir.
Une escadrille d’anges dégoûtés eut le temps de traverser l’entrée avant qu’ils ne redescendent. Ils se dévisagèrent, ne sachant quoi dire. Page, comprenant qu’il avait bais… fait l’amour avec une nana et qu’il y avait pris du plaisir. Patricia, réalisant qu’elle venait de prendre son pied, et quel pied, avec l’amant de son mec. L’un comme l’autre craignait le retour à la réalité. Page se jeta à l’eau. Il lui caressa tendrement le visage.
Elle lui mit un doigt sur les lèvres.
Ils arrosèrent, remirent le couvert dans le salon, se sustentèrent pour éponger, finirent dans le lit kingsize des Schmidt/Mercure où ils s’endormirent épuisés et apaisés.
Ils avaient aussi beaucoup parlé. Persuadés chacun de l’innocence de l’autre, ils s’aperçurent au fil de ces échanges que Mercure présentait à chacun une face de son personnage. Ni l’un, ni l’autre ne le connaissait vraiment. Même Patricia pas plus que lui bien qu’elle ait vécu avec lui une dizaine d’années. Il jouait toujours un rôle adapté à la personne ou au milieu dans lequel il se trouvait. Patron bienveillant, compagnon autoritaire, amant soumis…
Contrairement à ce qu’il avait cru, Patricia n’en savait guère plus que lui sur les agissements de son compagnon, elle corrobora seulement ce qu’il avait pressenti. Elle l’avait surpris, un mois auparavant, dans la salle de bain en train de soigner son dos marbré par des coups de fouets ou de ceinturon. Il lui avait affirmé que c’était juste un jeu érotique qui avait mal tourné. Poussé dans ses retranchements, il lui avait hurlé dessus en la traitant de bourgeoise coincée. Par la suite, plusieurs fois elle avait vu des marques suspectes, genre bleus ou même brûlures, probablement de cigarettes. La jalousie l’avait amenée à surveiller ses mails et sms. Il avait des correspondants étranges dont les propos étaient pour le moins hard voire franchement sado-maso et autres pratiques déviantes. Surtout un, avec lequel il semblait avoir une relation suivie. Elle soupçonnait qu’il passait ces week-ends avec ce mec et sa nana. Une fois, il l’avait traînée dans un club échangiste, ils avaient fait connaissance avec un couple de Meximieux. Mercure aurait bien voulu… Mais elle avait refusé. Elle supposait que c’était ce couple qu’il revoyait.
À la question :
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Jeudi 20 juillet
Le rugissement d’une F1 le tira du sommeil. Les ronflements du moteur résonnaient dans sa tête à la limite du supportable. Il réalisa que le bruit venait de sa voisine de lit et que le mal de tête, d’une cuite monumentale. Grace, ronflant, ils avaient dû prendre une sacrée murge. Merde. Il n’était pas… Il se retourna et découvrit le visage de Marianne. Oh putain non ! La connerie à ne pas faire. Se palpant machinalement, il s’aperçut qu’il avait toujours son jean. Il découvrit délicatement la couverture dans laquelle sa collègue était engoncée. Ouf ! Elle aussi était habillée même si un sein avait pris l’air. Joli sein d’ailleurs, agréablement proportionné, qu’il se rappelait vaguement d’avoir tenu en main.
La soirée d’hier lui revint par bribes. Ils étaient couchés ensemble car Marianne ne tenait plus debout, la faute à la bouteille de rhum qu’ils avaient mise à mal. Il l’avait reconduite dans son lit et s’était écroulé avec elle, sur elle. C’est à ce moment qu’il y eut une tentative de baiser et une palpation mammaire. Après, il ne se souvenait plus, ils s’étaient sans doute endormis, assommés par l’alcool. Marianne habitait une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Occupé avec Chrissie, il n’avait pas vu passer le temps et il était arrivé après huit heures. Surprise : Marianne s’était métamorphosée. Elle avait troqué ses habituels battles et sweats contre des vêtements plus adaptés à la chaleur estivale : un short très mini qui mettait en valeur ses longues jambes aux muscles effilés et un t-shirt ample mais pas assez pour dissimuler sa poitrine, bien plus généreuse qu’il ne l’avait imaginé. Encore émoustillé par les avances de Chrissie, cette Marianne féminine l’avait troublé. Ce trouble ne l’avait pas quitté de la soirée.
Ils s’étaient installés sur la terrasse face au soleil couchant. Une bière à la main, il lui avait rapporté les découvertes faites par la techno, en omettant ses tentatives de drague. Après la seconde bière, elle lui avait montré la chambre d’ami puis il avait pris une douche tandis que Marianne préparait un barbecue. Par peur d’une érection inopinée, il avait remis son jean.
Ils avaient ensuite siroté une troisième bière en médisant sur leurs petits camarades. Le Côte du Rhône avait remplacé la bière pendant le repas. La bouteille terminée, ils s’étaient rabattus sur une bouteille de rhum. Toute la soirée avait été sous tension érotique, toujours sur le fil. Les liens forts qui les unissaient et le désir engendré par cette nouvelle intimité créaient un mélange explosif. L’un comme l’autre ne désirait franchir le pas. Ils s’étaient vengés sur l’alcool.
Il se rappela qu’il avait eu un appel de Chrissie. Le téléphone prépayé avait parlé. Il avait borné à Meximieux où Mercure semblait avoir passé la journée puis en début de nuit, il avait borné une dernière fois au centre-ville de Bourg. Elle avait identifié le possesseur du numéro non masqué du prépayé. Il s’agissait d’un certain Éric Bourdon, domicilié justement à Meximieux. Elle lui avait refilé l’adresse précise. Avec Marianne, ils avaient décidé de s’y rendre ce matin.
Dans la seconde, il lui fallait surtout de quoi faire passer sa gueule de bois.
Marianne venait de se redresser dans le lit tel un pantin, remballant en catastrophe son sein.
Un doigt dressé vers le plafond. Elle était déjà debout.
Après avoir pris une douche, un thé au gingembre et un solide déjeuner, ils se rendirent à la gendarmerie chacun de leur côté. Ils échappèrent à la ruée des médias grâce à un accident de car qui faisait le buzz. Dans « Le Progrès », la découverte du corps n’avait droit qu’à un entrefilet en page faits divers, entrefilet très documenté. Krieg’s pesta contre le manque de discrétion de certains. Pour elle la fuite ne venait pas de la brigade mais trop de personnes avaient vu le corps. Ils utilisèrent une voiture de service pour se rendre à Meximieux.
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L’appartement d’Éric Bourdon se trouvait au premier étage d’une maison dans le centre de Meximieux, au-dessus d’un fleuriste. Personne ne répondit à leur coup de sonnette. Ils se rendirent au magasin où la gérante, Lucille de son prénom, se révéla être l’épouse de Bourdon. Elle devait se situer à la bascule entre la trentaine et la quarantaine, cet âge où la femme atteint l’apogée de sa séduction. Grande, bien en chair mais pas plus qu’il ne fallait, elle possédait tout pour faire craquer n’importe quel honnête homme.
Elle eut un instant de flottement avant de répondre.
Lueur de panique dans le regard. Leur siège était fait : elle le connaissait et ça lui posait problème.
Pas claire, la nana. Il décida de lui présenter une photo de Mercure. Elle jeta un œil rapide dessus sans même le regarder réellement.
Fait rare mais toujours à bon escient, Marianne s’énerva.
La donzelle changea de tactique.
Elle répondit d’une voix plus détendue. En le reconnaissant, elle avait ouvert une porte.
Fred, Freddy, Freda… Un diminutif pour chaque situation… Freda, plutôt féminin… Dans quel nouveau trip avait-il plongé ?
Il lui avait annoncé la nouvelle cash, voulant voir sa réaction. Sa surprise lui parut sincère mais elle ne manifesta pas vraiment d’émotion. Il s’écoula quelques secondes avant l’anormalité de leur présence lui apparaisse.
Elle ne finit pas sa phrase.
Elle s’exécuta de mauvaise grâce.
Ce qu’ils avaient fait : ils s’étaient connus au « Grateful Airplane », un club libertin de la banlieue lyonnaise. Tilt dans la tête de Michel : ils les avaient rencontrés dans cette boîte où Grace l’avait traîné. Patricia Schmidt ne semblait pas vraiment dans la « move » malgré une tenue des plus suggestives. Lucille Bourdon le confirma : ils s’étaient isolés dans une des alcôves pour une partie carrée. Freda était aux taquets, prête à se faire sodomiser par Éric pendant qu’elle batifolerait avec Patricia mais cette dernière avait piqué sa crise, criant qu’elle ne mangeait pas de ce pain-là. Il les avait recontactés la semaine suivante. Leur rencontre correspondait à l’époque où Page avait refusé ce genre de pratique. Il avait tenté d’y amener sa compagne mais ça avait échoué.
Rapidement, une relation maîtres/esclaves s’était établie – à sa demande selon Lucille Bourdon. En insistant un peu, il parvint à lui faire dire qu’en fait ça correspondait à leurs pratiques et que lors de leur première rencontre, Mercure avait bien compris que Lucille se comportait en soumise et c’est ce qu’il recherchait. Au fil des week-ends, les deux étaient devenus les soumis d’Éric. Lucille était sous l’emprise morale de son homme mais sans aucune violence. Éric avait très vite profité des besoins de découvertes de « Freda » pour laisser libre cours à ses penchants sadiques. Dans le trio des règles s’étaient établies : Éric, le maître donnant les ordres, elle, l’instrument et « Freda », l’objet, l’esclave. Des jeux de domination soft sur lesquels elle donna force détails sans qu’on lui demandât mais quand ils entrèrent dans le dur, elle se raidit. Elle était sur ses gardes, se méfiait de ce qu’elle pouvait dire.
Car au fil des semaines, les séances devinrent de plus en plus hard. Aux baffes et fessées appliquées à mains nues avaient succédé liens, coups avec différents objets, de la badine à la planche à découper, tortures sur diverses parties du corps. Quand Marianne lui demanda si elle avait participé, elle reconnut à contrecœur que ça lui était arrivé, mais pas toujours. Elle ne voulait pas mais Éric l’avait forcée. Immédiatement, elle précisa qu’elle n’adhérait pas vraiment mais son homme et Freda kiffaient.
Puis Marianne évoqua le dernier vendredi. Changement total d’attitude. Elle se ferma. Il fallait lui tirer les mots. Elle réfléchissait avant de parler. Elle finit par reconnaître, du bout des lèvres, que ça avait un peu dérapé l’après-midi pendant qu’elle était au magasin. Elle nia que les brûlures de cigarettes soient de leur fait. Frédéric (il avait retrouvé son prénom en entier) avait reçu quelques coups, Éric l’avait sans doute menotté, ça faisait partie de leur routine. Rien qui pouvait laisser des traces durables. Ce n’étaient que des jeux entre adultes consentants. Fréda avait vraiment pris son pied, il avait mangé avec eux, ils avaient baisé en trio « sandwich » plus traditionnellement. Ils les avaient quittés, vers minuit, en bonne santé.
Marianne, malgré tout son savoir-faire, renonça : il les avait quittés, vivant et en possession de tous ses moyens, point à la ligne. Lucille Bourdon s’entêta dans cette version. Aller plus loin aurait pu faire capoter la procédure.
Le mari ne pourrait être interrogé dans l’heure. Conducteur de travaux pour une très grosse boîte de BTP, il était en déplacement dans le sud et ne rentrerait que le vendredi dans la soirée. Avant les résultats du labo et celui de l’autopsie, il était inutile de se presser. Ils prirent ses coordonnées et celles de son chantier. Michel précisa à Lucille qu’il serait souhaitable qu’elle ne prenne pas de vacances impromptues, qu’elle devait rester à leur disposition et qu’ils seraient convoqués pour faire une déposition en règle.
Arrivés à la voiture, Michel contacta la brigade de gendarmerie d’Aix en Provence afin qu’ils mettent Bourdon sous surveillance discrète.
Tels furent les premiers mots de Marianne, lorsqu’ils quittèrent Meximieux. Elle continua :
Ils n’avaient prévu ni l’un, ni l’autre que l’avenir allait leur donner tort.
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à suivre