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Temps de lecture estimé : 27 mn
26/03/26
Résumé:  Frédéric Mercure, un entrepreneur dans le transport disparaît. Le capitaine Michel Jagueur et son adjointe la lieutenante Marianne Fetzpoule sont chargés du dossier.
Critères:  #policier fh hh
Auteur : Domi Dupon            Envoi mini-message

Série : Poulets de Bresse

Chapitre 01 / 06
Disparition

PARTIE 1 : Disparition



Mardi 18 juillet


Michel Jagueur claqua rageusement la porte d’entrée de son appartement, dévala les marches quatre à quatre et marcha en maugréant jusqu’à sa voiture, une Saab 900 de 1989 qu’il avait héritée de son père. Il avait passé une sale nuit, une de plus. Alors qu’il s’endormait, Grace s’était pointée en compagnie d’un jeune mec qui aurait pu être son fils. Sa queue hors du commun l’avait enthousiasmée, lui avait-elle balancé. Elle l’avait ramené pour qu’il la baise devant lui.


Il aurait volontiers, et il n’aurait eu aucun mal, pris le mâle alpha par le cou et l’aurait foutu dehors mais Grace lui avait pris la main alors qu’elle s’allongeait sur leur couche, jambes ouvertes. « Mon chéri, tu vas voir comme il va bien me fourrer. » Le garçon avait vraiment une queue d’une longueur et d’un diamètre exceptionnels. Un instant, il s’était demandé comment le vagin de Grace allait pouvoir absorber ce membre. L’homme, sans état d’âme, l’avait pénétré bestialement. Elle avait poussé un cri de douleur ou de plaisir, en serrant fort sa main. Il avait eu la honte. D’autant plus la honte, que, lorsque l’homme pilonnait primairement sa compagne, provoquant des splashs sonores, il n’avait pu empêcher son érection. Grace s’en était aperçue et, lâchant, sa main, avait enserré son membre et entrepris de le masturber au rythme des va-et-vient dans son vagin. Elle avait joui dans un hurlement de délivrance et, malgré lui, il avait aspergé la main qui le branlait, de son sperme.


Son œuvre accomplie, elle avait raccompagné sans ménagement son baiseur jusqu’à la porte et était revenue se blottir contre lui. « Tu vois, mon amour : tu as aimé. » lui avait-elle susurré en essuyant la main souillée sur son ventre. Non, il n’avait pas aimé. Il en avait assez. Il fallait que cela finisse. Il savait aussi que s’il la quittait, elle emploierait son habituel chantage affectif, menaçant de se suicider.


Il démarra sur les chapeaux de roue.


Cerise sur le gâteau, alors qu’il s’apprêtait à une matinée « paperasse » tranquille, un texto de sa boss lui demandait de passer à son bureau dès son arrivée : des emmerdes en perspective.



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Lorsqu’il se gara sur le parking de la gendarmerie sa binôme sortait de son Alfa. Elle le vit et l’attendit.



La lieutenante Marianne Fetzpoule portait, été comme hiver, le même genre de fringues : pantalon battle beige ou noir (noir aujourd’hui) et sweat large qui dissimulaient tout de ses formes. Ses cheveux bruns coupés courts et coiffés à la diable, l’absence totale de maquillage la masculinisait autant qu’il était possible. Malheureusement (ou heureusement) son visage aux traits fins, son regard vif où brillait toujours une petite flamme ironique ruinait ses efforts, lui rendant toute sa féminité.


Ils travaillaient ensemble depuis leur arrivée simultanée à la brigade trois ans auparavant. Au début de leur collaboration, il avait tenté d’imaginer ce qui se cachait sous ce fatras. Il s’était aussi interrogé sur le pourquoi de cette masculinisation à outrance. Devenus assez complices, il l’avait questionnée. Sa réponse, aussi brève que concise, « la police est un monde d’hommes, question suivante », ne l’avait pas particulièrement étonné. À la longue, ils étaient devenus amis malgré leur différence d’âge : il frôlait la cinquantaine alors qu’elle en affichait un peu plus d’une trentaine au compteur. Elle était sa confidente, il était son confesseur.



À cette dernière remarque, Michel ne put retenir un sourire. Cette petite discussion les avait amenés à l’entrée du bâtiment.



Ils se turent car ils entraient dans le hall… et les murs avaient des oreilles.


L’antre de Krieg’s (en fait la commandante Gloria Krieger) se trouvait au deuxième étage. La porte du bureau était ouverte et manifestement, elle les attendait, assise derrière son bureau comme à son habitude. Femme entre deux âges, toujours impeccablement vêtue dans le genre bourgeoise, il avait du mal à l’imaginer crapahuter en treillis. Aussi grande que lui, portant chignon, elle restait pourtant très féminine. Depuis qu’elle avait remplacé le commandant Castagnette l’année précédente, rien n’avait filtré de sa vie privée. Au début, les langues avaient marché bon train mais devant le manque de matière et la froideur de la boss, les rumeurs avaient cessé.


Avant qu’ils n’aient le temps de s’annoncer, elle leur fit signe d’entrer et, sans préambule, commença à les briefer.



Dupond et Dupont, surnommés ainsi à cause de leur mimétisme faisant penser aux héros de Hergé, s’occupaient principalement, dans la brigade, des affaires de disparitions.



Avant qu’un accident du travail, une balle mal placée, le prive d’une partie de ses moyens, la commandante avait été une grande flique de terrain à l’instinct très sûr. Si elle disait qu’il y avait anguille sous roche… Ils furent d’autant plus attentifs à ses explications.





***********************





En effet, la propriété qui avait provoqué l’exclamation de Fetzpoule n’avait rien du pavillon de banlieue. Michel s’en doutait un peu : l’adresse que leur avait refilée Krieg’s correspondait à une zone résidentielle à l’extérieur de Bourg. À quelques kilomètres près, l’affaire eut été du ressort de la police. Rien ne manquait, ni la piscine, ni le cours de tennis, ni le perron prétentieux qui amenait à ce qui ressemblait à une gentilhommière. Pourtant pas de grands murs d’enceinte, ni de portail sophistiqué, Michel pensa à ces propriétés qu’il avait vues au Québec où l’accès semblait libre.


Marianne se gara près d’une Mercedes classe C. Leur poubelle de service faisait tache à côté de cette berline qui devait coûter bonbon. Ils n’eurent ni à sonner, ni à frapper. La maîtresse des lieux devait guetter leur arrivée car elle apparut sur le perron alors qu’ils descendaient de leur Dacia.


Patricia Schmidt ne correspondait guère à l’idée qu’il se faisait d’une entrepreneuse friquée. Des longs cheveux noirs, attachés en une queue de cheval approximative, encadraient un visage qui aurait pu être agréable sans les cernes disproportionnés sous ses yeux. Elle portait un t-shirt délavé à l’effigie de Metallica sur un jean qui avait connu des jours meilleurs. Franchement négligée la nana, se dit Michel. Mais peut-être était-ce une employée de maison. Ses premiers mots le détrompèrent. La disparition de son homme la touchait plus que son attentisme l’avait laissé croire.



Sans attendre, elle leur tourna le dos et entra dans la maison. Sa gestuelle, sa mimique lorsqu’elle les engagea à entrer, le tortillement de son petit cul comprimé dans son jean réveillèrent un souvenir chez Michel. Il avait déjà rencontré cette gonzesse. Il ne savait pas où. Il s’en souviendrait à un moment ou à un autre. Peut-être l’avait-il seulement croisé dans Bourg. La ville n’était pas si grande, ça n’avait sans doute aucune importance.


Elle les précéda dans un salon meublé comme un show-room pour nouveau riche, métallique et brillant, totalement impersonnel. Sans se préoccuper d’eux, elle se précipita sur le bar et se versa une généreuse rasade de whisky. À la bouteille, Michel reconnut un Islay hors de prix. Elle s’avachit, ensuite dans un fauteuil, s’envoya une bonne rasade avant de leur lancer :



Les deux flics se regardèrent interloqués.



Bien qu’elle ne les y ait pas invités, ils s’installèrent dans un divan qui lui faisait face.



Cette femme le mettait mal à l’aise. Ce visage qu’il n’arrivait pas à situer, ce ton faussement détaché… Il n’arrivait pas à déterminer si elle s’inquiétait pour son ami ou si elle était furieuse après lui.



Une hésitation.



Elle porta son verre à ses lèvres. Se rendant compte qu’il était vide, elle se releva dans le but évident d’aller se resservir. Marianne fut plus prompte et s’interposa entre elle et le bar.



Michel fit comme si de rien n’était alors qu’il ne pouvait ignorer les tétons pointés. Sous le coup de la colère, ceux-ci, raidis, déformaient l’étoffe du t-shirt.



Les deux flics se regardèrent.



Elle s’agitait de plus en plus, provoquant le balancement de ses seins que nul soutien-gorge n’emprisonnait. Un coup de coude discret mais judicieux ramena un Michel hypnotisé à la réalité.



La dernière remarque était teintée d’amertume.



Elle aperçut le regard qu’échangèrent les deux flics.



Le masque était tombé. Ils attendirent. Ses larmes se tarirent rapidement. Elle s’essuya le visage en utilisant son t-shirt en guise de serviette, dévoilant ainsi un ventre plat et le dessous d’un sein au galbe intéressant. « Cette nana doit être canon quand elle le veut !, pensa l’enquêtrice. Mais là, elle n’a rien à foutre de son apparence. »



Il y eut comme un blanc. Elle avait un nom mais le dirait-elle et pourquoi cette hésitation. Elle se décida enfin.



Elle en faisait trop. Sa loquacité soudaine avait remplacé son ton agressif. Elle noyait le poisson… Une fois encore pourquoi ?



Michel faillit lui demander en quoi son week-end avait été fatigant mais c’eut été maladroit.



Elle s’interrompit, comprenant l’intérêt de la question.



Un nouveau silence.



Au fur et à mesure que la conversation avançait et qu’on s’éloignait du week-end, Patricia Schmidt retrouvait son calme.



Elle eut l’air gênée. Sa spontanéité l’avait trahie.



Michel continuait l’interrogatoire tandis que Marianne prenait des notes.



Les deux flics se levèrent à leur tour.



Arrivé à la porte du salon, Michel se retourna :



Elle se saisit de son portable.



Michel le lui donna.




***********************




Abandonnant les médisances, ils revinrent à leur enquête et débriefèrent l’entretien qu’il venait d’avoir avec Patricia Schmidt. Enfin surtout Marianne, Michel n’écoutait que d’une oreille distraite, plus préoccupé par le problème posé par Grace. Pour elle, clairement Patricia Schmidt était accro à son mec, malgré ses dires, elle était inquiète mais surtout furieuse, aigrie aussi par sa légèreté, de son égoïsme. Quant à lui… qu’on puisse préférer passer le week-end avec un pote pour construire des modèles réduits et délaisser sa nana, surtout carrossée comme elle était (Michel dixit), Marianne ne le sentait pas. Ça puait la mauvaise excuse. Au-delà de sa feinte indifférence, son agressivité, sa colère montraient qu’elle n’y croyait pas non plus. Elle leur mentait sur les raisons de son absence de réaction : elle croyait qu’il s’envoyait en l’air avec une gonzesse.


Soudain, elle mit le cligno et se gara sur le bas-côté.



Il lui résuma l’épisode de la nuit précédente.



Cependant, avant d’arriver devant le portail de l’entreprise, l’idée avait fait son chemin. Marianne avait sans doute raison et pour sa santé mentale, ça ne pouvait plus durer. Surtout qu’il n’éprouvait plus rien pour Grace, même pas le moindre désir physique. Son sentiment était plutôt le dégoût. Pas envers sa compagne, mais envers lui, envers sa lâcheté, cette excitation perverse qu’elle parvenait à déclencher par ses débordements.


En arrivant, ils croisèrent le camion plateau de la PTS qui emmenait la voiture de Mercure. Les technos allaient essayer de la faire parler. Ils trouvèrent la secrétaire, dans son bureau en train de s’escrimer sur son clavier. Les a priori ont la vie dure : influencé par les propos de Patricia Schmidt, il avait imaginé une femme d’un certain âge raide et sèche, habillée comme une dame patronnesse. Or la personne derrière le bureau, si elle n’était plus de première jeunesse, portait un chemisier fuchsia qui avait du mal à contenir ses appâts. Des longs cheveux blonds bouclés encadraient un visage avenant aux joues rebondies. Elle les accueillit avec un grand sourire, très loin de la pleureuse annoncée.



Mauricette reconnut qu’elle avait insisté pour que sa patronne appelle la police car, jamais monsieur Mercure, serait parti sans l’avertir et cela uniquement pour des raisons professionnelles, tint-elle à préciser, le rouge aux joues. Selon elle, dans la gestion de la boîte, ses patrons s’entendaient bien mais il n’en était pas de même pour leur couple. Depuis plusieurs mois, s’ils passaient toujours autant de temps dans le bureau, les bruits qui en émanaient avaient changé. Déclaration suivie d’un sourire plein de sous-entendus. Elle n’avait pas grand-chose à dire sur son patron, si ce n’est que c’était un sacré cochon. Plusieurs fois, il l’avait pelotée mais elle l’avait remis à sa place. Elle leur déclara cash qu’elle en aurait bien fait son quatre heures car il était beau mec. Et à son âge, un jeunot de 40 ans, elle n’aurait pas craché dessus mais elle tenait à sa place. Les deux enquêteurs se rendirent vite compte que Mauricette avait une nette propension à l’affabulation. Il fallait épurer ses affirmations. Sur la disparition proprement dite, elle ne leur apprit rien. Elle leur confirma seulement qu’à son départ de la boîte, le vendredi, vers 17 h le coupé BMW de son patron n’était pas sur le parking.


Ils rentrèrent à la brigade et lancèrent les procédures propres à une disparition, notamment une recherche, au niveau national, pour les camions de l’entreprise. Sans rechigner, Mauricette Alanice leur avait fourni les coordonnées bancaires des deux entreprises et aussi personnels du couple. Fièrement, elle leur avait déclaré que Patricia et Monsieur n’avaient rien à cacher. Dès leur retour, Marianne avait entrepris de vérifier s’il y avait eu des mouvements sur le compte de Mercure. Résultat : néant depuis le vendredi 13 heures où il avait retiré 500 €.


En découvrant les photos envoyées par Patricia Schmidt, Michel eut le même sentiment de déjà vu : ces deux-là, il les avait déjà rencontrés… Mais où ? De taille moyenne, très brun, un sourire carnassier, svelte, manifestement sportif. Beau mec pour qui aimait le genre hispanique.


La matinée arrivant à son terme, ils se rendirent dans leur Gasthaus habituel. Avant de commander, il appela Robert Page, le copain de Mercure. Il avait bêtement trouvé son numéro dans l’annuaire. Il bossait en télétravail et pouvait les recevoir après 3 heures.


La pause méridienne était sacrée pour eux. Toute notion de grades et de hiérarchie disparaissait, ils n’étaient plus que deux amis. Hors de question, sauf affaire exceptionnelle, de parler boulot. Et la disparition du sieur Mercure n’avait rien d’exceptionnel. L’imbroglio sentimentalo-sexuel de Michel se retrouva évidemment au centre de leur discussion. Si Marianne vivait, selon ses dires, de « one-shot », Michel en était à sa troisième histoire d’ « amour » depuis qu’ils bossaient ensemble. Avec son physique à la Kevin Mayer – avec 20 ans de plus –, Michel avait un cœur de midinette. Angie, celle avec qui il vivait quand ils avaient été nommés à la brigade, le traitait comme un esclave. Il se chargeait du ménage des lessives, du repassage, de la bouffe bien évidemment. La pauvre, travaillant, était exténuée après une journée de travail. Elle l’avait largué pour un commercial de sa boîte, prétextant qu’il ne prenait pas assez soin d’elle. La suivante, Carole était d’une jalousie maladive. Tout prétexte était bon pour l’accuser de la tromper. Là, c’est lui qui avait rompu quand, après un repas en leur compagnie, Carole avait fait un esclandre, accusant Marianne de profiter de leur proximité professionnelle pour baiser avec Michel. Cette fois, avec Grace, il avait gagné le gros lot : les 3N, névrotique, narcissique et nymphomane.



Parler du vide intersidéral de sa vie sentimentale et sexuelle, quel intérêt.


Leurs desserts et cafés arrivant, ils changèrent de sujet.




***********************




La demeure du sieur Page fut moins difficile à trouver que son hameau perdu dans la cambrousse. Retapée avec goût, en pierres apparentes, elle ne manquait pas de charme. Elle contrastait agréablement avec la maison prétentieuse et sans âme du couple Schmidt/Mercure, en totale adéquation avec l’image de son propriétaire. Si le couple glissait sur la pente descendante de la quarantaine, leur ami gravissait les derniers raidillons de la trentaine. Des traits réguliers, une chevelure brune à la coupe travaillée, de grands yeux marron, il devait être un sacré tombeur. Jean de marque, chemisette blanche, même en télétravail, l’homme prenait soin de sa mise.



Lorsqu’ils interviewaient un homme, Marianne conduisait la danse usant de son charme. Avec une femme, ils agissaient à l’instinct.



Il leur tourna le dos et entra dans la maison. L’intérieur valait l’extérieur. Michel n’y connaissait pas grand-chose en décoration. Ici pas de meuble de designer, mais de l’ancien en vrai bois qui semblait avoir été fabriqué pour le lieu, bien que ce fut improbable. Un endroit chaud où l’on se sentait bien. Il les conduisit dans une pièce mi-bureau, mi-salon. Un coin travail spartiate : trois écrans, deux claviers sur un bureau qui alliait modernité pour son côté fonctionnel, à un classicisme de bon aloi quant à la conception et au matériau utilisé. Ce meuble, lui, avait sans doute été conçu sur mesure. Le coin salon, un endroit cosy : deux fauteuils confortables, une table basse faisant face à une cheminée ouverte.


Sur un signe de leur hôte, ils prirent place dans les fauteuils. Lui-même restant debout.



En temps normal, ils eussent refusé mais avec cette chaleur et Robert Page leur était sympa : ils acceptèrent. Il leur proposa tout un choix de boissons fraîches. L’un comme l’autre jetèrent leur dévolu sur un simple jus d’orange.


Quand il les eut servis, il roula son fauteuil de bureau et s’assit à son tour.



Les deux flics se regardèrent avec dans les yeux la même interrogation : qu’il mente à sa compagne, logique mais pourquoi à son pote. C’est Michel qui se lança :



Marianne reprit le manche, avec son plus charmant sourire :



Il éclata de rire.



Devant l’air ébahi des deux flics :



Il avait rencontré Frédéric Mercure à un meeting de modèles réduits. Habitant à quelques kilomètres l’un de l’autre, ils avaient sympathisé puis s’étaient rapidement liés d’amitié autour de leur passion commune pour l’aéromodélisme. Page ne cachait pas qu’il était gay. Peu à peu, leur relation avait évolué et était arrivé ce qui devait. Lui avait cru à une histoire d’amour, d’autant plus, qu’au début, Freddy ne cessait de dire qu’il l’aimait. Puis à peu, il avait commencé à avoir des exigences bizarres. Il aimait les jeux de domination, les liens. Page ne se voyait pas du tout en dominateur mais pour lui plaire s’y résolvait. La situation s’était détériorée, environ trois mois auparavant, quand il avait voulu inviter sa femme puis un troisième homme. Page avait carrément refusé. L’autre ne lui en avait jamais reparlé mais à partir de ce moment, certains week-ends de plus en plus fréquents, il n’était pas libre pour des raisons plus vaseuses les unes que les autres. Il avait compris que leur histoire partait en vrille mais il l’aimait toujours et se résignait aux moments qu’il lui accordait.


Quant à Patricia, elle le savait presque depuis le début. Ils s’étaient rencontrés une fois ou deux lors de manifestations d’aéromodélisme. Elle ne lui avait pas paru spécialement jalouse mais plutôt gênée. À son avis, elle n’appréciait pas trop que son homme tourne homo. Mais c’était juste son avis. D’après Freddy, elle était d’accord pour cette partie à quatre qu’il avait proposé.


Pour ce week-end, il ne pouvait rien leur apprendre. Selon lui sur une pulsion, Mercure pouvait faire n’importe quoi et il allait réapparaître. Quand Marianne lui demanda s’il pouvait avoir un autre amant, Page leur répondit que cela ne l’étonnerait, pas plus que ne l’étonnerait le fait qu’il ait une maîtresse, voire les deux à la fois. Pour lui, Freddy n’avait pas une identité sexuelle très marquée et il était dans la recherche constante de la nouveauté, du grand frisson.


Lorsqu’ils se retrouvèrent seuls, Michel fit remarquer à son binôme que le disparu avait plus d’un point commun avec Grace. Ni l’un, ni l’autre n’arrivait à s’épanouir sexuellement et ils étaient toujours en quête de l’ultime qui les ferait vibrer. Ce à quoi Marianne lui répliqua que c’étaient surtout des pervers narcissiques qui ne pensaient qu’à leur cul : un salaud et une salope. Il n’était pas loin de partager cet avis.


Si Mercure ne donnait pas signe de vie dans les prochaines 24 heures, Patricia Schmidt aurait quelques explications à donner sur ses « oublis ».


La fin de journée n’apporta rien de nouveau. Aucune trace de Mercure dans les hôpitaux, pas d’accident où il aurait pu être impliqué. Que dalle. Les deux enquêteurs se séparèrent sur l’idée, malgré la voiture retrouvée sur le parking, que l’homme était en goguette.




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Mercredi 19 juillet


Quand elle arriva à l’hôtel de police, Marianne Fetzpoule repéra immédiatement la Saab de Michel. Elle retrouva celui-ci la tête dans les bras, endormi sur son bureau. Ça n’avait pas dû bien se passer avec sa gonzesse. À son approche, il se réveilla.



Mercure n’avait pas donné signe de vie. La scientifique avait inspecté sa BMW. Ils n’avaient rien trouvé de spécial si ce n’est son portefeuille où rien ne manquait et deux smartphones. Ils s’occupaient d’analyser ceux-ci. Aucun mouvement n’avait été signalé sur ses comptes. Cela devenait réellement préoccupant.


Dans l’attente de nouvelles informations, le Boss les chargea de recueillir des témoignages sur des exactions commises la veille au soir en marge du festival. Cela aurait dû les occuper toute la matinée mais au milieu de celle-ci, un appel téléphonique de la maréchaussée de Pont d’Ain leur fit abandonner cette tâche fastidieuse.




***********************




Gabriel n’en revenait pas. Il allait baiser avec sa voisine madame Simone Paul qui aurait pu être sa mère, voire sa grand-mère si elle s’y était prise tôt. Il fantasmait sur elle depuis des années, depuis qu’il l’avait eu comme prof de français en 4e et il n’était pas le seul. Il faut dire qu’elle avait tout ce qu’il fallait pour affoler un ado : des fesses rebondies toujours comprimées dans des jeans qu’elle devait, certainement, enfiler couchée. Une paire de nichons à faire bander un âne. Combien de fois, il s’était masturbé en pensant qu’il… Et là, il marchait derrière elle, sur ce sentier à la recherche de champignons… Il ne voyait que son beau cul balançant dans un short dont l’étoffe lui rentrait dans la raie.


Elle s’était pointée, sur le coup des 8 heures, la gueule enfarinée :



Ben voyons, sa maternelle venait de partir au boulot et l’autre l’avait forcément vue. Elle venait la chercher pour aller aux champignons. Comme sa mère n’était pas dispo, elle lui avait demandé s’il voulait l’accompagner. Elle n’aimait pas aller seule dans les bois.


« Avec un grand gaillard comme toi, je me sentirai en sécurité », lui avait-elle déclaré en lui caressant la joue du dos de la main.


Gabriel n’était qu’à moitié étonné car la semaine précédente, il l’avait provoquée. Sortant de la piscine parentale, nu comme à son habitude, il avait perçu un mouvement derrière la lucarne du grenier de Simone. Comme si de rien n’était, il s’était allongé sur un transat, se plaçant de telle manière qu’il offrait à un voyeur éventuel une vision sans filtre de son intimité. Se savoir observé avait déclenché un début d’érection. Il avait pris son smartphone et feint de regarder une vidéo. Un éclat lumineux en provenance de la lucarne : le soleil se réverbérait sans doute sur une lentille. Simone, ce ne pouvait être qu’elle, avait sorti les jumelles. Souriant intérieurement, il s’était dit qu’il allait lui en donner pour son argent. Les yeux toujours rivés sur son écran, il avait, de sa main libre, entrepris son membre pour une masturbation qu’il n’avait pu faire durer aussi longtemps qu’il l’aurait voulu. Imaginer sa prof en train de caresser sa chatte trempée l’avait amené à une conclusion prématurée.


Il s’était promis de recommencer mais la présence de ses parents ou d’amis ne le lui avait pas permis. Même dans ses plus folles pensées, il n’avait pas envisagé que madame Paul passerait à l’attaque et pourtant.


Ils avaient papoté durant tout le trajet en voiture puis sur les premiers hectomètres du chemin. Quand celui-ci s’était rétréci, madame Paul était naturellement passée devant. Un silence pesant s’était installé. Voir ce gros cul qui distendait le jean de la jupe le faisait bander. Une bosse déformait le devant de son short. Soudain, Simone avait quitté le sentier pour s’enfoncer dans le sous-bois, elle se retourna.



Soudain, elle aperçut la bosse qui déformait le short du garçon.



Sans la moindre gêne, elle empoigna le paquet du jeune homme en question.



Tout en parlant, elle lui avait baissé, short et boxer. Libérée, sa bite se détendit.



Elle fit courir ses doigts sur la hampe dressée.



À 18 ans, il n’allait pas lui avouer qu’il était encore puceau.



50 ans… il n’était pas le seul à mentir. La pratique du sport l’avait bien conservée mais elle affichait au moins dix ans de plus au compteur.



Elle s’empara de ses mains et les plaqua sur sa poitrine. Ce simple geste libéra le garçon et réveilla ses ardeurs. Il pétrit ses deux grosses mamelles à pleines pognes, faisant saillir les tétons. Impatient, il arracha plus qu’il n’ôta le t-shirt de sa vis à vit. Putain les nichons. Encore plus beaux qu’il n’avait rêvé. Malgré leur âge, ils se dressaient encore fièrement.


Toute aussi impatiente, Simone avait enroulé sa jupe en jean dévoilant une chatte dodue, gonflée et lisse. Prévoyante, elle ne s’était pas embarrassée d’une culotte. Plaquant son ventre contre celui du garçon, elle voulut qu’il la pénètre immédiatement mais leur position défiait les lois de la pesanteur. Avant que son vœu ne puisse se réaliser, ils glissèrent et se retrouvèrent allongés sur l’humus. Leur situation aurait pu être confortable, si à ce moment la main du jeune homme ne s’était accrochée à une autre main… froide, très froide.


Un temps pour réaliser ce qu’il avait touché. Un second, pour se relever et hurler : « Putain c’est quoi c’tte merde ? »


Simone, d’abord étonnée, vit ce qui avait provoqué le saut en arrière de son presque amant ou plutôt vit le pied que le mouvement brusque de Gabriel avait révélé. Ce fut à son tour de se relever précipitamment et de hurler.


Frédéric Mercure venait refaire surface, en quelque sorte, dans la forêt domaniale de Pont d’Ain et l’affaire prenait une autre dimension.




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à suivre