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n° 23482Fiche technique43480 caractères43480
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Temps de lecture estimé : 32 mn
04/02/26
Résumé:  Le corps a été retrouvé. Le mobile, lui, circule encore.
Critères:  #drame #nonérotique #policier #confession #personnages
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message

Série : Cœur Mort à Collioure

Chapitre 02 / 04
Désirs, hontes et mobile

Résumé de l’épisode précédent :

Le 14 février, à Collioure, un joggeur découvre un homme mort près de la chapelle Saint-Vincent. La victime, Alexandre Prat, a été étranglée dans la nuit. « Coach sentimental » charmant… et toxique, il conservait des photos et vidéos compromettantes de ses « clients ». Autant dire que tout le monde avait une bonne raison de lui en vouloir.




Chapitre 1 : Le chant du poulpe



L’après-midi fila lentement. J’avais passé deux heures à faire semblant de bosser. En réalité, le visage d’Alex ne me quittait pas.


Vers quatre heures, le téléphone sonna.



Inès. Calme, mais avec ce petit ton qui disait qu’elle était sous pression.



Je pliai boutique en vitesse. Le port était toujours calme, la mer aussi.



*



La gendarmerie sentait le café froid et les journées trop longues. À l’accueil, j’annonçai mon nom. On me fit asseoir. Au bout de cinq minutes, Morel vint me chercher. Il avait la même tête que le matin, version légèrement plus froissée.



On traversa un couloir, puis on atterrit dans une petite pièce aux murs beiges. Un ordinateur, un tas de dossiers, un calendrier avec des chevaux dessus. Inès était là, contre le radiateur, bras croisés. Sur le bureau, un téléphone portable, dans une pochette plastique, relié par un câble. Un type en civil, la trentaine, lunettes, barbe de trois jours, tapotait sur le clavier. Il avait l’air vaguement amusé, ce qui était clairement suspect dans une brigade.



Il pianota. Sur l’écran, un catalogue de dossiers s’afficha. Dates, poids, intitulés plus ou moins subtils : « Clients », « Séances », « SV_project », « Galerie ».



Hénin double-cliqua. À l’intérieur : trois images, et deux vidéos aux noms génériques : « VID_1402_001 », « VID_1402_002 ».



Il lança la première. Un plan fixe, un peu tremblé, sur un morceau de roche. On devinait la mer, le bruit des vagues, un souffle de vent dans le micro. Puis une silhouette entra dans le champ. Une femme. On ne voyait pas son visage, juste son profil. Robe légère, pieds nus, ruban en tissu autour de la cheville.


Une voix résonna. Celle d’Alex, reconnaissable entre mille.



  • — Là, c’est parfait. Tu entends le poulpe ?
  • — Je sens surtout que je vais me casser la figure.
  • — Fais-moi confiance. Tout ce que tu vivras ici restera entre toi, le saint et moi.


Je déglutis.



L’image était stable, la femme était plus proche de la caméra. Elle ondulait lascivement du bassin en remontant sa robe, à peine, à mi-cuisses. Alex commentait.



  • — Tu es magnifique, comme ça. Tu sais ce que les gens du coin disent ? Qu’écouter le « chant du poulpe » derrière la chapelle, c’est comme si toutes les histoires d’amour venaient te souffler des secrets.


La caméra descendit un peu. On devinait des doigts qui effleuraient la peau. Une bretelle de la robe glissa et on aperçut furtivement un grain de beauté sur l’épaule.


Mon estomac se serra.



J’inspirai profondément.



Hénin ouvrit la seconde vidéo. Cette fois, l’angle était différent, on distinguait le clocher en arrière-plan.



  • — J’ai foulé la fresque de Saint-Vincent, tout à l’heure. Tu sais ce que ça signifie ?
  • — Que t’apportes la poisse à tout le monde ?
  • — Ou que j’ai le pouvoir. C’est un pacte. Tu acceptes de laisser derrière toi ce qui t’empêche d’avancer. En échange, tu prends ton plaisir où et avec qui tu veux.



La vidéo se poursuivit. À un moment, la caméra se tourna vers le ciel, accidentellement, alors qu’un « Arrête » résonna en fond sonore.


Hénin interrompit la lecture.



Il relança.


De la friture. Puis du vent, et une voix. Certes saturée, mais différente, plus rauque. « Tu vas la fermer, maintenant. » Et enfin, un choc. Une sorte de halètement. Le bruit de quelque chose qui chute. Un bourdonnement, et plus rien.


La piste continua en grésillant pendant encore quelques secondes avant de s’interrompre. Dans le bureau, tout le monde se taisait.



Inès me regarda. J’argumentai :



Des voix comme ça, j’en connaissais plusieurs. Je secouai la tête.



Je croisai les bras.



Inès me regarda plus gravement.



Hénin ferma le dossier.



On se retrouva seuls, Inès et moi.



Elle s’interrompit un instant, me scruta.



On sortit du bureau ensemble. Dehors, le soleil était descendu. Sur le port, les bateaux bougeaient imperceptiblement, attachés à leurs amarres.



*



En rentrant à Collioure, la nuit commençait à avaler la chapelle. Depuis des décennies, des garçons y avaient fait des promesses qu’ils n’avaient pas tenues. Des filles y avaient offert des choses qu’elles auraient finalement peut-être préféré garder pour elles. Et maintenant, un type avait filmé tout ça et venait de découvrir que même les poulpes avaient des limites.




Chapitre 2 : Nico le fun-border



Quand tu sors d’une gendarmerie avec dans la tête la voix d’un type qui vient d’être assassiné, tu as deux solutions : rentrer chez toi, te faire des pâtes, ouvrir une bouteille et faire semblant que tout ça ne te concerne pas ; ou aller rendre visite au dernier qui avait navigué avec Alex : Nico Ferrer.


J’avais ni faim ni soif.


Quelques studios avaient été aménagés façon « vue mer » au-dessus de la supérette. La famille de Nico en possédait un, qu’ils lui louaient à un tarif d’amour parental mélangé à de la lassitude. Je montai l’escalier menant à son appart. Sur le palier, une planche de surf appuyée au mur, une paire de baskets détrempées.


Je frappai. La voix de Nico résonna, étouffée.



Un raclement de chaise, un juron, et la porte s’ouvrit sur le jeune homme, caleçon, tee-shirt, yeux rouges. Il avait la vingtaine insolente, et le regard de ceux qui n’ont pas encore compris que la vie mettait des pénalités.



Le studio était fidèle à sa réputation : lit défait, tasse de café froid, canettes, deux combinaisons pendues à un crochet, un écran d’ordinateur sur une table bancale et, à côté, un cendrier plein à craquer.



Je le regardai un moment. Sur une planche, il est brillant. Sur terre, c’est un gosse.



Il passa sa main sur son visage, soupira.



Ses doigts se crispèrent sur l’accoudoir.



Il imita vaguement sa voix :



Je n’eus aucun problème à imaginer la façade du Chalut, la mer en fond, la colère qui descend avec la nicotine.



Il plissa les yeux.



Léa. Ça sentait l’orage.



Puis il eut cette honnêteté blasée que j’apprécie chez les jeunes.



Je sentis mes épaules se raidir.



Il me fixa dans les yeux.



Une hésitation, puis il reprit :



Il baissa les yeux.



Je lui laissai le malaise. Il fronça les sourcils.



Il eut l’air surpris que je le grille, puis se résigna.



Il secoua la tête.



Il se passa les mains sur le visage.



Je le croyais… à moitié. On peut être lâche à un moment et téméraire l’instant d’après.



Il me regarda comme un gosse surpris qu’on ne le trouve pas génial.



J’aurais pu dire non, je n’étais ni son père ni son avocat, mais je savais très bien ce que ça donnerait s’il débarquait tout seul avec sa gueule d’ange fatigué et son récit bancal.



Il hocha la tête.



Alors que je me dirigeai vers la porte, il me lança :



Je m’immobilisai, main sur la poignée.



Sur le palier, il faisait nuit noire. Quelque part sous ces pierres, un poulpe devait continuer à coller son rocher.




Chapitre 3 : Bruno à la lampe torche



Je descendais l’escalier de chez Nico en me disant que, décidément, la maturité n’était pas de savoir faire ses comptes, mais d’être capable de rester quand quelqu’un crie « arrêtez ». Nico n’était manifestement pas mûr… je n’étais pas certain de l’être non plus.


Une fois dehors, je sortis mon téléphone. Un instant, j’hésitai. Il était tard, mais après tout, Inès m’avait demandé de la tenir informée. On ne donne pas ce genre d’instruction à quelqu’un comme moi sans en assumer les conséquences.


Elle décrocha alors que je longeais la plage de l’Église, direction le port.



Un blanc.



Je longeais le parking du Douy. Des rires éclataient déjà derrière les vitres du bar « Les copains d’abord ».



Un soupir. Profond.



Elle me proposa de la rejoindre devant la mairie de Collioure et raccrocha.



*



Sur place, trois gamins fumaient, accoudés à leurs vélos. Inès y était déjà, adossée au mur, mains dans les poches, bonnet enfoncé sur la tête. Sans l’uniforme, elle avait l’air moins sévère, mais ses yeux n’avaient rien perdu. Elle me fit signe de la suivre et on contourna le bâtiment. Pas de voitures, juste deux scooters et une benne à ordures. Ambiance glamour.



Je repris tout, calmement, le regard sur mes baskets. Je n’embellis rien, je n’excusai rien non plus.



Je souris. Elle leva les yeux au ciel, mais je crus voir un coin de lèvres trembler. Un scooter passa, le conducteur nous regarda, et repartit.



Elle poussa un soupir.



Elle planta ses yeux dans les miens avant de poursuivre.



Elle sourit. Franchement, cette fois.



*



Le lendemain matin, à huit heures, un froid blanc faisait briller la mer. J’avais ouvert l’école de voile, lancé la machine à café, vérifié deux mails de réservation de Parisiens qui croyaient qu’en février, on faisait du dériveur en maillot. Puis, pour honorer mes rendez-vous, je refermai.


À neuf heures, j’étais devant le studio de Nico. Il avait l’air d’avoir mal dormi.



On prit ma voiture. Port-Vendres n’était pas loin, pas assez pour se défiler. À la gendarmerie, Inès nous attendait avec Morel.



Nico me jeta un regard paniqué avant de disparaître avec eux. Je me retrouvai seul. Assis dans le couloir, je perçus des voix, pas assez pour comprendre. Passé un bon quart d’heure, Bruno arriva à son tour. Barbe fraîchement taillée, tatouage bien visible sur l’avant-bras. Il parut surpris que je sois là.



Inès, l’ayant certainement entendu, se pointa. Avant de la suivre, il me lança un regard mi-défiant, mi-inquiet.



La porte se referma sur lui.


Deux auditions en parallèle. De chaque côté, une part de vérité, de mensonge, de lâcheté. Au bout d’une demi-heure, Nico ressortit.



À peine Nico avait-il franchi le seuil que Bruno sortit à son tour du bureau. Il fila aussitôt. Inès avait ce visage fermé qui signifiait que ça s’était mal passé, mais pas assez pour l’arrêter.



Je me laissai glisser contre le mur, jusqu’à m’asseoir sur la chaise en plastique du couloir.



En sortant de la gendarmerie, je m’arrêtai un moment sur le quai de Port-Vendres. Les pêcheurs fumaient, un chat se léchait les pattes sur un filet.




Chapitre 4 : L’adjoint en service commandé



L’après-midi, Collioure ressemblait à Collioure. Soleil pâle, mer sage, terrasses qui recommencent à aligner des verres. De loin, on pouvait croire que rien n’avait bougé, de près, on voyait les détails. Personne ne marchait sur la fresque. Et partout, les mêmes rumeurs : le mort, les vidéos, la chapelle.


Hénin devait être enfermé avec son nouveau pote, le téléphone d’Alex. Et moi, je devais reprendre mes « activités ». Rien que le mot m’angoissait.


Pour trouver l’adjoint du maire de Collioure en journée, il y avait trois options : son bureau, un ruban à inaugurer, le bar. Ce dernier s’appelait « Les copains d’abord », mais tout le monde disait « Chez Momo », même si Momo était mort depuis dix ans. En poussant la porte, l’odeur de vin, de pastis et de vieux parquet me prit à la gorge.


Trois types jouaient au 421. Une télé muette passait une chaîne d’info où un bandeau déroulait des catastrophes plus lointaines que les nôtres. Et au fond, il y avait Gérard Barbot. L’adjoint du maire. Accroché à son verre de blanc. Chauve comme un œuf, chemise qui tirait un peu sur le ventre, veste posée négligemment sur le dossier d’une chaise, cravate desserrée, teint déjà trop rouge pour l’heure qu’il était. À côté de lui, le délégué à la communication et aussi responsable des ports de la « côte rocheuse », Julien Carrière, sirotait un café en regardant son téléphone. Le contraste était presque comique : Gérard transpirait le blanc et la magouille. Julien, le café tiède et la prudence.


Momo junior, derrière le comptoir, me fit un signe de tête.



Gérard m’aperçut. Son visage se fendit d’un sourire trop large.



Je pris mon verre et m’assis.



Il prit une gorgée et laissa le vin couler un peu sur la langue, plus pour se donner le temps que pour savourer.



Julien faillit s’étouffer avec son café. Gérard me lança un regard où se mélangeaient amusement et agacement.



Il posa son verre un peu plus fort que nécessaire.



Le bruit des dés sur la table, le bourdonnement de la télé.



Il fit une moue.



Le verre s’arrêta à mi-chemin de sa bouche. Ses yeux, un peu vitreux, se plantèrent dans les miens.



Julien s’éclaircit la gorge.



Il tenta un rire. Son visage, lui, n’y croyait pas. J’insistai :



Je haussai les épaules.



Je marquai une pause.



Même la télé sembla baisser le son. Gérard me regarda, toujours rouge, mais soudain très sobre.



Julien parla enfin.



Je bus une gorgée de mon petit blanc, et enchaînai :



Il hésita un quart de seconde.



Il me lança un regard noir.



Julien posa une main sur le comptoir.



Il me regarda, sincèrement écœuré.



Julien ferma les yeux un instant.



Je terminai mon verre, me levai et posai quelques pièces sur le comptoir.



Julien étouffa un rire. Gérard, lui, pas du tout.



Je sortis. L’air dehors avait le goût du vin pas tout à fait digéré. En remontant vers l’école de voile, je regardai machinalement mon téléphone. Une notification m’indiquait qu’Inès avait tenté de me joindre.


« Tu peux passer ? Hénin a encore un truc à te montrer. »


Je fis demi-tour pour récupérer ma voiture.



*



Le bureau beige restait le même, le calendrier avec les chevaux aussi. Hénin, par contre, semblait plus excité qu’un gamin devant un nouveau jeu vidéo.



Inès était assise, bras croisés, expression neutre. Sur l’écran, une image figée. Le plan de nuit de la dernière fois. Hénin zooma sur le pied de la femme.



Je m’approchai. Le ruban qui entourait la cheville était sombre, noué, et une micro-perle était posée au milieu. Léa, je l’avais jamais vue marcher pieds nus. Pas depuis l’été, en tout cas.



Il pointa une ligne dans un listing.



Un frisson me parcourut. Inès s’accouda au bureau.



Je levai les yeux vers elle.



Je fixai encore l’image du pied, du ruban. Le chant du poulpe n’avait jamais été aussi bruyant.




Chapitre 5 : La fille au ruban



Le lendemain matin, j’étais au taf un peu trop tôt pour un type qui avait mal dormi. J’avais ouvert, servi un café à moi-même et vérifié trois fois la même ligne d’inscription sans la lire, lorsque mon téléphone vibra. Inès :


« Tu es à l’école de voile ? »

« Où veux-tu que je sois, à Bali ? »

« J’ai besoin de toi. Je suis avec Léa. Elle ne dit rien. »


Je fixai l’écran.


« Rien du tout ? »

« Zéro. Elle bloque. Je veux un visage qui ne ressemble pas à un interrogatoire. Le Chalut. Salle du fond. »


Encore un choix à faire entre caféine et problèmes.



*



Le Chalut était vide, les verres alignés derrière le comptoir. Serge m’indiqua d’un geste où aller.



Puis il ajouta, en baissant la voix :



Dans la salle du fond, Inès était assise à une table, un dossier devant elle. Pas d’uniforme, mais toujours ce regard qui découpe les gens en tranches fines. À côté, Léa. Format plus compact que d’habitude. Pas de plateau, pas de sourire. Juste un jean, un pull, les cheveux attachés en chignon serré et des cernes qui n’avaient pas grand-chose à voir avec un service tardif. Ses mains étaient posées sur ses cuisses, doigts crispés, comme si elle s’interdisait de bouger.


Inès leva la tête et désigna une chaise.



Léa me lança un regard bref. Pas agressif. Pas content non plus. Plutôt… désolé.



Inès posa très calmement sa voix, et entama les hostilités.



Plus un bruit. Je me raclai la gorge.



Elle serra les dents. Son genou tressauta.



Inès ouvrit le dossier, sans précipitation.



Elle sortit une feuille plastifiée, impression couleur, et la posa face à Léa, mais sans la lui pousser sous le nez. La capture du pied nu, la cheville fine, le ruban sombre noué avec une petite perle.


Léa fixa l’image.


Une fois.


Deux fois.


Puis elle inspira profondément avant de demander, la voix trop neutre :



Léa ne bougea pas, mais ses pupilles s’agrandirent d’un millimètre. La juste dimension du « je suis morte ».



C’est alors que ça me revint.



Léa tourna lentement la tête vers moi. Ses yeux disaient « ta gueule » et « merci » en même temps.



Inès, elle, ne lâcha rien :



Léa déglutit.



Inès me regarda de travers, l’air de dire : « l’interrogatoire, c’est moi. Reste à ta place. » Léa, elle, ferma les yeux quelques secondes.



Elle inspira fort.



Léa fixa l’image une fois de plus, puis leva le nez.



Sa gorge se serra.



Elle ferma les yeux en inspirant, puis les rouvrit.



Elle se racla la gorge avant de reprendre.



Elle fouilla dans son téléphone et le posa en tremblant sur la table, SMS ouverts.


« OK. On parle. Je viens à la chapelle. Mais tu effaces. »

« Je t’attends. »



Son regard glissa à nouveau vers la photo.



Elle inspira.



La tension lui remontait dans les épaules.



Le moment s’étira.



Léa serra ses poignets contre sa poitrine.



Son visage se durcit.



Léa hésita.



Inès restait silencieuse.



Mon ventre se noua. Léa poursuivit, la voix qui tremblait malgré elle :



Elle releva les yeux vers Inès, honteuse et furieuse. Une larme coulait.



La gorge me serrait. Inès, touchée, posa doucement ses mains sur la table. Léa ajouta en sanglotant :



Personne n’osa combler le vide. Inès la regardait, tentant de rester neutre malgré l’émotion qui la submergeait. Puis elle dit enfin :



Léa essuya ses larmes en reniflant. Les miennes montaient aussi. Alors, je me levai.



Et je sortis.



*



Dehors, le soleil brillait. Inès marchait à côté de moi, abattue.



Elle s’éloigna.


Léa avait quitté le cercle des suspects de premier rang pour entrer dans celui des témoins cabossés. On avait enfin la fille au ruban, restait à trouver celui qui l’avait transformée en victime et pièce à conviction.








1. Terme catalan assez local, souvent utilisé dans la périphérie de Perpignan pour désigner une personne rusée ou débrouillarde. « pas très axurit » = pas très malin (taquinerie)