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Temps de lecture estimé : 21 mn
25/01/26
Présentation:  Cette histoire historique est une suite possible aux textes « Sans Dot (23429 & 23455) ». Attention, la mentalité sous le règne de Louis-Philippe n’était pas la nôtre.
Résumé:  Tandis que je me dirige chez moi, je transite sur les terres de Belgency, mon voisin. Je trottine à deux pas de son petit château. C’est alors que j’aperçois une épaisse fumée noire ainsi que des lueurs chancelantes qui semblent venir de cette propriété.
Critères:  #sauvetage #marivaudage #historique fh
Auteur : Patrik  (Carpe diem diemque)            Envoi mini-message

Série : Sans dot

Chapitre 03 / 05
Sans dot – Tout feu, tout flamme

Cette histoire historique est une suite possible aux textes « Sans Dot (23429 & 23455) ». Attention, la mentalité sous le règne de Louis-Philippe n’était pas la nôtre. Bonne lecture :)




Pour rappel



Louis-Joseph de Borenval est le narrateur de cette histoire. Il est le cousin de Rocque de Laderclos, l’actuel époux d’Æmilia de Laderclos, née de Solinon. Dans sa famille et ailleurs, Louis-Joseph ne bénéficie pas d’une très bonne réputation, faisant souvent fi des conventions établies. En revanche, tel un chat, il a l’art de retomber sur ses pattes.




Le feu



Tandis que je me dirige chez moi, je transite sur les terres de Belgency, mon voisin. Je trottine à deux pas de son petit château. C’est alors que j’aperçois une épaisse fumée noire ainsi que des lueurs chancelantes qui semblent venir de cette propriété. Intrigué, je chevauche dans cette direction.


En effet, de grandes flammes s’échappent de l’aile gauche du château. Ayant repéré le sieur des lieux dans la cour avec ses gens, face à l’escalier rituel, je mets pied à terre auprès de lui. Me voyant, il s’exclame :



Je suis étonné que tout le monde reste figé sur place, sans rien faire, ni tenter d’éteindre le feu ni secourir Eugénie.



Pas de pompe ? J’en possède une à demeure qui n’a jamais servi, certes, mais on n’est jamais assez prudent. Je regarde rapidement autour de moi, rien que des personnes ayant les bras ballants. Je me décide :



Posément, sous les yeux étonnés des personnes présentes, je me baigne dans la fontaine située devant l’escalier de pierre, suffisamment pour que mes habits soient assez mouillés pour me protéger. Je plonge ensuite mon couvre-chef dans l’eau. Puis sortant du bassin, je me dirige vers l’entrée, tout en remettant mon chapeau trempé sur la tête. Mon voisin se jette sur moi :



Impressionné, il obéit, je grimpe les marches de façade qui mènent à l’entrée, j’entre dans le vestibule, celui-ci est partiellement en feu. Je gravis en vitesse l’escalier que je découvre fait en bois peint façon marbre, alors que je m’attendais à de la pierre, comme au-dehors. Le couloir indiqué est lui aussi en feu, mais franchissable. Je fonce à travers les flammes, j’ouvre la porte du fond qui débouche sur une chambre où je découvre une jeune fille prostrée dans un coin, les tentures de sa fenêtre déjà en flammes.


Eugénie, la dernière fois que je l’ai vue, elle était encore fillette, je fréquente peu les Belgency, des anciens commis d’État qui essayent de faire croire qu’ils sont d’une vieille noblesse.


Elle est plutôt mignonne, même si elle affiche un visage apeuré. C’est une jeune fille, pas une jeune femme et encore moins une femme. En tout cas, elle n’est pas une Æmilia-bis, l’épouse de mon cousin. Ah, Æmilia ! J’enrage que mon cousin l’ait dénichée avant moi, mais c’est la vie, et j’avoue que si je l’avais croisée, je n’aurais pas fait attention à elle. C’est en discutant avec elle, en la côtoyant un peu, que je me suis attaché moi aussi à cette jeune veuve.


Mais ce n’est guère le moment de songer à tout ça !


Me découvrant, la jeune fille ouvre de grands yeux en me voyant arriver :



Elle ne m’a pas souvent vu, mais assez pour me reconnaître. Je prends la parole :



Fébrile, elle s’exécute, puis elle annonce :



Je désigne une bassine en fer, remplie à moitié :



Obéissante, elle mouille ses vêtements. Puis je capture fermement sa main, direction le couloir d’où je viens, elle panique :



Je la tire par la main tout en courant à travers les flammes ; ça commence à devenir limite. Arrivés tous les deux sur le palier, je pousse un juron bien connu des grognards :



L’escalier est devenu impraticable. Mais quelle idée de l’avoir fait en bois alors qu’il aurait dû être en pierre ! Je regarde derrière moi, un petit couloir :



J’ouvre la première porte, cette chambre est en train de se consumer. Je referme aussitôt. La seconde qui est déjà en feu me semble plus praticable, d’autant que les tentures ne sont pas encore atteintes, mais elles le seront bientôt. Traînant toujours derrière moi, la jeune fille, je m’approche de la fenêtre. Est-ce que l’ouvrir ne va pas provoquer un appel d’air ? Par précaution, je regarde par les carreaux sur quoi donne cette ouverture. Aïe, rien de bon ! Il y a au moins cinq mètres à sauter !


J’avise une petite porte sur ma droite :



Je m’engouffre avec Eugénie dans cette petite pièce.



Tandis qu’elle obéit, je regarde par la fenêtre : la situation est meilleure, une petite terrasse est située juste en dessous, à un bon trois mètres environ. J’explique :



Je grimpe sur le rebord, je fléchis les genoux, puis je saute. Bonne réception, même si le sol est bien dur. Je me relève, puis je me tourne vers Eugénie, qui me regarde de la fenêtre :



Piquée au vif, elle s’accroupit à son tour sur le rebord. Puis elle oscille, elle hésite. Je me fâche :



Soudain, des flammes apparaissent dans le dos d’Eugénie. Elle pousse un petit cri de frayeur et elle choisit alors le vide plutôt que le feu. Je la récupère sans souci dans mes bras, la donzelle étant assez légère. Les yeux écarquillés, la bouche ouverte, elle articule :



Je me mets à rire :



Elle ne répond rien. Je regarde autour de moi : oui, je suis dehors, avec Eugénie dans mes bras. Tandis que je m’éloigne à pas rapides de la demeure, elle regarde les flammes qui sortent des fenêtres. Prise d’un énorme frisson rétrospectif, toute tremblante, elle serre mon cou à le rompre. Elle me regarde droit dans les yeux :



Elle s’accroche encore plus à mon cou :



L’arrivée de sa famille l’oblige à relâcher son étreinte, ce qui me permet de mieux respirer.




Eugénie – Semel



C’est la deuxième fois que je reviens voir Eugénie, pour vérifier si tout va bien. La première fois que je suis venu, c’était le lendemain, elle était encore assez choquée. Une fois de plus, ses parents m’ont chaudement remercié d’avoir secouru leur fille du brasier. Cette fois-ci, une semaine plus tard, elle semble s’être remise de ses émotions.


Comme la moitié du château est en ruine et qu’il y a peu de place, nous nous promenons aux alentours. Je constate très vite que cette jeune fille a des vues sur moi, j’ai confirmation quand elle prononce :



Eugénie hoche la tête :



Je souris un peu cyniquement :



Tandis que nous commençons à être loin du château, elle s’enhardit à me capturer le bras pour s’y accrocher, sans oublier d’y presser sa poitrine :



Je suis tenté de la croire, mais quelque chose dans sa voix me susurre que c’est une manœuvre. Je connais assez les femmes pour affirmer ce genre de chose. Même si Eugénie est juste une jeune fille, elle possède déjà en elle de façon innée la ruse de femmes plus âgées. Rien que sur ce point, Æmilia et cette jeune fille sont distinctes.


Je biaise à ma façon :



Son ton devient dur :



Sa voix se brise. Je tapote sur sa main rivée à mon bras :



Je me mets à rire :



Cette jeune fille s’emballe, il est vrai que l’époque est au romantisme échevelé. Je préfère mettre en avant un point de détail non négligeable :



Elle insiste :



J’évite de sourire, mais je vois bien la mère expliquer à son rejeton comment s’y prendre la nuit de noces, tout en étant au pied du lit ! Et j’entrevois parfaitement un ménage à trois, avant l’arrivée du premier né. Et ensuite, ce sera un ménage à quatre et ainsi de suite.


Avec amertume, elle ajoute :



Mais je crains qu’elle n’ait pas tort et qu’elle soit tristement réaliste. Elle serait partie pour un autre monde qu’on dit meilleur, ce garçon aurait été délivré d’un futur mariage non désiré par les deux principaux concernés. En effet, si elle épouse effectivement ce… fils à maman, je la plains de tout mon cœur, mais il y a pire.


Mais ce n’est pas une raison pour que je l’épouse pour l’extirper de ce triste avenir.




Eugénie – Bis



Bonne âme, ce qui m’arrive parfois, je suggère :



Dans sa tête, ce preux chevalier me ressemble. Je ne dis pas que je regrette de l’avoir sauvée, mais j’ai dû faire ou dire quelque chose qui la rende si accrochée à ma personne. Je décide de poser la question indirectement :



Elle regarde autour d’elle, puis elle murmure :



Je m’amuse :



Je continue de m’amuser :



Je réalise trop tard que j’ai parlé trop vite, comme mon cousin a la marotte de me le dire et redire. Espérons qu’elle ne relèvera pas trop mon premier verbe.



J’ai rarement entendu une jeune fille tenir ce genre de propos ! Eugénie semble sortir du lot, mais une autre femme occupe déjà mes pensées. Il est vrai qu’elle n’a plus grand-chose à perdre, elle peut mieux se laisser aller dans ses dires. Je préfère biaiser :



Sa réponse toute franche me surprend :



Soudain, j’entends une cloche sonner, sauvé ! C’est quand même fou qu’un homme comme moi, habitué à jouter avec des femmes mariées et certaines de leurs charmes et appas, en vienne à être soulagé par un signal parental, face à une donzelle sans doute vierge qui ne connaît pas grand-chose à la vie !



Accrochée comme une sangsue à mon bras, elle reste immobile :



Sincèrement outrée, elle s’écrie :



Eugénie fait la moue :



Obstinée, elle revient à son idée fixe :



Elle affiche un petit sourire qui me donnerait presque des frissons :



Ma bouche s’empare prestement et possessivement de ses lèvres rosées. Abasourdie, Eugénie a un léger frisson de surprise avant de se laisser aller à mon baiser. Je plaque son corps juvénile contre le mien, bien décidé à laisser dans son âme une empreinte indélébile.


Je joue peut-être avec le feu, mais j’avoue que ce baiser est nettement plus plaisant que je ne l’aurais cru.




Eugénie – Ter



J’ai trop bien réussi : chassez le naturel, il revient au galop ! J’avoue avoir été momentanément troublé et empli de désir pour cette jouvencelle. Enthousiaste, Eugénie est passée de la sangsue à la pieuvre !


Accrochée à mon cou, son corps toujours plaqué contre le mien, elle m’implore :



Les yeux luisants, elle me regarde effrontément :



Toujours accrochée à mon cou, elle me fixe :



Malgré moi, mes mains continuent de serrer ce corps qui se propose :



Ah l’ardeur des jeunes filles en fleur ! J’essaye de mettre les points sur les i et les j :



Je suis assez surpris par ce qu’elle vient de dire :



Elle me scrute avec attention :



Puis, sans me laisser le temps de répondre, se hissant prestement sur la pointe des pieds, ses mains accrochées fermement à mon cou pour m’obliger à me pencher sur elle, Eugénie m’embrasse fougueusement à pleine bouche.




Cousin, cousine



Je suis venu lui rendre une petite visite à mon cousin (ou plutôt à sa délicieuse épouse). Tandis que nous sommes tous les trois dans un salon, Rocque m’interpelle joyeusement :



C’est Æmilia qui réagit :



Ma réponse un peu leste fait rougir et sourire la femme de mon cousin, mais ce dernier me regarde de travers. Æmilia s’amuse franchement :



C’est Rocque qui intervient :



Avide d’avoir des précisions, Æmilia nous coupe :



Elle bat carrément des mains :



Mon cousin me regarde d’un air torve. Sa femme se récrie :



Æmilia argumente :



Mon cousin me regarde avec des gros yeux sombres. Afin de ne pas faire trop de vagues, je vais couper la poire en deux, en évitant d’être trop direct et explicite :



Æmilia est facile à manœuvrer, son mari en sait quelque chose. J’affiche un large sourire :



Æmilia est égayée, elle ne réalise pas mes sous-entendus. Il est vrai qu’elle est aveuglée par la passion qu’elle porte à son mari. C’est alors qu’elle lâche en plaisantant :



Ma phrase a été dite sur le même ton de plaisanterie que celle d’Æmilia, mais je vois bien que Rocque n’est pas dupe. Aveuglée par l’ambiance enjouée que j’installe entre elle et moi, la jeune épouse enchaîne :



Je suspends volontairement ma phrase, marquant une légère pause avant de poursuivre sur le même ton badin :



À ces mots prononcés sans malice, mais qui ne m’étonnent guère, Rocque pâlit. Je réponds illico avant qu’il ouvre la bouche :



La réponse fuse aussitôt, spontanée :



Mon ton est toujours aligné sur celui de la plaisanterie. C’est ainsi qu’Æmilia le perçoit. C’est un plaisir de gourmet que de jouer avec elle ! Elle répond d’un ton enjoué :



Non, ce n’est pas en Eugénie que je trouverai ma nouvelle Æmilia. Je crois qu’il est urgent que je m’occupe du cas de mon cousin !