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n° 23304Fiche technique20611 caractères20611
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Temps de lecture estimé : 14 mn
24/09/25
Présentation:  Chapitre 21 : Traversée solitaire. Chapitre 22 : La traque.
Résumé:  Solitaire, elle aimait les grands espaces que lui procurait la mer, le son du vent qui venait gifler ses voiles et celui des griffes des vagues se frottant aux abords. C’était un lieu de méditation et de questions existentielles.
Critères:  #chronique #nonérotique #aventure #fantastique
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Série : La pirate des sept mers

Chapitre 15 / 16
Traversée solitaire suivi de La traque

21. Traversée solitaire


Solitaire, elle aimait les grands espaces que lui procurait la mer, le son du vent qui venait gifler ses voiles et celui des griffes des vagues se frottant aux abords. C’était un lieu de méditation et de questions existentielles. Combien de fois s’était-elle posée la question du pardon par rapport à Fleur de Tonnerre ? Elle avait pesé les arguments mais sa colère était restée trop vive pour qu’elle envisage de passer l’éponge afin de se concentrer sur son avenir.


Elle savait que la vie qu’elle menait ne lui permettrait jamais d’accéder au bonheur et n’avait-elle pas le droit de vivre heureuse ? De nouveau, elle se posa ces questions. À chaque introspection, sa haine semblait s’amenuiser, mais le souvenir de l’horreur vécue se rappelait à son bon souvenir.



Lorsqu’elle arriva à Araccianta, elle fut plutôt surprise de pouvoir accoster sans qu’une autorité quelconque vienne à lui demander de payer des taxes. L’agitation régnait, des centaines d’hommes s’activaient sur les quais et des machines gigantesques plongeaient des bras métalliques dans l’eau. C’est alors qu’elle vit sortir de l’eau le plus grand galion de la marine ibère complètement fracassé.


Elle aborda un soldat qui lui apprit que deux jours auparavant, des pirates avaient frappé le fort où se trouvaient le gouverneur Don Bernardo de la Cruz et le commodore Angel Bernal Ruiz puis avaient fait couler l’Esperanza.

Elle jeta un rapide coup d’œil vers la citadelle qui était censée protéger la ville et vit deux trous béants sur sa façade. Elle devina là aussi une centaine d’hommes affairés aux réparations.


La tueuse comprit assez vite que les pirates fauteurs de troubles étaient ceux de l’Albatros. Peut-être que le gouverneur et le commodore ne savaient pas qui était à l’origine des destructions qu’ils venaient de vivre, aussi demanda-t-elle audience.


Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle fut reçue par le commodore, il était visiblement enragé et lui fit comprendre qu’il n’avait pas que ça à faire :



Décontenancée qu’il la connaisse sous ce sobriquet, elle se ressaisit pourtant et lui dit ce qu’elle pensait savoir.



Il la renvoya après lui avoir donné son intuition, celle que la piratine se soit réfugiée chez elle à Murèna. Ce n’était pas une bonne nouvelle pour Lorelei car s’il existait un endroit au monde où la tueuse ne pouvait poser un pied, c’était bien sur l’île principale des pirates.


Dès lors, que faire ? Elle ne pouvait raisonnablement attendre que l’Albatros Rouge fasse de nouveau campagne et harcèle les navires marchands des cinq superpuissances. Elle décida d’aller débusquer sa proie sans se faire remarquer. Passer par le canal d’AquaPulco ? Elle pourrait sans doute s’acquitter des droits de passage et avoir l’autorisation du capitaine Bartholomew Rogers, pirate avec lequel elle pouvait s’entendre, mais c’était se rendre aussi visible qu’un phare dans la nuit, la nouvelle de son arrivée serait immédiatement connue à Murèna.


Forte de cette réflexion, elle prit la direction du sud. Elle n’était pas si loin du cap de la Corne, deux bonnes journées de navigation et elle serait dans les flots tempétueux de cet accès à la mer Pacifica. Depuis le temps qu’elle bourlinguait, franchir cet endroit redouté de beaucoup de navigateurs ne lui posait pas de problème, il lui suffirait d’être concentrée et bien alerte pour ne pas se faire surprendre.


Elle n’était plus très éloignée du passage que déjà les eaux devenaient plus agitées, des courants contraires s’affrontaient déjà. Des vagues se formaient de plus en plus grosses et le vent se levait. En plus de ces conditions difficiles, des affleurements rocheux se cachaient dans l’eau. Le froid, les changements de temps souvent imprévisibles et brutaux avaient été fatals à un nombre si important de vaisseaux que le cap de la Corne était connu des marins comme « le cimetière ».


Des bourrasques de plus en plus violentes malmenaient le sloop de Lorelei qui restait concentrée. Elle était trempée, gelée, mais s’agrippait de toutes ses forces à la barre de gouvernail, les mains transies, les dents qui claquent. Les vents rugissaient à présent et la mer hurlait, envoyant des vagues gigantesques percuter le petit navire. Il était bringuebalé de droite à gauche et risquait à chaque embardée de s’écraser sur les amas de roches. Le ciel lui-même s’assombrissait menaçant de déchaîner encore plus de fureur.

L’eau glacée s’infiltrait par trombes et allait jusqu’à atteindre la petite cale où s’entassaient les vivres de la tueuse.


Alors que tout semblait perdu, Lorelei gardait son sang-froid, car elle était sûre maintenant que le plus dur venait d’être franchi et que petit à petit, les eaux redeviendraient bientôt plus clémentes, que les courants allaient se calmer et le vent s’affaiblir. Elle heurta encore un ou deux rochers, mais les dégâts sur la coque n’étaient pas irrémédiables.


Trois longues heures de navigation plus tard, à présent éloignée du cimetière, elle accosta à terre pour mieux se rendre compte des avaries et des pertes qu’elle avait subies. Si le sloop n’avait pas trop souffert sinon quelques coups sur la coque la fragilisant davantage, elle avait perdu une grande partie de ses vivres.


Toute la côte sud-ouest du nouveau continent était inexploitée des hommes, aucune ville, aucun village, juste la nature sauvage – ou tout du moins, c’est ce qu’elle en savait. Elle n’avait pas d’autre choix que de vivre de sa chasse ou de sa pêche tandis qu’elle longerait le littoral avant d’atteindre sa destination : Murèna.


Si le paysage était grandiose, il n’en était pas moins désert. De vastes plaines arides allant jusqu’au pied d’une chaîne de montagne qui formait un rideau infranchissable. Rien ne poussait sinon du lichen en bordure de plage, des herbes plus ou moins éparses et des petits arbustes. Le froid était encore vivace.


Lorelei avait faim, soif et froid et surtout était terriblement fatiguée. Elle débarqua les quelques denrées qui lui restait, fit un feu qui l’épuisa davantage. Un peu réconfortée par les flammes qui la réchauffaient un peu, elle s’endormit vite.

Usée comme elle l’était, une fanfare ne l’aurait pas réveillée – aussi n’entendit-elle pas les deux culpéos, ces sortes de renard, venir lui dérober la viande séchée qui lui restait. Au réveil, elle constata avec amertume que le sort s’acharnait décidément sur elle.


Sa chasse en cette matinée ne fut pas abondante, elle réussit à peine à tuer un gros rat puis reprit la mer. Elle longeait le même paysage désertique sur des lieux, parfois accompagnée de baleines qui, curieuses, s’approchaient du sloop. Elle se sentait tellement bien, à l’abri de la fureur des humains, à l’abri dans les bras de mère nature, qu’elle en aurait oublié sa mission.


La mer peut vous offrir des cadeaux qui resteront à jamais gravés dans la mémoire, elle est ainsi : souvent tempétueuse – elle aime montrer aux marins que c’est elle qui décide – mais parfois, elle prodigue avec générosité la magie qui la caractérise. Lorelei profitait des meilleures conditions de navigation, une légère brise sur une mer aussi calme qu’un lac et tour à tour, les habitants qui venaient lui dire bonjour. Sa frêle embarcation était escortée par plusieurs orques, l’un d’eux allant même jusqu’à réclamer un contact, une légère caresse. Ainsi les plus terrifiants prédateurs pouvaient également être les meilleurs compagnons. Voilà une leçon qu’elle garderait enfouie au plus profond de son cœur.


Était-ce un message qui lui était adressé ? Est-ce que cela voulait dire qu’elle, la prédatrice, devait faire preuve de compassion ? Qu’elle devait laisser sa proie, à savoir Fleur de Tonnerre, vivre ? Toutes ces questions, seule sur la grande mer, Lorelei se les posait.


Heureusement que les fruits de sa pêche étaient plus généreux que ceux de sa chasse, car elle serait probablement morte de faim avant d’arriver à Murèna. Ce régime pour le moins frugal gardait éveillée la colère qu’elle ressentait auprès d’Hélène.


Elle se trouvait maintenant sous des latitudes tropicales et la végétation avait évolué avec le climat. Elle pourrait enfin manger à sa faim, sûr que le gibier serait plus abondant. Aux orques, les raies géantes avaient pris le relais pour convoyer le sloop. Sur terre, dans la jungle, elle observait les premiers signes d’une activité humaine, mais les légendes faisaient état de peuplades cannibales dans cette partie du monde restée sauvage. Pour avoir goûté à la chair humaine, elle était terrifiée à l’idée de croiser de tels anthropophages, aussi ne s’attardait-elle pas à terre. Une fois une proie tuée, elle s’en retournait le plus promptement possible à bord de son navire.


Ainsi arriva-t-elle dans les eaux territoriales de l’île aux pirates. Elle fit un grand détour afin de débarquer sans être aperçue. Elle mouilla dans une crique plutôt éloignée de la ville et enfin après une longue marche pénible, elle arriva à destination.




22.

La traque



La plupart des pirates la connaissaient du bouche-à-oreille, ils avaient une description très sommaire de la tueuse et encore, elle était exagérée. C’était une négresse qui mesurait au moins deux mètres, avait des bras de bûcherons, des canines pointues et des cornes sur la tête. Certains pensaient même qu’elle avait une queue puisqu’elle avait fait un pacte avec le diable. Lorsqu’elle entra dans la grande salle de l’hôtel, personne ne la reconnut. Tous les clients continuaient de boire, de trinquer, de chanter, de faire la fête. Elle alla de table en table pour sympathiser et surtout pour glaner des renseignements.


Elle apprit que Fleur de Tonnerre n’était pas en odeur de sainteté puisqu’elle avait tué trois hommes de l’équipage de l’Hetman. Elle demanda où elle se trouvait et on lui indiqua la direction du médecin.

La maison de ce dernier se trouvait un peu excentrée et tandis qu’elle s’y rendait, trois hommes la suivirent. Les questions qu’elle avait posées avaient éveillé une certaine méfiance, MoonHead, le canonnier et deux compères décidèrent de la surveiller étroitement.


Il était tard, la nuit avait pris ses quartiers, le médecin dormait paisiblement lorsqu’il entendit sa porte s’ouvrir brutalement. Quelqu’un avait pénétré sa maison. Lorsqu’il descendit, vêtu d’une simple robe de chambre, une jeune femme, le sabre à la main l’attendait.



Évidemment, il se mit à table très rapidement. Lorelei savait à présent dans quel hôtel se trouvait Fleur de Tonnerre. Elle regretterait probablement de tuer Hélène diminuée, préférant un combat à la loyale mais seule sa vengeance comptait.


Lorsqu’elle repartit, trois hommes armés l’attendaient à l’orée du petit bois à traverser pour rejoindre la ville :



Les trois marins s’avancèrent, prêts à en découdre. Le premier leva son sabre pour, dans un mouvement circulaire de haut en bas, atteindre la femme, mais cette dernière était trop rapide : il n’eut pas le temps d’abaisser sa lame que son corps fut traversé de part en part par l’acier meurtrier de la tueuse. Le deuxième chargeait quand il se prit une balle en plein front : nonobstant d’être habile dans le maniement du sabre, cette bougresse savait tirer juste ! Il ne restait plus à présent que MoonHead.


Le combat s’engagea, les fers se croisèrent dans la nuit éclairée par la pleine lune et bientôt une vie s’éteignit.

Le lendemain matin, Lorelei apprit que l’Albatros Rouge était parti direction la grande mer intérieure, à la recherche du renégat : le capitaine Jonas-Desmond Ded et son WhaleKiller.



D’avoir été si proche et maintenant si éloignée l’enrageait – elle ne pouvait pas passer par le canal d’AquaPulco, elle devait le chemin inverse pour espérer la suivre.


Elle rata de nouveau Fleur de Tonnerre à son retour de l’excursion dans la mer du brouillard éternel. Pensant devoir faire chemin inverse, elle avait décidé de mettre son sloop en carène pour le préparer à une nouvelle traversée. Assidue dans sa tâche, elle ne sut le retour de l’Albatros qu’une fois ce dernier prêté au capitaine James Blake.

En ville, elle apprit que le navire était déjà reparti, mais elle ne sut pas qu’il était dirigé par un autre capitaine. Elle pensait que Fleur de Tonnerre n’était plus à Murèna. Elle reprit donc la restauration de son sloop.


Bientôt Anguille fut la propriété d’Hexagone et l’alarme fut donnée quant à l’arrivée de la flotte ibère. Peu de temps avant la bataille, elle apprit que l’Albatros n’était pas revenu de sa campagne mais surtout que Fleur était partie avec son équipage à bord du « Queen Ann’s Revenge ».


Le temps de mettre son embarcation en mer, c’est-à-dire le temps d’attendre une grande marée, elle reprit sa chasse. Le Queen n’avait pas participé à la bataille, personne ne l’avait vu.



oooo0000oooo



Le commander Parsifal était arrivé à Anguille où il vit amarré l’Albatros Rouge, le bateau qu’il recherchait. Il eut l’espoir d’y trouver la pirate qu’il devait mener devant son « Roi Soleil », mais le général Turenne, alors en poste au canal d’AquaPulco, lui expliqua que ce navire était à présent la propriété du capitaine James Blake pour dédommagements de son aide dans l’attaque des Liches.



En effet, le Capitaine James Blake devant l’armada hexagone avait négocié sa reddition avant même de tenter quoi que ce soit.


Si Anguille était à présent la propriété d’Hexagone, Murèna appartenait à l’Ibérie. Un pacte de non-agression entre les deux puissances avait été signé, chacune ayant trouvé son compte. Toujours à sa mission, le commander Parsifal demanda une entrevue avec le lieutenant de vaisseau Manuel Mélendès, l’autorité provisoire de l’île.



S’ensuivit une longue conversation durant laquelle l’Ibère expliqua qu’il avait espéré la combattre lors de l’assaut de Murèna mais à son grand regret, elle n’avait pas répondu présente. Il était sûr qu’elle ne faisait pas partie des victimes, les prisonniers l’avaient également confirmé.



Il n’eut pas à réfléchir longtemps pour comprendre la direction prise par Fleur de Tonnerre et le détour effectué. Avec un peu de chance, il la rattraperait avant qu’elle n’atteigne les côtes de la Nipponie.


Dans sa chasse, il espérait également croiser la route du sloop de la tueuse afin de la mettre définitivement hors d’état de nuire. Lorelei leur avait été à mainte fois utile, combien d’hommes avait-elle tué pour les Hexagons ? Mais à présent, alors que les pirates n’étaient plus une menace pour la sécurité des sept mers, ses talents ne servaient plus à rien. Lorelei semblait être d’un autre temps.


Il y avait du vent et la vitesse de son navire atteignait les treize nœuds – ce qui le satisfaisait, il était à présent sûr de la rattraper. Il était à hauteur du continent Aussie, il ne lui restait plus qu’à faire cap plein nord pour rejoindre les premières îles de la Nipponie. D’après ses calculs, si le navire de Fleur avait pris son temps pour traverser l’océan Pacifica, il espérait bientôt le voir à l’horizon.


Il naviguait jour et nuit sans discontinuer, son équipage se relayant sans relâche et ce matin-là, proche des côtes Aussie, les mouettes l’accompagnèrent de leurs cris perçants. Soudain, sa vigie hurla :



Tribord ? Cela l’étonna. Il prit sa longue vue et distingua ce que sa vigie avait perçue. Effectivement, un navire mouillait non loin de la berge du continent. Il régla un peu mieux l’oculaire afin d’avoir un grossissement plus net.


À côté du navire, se tenait un sloop.


Il accentua l’intensité de lumière et distingua un attroupement d’hommes sur la plage.



oooo0000oooo



Le « Queen Ann’s Revenge » approchait du continent « Aussie » que certains appelaient le continent vide, en remontant vers le nord, les premières îles de l’empire nippon allaient vite se dévoiler. La vie suivait son cours, tous avaient une pensée pour leurs frères d’armes qui affrontaient les Ibères et se morigénaient de n’être pas présents.



Absents de ces débats, Blanche et Crevette se retrouvaient dans les cales pour se déguster l’un l’autre.



Crevette n’avait pas les mots mais le sourire qui se dessinait sur son visage en disait long. Ils allaient fêter dignement cette bonne nouvelle lorsqu’ils entendirent Betty, qui du haut de sa vigie,

vociféra :



Hélène et Mary se rhabillèrent et sortirent de la cabine toutes ébouriffées pour scruter l’horizon.



Monsieur Pique-Viande ne rata rien de cette sortie et adressa un sourire bienveillant vers les deux femmes.



De sa longue vue, Hélène scrutait à présent la mer en direction de la voile.



Soudain, la légèreté dont faisaient preuve les deux femmes fit place à une lourdeur et dans leur voix et dans leur attitude. Elles n’osaient pas le dire mais, en leur for intérieur, elles savaient.


Elles savaient toutes deux.


Lorelei « Kiy Fayyu ».