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20/09/25
Présentation:  Chapitre 17 : Naufrage.
Résumé:  Lorsqu’elle arpenta le pont du « O Arrojado », un brick lusitanien, et s’engagea comme apprentie, elle venait de fêter ses dix-huit ans. Elle s’avéra être un marin très doué et son capitaine la voulut à ses côtés.
Critères:  #chronique #nonérotique #aventure #fantastique
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Série : La pirate des sept mers

Chapitre 12 / 16
Naufrage

17. Naufrage



Lorsqu’elle arpenta le pont du « O Arrojado », un brick lusitanien, et s’engagea comme apprentie, elle venait de fêter ses dix-huit ans. Elle s’avéra être un marin très doué et son capitaine la voulut à ses côtés. Elle connaissait mieux la géographie que lui-même et savait se diriger grâce aux étoiles. Le brick était un navire marchand qui naviguait entre la Nipponie et la Lusitanie. Il y avait deux itinéraires possibles pour joindre ces deux pays. Le chemin le plus long était celui de la mer Pacifica, une fois franchie cette immense étendue, il fallait passer le dangereux cap de la Corne pour entrer en grande mer intérieure. Un périple de deux mois de navigation.


L’autre chemin était celui de passer par la mer d’orient, longer le continent noir et s’aventurer dans la mer Australe avant de gagner la grande mer intérieure. Une excursion d’un mois seulement, mais qui avait pour énorme désagrément le passage par le territoire des sirènes et des terribles créatures mythiques.


Le capitaine marchand cherchait à faire le plus de bénéfices possibles pour répondre à la période économique difficile de l’année en cours, aussi décida-t-il qu’une fois n’est pas coutume, il passerait par la mer Australe.



Les marins ne partageaient pas son avis, mais obéirent docilement. Tout comme l’équipage de l’Albatros Rouge une vingtaine d’années plus tard, à l’approche du territoire des mythes et légendes, les hommes embarqués, glacés d’effroi, n’osaient faire le moindre bruit et se calquaient des bouchons dans les oreilles.


Dans le silence, tous les sons paraissaient suspects, le moindre craquement, le moindre souffle, tout contribuait à angoisser les hommes. O Arrojado était à présent à un jour de distance des eaux de la grande mer intérieure lorsqu’une onde monumentale s’approchait rapidement du brick. Cette vague isolée ne pouvait provenir que du déplacement de quelque chose, de quelque chose de grand, de très grand et de très rapide.


Le capitaine alerta son équipage, il pensait avoir affaire à un bateau pirate, il avait entendu parler d’un bateau capable de naviguer sous l’eau.



Un peu en retrait, Hélène observait, elle n’en revenait pas qu’ils préfèrent abdiquer plutôt que se battre, c’était exactement le contraire de tout ce qu’on lui avait enseigné. Les Lusitaniens seraient-ils donc lâches ?


Arrivée aux flancs du brick, la vague s’éleva à une hauteur prodigieuse et s’abattit de tout son poids sur les marins. Écrasés par cette averse diluvienne, beaucoup se trouvèrent au sol et ce n’est que lorsqu’ils réussirent à se relever qu’ils virent un serpent dragon prodigieux les foudroyant d’un regard furieux se soulever.


Soudain tous se mirent à hurler :



Avec les cris, la colère du monstre légendaire fut exaspérée et il cracha son feu destructeur sur les voiles qui s’embrasèrent comme des fétus de paille. Dans la confusion la plus totale, certains fuyaient en plongeant dans l’eau, d’autres se cachaient derrière des malles, d’autres fuyaient dans les soutes. Hélène comprit assez vite qu’il était inutile de fuir, seul le combat pouvait lui offrir un infime espoir. Elle se posta juste en dessous du ventre de l’animal qui ne la vit même pas, il cracha une nouvelle salve enflammée et les haubans tombèrent en brisant la coque. Le « O Arrojado » était condamné et bientôt allait sombrer dans les abysses.


Placée où elle était, à l’abri du regard du monstre, à l’abri des dégâts qui tombaient comme la pluie sur la coque, elle eut juste le temps de s’agripper à une planche avant que le bateau ne coule. Satisfait de son œuvre, le léviathan partit comme il était venu. En moins de cinq petites minutes, le monstre avait tué la moitié de l’équipage, et avait laissé les survivants s’accrocher à quelques débris.


À présent, quelques dizaines d’hommes se trouvaient au beau milieu de la mer à des mille et des mille marins de la moindre côte, promis à une mort atroce. Certains cédèrent à la panique et dans leur confusion mentale, s’agitèrent, s’agitèrent jusqu’à l’épuisement, ils commencèrent à boire une tasse puis deux puis… l’eau arriva à leurs poumons et ils se noyèrent.


Hélène fit l’appel, seuls quatre compagnons d’infortune y répondirent. Ils se rejoignirent, s’accrochèrent les uns les autres.



Désespérément accrochés, ils nageaient. Bientôt ils furent entourés de trois ailerons menaçants. Hélène, plus légère que ses comparses, arriva à se tenir en équilibre sur sa planche de salut, mais les trois hommes, bien qu’ils tentassent également de se maintenir hors de l’eau, furent à portée de mâchoires. Les gros poissons s’attaquèrent aux jambes qui traînaient dans l’eau, deux des trois survivants en furent victimes. Ce fut une véritable boucherie, l’eau devint rouge sanguinolent et plus le sang arrivait aux narines des requins, plus cela attisait leur frénésie macabre.



Il arriva enfin à se maintenir hors de l’eau et il fallut attendre un bon quart d’heure avant que les poissons ne quittent les lieux. Il pleurait. De voir un tel bonhomme, une véritable force de la nature, craquer aggravait le sentiment de désespoir qui étreignait le cœur et l’âme de la survivante.


Impossible de savoir depuis combien de temps les deux naufragés étaient dans l’eau, mais le ciel s’assombrissait, le froid devenait prégnant et les forces s’amenuisaient. Hélène commençait à perdre tout espoir de survie tandis que son compagnon pleurait silencieusement. Elle l’entendait parfois murmurer pour lui-même « Je ne veux pas mourir » et elle s’accrochait à cette phrase comme à une bouée.



La fatigue la terrassa lorsque la nuit était la plus noire et que les étoiles scintillaient dans la voûte céleste.


Lorsqu’elle se réveilla, elle se trouvait dans un hamac, visiblement dans le gaillard avant d’un grand bateau. Un homme d’âge mûr se tenait auprès d’elle :



Encore fébrile, Hélène s’enquit toutefois du sort de son compagnon, lequel avait péri. L’homme médecine lui expliqua être à bord d’un navire pirate ayant pour capitaine, un certain Ruppert SilverJones. Les femmes n’étaient pas les bienvenues sur un navire et nombre de marins avaient exprimé leur désir de laisser cette jeune fille sur ses planches de salut plutôt que la sauver. Le capitaine avait usé de son autorité pour la secourir.


Plus tard, le capitaine fit son apparition, un homme imposant de par sa taille, une grosse barbe noire, tatoué sur le tout le côté droit du visage. Lorsqu’il ôta son tricorne par politesse, il découvrit son crâne chauve, également peinturluré. Il déposa ses armes à côté de la couche d’Hélène qui retrouvait doucement un peu d’énergie.


Ils parlèrent longtemps, il lui expliqua la philosophie de la vie des hommes libres.



Le capitaine proposa de la déposer sur l’île « Mayjotte », une île administrée par les Lusitaniens.

Lorsqu’il prit congé, il lui demanda de ne pas aller sur le pont.



Trois jours passèrent, toujours confinée dans le gaillard avant, Hélène ressentait le besoin de se dégourdir un peu les jambes et surtout de prendre une bonne bouffée d’air. Le capitaine avait décidé de faire un petit crochet vers le nord où il espérait croiser un navire marchand, il voulait se refaire la cerise et récupérer quelques vivres.


Ce détour rallongeait encore un peu plus le temps à passer cloîtré sans voir le ciel – ce qui commençait à devenir insupportable. Aussi décida-t-elle d’ignorer les conseils et se présenta sur le pont. Le monde s’arrêta et le silence s’établit, il semblait que les vagues cessèrent de claquer contre la coque. Bientôt le quartier-maître du Providence reprit ses esprits et aboya les ordres à tous de reprendre leur esprit.


Il faisait chaud, l’air qui emplissait les poumons faisait certes du bien pour quiconque en avait été privé, mais il était relatif. Le doux vent n’apportait aucune fraîcheur, mais de le sentir onduler sur les cheveux, de le sentir embrasser timidement la peau était un délice qui en valait la peine.

Hélène fut un peu aveuglée par le soleil qui était haut dans le ciel azur et il lui fallut quelque temps pour s’y habituer, de sorte qu’elle ne vit pas la réaction des marins lorsqu’elle se découvrit.


Le quartier-maître alla vers elle :



Et sur ce, il partit vers la proue où il était affairé.


Cela jasait, impossible pour elle d’entendre le contenu de ces messes basses, mais, elle était sûre d’être au centre de ces conversations. Elle surprit un homme qui tapait dans les mains de deux autres tout en la dévisageant. Elle comprit qu’il venait de parier. Il s’approcha, un sourire sadique et le regard torve. Bientôt à sa portée, il lui dit :



Hélène lui répondit :



Le pirate comprit au ton qu’elle se foutait de sa gueule.



Cette remarque le fit sortir de ses gonds, il tenta de la gifler. Il tenta.


À peine, avait-il la main levée, qu’elle attrapait l’autre bras, le retournait tout en l’envoyant au sol d’une balayette savamment bien placée. Elle le maintint face au sol, le bras retourné, la moindre pression pouvant le casser.



Elle se saisit d’un balai qui servait pour le nettoyage du pont. Elle l’utilisa comme jamais aucun pirate n’avait vu le faire. Comme l’avait précisé le capitaine SilverJones, s’en prendre à un marin équivalait à s’en prendre à tout l’équipage. Bientôt la jeune femme se battait contre une dizaine de marins qui se prenaient des coups de balai qui dans l’estomac, qui dans le foie, qui dans les dents.


Aux pieds de la belle Hélène se trouvait une partie de l’équipage. Le bruit avait alerté le capitaine qui était sorti pour voir ce qu’il en était. Quels ne furent pas sa surprise et son amusement à voir ses combattants aguerris être terrassés par une « p’tite dame » ! Entre-temps, elle avait coupé son manche à balai en deux parties bien distinctes et de ses deux bâtons, elle faisait fureur sur les crânes.


Toutefois, il était temps de remettre un peu d’ordre à bord du Providence, il dégaina son pistolet et le pointa menaçant vers la teigne.