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Temps de lecture estimé : 16 mn
18/09/25
Présentation:  Chapitre 13 : Sauver Crevette ! Chapitre 14 : Sauver ou condamner ?
Résumé:  L’Albatros quittait l’épais brouillard et l’armée de squelettes abrutie d’avoir laissé sa proie s’en sortir. Mary manœuvra le bateau volant avec dextérité et le posa suffisamment loin du courant invisible.
Critères:  #chronique #nonérotique #aventure #fantastique
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Série : La pirate des sept mers

Chapitre 10 / 16
Sauver Crevette ! suivi de Sauver ou condamner ?

13. Sauver Crevette !



L’Albatros quittait l’épais brouillard et l’armée de squelettes abrutie d’avoir laissé sa proie s’en sortir. Mary manœuvra le bateau volant avec dextérité et le posa suffisamment loin du courant invisible. Elle alla s’entretenir avec Hélène qui était pliée dans son ventre :



La second expliqua ce qu’il s’était passé et félicita Hélène qui avait une fois de plus bien vu : le KillerWhale s’était bien caché dans les brumes. Toutefois, ce dernier avait été attaqué par les Liches. Peu de chances qu’il y ait des survivants.


Elle laissa sa capitaine tenter de dormir un peu et lorsqu’elle revint sur le pont, Blanche mettait la chaloupe à la mer.



Rien ni personne n’aurait pu l’arrêter dans sa décision d’aller affronter la mort pour récupérer son amour. S’ensuivit une discussion entre les deux femmes de laquelle Mary comprit qu’elle ne pourrait pas faire reculer sa cadette. Aussi demanda-t-elle à Monsieur Pique-Viande quelle quantité de charbon il leur restait. L’Albatros avait encore de quoi voler une heure à une altitude moyenne et capable de rester sur place pendant une autre heure.



Bien sûr qu’elle accepta ! Jack Lerouge accepta de les accompagner.



Hélène, cadavérique, arriva à grand-peine pour donner « Metal Hurlant » à son amie.



Bientôt le navire volant passait la barrière de brouillard pour se trouver derechef dans cet univers gris, morne et surtout sans vie. Mary avait peur que le boucan que l’Albatros faisait en volant n’alerte les morts-vivants, mais le son étouffé ne parvenait pas jusqu’en bas.


Ils arrivèrent près des côtes puis de la ville. Le port ressemblait à un cimetière de bateaux : il accueillait une bonne trentaine d’embarcations plus ou moins détruites. Mary reconnut plusieurs d’entre elles, celles de marins intrépides dont les noms étaient restés à jamais gravés dans les mémoires, mais dont on ne sut plus rien. Le puissant galion du commandant de la flotte batave, James Ulrich – ou plutôt ce qu’il en restait, était amarré là depuis une bonne dizaine d’années.


La ville se dévoilait, une puanteur enracinée dans chaque rue, chaque bâtisse. La population semblait miséreuse, habillés de haillon, les habitants faisaient les poubelles en quête de nourriture et aucun ne levait les yeux au ciel. Qu’auraient-ils vu sinon cette voûte de gris indicible qui leur servait de toit ?


Puis une gigantesque tour surmontée d’un globe noir de jais apparut doucement devant la Dame des mers. Du plus loin qu’elle pouvait distinguer les édifices de cette ville, c’était ce temple le plus majestueux, quoi qu’il semblât tenir sur ses pierres par magie.



Le perroquet s’envola puis fondit vers une fenêtre ouverte – fenêtre n’étant pas le bon terme, trou serait plus adéquat. Le temps s’égrenait rapidement et l’oiseau ne revenait pas.



Effectivement, Zazou revint une à deux minutes plus tard donner le résultat de ses investigations. Les prisonniers étaient là, au sous-sol. Pour les atteindre, il avait trouvé un escalier y menant et avait compté dix Liches sur le trajet.



Bientôt les trois pirates descendirent par une corde et empruntèrent le même trou par lequel Zazou était entré plus tôt.



Ils marchaient pied nu dans une sorte de mélasse visqueuse. Mary regarda de plus près sa plante pour voir de quoi il en retournait.



Ils avancèrent malgré leur répulsion, puis descendirent vers les caves. Zazou les guidait. En bas des marches, deux gardes armés de lances discutaient entre eux :



Ils ne virent pas débouler Jack et Mary qui frappèrent le crâne, l’un à coups de hache, l’autre avec Metal Hurlant. Derrière se trouvait un couloir en pente qui menait plus profondément dans les entrailles du temple.


Dans une grande pièce, cinq gardes veillaient sur plusieurs cages dans lesquelles se trouvaient plusieurs hommes. Quatre étaient assis devant de vieilles barriques de rhum à jouer avec des petits os qu’ils lançaient pour les récupérer sur le dos de la main. Le cinquième donnait des coups de pied dans les cages, par pur plaisir, juste pour terrifier les prisonniers.



Trente secondes plus tard, les liches étaient définitivement morts. Les prisonniers allaient exprimer leur joie, mais la Dame des mers exigea le plus grand silence possible. Elle ouvrit toutes les cages et trouva le Capitaine Ded.



Blanche et son beau marin se tenaient dans les bras l’un de l’autre, les pleurs de joie illuminant leurs visages. Leurs yeux parlaient et se disaient des mots d’amour tandis que leurs bouches se taisaient. Ils devenaient tels deux anges renvoyant du soleil dans cet antre de la mort. Ils semblaient ne plus être avec leurs compagnons, mais ailleurs, inatteignables.


Mary expliqua que l’Albatros attendait dans le ciel et qu’il fallait se grouiller. Le capitaine Ded l’informa que le trésor de Teotihuacan était à bord du Killer.



Ils remontèrent très silencieusement toujours guidés par le perroquet. Alors qu’ils étaient sur le point de sortir, un Liche plus impressionnant, lourdement armé, les attendait. C’était un véritable monstre de plus de deux mètres, il tenait dans sa main gauche un sabre, tandis que dans sa main droite une tête d’un homme de l’équipage du Killer, partiellement dévorée, pendouillait négligemment.



Le Capitaine Ded dit alors :



Le squelette jeta et la tête et son sabre, puis invita son adversaire à frapper. Le Capitaine foudroya les airs dans un mouvement circulaire, sa lame s’enfonça dans les côtes, le chef des liches sourit puis attrapa la lame à pleine main, empêchant le capitaine d’ordonner un deuxième coup. La force du monstre fit vaciller le capitaine qui mit genou à terre. Le squelette tordit le sabre de son adversaire comme on le ferait d’un roseau, puis attrapa sa victime par la gorge, la souleva de terre en l’étranglant :



Le capitaine perdit connaissance, le chef militaire liche le jeta comme une ordure et s’attaqua aux quelques marins qui n’avaient pas eu le temps de grimper par la corde !


Dans l’entreprise, seuls dix marins de l’équipage de SilverJones furent sauvés.



Ils filèrent fissa et, pour la deuxième fois depuis bien des éons, les Liches regardèrent leur ciel en maudissant leur nourriture qui s’échappait.




14. Sauver ou condamner ?



Au palais royal d’Hexagone, le palais aux mille miroirs, le grand roi qu’on appelait le « Roi Soleil », tant son pouvoir rayonnait et sa sagesse resplendissait sur sa patrie, tenait une réunion avec ses plus grands maréchaux.



Parsifal mit au courant son roi bien-aimé ainsi que toute l’assemblée. Le trésor de Teotihuacan avait été trouvé par la pirate Fleur de Tonnerre et cette dernière avait pénétré la mer des brumes perpétuelles et en était ressortie vivante. Lorsque le commander narra les péripéties et la réussite de cette pirate, tous furent absorbés par l’histoire.



Ainsi fut décidée la grande attaque d’Hexagone. Maintenant que les maréchaux avaient été priés de partir, resté seul avec le Roi Soleil, Parsifal continua sa conversation.



Le roi avait été pour le moins intrigué par ce que le commander en avait dit, qu’une femme puisse devenir pirate était déjà en soi inhabituel, mais que celle-ci réussisse là où tant de marins pourtant reconnus avaient échoué était pour lui source d’admiration.


Le roi aimait les femmes et avait remarqué chez elles une force de caractère dont beaucoup d’hommes manquaient. Il ne l’aurait jamais admis en public, mais à ce qu’il en voyait, les femmes paraissaient bien plus souvent valeureuses et il doutait de la bien-pensance qui voyait les femmes comme le sexe faible, justes bonnes à instruire et éduquer les enfants.


Le roi aimait les femmes et le sexe avec les femmes – même si ce dernier n’était pas le dernier pour une relation homosexuelle. Dans l’intimité, le « Roi Soleil » aimait qu’on le chevauche, qu’on le soumette, qu’on lui dicte les règles du jeu proposé. À l’inverse de sa position sociale, il voulait obéir et non dicter, c’est pourquoi il cherchait des femmes de caractère.


Que ne donnerait-il pas pour avoir une nuit dépravée avec une telle guerrière, cette pirate capable de vaincre les plus grands défis ? Il l’imaginait sauvage tigresse, rugissante et mordante. Il l’imaginait furie, implacable maîtresse des désirs les plus inavouables, une maîtresse de débauche, avec laquelle sombrer dans les bas-fonds de l’âme et toucher son moi le plus intime, son moi lubrique devenait félicité.


Oui, cette idée commençait à germer, le grand monarque voulait Fleur de tonnerre dans son lit.



oooo0000oooo



Loin de là, dans une autre mer, un autre continent, dans « la salle des décisions », la pirate s’entretenait avec son Hetman. Ce dernier voulait la renvoyer chercher le trésor perdu, l’Albatros étant le seul navire volant à disposition, le seul susceptible de mener à bien la mission.

Fleur de Tonnerre ne voyait aucun intérêt à répondre favorablement aux volontés de son chef et elle le fit savoir.



Il avait besoin de vider son sac, il lui expliqua – sans qu’elle ait le temps de lui répondre que peu lui importait – qu’il venait de se prendre la tête avec le capitaine Bartholomew Roger.



La discussion continua et Hélène resta inflexible, elle n’irait pas reprendre le trésor des Liches. L’Hetman ne pouvait donner d’ordre qu’une femme libre ne puisse refuser, son rôle se bornait à donner une ligne directrice, de donner de la cohérence à l’action des pirates et d’être le porte-parole de cette nouvelle nation. Il ne put exiger de sa capitaine cette mission. Il tenta de l’amadouer, il la flatta, il l’engueula, il lui parla d’une supposée dette :



Il tenta le chantage : Crevette avait été condamné et il était prêt à lui laisser la vie sauve contre la promesse de Fleur de retourner dans la brume. Mais rien n’y fit.



La transaction finie, elle retrouva son amie et Rico à l’auberge de « L’amie Câline ».



Dans la chaleur de la nuit, les deux femmes valsèrent les danses interdites, celles où deux corps se mélangent jusqu’à ne devenir plus qu’un. Les orgasmes les menèrent ailleurs sur des vagues assez hautes pour les élever jusqu’au ciel, où les brûlures incandescentes se gravèrent dans leur chair. Elles cherchèrent leur souffle lorsque celui-ci vint à manquer, elles cherchèrent à étancher leur soif de plaisir jusqu’à en être apaisées.


Sur le lit défait, Mary faisait danser ses doigts sur les courbes divines, les faisait courir sur les perles de sudation qui glissaient sur la cambrure du dos. Sa langue effleurait la peau salée de la nuque de sa partenaire et elle lui murmurait des mots intimes.


Hélène se laissait totalement aller dans cet océan de délice et de tendresse. Il n’y avait qu’avec Mary qu’elle s’autorisait un tel abandon. Son amie était la seule avec qui elle pouvait être elle-même et accepter ses faiblesses (ou tout du moins, ce qu’elle imaginait être des faiblesses).



Elles explosèrent de rire et une fois le calme retrouvé, la question mérita d’être posée. Que faisait Betty ? Était-elle en train de picoler ou était-elle en train de donner son corps à un rustre ?



Enfin rassurées, les deux amantes reprirent leurs ébats là où elles les avaient laissés.


Il avait été décidé que l’Albatros Rouge serait réquisitionné afin de donner des chances optimales au capitaine James Blake. En attendant son retour, Hélène restait à quai. Elle allait régulièrement à « la salle des décisions » pour plaider la libération des esclaves. C’était une cause dont les pirates n’avaient que faire : s’attaquer à des navires esclavagistes n’apportait rien.


Le grand Argentier s’entretenait régulièrement avec Fleur qu’il appréciait particulièrement.



Hélène souhaitait rarement le pire aux personnes qu’elle croisait. Cependant, la vengeresse lui rappelait sans cesse la pire erreur qu’elle ait jamais commise, l’erreur qu’elle ne se pardonnait pas. C’était comme un couteau qu’elle avait dans le ventre, une blessure qui distillait un venin pernicieux : celui de la honte.


Elle était jeune capitaine et venait d’acquérir l’Albatros. Ses hommes ne lui faisaient pas confiance et le moindre signe de faiblesse de sa part aurait été l’occasion de la destituer de son poste. Elle avait besoin de faire ses preuves. De plus, les matelots de son équipage n’avaient pas du tout apprécié qu’elle choisisse comme second sa partenaire de couche : Mary.


Alors, elle attaquait. Elle attaquait quiconque se trouvait à sa portée. Ces hommes étaient ivres de fureur et de sang, ils avaient besoin de tuer, c’était là le seul moyen en leur possession pour se sentir vivre.


Au large de la mer d’Orient, non loin des côtes du continent noir, elle croisa un navire esclavagiste. Elle se fichait du sort des esclaves, mais elle voyait en ce bateau le moyen de récupérer des denrées, de tuer quelques hommes et de s’aguerrir au combat en mer.


Ce fut une véritable boucherie. L’équipage du navire esclavagiste fut massacré, le bateau pillé des maigres réserves consacrées aux captifs. Elle se présenta comme une sauveuse, grâce à elle, ils ne se seraient vendus à personne et pourraient jouir de la liberté.


Son regard s’arrêta sur une jeune fille, elle lui aurait donné treize, quatorze ans, une belle noire aux traits durs. Sur son dos, étaient tatoués à jamais les traces de lanières d’un fouet, et sur son visage, deux balafres faites par un couteau descendant de chaque œil jusqu’à la ligne du nez.



Lu rafet, la belle en wolof. C’est vrai qu’elle était belle, on eût dit un ange.

Puis, les pirates s’éclipsèrent, laissant aux noirs les commandes du navire. Hélène et Mary se sentaient fières d’elles, elles venaient de sauver au moins deux cents belles âmes d’un sort affreux.