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15/09/25
Présentation:  Chapitre 10 : Retour à Murèna. Chapitre 11 : Rester Libre !
Résumé:  Une fois les droits de passage acquittés, les trois pirates récupérèrent leurs armes auprès de Barbaque et retrouvèrent leur pont. Les deux bricks ouvrirent la voie pour le canal et l’Albatros s’y engouffra.
Critères:  #chronique #nonérotique #aventure #fantastique
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Série : La pirate des sept mers

Chapitre 08 / 16
Retour à Murèna suivi de Rester Libre

10. Retour à Murèna



Une fois les droits de passage acquittés, les trois pirates récupérèrent leurs armes auprès de Barbaque et retrouvèrent leur pont. Les deux bricks ouvrirent la voie pour le canal et l’Albatros s’y engouffra.

En passant devant le capitaine Bartholomew Roger, elle lui fit un beau doigt d’honneur.

Betty, qui était à ses côtés, lui demanda pourquoi ce mouvement.



La vie de bourgeoise était à présent derrière elle, mais pas son éducation. Même si elle n’aimait pas quelqu’un, elle ne se permettait pas d’exprimer ses émotions. Depuis son arrivée au sein de l’équipage, elle avait ressenti beaucoup d’amertume vis-à-vis de certains hommes. Hélène l’invitait souvent à vider son sac, mais elle préférait garder tout ça en elle. De plus, elle avait en mémoire le sort d’Œil Sournois, elle ne voulait pas que sa capitaine fasse preuve d’excès d’autorité et encore moins se sentir responsable de la mort d’autres personnes.


Le canal transperçait un bras de végétation luxuriante et de faune abondante. Le soleil au zénith s’abattait lourdement, faisant suffoquer l’équipage. Sur les berges, des caïmans se reposaient tandis que, dans les cimes des arbres, les singes se disputaient bruyamment. Haut dans le ciel bleu, les rapaces attendaient que des coatis ou des agoutis viennent s’abreuver pour fondre sur eux et ainsi voler la proie d’un jaguar aux aguets.


En excursion, une petite troupe, commandée par la Dame des Mers, chassa le sanglier et ainsi, en plus de dégourdir un peu les jambes, apporta au menu de la variété. La compagnie n’eut à se plaindre que de la taille des moustiques qui virent l’occasion de faire un festin.



La traversée se passa sans anicroche, longue, mais paisible. Le soir tombait. Au sortir du canal, à l’endroit même où l’eau douce devenait salée, l’Albatros jeta l’ancre. Tant qu’elle ne s’était pas rachetée auprès de la confrérie, Fleur de Tonnerre restait vigilante, gardant bien en tête qu’une attaque d’un navire pirate serait considérée comme légale.

Les canons étaient prêts au cas où. Elle aurait veillé toute la nuit si son amie ne l’avait relayée, Mary était la seule à qui Hélène faisait entièrement confiance.


Toutefois, les précautions furent inutiles, il n’y eut aucun navire pour perturber la nuit. Ce n’est qu’au début de l’après-midi, que l’Albatros Rouge se présenta devant Murèna. Armée de sa puissante longue-vue, Hélène comptait le nombre de navires accostés dans le débarcadère et le nombre de vaisseaux mouillant non loin.


Elle en dénombra une vingtaine, dont le « KillerWhale » et le « Fléau des mers », la frégate du capitaine SilverJones. Les deux capitaines les plus influents, les deux qui se disputaient le titre de « Hetman », étaient présents avec le reste de la confrérie.


L’imposant fort qui dominait la ville et qui la protégeait était une menace à ne pas prendre à la légère. L’arrivée du navire de Fleur de Tonnerre avait sans aucun doute été suivie et, depuis les remparts, des ordres avaient probablement été donnés et les canons chargés.


Aussi, décida-t-elle de laisser son bâtiment au large et de rejoindre la grève en chaloupe. Le danger était tel qu’aucun homme de l’Albatros ne réclamait de poser pied à terre. Les hommes espéraient que les négociations se passeraient bien et que bientôt ils pourraient jouir en toute quiétude des avantages que la ville pirate offrait. Il leur suffisait d’être patients.


La capitaine elle-même craignait de n’être pas entendue et la vie de tout son équipage en dépendait, à commencer par ceux qui l’accompagnaient. Elle demanda au quartier-maître, Monsieur Pique-Viande de prendre le commandement de l’Albatros le temps des pourparlers et au maître d’armes, Jack Lerouge, de veiller sur Betty.



Si les quatre rameurs frissonnèrent, Blanche, quant à elle, semblait perdue dans des pensées agréables. Chaque coup d’aviron la rapprochait de Crevette.


Elle s’était fait belle, avait soigné sa coiffure et tenté de cacher la cicatrice sur le visage. Elle avait délaissé son vieux bandana qui couvrait habituellement son cuir chevelu pour un tricorne vierge de tout artifice. Elle avait tressé ses longs cheveux blonds et attaché la natte ainsi formée par un bijou discret. Hélène lui avait offert deux de ses bagues et Mary, un élégant collier de coquillage. Elle passa des vêtements propres et, sous les conseils de son aînée, elle laissa ses jambes nues. Betty lui prêta de longues bottes à haut talon, le genre de chaussures absolument inadaptées à la vie en mer. Enfin, une longue redingote sobre sur laquelle une simple broche représentant un nœud de chaise complétait sa tenue.


La chaloupe accosta enfin, les trois femmes furent escortées jusqu’au centre où se trouvait « la salle des décisions ». C’était un grand manoir en bois installé devant une grande place. La ville grouillait, le commerce se pratiquait depuis le port jusqu’à cette esplanade en passant par les petites rues. Passée la salle où la confrérie des pirates se rassemblait pour discuter, le quartier rouge de la ville se découvrait. Les bars, les hôtels et les lupanars se concurrençaient et en nombre et en service. Plus loin, sur les hauteurs, le fort surplombait tout ce petit monde.


Les pirates et les boucaniers qui y résidaient à l’année avaient fait de Murèna une ville sophistiquée, à la pointe de la modernité et de la technologie. Il n’y avait pas de latrines communes, car toutes les maisons individuelles possédaient leurs toilettes privées avec un système de canalisation et de tout-à-l’égout. Plus loin, il y avait un gigantesque hangar où les déchets étaient compactés puis incinérés. Les routes étaient bien entretenues, permettant ainsi le transport de marchandises avec efficacité.


Seuls les capitaines des navires ou des boucaniers avaient le droit d’entrer dans « la salle des décisions », le grand Argentier de Murèna présidait ce conseil. Ce dernier était en quelque sorte le bourgmestre et aucun des actes ne se faisait sans son accord.


Hélène y entra, laissant ses deux sœurs sur le parvis du manoir. Blanche semblait nerveuse :



Elle rougit presque instantanément, se passant de répondre.



Les filles parlaient d’amour quand Hélène se confrontait à sept capitaines. La grande salle ouvrait sur une pièce avec en son centre une table ronde et onze sièges. Derrière, devaient se trouver les quartiers privés du grand argentier et probablement son bureau, mais de ça, la piratine n’en savait rien, elle n’avait jamais dépassé cette unique chambre.


Le grand Argentier, un sage parmi les sages, faisait directement face à l’entrée. À sa gauche se tenait le capitaine Ruppert SilverJones, son perroquet recouvert partiellement de plaques de métal sur l’épaule, un verre de rhum à la main. À droite, le capitaine Jonas Desmond Ded presque affalé sur sa chaise, sa jambe de bois en avant et le ventre recouvert lui aussi d’une plaque de métal.


En voyant cette cuirasse, elle sut immédiatement que ce récent accessoire était du fait de la blessure qu’elle lui avait infligée. Il lui jeta le regard le plus sombre qu’il était possible de distribuer. Cinq autres capitaines étaient installés autour de la table ronde pour lui faire face.


Elle reconnut le capitaine James Martin avec qui elle avait eu une liaison. Cela s’était plutôt mal fini : ce dernier s’était vanté de ses performances, et, ce jour-là, il avait vu la mort de très près – sa poitrine portait encore les stigmates de sa maladresse. Elle connaissait les quatre autres seulement de vue.

En guise d’accueil, le capitaine Ded mordit :



Le sourire aux lèvres, Hélène sourit avant de répondre :



James intervint :



Puis, posément, elle expliqua les faits et l’importance d’une promesse, qu’elle soit donnée ou non à l’ennemi, cela ne change en rien le caractère sacré d’une promesse. Puis, elle ajouta que, pour faire amende honorable, elle était prête à racheter son « crime ». Sur ce, elle lança une pièce d’or toltèque en direction du maître d’assemblée, puis une autre à chacun des participants.


Un grand silence et des questions en suspens envahirent la chambre. Puis des murmures de la part de pirates subjugués par ce qu’ils tenaient entre leurs doigts :



Le capitaine Ded osa :



Le capitaine SilverJones se leva et applaudit son ancienne élève.




11. Rester libre !



Les élections au titre d’Hetman, le Capitaine des capitaines pirates avait attiré un nombre impressionnant de prétendants. Une trentaine de navires étaient en rade. Jamais les putes n’avaient eu autant de travail et les tenanciers des hôtels autant de clients.


Dans la salle des décisions, les capitaines défendaient leurs bilans et exposaient leur vision de l’avenir dans une ambiance délétère où les coups de gueule avaient fort heureusement remplacé les coups de sabre.


Les votes étaient serrés, et bizarrement, deux capitaines se détachaient en intentions de vote : comme de bien entendu, les capitaines Ded et SilverJones. Il faut dire que ces deux-là dissuadaient par la peur et par la violence de voter un autre capitaine.


Vêtue seulement d’une longue chemise, les cheveux défaits après une longue nuit passionnée, Hélène se tenait devant le balcon de sa chambre, donnant directement sur l’estacade. Elle ouvrit la porte-fenêtre pour entendre le cri des mouettes.



Elle jouait nonchalamment avec son vit et parfois l’embrassait.



Puis s’adressant à Rico :



Hélène sourit et prit son mal en patience. Une fois le râle libérateur lâché, elle reprit le cours de la discussion. Pourquoi devait-il se prostituer ? Il expliqua que la vie à Murèna était très chère, pour nourrir ses enfants, en plus de son travail de forgeron, il n’avait pas vraiment le choix.



Elle fut interrompue par un coup sur la porte :



Le tenancier de l’hôtel entra :



Elle le rejoignit dans un petit salon privé. Il attendait, un verre de brandy devant lui. La voyant arriver, il se leva pour lui proposer une chaise et lui offrir un verre.



Le grand Argentier lui expliqua le but de sa visite, les élections de l’Hetman l’inquiétaient au plus haut point.



De manière très catégorique, Hélène affirma :



Lorsqu’elle s’en retourna auprès de Mary, cette dernière chevauchait énergiquement Rico.



Puis Hélène lui expliqua la discussion. Mary, qui en avait enfin fini avec le pauvre, lui fit remarquer :



C’était à Mary de préparer le départ, il lui fallait prévenir les hommes, s’entretenir avec Messieurs l’argentier, le quartier-maître, le maître-canonnier et le cuisinier afin de dresser la liste du fret à embarquer. Une journée complète était passée avant qu’elle n’informe sa capitaine.



Elle laissa tranquillement sa capitaine s’emporter avant d’ajouter :



La jeune pirate roucoulait dans les bras de Crevette avec qui elle vivait le grand amour. Tous deux avaient décidé de s’installer dans une petite maison en campagne et espéraient bientôt l’arrivée d’un enfant.



Les deux femmes se dirigèrent dans le quartier rouge. Il était tard, c’était l’heure des gosiers asséchés, le moment où les bouches devenaient des baies qui boivent, qui boivent au goulot, qui boivent sans répit, sans se soucier du lendemain, qui boivent abondamment.

Et des glottes, sans langue de bois, les mots devenaient impolis.


Les tavernes se remplissaient, les musiciens envahissaient peu à peu les lieux et le bruit prenait ses aises. Au « Brandy & Wine », les clients chantaient :



Debout sur une table, une bouteille de rhum à la main, complètement débraillée, Betty dansait, riait fort pour quatre marins qui sifflaient, applaudissaient la belle et l’encourageaient à plus encore ! Incrédule, Hélène chercha dans le regard de Mary un début d’explication.



La jeunette était à présent assise sur les genoux de Henry Platch, un rude gaillard tatoué des bras à la tête, avec des piercings sur le visage, un pirate de la pire espèce, un membre de l’équipage de SilverJones.


C’est alors que Betty vit les deux femmes et depuis les genoux du colosse, elle cria :



Calmement, Fleur de Tonnerre se dirigea vers le couple improbable, et sans un mot, elle prit la main de Betty, la confia à Mary qui l’accompagna dehors prendre l’air. Restée seule avec Henry et les trois autres flibustiers, elle posa sa main sur la garde de son katana. Immédiatement, le monde à l’intérieur du Brandy & Wine s’arrêta. La situation s’envenimait, les pirates essayèrent de la dénouer :



Ils semblaient gênés, mais pas Henry qui, arrogant, la défia :



Hélène dégaina « Metal Hurlant » en une fraction de seconde et trancha la gorge de celui qui venait de lui parler.


Un silence s’abattit.


Puis le corps tomba lourdement à terre.


Les trois flibustiers étaient médusés. Il leur fallut quelques secondes avant de réagir et l’un prit son pistolet pour tirer. Cependant, Hélène avait anticipé l’attaque et lui trancha la main, les deux autres dégainèrent leurs sabres et entrèrent dans la danse.


Les lames se percutaient en fracas, les éclairs jaillissaient à chaque impact et les mots orduriers accompagnaient les gestes :



Les pirates de SilverJones étaient de redoutables combattants aguerris au maniement des sabres. Hélène parait les coups, mais certains la touchaient qui au bras, qui sur la cuisse. L’adrénaline dans les veines, elle ne sentait ni la douleur ni la fatigue, elle restait concentrée. Oui ! elle avait été touchée, mais ses adversaires fatiguaient et leurs gestes devenaient plus lents.


Dans une rotation, elle toucha le visage d’un des protagonistes, sa mâchoire tomba, laissant un trou béant d’où le sang gicla à flot. Le combat aurait pu durer si le dernier adversaire n’avait pas glissé sur une flaque. Dans sa chute, son sabre s’échappa. À genou, à la merci immédiate de « Metal Hurlant », il s’avoua vaincu.



Puis, se tournant vers le reste de l’assemblée, elle dit suffisamment fort afin que tout le monde puisse l’entendre :



Puis, elle se saisit d’une bouteille de Brandy restée sur une table, en but une grosse lampée, puis sortit, direction le médecin.



oooo0000oooo



Tandis que Fleur de Tonnerre se battait au « Brandy&Wine », dans la salle des décisions, les tractations allaient bon train entre les capitaines, l’heure des votes approchait. Ils étaient quatre à concourir pour le poste, mais les capitaines Ded et SilverJones étaient en pôle, et, selon toute vraisemblance, l’issue allait se jouer sur un ou deux votes.


Le capitaine au perroquet alla voir un de ses concurrents : le capitaine James Blake et négocia son retrait contre l’assurance d’avoir le titre de « Hetman » intérimaire – ce qui signifiait qu’en son absence, il se verrait aux commandes.


Tandis que le capitaine à la jambe de bois préférait une approche plus agressive, il menaçait de représailles untel ou cet autre s’ils ne votaient pas pour lui.


Les esprits s’échauffaient à tel point que le grand Argentier dut intervenir pour calmer les débats. Enfin, il déclara les négociations terminées, et proposa de passer aux votes. Rien n’était secret, c’était un vote à main levée. Malgré les menaces, les élections donnèrent le capitaine Ruppert SilverJones vainqueur et, si tous vinrent le féliciter, la rancœur n’en était pas moindre pour son principal concurrent.


Ils fêtèrent ça autour d’un copieux méchoui bien arrosé et, dans l’euphorie du moment, personne ne s’aperçut que le capitaine à la jambe de bois n’était plus dans les lieux. C’est le perroquet qui, une fois posé sur l’épaule de l’Hetman, vint le lui dire :



Sur ce, le volatile s’envola afin d’accomplir sa mission.


Quelques minutes étaient passées lorsqu’il revint se poser sur son épaule fétiche :