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Temps de lecture estimé : 10 mn
13/09/25
Présentation:  Chapitre 9 : Droit de passage.
Résumé:  Dans l’Albatros qui lui-même chutait, La Dame de mers suggérait à sa capitaine : — Tu veux que je le tue ?
Critères:  #chronique #nonérotique #aventure #fantastique
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Série : La pirate des sept mers

Chapitre 07 / 16
Droit de passage

9. Droit de passage



Dans l’Albatros qui lui-même chutait, La Dame des mers suggérait à sa capitaine :



Une fois posé, il fallait évaluer les dégâts et surtout le nombre de morts que cette bataille avait emmenés avec elle.



Fleur de Tonnerre le regarda des pieds à la tête et un sourire malsain naquit sur ses lèvres.



Il y eut un grand silence tandis qu’Hélène parlait fort afin que tous entendent :



Il n’eut d’autre choix que de dire :



Il tenta de s’expliquer, il demanda pardon, mais la capitaine resta inflexible. Cependant, elle lui donna une ultime chance de s’en sortir, car elle lui proposa un duel au sabre.


Le pauvre n’avait aucune chance contre la capitaine. Cela aurait pu être perçu comme une mascarade, mais en se battant, Hélène rappelait à tout son équipage qu’elle était la meilleure d’entre eux, qu’elle était impitoyable en ce qui concerne les séditieux et les mutins. C’était une opération de communication et une démonstration de force de sa part.

Plus personne n’oserait contredire ou même esquisser le moindre reproche. Effectivement, Œil Sournois n’eut pas le temps de tenter un deuxième assaut que « Metal Hurlant » lui trancha la gorge.

La démonstration faite, elle se montra un peu plus magnanime en accordant que la dépouille de l’ancienne vigie soit confiée à la mer. Elle jeta un regard vers Théo Markal pour lui rappeler qu’il naviguait en eaux troubles et qu’elle le gardait à l’œil.


Les sept mers recouvraient environ 70 % de la surface de la Terre et séparaient les six continents.


La grande mer Pacifica se situait entre l’Orient et le nord du Nouveau Continent. Difficile d’accès pour les navires de l’Occident, c’était une mer assez peu usitée, car la Nipponie ne cherchait aucunement à coloniser d’autres terres. Les navires lusitaniens qui faisaient commerce avec l’Empire nippon étaient les rares navires marchands que l’on pouvait croiser.


La grande mer Intérieure séparait le continent occidental du Nouveau Continent, le trafic maritime dans cet océan était dense entre les navires des cinq grandes puissances et ceux des corsaires et autres pirates.


Tout au nord, se trouvait le grand océan Banquise. Depuis qu’on y avait trouvé des gisements de ce qu’on appelait « l’or noir » – un liquide épais qui, à terme, permettrait une alternative au charbon avec des propriétés plus attrayantes – les îles qui s’y trouvaient étaient de plus en plus convoitées.


À l’extrême Sud, la mer Glaciale était complètement inexploitée par les hommes et servait de refuge à de nombreux mammifères. Parfois, quelques bateaux-pêcheurs téméraires se risquaient à la chasse à la baleine. Cependant, les dangers d’une telle pêche étaient tels que de moins en moins de navires s’y aventuraient.


On pouvait représenter la mer d’Orient comme un vaste triangle. Trois continents la bordaient, l’Empire Cathay au nord-ouest, le continent vide, encore appelé le Continent « Aussie » au sud-est et le continent noir à l’ouest. Y croiser des navires était fort peu probable, sinon quelques rares bâtiments lusitaniens qui passaient pour rejoindre la Nipponie.


La mer Australe, située au sud de la mer intérieure qui borde le vaste continent noir, était le territoire des sirènes et autres mythes marins. Il était dangereux d’y voguer, mais elle restait un passage obligatoire pour quiconque voulait atteindre la mer Pacifica par le sud.


Enfin, la septième mer était la tristement célèbre mer du brouillard éternel, cachée par la barrière des brumes perpétuelles. Elle se trouvait aux abords nord du Nouveau Continent, juste en dessous de la mer Banquise. Les géographes étaient formels : passées les brumes, il y avait une terre et il devait certainement y avoir de la vie, mais aucun explorateur n’était jamais revenu témoigner de ces recherches. Les dirigeables n’avaient pas encore assez d’autonomie pour atteindre cette mer et ainsi vérifier les suppositions. Hexagone avait un projet en cours et bientôt toutes les réponses pourraient être fournies. En effet, les Hexagons construisaient le plus grand navire n’ayant jamais vogué, un bâtiment avec une gigantesque plateforme en son milieu afin de faire décoller puis se poser un dirigeable scientifique.


Murèna, la principale île des pirates, se trouvait dans la mer Pacifica. Pour l’atteindre, il n’y avait que deux itinéraires possibles.


La première voie était de contourner le Nouveau Continent et de le dépasser par son extrémité sud : le Cap de la Corne. Un passage carrefour pour les vents et les courants. Les boussoles s’affolaient, et pour se diriger, seules les étoiles gardaient leurs positions. En outre, le gigantesque littoral du Nouveau Continent était l’objet de luttes entre les Lusitaniens et les Ibères pour le coloniser. Naviguer trop près des côtes était un risque de rencontre avec des galions de guerre. Intercepté, un droit de passage élevé était alors à acquitter – en ce qui concerne les pirates, aucune taxe à payer, mais bien la vie de l’équipage à devoir défendre face à ces bâtiments.


Cependant, s’éloigner des rivages du Nouveau Continent impliquait de voguer dans les eaux mystérieuses de la mer Australe.


La deuxième route était la propriété des pirates. Le Nouveau Continent présentait deux parties distinctes, deux continents, l’un au nord, l’autre au sud, reliés par un bras de terre. La confrérie des pirates avait construit un canal qu’ils défendaient ardemment. À l’entrée du canal AquaPulco, les boucaniers avaient érigé deux forts quasi inexpugnables. Un peu en aval, la ville d’Anguille offrait aux pirates, aux flibustiers et aux boucaniers un havre de paix autour de repas chauds et copieux en charmante compagnie. La ville vivait de son commerce de citron, de vanille et de café en plus des taxes que les bateaux réglaient.


Évidemment, les cinq puissances s’y intéressaient et envoyaient chacune à leur tour des escadres pour occuper les lieux, cependant, les pertes subies les dissuadaient d’aller plus avant dans leur volonté. Pour l’instant, aucune des puissances n’était prête à s’engager dans un combat qui lui coûterait tant – il était dit que la Britania y songeait de plus en plus.


Le pavillon noir Jolly Roger hissé, l’Albatros Rouge approchait du canal AquaPulco à une vitesse de quatre nœuds, il avait subi de lourdes avaries, et si Monsieur Geoffrey Killem, le charpentier, avait fait des merveilles pour laisser le bateau à flot, il ne pouvait cependant pas tout arranger.


Bientôt, deux bricks vinrent à sa rencontre et à hauteur de porte-voix, le capitaine Bartholomew Roger, que connaissait très bien Fleur de Tonnerre, l’avertit :



Hélène se ravisa : voyant l’Albatros en mauvais état et de plus, étant pour le moment considéré comme bateau corsaire, si elle lui disait être en possession du trésor de Teotihuacan, elle savait que le capitaine Bartholomew y verrait une occasion unique et n’hésiterait pas à attaquer.

Aussi resta-t-elle évasive :



Ce à quoi Bartholomew Roger rétorqua :



Il réfléchit un moment, puis décida :



Le charpentier et le quartier-maître demandèrent à mettre l’Albatros en cale sèche afin de le réparer avant de reprendre la route.



Monsieur PicFlouze, le grand argentier, Hélène et Blanche, à qui elle voulait tout enseigner, allèrent sur Anguille où ils furent accueillis par le bourgmestre et dix boucaniers armés jusqu’aux dents.



Hélène, convaincue que cet homme qu’elle ne connaissait pas défendrait par sa vie le code invoqué, daigna poser les armes, invitant Monsieur PicFlouze et Blanche à en faire de même. Toutefois, prudente, Fleur de Tonnerre laissa dissimulée une dague dans son dos.

Le bourgmestre continua la conversation comme si rien ne s’était passé.



Ainsi, Blanche apprit-elle qu’une hiérarchie existait chez les boucaniers, lesquels étaient organisés à présent comme une armée traditionnelle.



Elle savait que le bourgmestre était sous son charme, il lui suffisait d’user des bonnes phrases pour qu’il vacille. C’est pourquoi elle le flattait et insistait sur son prénom « Hector ». En faisant preuve de familiarité, elle imposait son point de vue.


Depuis le dernier passage de l’Albatros Rouge, la ville avait grandement changé. Elle succombait petit à petit à la technologie chère aux cinq grandes puissances, ici et là de gigantesques ventilateurs tournaient à plein régime et dans le ciel, deux vélos à hélice voletaient maladroitement, tels deux goélands.


En cale sèche, un bâtiment était encore en construction, peut-être le plus grand jamais réalisé et, plutôt qu’en bois, ce bateau était recouvert d’un étrange alliage ressemblant à l’acier. Il possédait quatre mâts posés chacun sur une sorte de rotonde. À la proue, une foreuse agressive promettait des dégâts importants sur les navires rivaux.