| n° 23276 | Fiche technique | 22519 caractères | 22519 3751 Temps de lecture estimé : 16 mn |
10/09/25 |
| Présentation: Chapitre 5 : Intrus à Bord. Chapitre 6 : Chasse aux négriers. | ||||
Résumé: La troisième ville de Britania se dévoilait, majestueuse, grouillante, foisonnante autant dans les rues que dans le ciel. Cachés par les nuages, invisibles depuis la mer, les dirigeables et autres vélos à hélice ou à ailes pullulaient dans le ciel gris. | ||||
Critères: #chronique #nonérotique #aventure #fantastique | ||||
| Auteur : Melle Mélina Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : La pirate des sept mers Chapitre 04 / 16 | Épisode suivant |
La troisième ville de Britania se dévoilait, majestueuse, grouillante, foisonnante autant dans les rues que dans le ciel. Cachés par les nuages, invisibles depuis la mer, les dirigeables et autres vélos à hélice ou à ailes pullulaient dans le ciel gris. Le brouillard épais s’affaissait telle une chape sur les immeubles géants et allait s’appesantir sur les trottoirs où les véhicules, parfois à deux roues, parfois à trois crachaient également des vapeurs depuis leurs tuyaux d’échappement.
L’air semblait vicié, mais les personnes qui déambulaient ne s’en souciaient guère. Les banques poussaient comme des champignons – comme si les finances étaient l’unique occupation des hommes.
Au détour d’une rue, le groupe croisa un couple posant devant un homme, caché sous une sorte de cape derrière un appareil d’au moins sa taille, porté par un trépied.
Hélène enregistra cette découverte et se dit qu’elle était restée bien trop longtemps éloignée de la civilisation… Il n’était pas bon d’être dépassée.
Plusieurs rues plus loin, le groupe arriva sur une gigantesque place où l’animation devenait assourdissante, tant par le nombre de quidams que par les cris des marchands qui vantaient leurs marchandises. La place du marché où les étals rivalisaient et en taille et en produits était suffocante pour qui aime les grands espaces et l’air marin. Derrière les marchands ambulants se trouvaient quelques échoppes, comme celle du tanneur, ou celle de l’orfèvre.
Au centre, une grande tour carrée avec une horloge sur chaque face battait le tempo des affaires. Tout autour se trouvaient plusieurs escaliers permettant l’accès aux niveaux supérieurs où l’on vendait des étoffes, des herbes ou encore des potions médicinales.
L’effervescence était telle que les pirates en avaient le tournis. À leur passage, les gens les dévisageaient avec un mélange de crainte et de dégoût. Certains osèrent même leur cracher aux pieds.
Enfin ils déboulèrent devant un vaste édifice, une statue représentant une femme aux yeux bandés tenant un glaive d’une main et une balance de l’autre trônant sur le parvis.
Les soldats qui gardaient les lieux étaient nombreux et lourdement armés. Depuis le sol jusqu’aux toits, ils protégeaient consciencieusement ce sanctuaire. Bientôt le groupe se divisa, les quatre matelots n’eurent pas le droit de pénétrer le saint des saints, l’antre de la justice.
Hélène fut la seule pirate à devoir affronter les autorités de Cantorbéry. Le hall était à l’image de la ville : clos, étouffant. Les personnes se bousculaient devant les portes des grandes salles de jugement.
Le lieutenant fut un peu décontenancé par la remarque et balaya l’objection d’un revers de main :
À l’étage, ils entrèrent dans un vaste bureau feutré où des centaines de livres étaient entassés sur des étagères. Une fenêtre donnait sur la cour, mais le soleil n’arrivait pas à percer seul la pièce. Cette dernière était éclairée par des lampes qui étonnèrent la pirate. Il n’y avait aucune flamme, et pourtant, elles illuminaient les lieux.
Puis le silence se fit lorsqu’entra un homme d’une quarantaine d’années, un très bel aristocrate, tiré à quatre épingles dans une redingote ajustée à sa morphologie, une cravate enserrant son cou. La barbe taillée n’éclipsait cependant pas les lèvres serrées que ce visage fin affichait, quant au regard – ce miroir de l’âme – caché par de grosses lunettes loupes fumées, il était impossible d’y lire une expression, une réaction.
Il invita d’un geste à s’asseoir sur les fauteuils non loin du bureau. Le lieutenant resta debout, non loin de là.
Sans aucune autre forme de procédé, il attaqua la pirate, faire une bonne action en sauvant la femme et la fille du gouverneur n’excusait en rien une vie de débauche et d’actes ignobles.
Sans se départir de son flegme, Hélène écoutait attentivement la diatribe de ce juge, attendant sagement le moment où elle aurait le droit de se défendre. Cependant, elle fut surprise de voir que Madame Sanders la défendit avec force :
Hélène n’avait pas ouvert la bouche de tout l’entretien, se contentant de compter les points, mais elle comprit à quel point les principes leur étaient chers, elle sentit qu’elle pouvait pousser le bouchon un peu plus loin.
Elle laissa ses interlocuteurs réfléchir.
Un souffle, un soupir étaient en suspension…
Ainsi repartit-elle chercher son or et son argentier, Monsieur PicFlouze. Elle organisa le rapatriement de rhum, d’eau, de sel, de viandes séchées, de légumes sous le regard haineux du lieutenant.
Ceci fait, l’Albatros allait prendre les voiles direction l’île de Araccianta. Une fois la chaloupe à bord, les hommes appelèrent leur capitaine :
Fleur de Tonnerre rejoignit l’attroupement près de la chaloupe et vit se faisant plus petite que jamais Betty.
La petite ne se démonta pas :
Mary prit à part Hélène :
Cela faisait maintenant une semaine que L’Albatros Rouge avait déposé Crevette sur l’île morne de Terreneguere.
L’Albatros fit cap plein sud afin de s’éloigner des routes traditionnellement empruntées. Il arriva alors dans la mer australe que tout marin avisé évitait soigneusement, car les mythes et légendes relayaient la présence de créatures marines dangereuses.
L’équipage demeurait silencieux, il ne voulait absolument pas croiser de sirènes. Ces dernières séduisaient les matelots en leur chantant des mélopées envoûtantes et, comme hypnotisée, la victime de ce sortilège perdait tout moyen de réflexion et se laissait happer par les belles des mers. Beaucoup de marins mirent des bouchons dans leurs oreilles, terrorisés par une plainte lointaine.
Certains se mirent à pleurer, sûrs que leur fin était proche.
Cependant, la moindre ondulation dans l’eau était surveillée et tous espéraient voir un aileron de requin, car, là où ces poissons dominaient les mers, il ne pouvait y avoir ces étranges femmes fatales.
Sans cuisinier, les repas étaient infects. La grogne se faisait sentir.
Dans une autre partie du quart, Blanche et Betty dînaient ensemble :
Blanche lui sourit, c’était peut-être le premier sourire depuis qu’ils avaient déposé son bel Hexagon.
Elle expliqua à sa cadette qu’une fois le trésor empoché, l’Albatros ferait route vers Murèna, la principale île aux pirates, et ils se reverraient alors pour se marier.
À présent, sur la voie maritime des esclaves, les cœurs des hommes étaient plus légers et tous se chamaillaient pour être aux côtés de Betty pour lui apprendre le métier. Habituée à porter des chaussures, elle souffrait d’avoir froid aux pieds, mais il était indispensable de rester pieds nus afin de moins glisser. Quelques-uns lui proposèrent un massage des petons et elle se serait bien laissé convaincre si Pique-Viande n’était pas intervenu.
La première tâche dont elle dut s’acquitter fut celle de laver le pont. Fille d’aristocrate, elle n’avait jamais tenu un balai de ses mains et encore moins frotté énergiquement le sol. Elle en fut exténuée d’avoir ainsi travaillé et bientôt des cloques sur les mains apparurent.
Blanche s’assit et lui donna le médaillon qu’elle gardait autour de son cou. Betty s’en saisit pour l’examiner avec soin. C’était un pendentif en or finement ciselé et gravé d’un P&B un peu terni par l’air marin.
Blanche jouait innocemment avec son couteau, qu’elle faisait danser dans ses doigts, la cadette était fascinée par la dextérité dont faisait preuve la piratine. Elle continua :
Elle serra les dents, Betty comprenait que ce souvenir était encore vivace dans l’esprit de la pirate, un éclair de colère traversa les yeux et le couteau échappa des mains de Blanche. Elle le laissa au sol, pour sûr qu’il ne tomberait pas plus bas :
À présent, c’était une larme qui embuait le regard de Blanche. Elle avait beau retenir ses larmes, la tristesse mêlée à la colère avait raison d’elle.
Enfin, la vigie aperçut un navire négrier, la poursuite allait pouvoir commencer. Toutes voiles hissées, l’Albatros prit de la vitesse pour atteindre les treize nœuds, Hélène estima l’abordage dans trois heures, juste à la tombée de la nuit.
Certains membres de l’équipage, les plus habiles au mousquet, grimpèrent sur les haubans afin d’envoyer une première salve permettant de couvrir les autres pendant l’abordage.
La poursuite dura un peu plus longtemps que ce que Hélène avait envisagé. La nuit tombait vite sous ces latitudes et, bientôt, la stratégie décidée fut remise en question. Dans la pénombre, les tireurs ne toucheraient pas leurs cibles et l’abordage coûterait trop en vie du côté des pirates.
La capitaine décida de mettre les fours en action afin que le navire s’élève dans les airs et ainsi atteindre le navire négrier par-dessus. Ce n’était jamais une manœuvre facile et elle était coûteuse en énergie, mais dans ce cas précis, elle garantissait d’avoir un minimum de perte.
Doucement, l’Albatros déploya ses grandes hélices transversales, les voiles se gonflèrent d’air chaud et le brick prit son envol. Bientôt au-dessus, les pirates déployèrent de longues cordes desquelles ils descendirent afin de faire leur œuvre. Les marchands ne comprirent pas tout de suite d’où venait la menace. Mal armés et aussi peu formés à la bataille, ils furent très vite contraints d’abandonner.
Le temps que Fleur de Tonnerre dépose l’Albatros et marche à son tour sur le pont du navire esclavagiste, le capitaine, un certain Gustavo Madras, était entravé puis mené à elle.
Gustavo parla avec Hélène en ibère, une langue que l’équipage conquérant ne comprenait pas.
Gustavo regardait ses pieds comme un enfant se prenant une remontrance de sa mère. Il balbutia :
Le négrier s’apprêtait à répondre, mais Hélène le coupa :
Puis elle s’adressa à Pique-Viande :
Une demi-heure plus tard, dans la noirceur de la nuit que les lampes-torches tentaient désespérément de pénétrer, la capitaine offrit la possibilité à une trentaine d’hommes de s’engager dans la vie de pirates et laisser maîtres du navire ceux qui préféraient tenter leur chance comme neg’marrons.
L’Albatros repartit un peu plus riche de victuailles et de vin, puis laissa aux néo neg’marrons le soin de faire justice auprès de leurs oppresseurs.
L’aube se devinait dans le dos tandis que l’installation des trente nouveaux membres occupait tout le temps. La consigne avait été donnée de former a minima les recrues avant d’atteindre les berges de l’île d’Araccianta. Certains montrèrent de bonnes aptitudes que ce soit dans l’art de la pêche, dans celui de faire des nœuds, ou simplement de se battre sabre en main et deux furent promus cuisiniers.
Ils apprenaient vite, mais la barrière de la langue restait une difficulté laborieuse à surmonter. Monsieur Pique-Viande s’arrachait les cheveux à devoir expliquer, à devoir montrer, à faire répéter :
La capitaine allait souvent se renseigner auprès de lui afin de savoir comment les nouveaux s’intégraient.
Hélène sourit et répondit non sans malice :
Et tous deux pouffèrent de rire.