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Temps de lecture estimé : 12 mn
07/09/25
corrigé 19/09/25
Présentation:  Chapitre 2 : On ne trompe pas le Capitaine Ded.
Résumé:  La goélette britaine venait de quitter le petit port de Saint-Sauveur. Son but était de distraire le KillerWhale et de l’emmener le plus loin possible, laissant le champ libre à l’Albatros.
Critères:  #chronique #nonérotique #aventure #fantastique
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Série : La pirate des sept mers

Chapitre 02 / 16
On ne trompe pas le Capitaine Ded suivi de Un monde inconnu

Chapitre 2 : On ne trompe pas le capitaine Ded



La goélette britaine venait de quitter le petit port de Saint-Sauveur. Son but était de distraire le KillerWhale et de l’emmener le plus loin possible, laissant le champ libre à l’Albatros. Le stratagème sembla fonctionner, le Galion du capitaine Ded se mit immédiatement à ses trousses.

À bord, le vieux pirate supputa bien une entourloupe – ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces – mais peut-être qu’il n’y avait aucune malice, juste l’envie de se sauver de cette île empestée. Aussi, prit-il la décision de chasser la goélette.


Le KillerWhale était le galion le plus rapide des sept océans, il aurait tôt rattrapé la goélette. Les voiles carguées aux mats, une calotte d’acier pouvait alors recouvrir le navire et il pouvait ainsi naviguer sous l’eau avec une autonomie d’une bonne demi-heure.


La décision fut prise de continuer la poursuite sous l’eau. Cela était une dépense énergétique importante et peut-être inutile mais la petite voix intérieure du capitaine lui dictait d’opérer ainsi.



À bord de la goélette, le lieutenant devint fortement perplexe. Apparemment, le KillerWhale n’avait pas mordu à l’hameçon et ne le poursuivait pas.



Il prit la longue vue et visionna l’horizon en un large panorama.


Ce n’est pas normal, même s’il avait abandonné la poursuite, nous devrions le voir, se disait-il.


Tout en admettant que le plan n’avait pas fonctionné, à savoir que le capitaine Ded n’avait finalement pas mordu à l’hameçon, il eut une pensée pour madame et sa fille à bord de l’Albatros. Et si cette satanée pirate ne s’acquittait pas de sa mission ? Et si elle devait faire front au KillerWhale – entre pirates, s’entendaient-ils ? Toutes ces questions qui l’assaillaient, l’angoissaient.


Au large de l’île de Saint-Sauveur, loin de ce qui lui était cher, il se sentait terriblement inutile à attendre qu’un poisson s’intéressât à l’appât qu’il était supposé être.


Dix minutes plus tard, il décida de rejoindre le littoral, là où il pouvait être précieux. Tandis qu’il manœuvrait un demi-tour, surgit de l’eau un énorme sous marin, ne laissant pas assez de temps à la goélette de préparer les canons pour se prémunir de l’attaque. La coque du sous-marin s’ouvrit et trois grands mâts se hissèrent. Des harpons s’agrippèrent et bientôt le capitaine Ded hurla :



Dix minutes suffirent à l’équipage des hommes libres pour prendre possession de la goélette.



Puis s’adressant au lieutenant Britain entravé :



Le brave soldat n’eut pas vraiment le choix que d’expliquer la mission confiée à Fleur de Tonnerre.



Ce que le capitaine n’arrivait pas à comprendre c’était comment et pourquoi la pirate acceptait d’aider ces maudits Britains.



Le capitaine Ded ricana…



Puis, d’un coup de mousquet, il tua l’homme entravé, donnant ainsi le feu vert à son équipage d’en finir avec les prisonniers.


Après avoir mis le feu au bâtiment, et de retour à bord du KillerWhale, il s’entretint avec Crevette. :





Chapitre 3 : Un monde inconnu



Les deux femmes étaient hébergées dans la cabine de la capitaine et jouissaient d’un confort inespéré. La mère était une caricature de la bourgeoise, elle se tenait droite, un peu hautaine dans une robe en velours vert cintrée au niveau de la taille parfaitement repassée, debout sur ses talons échasses de plusieurs centimètres, les cheveux tirés en chignon laissant apparaître un front haut que le nez aquilin ne venait pas adoucir. Hélène lui donnait volontiers la soixantaine mais son regard était attiré par le collier duquel un gros diamant serti pendait négligemment sur une poitrine écrasée par le bustier.


Beaucoup plus pétillante, Betty, semblait perdue dans la robe imposée pour une question de convenance. Hélène le ressentit immédiatement. Cette petite avait quelque chose de plus intéressant que cette simple facette. Elle avait les cheveux châtains qui viraient un peu sur le gris qu’elle portait en une longue tresse placée sur le côté d’un visage doux parsemé de taches de rousseur, sublimé par des yeux verts luisant de malice. D’une taille gracile, elle pouvait paraître fragile au premier regard, mais l’élégance de ses mouvements trahissait une habileté à répondre aux tempêtes et son maintien, une force de caractère d’exception.


Au côté de sa mère, Betty n’était néanmoins pas impassible, elle semblait curieuse de tout savoir de ce nouvel environnement et écoutait de toute son attention les conversations. Lorsque les deux pirates étalèrent les cartes sur le bureau, elle s’approcha afin de lire au-dessus de leurs épaules – ce qui amusa la capitaine. Elle n’y comprenait rien mais s’intéressait aux routes maritimes, aux eaux territoriales et leurs frontières.


Hélène expliqua alors les courants et la route qu’ils allaient emprunter afin d’éviter les mauvaises rencontres.



Le monde des sept océans était le théâtre d’incessants combats entre les cinq super puissances de l’occident : la Batavie, la Britania, l’Hexagone, l’Ibérie et la Lusitanie. Ces cinq grandes cultures se disputaient les nouveaux territoires découverts récemment par un explorateur lusitanien et surtout les trésors et richesses qui y étaient renfermées. En plus de ces conflits, les cinq se concurrençaient pour le gain du fer et du charbon. Pour extraire les minéraux, ils faisaient commerce d’esclaves, qui provenaient d’un continent sauvage situé au sud des sept océans.


Si l’occident avait fait le choix de la modernité et de l’industrialisation, en orient, les deux Empires (Nipponie et Cathay) avaient préféré la philosophie, la spiritualité, l’art et la culture, la médecine comme socles de leurs civilisations. Comme si un accord tacite avait été passé, les cinq semblaient se désintéresser de l’orient, laissant volontiers aux deux grands empires le soin de s’écharper entre eux.


Toutefois, la Lusitanie faisait commerce avec la Nipponie et envoyait quelques missionnaires prêcher la bonne parole, la parole Divine que ces orientaux foulaient aux pieds.


À l’ouest, les nouveaux territoires avaient été colonisés – quelques îles étaient toutefois encore vierges de drapeau et d’appartenance. Les combats pour se les approprier étaient âpres mais leur situation géographique méritait les efforts de guerre. Une fois établi, le nouvel occupant pouvait empêcher les navires de passer pour se diriger au Nord où se concentraient les minéraux utiles à leur dessein.


Au-delà de ces îles, vers le Nord-Est, s’étendait le rideau de Brouillard, la barrière des brumes perpétuelles. Devaient s’y cacher probablement d’autres territoires, d’autres richesses. Cependant, plus personne n’osait y pénétrer.


Alors qu’elles étudiaient la route à emprunter, le quartier-maître « Pique-Viande » demanda à Hélène de venir sur le pont. Plusieurs marins se posaient des questions et les explications qu’il leur avait donné ne les avaient pas convaincus.


C’est Bud, un marin apprécié de tous qui prit la parole au nom d’une partie de l’équipe :



En le voyant, la capitaine vit soudain rouge :



Hélène, déjà au bord de la colère, grinça des dents avant de s’adresser à l’ensemble de l’équipage :



S’ensuivirent de longues négociations pour un partage équitable avant que la vigie daigne reprendre son poste. La capitaine allait prendre congé de ses hommes lorsqu’on lui rappela la première grogne.



Betty qui avait suivi discrètement Hélène fut véritablement surprise de ce discours. Fleur de Tonnerre lui expliqua le monde des pirates.


Les pirates, flibustiers ou boucaniers n’étaient pas des tueurs sanguinaires comme la légende le propageait. Il y avait une philosophie de vie, des engagements qui leur étaient propres. Les hommes libres refusaient le joug des super puissances et leurs guerres incessantes pour le pouvoir – pour le pouvoir de quelques dirigeants. Ils attaquaient les navires arborant les couleurs des cinq, ils les volaient afin de revendre et ainsi pouvoir en vivre.


Les pirates élisaient leur chef, si ce dernier ne leur rapportait pas une paie convenable, alors il était destitué. Le quartier-maître était élu également, il était le lien entre les hommes, il parlait au nom de l’équipage, il était en quelque sorte, le contre-pouvoir afin qu’il n’y ait aucune forme de despotisme à bord. Il y avait des règles précises à suivre, la première était d’obéir au capitaine. S’il y avait un problème, alors, le quartier-maître faisait office de médiateur. Le respect, la fraternité étaient les fers de lance à bord et une parole donnée était sacrée.


Certains pirates étaient plus « violents » que d’autres et avaient à leur actif plusieurs massacres – c’était ce qui avait donné naissance à la propagande que les pirates étaient des hommes sans foi, ni loi. Le capitaine SilverJones et le capitaine Ded étaient de ces hommes-là, car tous deux aspiraient à devenir « Hetman », c’est-à-dire, le Capitaine des Capitaines et ils pensaient que leur réputation allait concourir à être élu.


Les pirates avaient pour domicile plusieurs îles de l’Ouest et notamment l’île de la murène « Murena ». Les boucaniers, les pirates qui restaient à terre, étaient en charge de défendre ces terres des envahisseurs occidentaux.



C’était une sacrée révélation pour la jeune Betty, ainsi les pirates n’étaient pas les monstres décrits – bien au contraire, ils étaient pour la plupart raisonnables et avaient un but dans leur existence : ils aspiraient à fonder une société juste. La description qu’en fit Fleur de Tonnerre ébranla la jeune fille dans ses convictions les plus profondes, mais sa mère lui remit un peu de plomb dans la tête.



Cela amusa Mary qui ne put s’empêcher d’intervenir :



Outrée Madame se signa et demanda à sa fille d’en faire de même.


Le soir, les marins chantaient de tristes mélodies au son du violon, de la guitare et du tambourin et en écho une baleine leur répondait. Les étoiles dans le ciel sans nuage scintillaient et la lune se reflétait sur une mer calme. Ils mangeaient de leur pêche et s’enivraient de rhum sous la surveillance de Pique-Viande. L’alcool aidant, les esprits s’échauffaient et quelques propos grivois étaient lancés envers Banche qui était de la partie et qui ne se gênait pas pour les renvoyer à leur place.


Madame Sanders restait dans la cabine, à l’abri de tous ces soudards (selon ses propres termes), ce qui faisait sourire malicieusement Fleur de Tonnerre.



C’est la jeune Betty qui s’y intéressa :



Betty semblait éprise de liberté et la vie que menait l’équipage de l’Albatros était celle qui la faisait vibrer. Hélène l’invitait régulièrement sur le pont, lui confia la barre, lui expliqua quelques rudiments de navigation.


Bientôt, la jeune fille partagea du temps avec les hommes de l’équipage et surtout avec Blanche. Cette dernière venait de se faire de nouveau rosser par le maître d’arme : Jack Lerouge.



Betty n’avait rien raté de la scène et félicita la pirate qui devenait un modèle à ses yeux.


Tout ceci n’était pas du tout du goût de Madame Sanders. La mère et la fille se chamaillaient régulièrement, et les propos échangés devenaient de plus en plus emportés. En pleurs, Betty allait se confier à Blanche.



Le brick maintenait une vitesse constante de neuf nœuds et ce jour comme nuit, il allait bientôt entrer dans les eaux territoriales britaines et Hélène se félicitait qu’il n’y eût aucun incident retardant la traversée, mais elle aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans la bouche avant d’y penser. Œil Sournois de sa vigie hurla :



Aussitôt Fleur de Tonnerre fut rejointe par son amie la Dame des mers pour s’enquérir de l’information. La longue vue permettait de percer l’horizon jusqu’à plusieurs milles marins et elle put reconnaître la forme si particulière du galion du capitaine Ded, un bateau très profilé qui faisait de lui le vaisseau le plus rapide des sept mers.