| n° 23268 | Fiche technique | 16502 caractères | 16502 2731 Temps de lecture estimé : 11 mn |
06/09/25 |
| Présentation: Chapitre 1 : Peste noire. | ||||
Résumé: Les aventures d’une pirate dans un monde SteamPunk. | ||||
Critères: #chronique #nonérotique #aventure #fantastique | ||||
| Auteur : Melle Mélina Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : La pirate des sept mers Chapitre 01 / 16 | Épisode suivant |
La tempête que venait d’essuyer l’Albatros Rouge avait laissé des avaries et sur le gréement et sur la coque qui prenait l’eau et sur le moral des marins. Fort heureusement, la capitaine « Fleur de Tonnerre » avait su manœuvrer le brick pour éviter le naufrage.
L’Albatros Rouge était un voilier à deux mats, en plus des focs et de la brigantine, capable de voler jusqu’à une bonne centaine de mètres grâce à ses deux hélices transversales alimentées chacune par un four en fonte.
Le grand mât ayant été arraché par le souffle ravageur d’Éole, sans ses plus grandes voiles, l’Albatros Rouge ne pouvait décoller, laissant l’eau s’infiltrer dans les voies qui s’agrandissaient malgré le travail acharné des matelots qui tentaient de colmater la brèche.
Il fallait d’urgence trouver un havre pour réparer les dégâts. La capitaine et sa seconde examinèrent les cartes en leur possession. Elles étaient très incomplètes, il restait tant à découvrir de cet océan partiellement exploré.
Hélène « Fleur de Tonnerre » et Mary « la Dame des Mers » n’avaient au final pas le choix, l’île Saint-Sauveur, atoll appartenant à Britania était la seule terre que L’Albatros Rouge pouvait atteindre.
L’Albatros Rouge insufflait la peur dans le cœur des Britains et sa pirate de Capitaine était recherchée afin d’être traduite en justice pour meurtre, vol et recel.
Cela était évidemment une énorme épine dans le pied et cela contrariait les deux femmes mais Hélène se devait de garder son sang-froid. Les hommes de son équipage ne lui laisseraient passer aucune faiblesse ni aucune mauvaise décision.
Elle rassura sa seconde en expliquant que les cales de l’Albatros contenaient suffisamment de piastres pour acheter la justice de cette île – ce qui était ironique. En effet, le trésor que renfermait le Brick était majoritairement constitué d’or britain, elle allait acheter le silence du gouverneur britain par de l’argent volé à ces mêmes Britains.
En haut de sa vigie, affublé de ses deux énormes loupes en guise d’yeux, le bien nommé Œil Sournois s’exclama :
Immédiatement, Fleur de Tonnerre s’arma de sa longue vue et scruta l’horizon. L’île se dévoilait doucement, elle ajusta l’objectif pour agrandir l’image qui se révélait. Une fois la taille convenable trouvée, la luminosité et la précision réglées, elle put apprécier une rade vide de navire.
Soudain, elle se figea.
À voir son amie se crisper, Mary à ses côtés, comprit qu’il y avait un problème.
Le drapeau noir était effectivement hissé sur les remparts, il signifiait le pire : mieux valait ne pas accoster : la peste bubonique.
Elle avisa son équipage de la présence de cette épidémie et elle donna pour ordre de ne pas aller dans les bars ou chez les putains. Seul le Tonnelier, le grand Argentier, Mary et elle-même iraient en ville.
L’Albatros Rouge caréna dans une baie isolée, à l’abri des regards mais aussi du fléau tant redouté.
Le charpentier Geoffrey Killem, en plus d’être en charge des réparations, devait enseigner son savoir à Blanche, une « nouvelle » flibustière qui semblait avoir les faveurs de la capitaine.
Hélène avait rencontré cette dernière huit ans auparavant et elle avait vu en elle des capacités qu’il fallait cultiver. Fleur de Tonnerre somma Blanche de s’engager dans la marine d’Hexagone, l’une des cinq superpuissances de l’occident afin qu’on lui enseigne – en autres, la lecture et l’écriture, la navigation, la géographie.
À terme, Hélène espérait pouvoir un jour s’appuyer sur cette recrue. Elle rêvait secrètement de constituer un équipage exclusivement féminin, cependant, les « Piratines » – comme elle les appelait – étaient rares.
Le Grand Argentier, Monsieur PicFlouze accompagnait Sam le Tonnelier, le responsable des vivres à bord, tous deux en charge de réapprovisionner l’Albatros Rouge en vue d’un départ au plus tôt, tandis que Fleur de Tonnerre et La dame des Mers allaient négocier le silence du gouverneur.
Les rues n’étaient pas désertes, mais elles manquaient de l’animation ordinaire. La mort a une odeur particulière, une fois connue, on ne peut plus la confondre avec une autre senteur. Et ces rues puaient la mort.
Écrasés par la chaleur tropicale, les soldats britains occupaient les places stratégiques, mais ils n’avaient à déplorer aucune activité. Quand bien même, leur devoir aurait été sollicité par une situation, ayant bien trop peur du fléau qui s’abattait dans la ville, ils n’auraient pas bougé un doigt. Apathiques, ils luttaient pour rester debout à leur poste et seuls les cloches et les médecins de la peste qui exhortaient les familles à sortir les morts des maisons les maintenaient éveillés.
Vêtus de leur costume traditionnel et surtout de leur masque à bec d’oiseau remplis de Thériaque (un contrepoison composé de plus de 55 herbes médicinales et de poudre de peau de vipères, de cannelle, de myrrhe et de miel), les médecins de la peste s’employaient à distiller leur savoir pour endiguer l’épidémie.
En effets, les « becs » pensaient que le fléau se propageait dans l’air, aussi confinaient-ils les malades et les mourants dans leurs maisons. Hélène avait passé une grande partie de sa jeunesse au Nippon, empire lointain qui avait une connaissance plus développée en science médicinale que les cinq super puissances d’Occident.
Les gigantesques turbines des ventilateurs étaient à l’arrêt, l’air vicié stagnait. L’odeur de la mort restait en suspens, une odeur d’œuf pourri qui s’installait jusqu’aux vêtements des rares individus qui osaient sortir dans les rues.
Alors que la Capitaine et la Seconde se dirigeaient vers la grande demeure du gouverneur, un des hommes de l’équipage arriva et les prévint qu’il y avait énormément de tension au campement. Le quartier maître « Pique-Viande » avait suffisamment de poigne pour endiguer les éventuelles rixes mais de savoir qu’aucun des marins ne pourrait aller aux putains n’aidait pas.
C’est ainsi que Hélène et Mary se trouvèrent à la taverne « De l’espoir ». Tandis qu’elles discutaient avec la tenancière et accessoirement maquerelle, des soldats britains les encerclèrent. Le lieutenant qui dirigeait la troupe leur ordonna de le suivre.
Ils arrivèrent devant le grand manoir du Gouverneur « Sanders », elles furent accueillies par l’intendant tandis que le lieutenant prenait congé.
Persuadée qu’elle allait devoir négocier pour éviter l’arrestation, Fleur de Tonnerre accueillit cette nouvelle avec soulagement, mais aussi avec circonspection. Les deux pirates entrèrent en laissant leurs armes avant de se trouver face à leur hôte.
Ce dernier se trouvait dans son lit, un « Bec » à son chevet occupé de changer les bandages du souffrant. Il n’avait déjà plus grand-chose d’humain : son visage n’était que boursouflures et de gros ganglions accablaient ses yeux, les empêchant de s’ouvrir complètement. Son regard, qui jadis transpirait la malice et l’intelligence, semblait à présent morne. La douleur et la résignation se dessinaient sur ce qui lui restait de face.
Une odeur insupportable attaqua les narines des deux pirates, les obligeant à faire une grimace bien involontaire.
La conversation n’échappa pas au gouverneur Sanders, mais il fit mine de ne pas avoir entendu.
Il tenait à montrer qu’il était vaillant et d’un geste brusque il envoya bouler le médecin de la peste. Il reprit :
Il dut s’arrêter pour retrouver du souffle, le front en sueur, il jugea les femmes qui lui faisaient face.
Hélène « Fleur de Tonnerre », la quarantaine, une rousse d’origine batave, portait un chapeau haut de forme orné de grosses lunettes de protection, de plumes de faisan. Très coquette, elle gardait ses cheveux longs en cascade, qui peinaient à cacher de grandes boucles d’oreilles. Autour du cou, un foulard en dentelle noire, cachait habilement les traces de la pendaison à laquelle elle fut condamnée par les Britains il y a de ça cinq années – sauvée in extremis par son capitaine d’alors, le Capitaine Ruppert SilverJones. Elle portait une chemise ample, des braies amples également, rentrées dans ses longues bottes montantes sur lesquelles il y avait deux boutons, l’un cachant une lame aiguisée, l’autre pour pressuriser les chaussures et les alourdir lorsqu’il fallait marcher sous l’eau. Le gouverneur ne pouvait savoir qu’Hélène (comme son équipage) restait pieds nus la plupart du temps. Enfin, elle portait sa longue veste sombre en cuir bardée de tuyaux et de valves. Ses mains étaient partiellement recouvertes de mitaines en dentelles et ornées de grosses bagues rutilantes.
Mary, la « Dame des Mers » était beaucoup plus extravagante. Sa chevelure également tombante en cascade où le gris se mélangeait avec le rose pastel et quelques mèches bleutées était couverte par un bandana lui-même surmonté d’un vieux tricorne orné d’une tête de mort avec les deux os croisés. Dans ces cheveux, le gouverneur fut assez surpris de voir quelques coquillages y pendre. Elle semblait beaucoup plus espiègle et jouait de son faux cache-œil avec malice. Il n’y avait sur son accoutrement aucune trace de technologie, bien au contraire, elle prenait malin plaisir à se vêtir de vieux vêtements, tissus arrachés aux coudes, comment ses étoffes tenaient-elles en place, c’était un mystère. Elle portait un bustier très échancré duquel de beaux seins fermes et rebondis voulaient s’échapper. Son long manteau de cuir clair appartenait au siècle précédent et ses bottines plates n’avaient pratiquement plus de semelles pour amortir les pas.
Elle était toutefois coquette comme en attestaient un collier de coquillage et un maquillage finement dessiné : de petites larmes noires perlant depuis son œil « valide ».
Après les avoir examinées, le gouverneur Sanders se persuada que ces femmes ne pouvaient être aussi sanguinaires que leur réputation le laissait supposer. Aussi continua-t-il d’expliquer ce qu’il attendait. Il avait perdu tout espoir, la maladie allait lui être fatale, de ça il en était sûr et avait accepté son sort. Cependant, il ne supportait pas l’idée que sa femme Elizabeth et sa fille Betty puissent à leur tour être contaminées. Il avait été décidé qu’elles partiraient dans leur mère patrie, la Britania.
Or, à quelques centaines d’encablures, le « KillerWhale », le trois mats du capitaine Ded, le pirate le plus craint des sept océans, mouillait, empêchant toute sortie de Saint-Sauveur.
Il lui fallut quelque temps avant de reprendre la conversation :
Ce sur quoi, les deux femmes restèrent muettes.
Personne n’osait s’aventurer au large de Saint-Sauveur, car au Nord, s’érigeait tel un mur opaque la barrière des brumes perpétuelles. Aucun bateau lors des grandes découvertes ne revint jamais après avoir franchi le rideau de brouillard.
C’était un endroit où les vents se rencontraient et souvent l’océan se déchaînait en même temps que le ciel pour briser les navires imprudents qui osaient s’approcher. L’Albatros Rouge en avait fait les frais avant de venir accoster sur la plage de cette île.
Une goélette de la marine britaine jouerait les leurres, elle irait à la rencontre du KillerWhale tandis que L’Albatros Rouge aurait la voie dégagée pour emmener la femme et la fille du Gouverneur Sanders.
Hélène négocia, des vivres, des canons, du goudron pour réparer la coque et un sauf-conduit pour mouiller dans les eaux territoriales de Britania.
Les deux femmes récupérèrent leurs armes, à savoir chacune deux pistolets, une dague, un sabre pour Mary et le katana « MétalHurlant » pour Fleur de tonnerre. Cette dernière était redoutable au combat, elle avait eu une formation auprès des meilleurs maîtres d’armes du Nippon, sa technique différente lui assurait régulièrement un avantage sur les meilleurs bretteurs d’Occident. À part Jack Lerouge, le maître d’armes à bord de l’Albatros en charge d’enseigner au reste de l’équipage comment se battre, personne ne pouvait la vaincre.
Elles s’en retournèrent à la taverne « De l’espoir » et choisirent les plus belles filles pour venir camper sur la plage, directement à disposition de l’équipage. La Dame des mers avait remarqué un esclave qui lui plaisait, aussi s’octroya -t-elle un moment de détente sous le regard amusé de sa partenaire.
Hélène n’était pas contre laisser son corps s’exprimer et les hommes lui convenaient parfaitement, mais il fallait qu’ils soient esclaves ou prostitués. La réputation était pour elle une signature et en aucun cas, cette dernière devait être entachée par un rustre se vantant d’avoir possédé la capitaine. Elle avait déjà tué un amant de passage et était prête à le refaire si la situation l’exigeait. Un esclave n’avait pas le droit à la parole, aussi se tairait-il.
Dans la chambre, à l’étage, Mamadou se trouva être un amant expert dans son art et emmena la Dame des Mers dans des océans de jouissances. Hélène se délecta de ce spectacle mais se contenta du plaisir des yeux.
Lorsque les deux femmes sortirent du bordel, les Becs amassaient les morts pour les enterrer dans les fosses communes prévues loin de la ville.
Deux heures plus tard, Mamadou accompagnait les filles sélectionnées sur la plage où l’Albatros était en carène !
Malgré son aversion, le lieutenant de la marine britaine se chargea de répondre aux exigences de ces pirates. Une partie de sa garnison aida les « hommes libres » – c’est ainsi qu’ils se nommaient – à recalfater le navire à l’aide de chanvre, de goudron. Geoffrey Killem, le charpentier hurlait des ordres que tous s’empressaient à suivre, il donnait des instructions précises et bientôt l’Albatros fut opérationnel, les hommes rassasiés, les putains flétries.
Blanche en savait à présent pratiquement autant que son mentor. Quelques détails manquaient à son instruction, mais c’était surtout pour se faire obéir de ses frères d’armes qu’elle souffrait d’inefficacité.
Pour se faire respecter, il n’y avait rien de tel de se montrer excellent bretteur. Consciente de cela, Hélène exigea de Jack Lerouge, le maître d’armes de la former avec plus de rigueur et d’âpreté que le reste de l’équipage.
Lorsque la femme et la fille du Gouverneur Sanders embarquèrent sur l’Albatros Rouge, elles furent surprises de voir une jeune femme apparemment à peine plus âgée que Betty se battre et surtout se faire ainsi rosser.