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Temps de lecture estimé : 17 mn
20/07/25
Résumé:  Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial".
Critères:  #sciencefiction
Auteur : Myhrisse            Envoi mini-message

Série : Spécial

Chapitre 12
Interrogatoire

Résumé des épisodes précédents :

308 forme Alhya à l’art des interrogatoires. Lors d’une séance à la piscine, elle devient officieusement un membre de l’escouade.




Alhya observait 308, attendant qu’il annonce le programme d’entraînement. À quelle sauce serait-elle mangée ou plutôt, interrogée ?



Alhya se garda bien de lever les yeux au ciel, même si elle n’en pensait pas moins. Elle avait parfaitement réussi l’épreuve de la veille. Elle garda son calme, maîtrisant son impatience.



Alhya sourit, ravie. Un défi ! De quoi la mettre en joie. 308 leva la tête et d’un geste sûr, retira les lentilles qu’il portait en entrant, révélant ses yeux bleus. Alhya en oublia de respirer. Elle vit les lèvres de 308 bouger puis sa main bouger entre eux deux.


Elle sursauta avant de grimacer.



Alhya les croisa et se noya dedans. En soupirant, il mit son masque de spécial. Cela rendit net à Alhya son lien avec le moment présent.



Alhya fronça les sourcils.



308 explosa de rire à la mention de cet événement mémorable. Le lendemain du saut de la foi, Alhya était retournée à la piscine, choisissant le moment où l’escouade s’y trouvait également. 328, le maître-nageur, après avoir reluqué son corps à peine couvert d’un maillot de bain deux pièces très suggestif, l’avait emmenée dans le bassin pour une première leçon. Alhya, absorbée par le regard de 308 sur le bord, avait glissé et s’était retrouvée dans l’eau, à un endroit profond. Attrapant la perche tendue par 328, elle s’en était sortie indemne, son amour-propre entaché.



Alhya leva les yeux sur le masque d’eau sombre. Était-ce un test ? L’interrogeait-il vraiment ? Alhya rougit. Elle ne voulait pas en dire davantage. Le reste relevait de l’intime.



Alhya se ferma comme une huître. 308 retira son masque, prit une main d’Alhya dans les siennes, se pencha vers elle puis murmura :



308 lui lâcha les mains, se recula en souriant puis annonça :



La gorge d’Alhya se noua tandis que son ventre se tordait. Le chef d’escouade remit son masque.



Alhya ferma la bouche et hocha gravement la tête. La psy lui fournit volontiers l’aide requise. Alhya ne se noya pas. 314 s’en trouva rassuré. Les interrogatoires s’enchaînèrent et désormais, 308 ne portait plus de lentilles.


#####################


Alhya entendit la porte s’ouvrir dans son dos. Elle fronça les sourcils, prête à se retourner pour accueillir 308. Quel autre membre de l’escouade viendrait en plein milieu de la matinée ?


La routine bien ancrée depuis des mois ne permettait jamais à un autre membre de la rejoindre à cette heure de la journée. Occupée à ses fourneaux, ce fut la réaction de Mahir qui l’enjoignit à la prudence en se retournant.


Son commis s’était figé et tremblait, pétrifié. Lentement, elle tourna la tête pour découvrir trois spéciaux, vêtements et masques sur le nez. Deux d’entre eux braquaient leurs armes sur les cuisiniers. Alhya éteignit la plaque et le four puis se tourna vers celui qui avait gardé son flingue à la ceinture.



Alhya constata que Mahir venait de se pisser dessus. Elle grimaça puis s’avança vers son commis.



L’ignorant, Alhya se plaça entre Mahir et les intrus puis, les yeux dans les yeux, lui murmura :



Pas ceux du nord non plus. Elle aurait reconnu leur façon de se mouvoir, de se tenir, d’interagir. Ceux-là, elle ne les connaissait pas.



Mahir hocha timidement la tête. Alhya entreprit de lui retirer son tablier puis ton tee-shirt, prenant garde à ne pas rester trop longtemps devant lui car il semblait sur le point de vomir. Il se retrouva rapidement nu.



Alhya s’en saisit et la lui passa. Elle s’occupa ensuite de se dévêtir puis passa la tunique prévue pour elle.



Le commis transpirait à grosses gouttes. Alhya plaça elle-même les bras de Mahir dans la position et le chef du groupe l’entrava de menottes en métal. Alhya tourna le dos au chef et proposa ses poignets qu’il lia de la même manière. Un bandeau sur les yeux acheva la préparation et Alhya se retrouva dans le couloir, puis l’ascenseur. Un courant d’air la prévint de son arrivée dehors. Elle grimaça. Elle n’était pas censée sortir de l’immeuble. 308 n’apprécierait pas. Il comprendrait qu’il s’agissait d’un cas de force majeure. Cela agaça tout de même Alhya.


Un trajet à l’arrière d’une voiture plus tard, Alhya se retrouva dans un immeuble – plus de vent – puis un ascenseur, des couloirs, des portes. Enfin, elle fut assise sur une chaise froide. Ses chevilles liées aux pieds avant de la chaise, ses mains ne furent libérées que pour être entravées sur une lourde table en métal devant elle. Enfin, son bandeau retiré dévoila une petite pièce aux murs sombres nus. Derrière elle, un immense miroir, sans doute sans tain, se déployait sur l’intégralité du mur. Devant elle, le chef du groupe de ces spéciaux inconnus, assis sur une chaise, cascade d’eau sombre activée devant son visage, la dévisageait. Il sortit un boîtier d’un tiroir et le posa devant Alhya.



Alhya obtempéra, en profitant au passage pour déterminer sa latitude de mouvement pour la découvrir très faible. L’appareil bipa. Alhya retira sa main. Le spécial lut un écran puis annonça :



Elle maîtrisait sa respiration. Aucune émotion. Neutralité. Pas d’insulte ni d’attaque. Aucune information non désirée transmise. 308 serait fier.



Poser des questions plutôt que d’y répondre.



Le spécial tourna le regard vers le bas puis annonça :



Vilain menteur, s’amusa Alhya.



Informations intéressantes, pensa Alhya. Tout d’abord, « le faux commis » au lieu de son nom. Mahir devait se pisser dessus et probablement vomir, mais parler, non. Le pauvre ne devait même pas en être capable. Ensuite, si lui non plus restait introuvable, cela signifiait que la « mort » d’Alhya n’en était pas la cause. La jeune femme en conclut que son statut d’esclave en était la raison.



Alhya cilla un instant. Il dévoilait beaucoup d’informations et elle n’appréciait pas ses accusations. Sous-entendait-il vraiment que 314 aurait pu se laisser berner par une espionne ? Elle eut envie de lui en coller une mais se retint. Elle respira, se forçant à rester maître d’elle-même.



Le spécial se crispa. Il ne semblait pas apprécier la réplique.



Alhya, à force d’entraînement, avait fini par réussir à suivre une session sur deux. Sa présence offrait systématiquement la victoire. Elle jouait désormais sur un carré de deux mètres de côté et la surface nécessaire diminuait de jour en jour. Bientôt, elle pourrait défoncer les spéciaux nordistes depuis un canapé.


Pouvaient-ils gagner sans elle ? Une partie, oui. Pouvaient-ils surmonter les nordistes sans elle ? Non. En tout cas, cela ne s’était jamais produit. Alhya repoussa ses émotions. Ne pas l’envoyer promener. Rester humble et surtout, concentrée.


Sauf qu’elle bouillait intérieurement. Il osait insinuer que 314 aurait pu se laisser leurrer, mais également qu’elle ne pouvait pas être l’élément permettant la victoire des sudistes, insultant ses compétences. Sentant qu’elle risquait de perdre le contrôle, elle choisit la pause.



Le spécial se crispa, renifla puis hocha la tête. Il se leva, la laissant seule dans la pièce. Alhya ne se permit pas de craquer. Quelqu’un l’observait peut-être depuis l’autre côté du miroir sans tain. Elle ferma les yeux et réalisa quelques exercices de respiration. Calmer son cœur battant la chamade. Enfermer ses émotions le temps que l’interrogatoire se termine. Combien de temps ? Il pouvait tout aussi bien la cuisiner pendant des heures.


Elle ouvrit les yeux pour regarder autour d’elle. Elle ne se trouvait pas dans un commissariat. Ce n’était pas comme si le droit classique s’appliquait. Elle n’existait même pas. Un fantôme ne pouvait pas réclamer des droits. Elle grimaça. Cela s’annonçait mal. Elle souffla avant de hocher la tête. Rendre 308 fier, voilà tout ce qui comptait. Elle tiendrait le temps qu’elle pourrait.


Le spécial revint, déposa un gobelet d’eau près de sa main droite et se rassit. Alhya se pencha, saisit le contenant et avala le liquide d’une traite. Elle n’avait pas soif mais cela lui faisait gagner du temps. De plus, elle pourrait demander à aller aux toilettes après sans perdre en crédibilité.


Le spécial se pencha vers Alhya. La jeune femme ne broncha pas. S’il croyait lui faire peur en la collant avec sa cascade sombre, il se trompait. Sa main glissa sous la capuche et attrapa le masque. Alhya se figea. Deux magnifiques yeux bleus venaient d’apparaître. Était-ce possible ? Non ! Des pointes de vert ! Des merveilles !



Ils disparurent derrière une douche noire. Alhya serra les dents tandis que son ventre se crispait. Le spécial se recula pour s’adosser à son siège.



Alhya se figea tandis que ses neurones s’activaient. Il ne pouvait pas savoir. Seul 308 connaissait l’étendue de son adoration pour ses yeux couleur ciel. Même le reste de l’escouade ne faisait que le deviner, sans imaginer la profondeur de ce qui pouvait, sans aucun doute, être qualifié de fétichisme.


308 était derrière tout ça. Il venait d’offrir cette information au spécial qui l’interrogeait. Ou pas, se corrigea Alhya. Il lui avait peut-être juste dit de retirer son masque, que cela l’aiderait à avancer dans son interrogatoire. Pourquoi ce spécial aurait suivi le conseil de 308, censé être sous l’influence de la prisonnière ?


Alhya s’adossa à son tour et pencha la tête. Elle ferma les yeux et tenta de voir la forme générale du visage autour des deux merveilles qu’il venait de dévoiler. La mâchoire, le nez, les cheveux… Une telle ressemblance. Seraient-ils de la même famille ? Des frères, des vrais ?


Alhya en était certaine : 308 tentait de lui faire passer un message, à elle.



Alhya gigota. Elle aurait aimé jouer un peu plus longtemps, le mettre encore à l’épreuve. Tant pis. Elle obéit à l’injonction de celui qu’elle considérait comme son chef, espérant une fois encore avoir bien saisi.



Il acquiesça d’un geste.



Alhya sourit. Ce spécial n’était pas doué en interrogatoire. Beaucoup trop facile à manipuler. Il pianota sur l’écran tactile avant de se figer.



Alhya ouvrit puis ferma la bouche. Zut. Elle avait oublié ce léger détail. Elle espérait qu’il la verrait désignée comme esclave, pas décédée.



Le spécial pianota avant de gronder :



Alhya se figea une fois de plus et plissa les paupières. Ça aussi, elle ne l’avait pas vu venir et pourtant, c’était prévisible.



Il semblait y réfléchir sérieusement. Alhya secoua la tête.



Le spécial se figea devant ce réquisitoire.



Le spécial mit un moment avant de se secouer.



Il s’exécuta, dévoilant ses deux merveilles. Alhya fondit devant. Elles contenaient bien quelques pointes de vert. Comment ne pas succomber ? Non pas qu’elle eut envie de cet homme physiquement. Son fétichisme ne s’exprimait pas sexuellement. Elle se noyait simplement dans ce regard à la perfection biblique. Grâce à l’entraînement auprès de 308, elle n’en oublia pas pour autant son objectif.



Son regard ancré dans le sien, il secoua négativement la tête.



Il grimaça.



Le spécial tiqua mais ne contra pas l’appellation. Il plissa les paupières puis se leva afin de détacher ses chevilles puis ses mains. Alhya s’étira le cou. Et maintenant ?



Pas beaucoup d’écart, estima-t-elle.



Le spécial tiqua. Il ouvrit la porte puis fit signe à quelqu’un dehors d’entrer. Un autre spécial pénétra dans la salle d’interrogatoire. Sa façon de se mouvoir indiqua à Alhya qu’il s’agissait de 308. Alhya changea de posture. Elle se leva pour se tenir droite, presque au garde-à-vous.



Alhya acquiesça et ferma sa bouche. Le grand frère plissa les paupières puis se tourna vers 308.



Il y eut un petit silence puis :



Grand frère se tourna vers Alhya et la déshabilla du regard.



Grand frère acquiesça.



Les deux paires d’yeux en même temps ? Saurait-elle rester concentrée malgré cela ?



Alhya grimaça puis s’exécuta.



308 ne répondit rien. La situation se suffisait à elle-même. Grand frère l’observa un instant tandis qu’elle peinait, les pompes n’étant pas son exercice préféré, puis redonna son attention à son frère.



308 ricana.



Grand frère tressauta puis plissa les paupières en serrant les dents.



Alhya et 308 choisirent de ne pas répondre à cette question rhétorique.



Grand frère sourit avant de lever ses merveilles vers le ciel.