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n° 23203Fiche technique20165 caractères20165
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Temps de lecture estimé : 14 mn
19/07/25
Résumé:  Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial".
Critères:  #sciencefiction
Auteur : Myhrisse            Envoi mini-message

Série : Spécial

Chapitre 11
Confiance

Résumé des épisodes précédents :

Alhya et 314 commencent à vivre ensemble, et Mahir (l’ancien esclave de 314) devient commis d’Alhya. 314 offre à Alhya des jouets sexuels afin de combler son appétit féroce.




Alhya entendit la porte du restaurant s’ouvrir dans son dos. Elle se tourna et dans le même geste, constata que Mahir, présent à côté d’elle la seconde précédente, n’était plus là.


308 venait d’entrer, vêtu d’habits de spécial mais sans son masque, dévoilant ses magnifiques yeux bleus. Alhya regarda autour d’elle, abasourdie. Mais comment Mahir parvenait-il à disparaître aussi vite ? Où était-il ? Alhya devait s’admettre épatée par l’invisibilité de son commis.



Avait-il mal compris ses refus répétés ? Insistait-il pour passer un moment seul avec elle ? N’avait-il pas saisi qu’il n’y aurait jamais rien et qu’elle ne s’offrirait qu’à 314 ?



Alhya regarda autour d’elle. Il restait encore beaucoup à faire pour le déjeuner et le dîner mais rien d’insurmontable pour une seule personne.



Le jeune homme parut depuis la chambre froide. Il ne pouvait décemment pas se cacher là ! s’insurgea Alhya en pensée. Il devait mourir de froid, le pauvre ! Mahir s’avança, le regard fixé au sol dans une position de soumission humble.



Mahir regarda autour de lui, évaluant les étapes nécessaires puis hocha la tête.



Alhya suivit 308 dehors. Il l’amena jusqu’à son appartement. Il lui proposa de s’asseoir dans le canapé, à côté de lui.



Alhya ricana bêtement.



Alhya leva un sourcil. De ce qu’elle avait constaté dans les jeux, ce n’était pas gagné. Elle préféra changer de sujet.



Alhya avait osé dire « Connard » au spécial nordiste. Elle se mordit la lèvre inférieure de honte. C’était sorti tout seul. Elle ne se contrôlait pas du tout.



Il sortit un petit boîtier d’une de ses poches, l’ouvrit et plaça des lentilles sur ses yeux. Ils devinrent d’un brun classique.



Alhya fit la moue mais ne nia pas.



Alhya acquiesça. Cela lui sembla l’évidence même et pourtant, elle ne l’avait pas fait. Elle avait cédé à sa colère, à son enthousiasme, à ses pulsions. Il ne fallait pas. Se tenir et rester concentrée.



Lui faire peur, voilà ce que l’autre avait essayé. Il avait réussi. Alhya avait essayé de se déconnecter plutôt que de lui faire face. Elle lui avait montré sa terreur, lui offrant une arme. Il ne fallait pas. Garder le contrôle sur ses émotions. Alhya nota cela dans un coin de sa tête.



Reprendre la main en s’offrant du temps. Alhya acquiesça.



Rester vague. Pas de détail. Faire de la politique, en somme. Alhya trouva le concept théorique bon. Le mettre en pratique, en revanche…



Effectuer un retour à l’envoyeur. Alhya en frémit rien que d’y penser. Elle imaginait déjà son tortionnaire la frapper en lui hurlant « C’est moi qui pose les questions, ici ! ». Cela lui sembla soudainement beaucoup plus compliqué. Et puis, quelle question aurait-elle pu poser au nordiste venu l’interroger ?



Alhya hocha la tête. Se taire lui convenait très bien.



Alhya hocha vigoureusement la tête. Voilà qui lui semblait très bien.



Alhya acquiesça. 308 lui proposa quelques jeux de rôle, échanges théoriques. Il lui confia des lectures puis la ramena au restaurant pour le déjeuner. Mahir avait assuré. Tout se déroula sans anicroche.


Alhya passa une heure avec sa psy puis s’appliqua à lire pendant son sport. Elle découvrit un jouet électrique fourni par son compagnon, appréciant le plaisir qui la submergea puis rangea l’appartement avant de rejoindre le restaurant pour finir de préparer le dîner avec Mahir. Le jeune homme montrait un investissement sans faille. Il baissait les yeux, n’osant pas la regarder. Il écoutait ses conseils et les appliquait à la lettre.


Alhya retourna à l’appartement à l’heure où 314 arrivait lui permettant de le mater tandis qu’il faisait son sport.



Ils rirent en se rendant ensemble au restaurant. Après le dîner, les sessions où les sudistes perdirent sans permettre à Alhya d’entrer se succédèrent. Alhya s’endormit avec bonheur entre les bras de 314. Elle prenait son rythme et cette routine lui convenait très bien.


Elle retrouva 308 en milieu de matinée. Il vérifia qu’elle avait compris les notions de base tout en la félicitant de ses lectures. Il appréciait qu’elle s’investisse. Alhya ne comptait pas le décevoir. Elle se sentait bien, à sa place.

Elle passa sa journée entre la confection des repas, son plaisir personnel, la psy, le rangement et le nettoyage de l’appartement. Elle termina, comme d’habitude, par une séance de sport.


314 entra alors qu’elle venait de commencer à courir. Il portait ses vêtements de spécial, à l’exception de son masque qui trônait sur le comptoir de la cuisine.



Dix-sept heures. Alhya en sautilla de joie. Il lui tendit la main. Elle l’attrapa et le suivit tandis qu’il l’amenait dans le salon.



Si 308 ordonnait, elle obéissait. Il ne lui viendrait pas à l’esprit de refuser quoi que ce soit au chef d’escouade, en qui elle avait toute confiance. 314 l’amena dans le couloir puis dans l’ascenseur vers le douzième étage, où Alhya ne s’était jamais rendue.


Ils sortirent pour passer une porte battante dévoilant une salle carrelée proposant des casiers.



Alhya respira. Cela sentait les produits chimiques sans faire écho à rien dans l’esprit d’Alhya. Elle haussa les épaules en secouant négativement la tête.



Elle obtempéra pour le rejoindre à sa demande de l’autre côté, pour le découvrir torse nu, ne portant qu’un caleçon très moulant à la matière lisse. Elle eut immédiatement envie de lui sauter dessus mais le spécial ne semblait pas d’humeur alors elle se retint.


Il la poussa devant lui jusqu’à arriver à une zone de douche au sol trempé. L’escouade au complet se trouvait là, tous dans la même tenue. Alhya se mordit la lèvre inférieure. Tant de beaux corps dévoilés. Elle mata sans vergogne et nul ne lui en tint rigueur, pas même 314 qui lui souriait en se savonnant.


Trempés et propres, ils se dirigèrent vers un coude terminé d’une arche. Alhya regardait le sol glissant, marchant avec attention afin de ne pas déraper. Ce ne fut qu’une fois le groupe à l’arrêt qu’elle se permit de regarder autour d’elle pour découvrir un endroit dont elle ne connaissait l’existence que dans les livres.



Un immense bassin. Un plafond d’une hauteur incroyable. Cet endroit devait prendre trois, peut-être quatre étages à lui tout seul.



Alhya n’en revenait pas.



Ils pouvaient se permettre de privatiser une piscine. Elle n’aurait pas dû en être étonnée. Après tout, cela allait avec le reste et pourtant, elle s’admit agacée.


308 lui fit signe de le suivre au bord du bassin. Elle se plaça à ses côtés devant l’eau transparente.



Figure trois ? répéta Alhya dans sa tête. Qu’allaient-ils faire ?


316 et 310 grimpèrent sur le plus haut plongeoir. La différence de taille et de carrure entre Armoire à Glace et Chouineur sautait encore plus aux yeux dans ce contexte. Ils se placèrent au bord, dos à la piscine et d’un même élan, bondirent, effectuant des mouvements parfaitement coordonnés avant de perforer l’eau à l’exact même moment.



Elle ignorait totalement qu’ils furent capables d’un tel exploit. Elle ignorait même que cela fut possible.



Il monta seul et effectua une chorégraphie. 308 approuva d’un geste. 310 se retrouva en binôme avec 312. 316 réalisa une figure seul à la perfection. Les sauts s’enchaînèrent. 308 reprenait si besoin, corrigeait ou félicitait.


Les gars sautaient puis nageaient vers le bord, sortaient, rejoignaient le plongeoir, grimpaient puis sautaient. Alhya ouvrit des yeux incrédules. Quelle dépense d’énergie ! 314 avait précisé qu’ils faisaient cela tous les jours. Et en rentrant, il faisait encore du sport sur un tapis roulant tout en répondant à des questions professionnelles ? Alhya se sentit incapable d’atteindre un jour un tel niveau physique.



Il attrapa Alhya et la posa en travers de son épaule sans sembler peiner malgré le poids.



Elle ne voulait simplement pas monter sur le plongeoir, et encore moins sauter.



Rien à faire. Impossible de lui faire lâcher prise. Il arriva en bas de la haute échelle et commença à grimper, une main la tenant et l’autre bondissant afin de monter. Alhya s’en pétrifia de terreur. Au lieu de continuer à chercher à le fuir, elle s’accrocha à lui, lui permettant de récupérer sa seconde main pour une montée bien plus sécurisée. Une fois arrivés en haut, il la déposa sur le plongeoir, se plaçant entre elle et l’échelle, lui barrant le passage.



Alhya sentit son sang se glacer. La peur s’empara d’elle, faisant blêmir son visage.



Alhya osa un regard vers le bassin. Les quatre hommes se trouvaient dans l’eau, en demi-cercle autour de la zone d’arrivée.



Sa voix tranchante, son regard bleu devenu acier… Ce n’était pas l’homme mais le chef de l’escouade. Ce n’était pas l’homme mais le spécial. Il la mettait à l’épreuve. Un genre de bizutage. Une épreuve de confiance. Un test d’entrée. Si elle réussissait, elle le sentait, elle ne serait définitivement plus une esclave. Pas l’une des leurs non plus – le législateur ne le permettrait pas – mais une sœur, dans leur cœur.


La confiance qu’elle leur portait était totale. Elle serait prête à leur confier sa vie. C’était le moment de leur prouver. Sans eux, le saut signifierait probablement sa mort.


Alhya s’approcha du bord du plongeoir et regarda en bas avec appréhension mais portée par la certitude qu’ils prendraient soin d’elle.



Alhya acquiesça. Elle comprenait.



Alhya regarda en bas, croisa le regard encourageant de 314, bienveillant d’Armoire à Glace et sans faille de Balai dans le cul. Elle sauta. Son estomac eut à peine le temps de remonter que ses pieds crevèrent la surface. Elle se retrouva engloutie. La terreur grimpa. Comme annoncé par 308, elle remonta toute seule vers la surface où Chouineur l’attrapa. Elle s’accrocha à lui tandis qu’il la ramenait vers le bord.



Elle ne répondit rien, se contentant de s’accrocher au bord, haletante, attendant que l’adrénaline retombe. Un « plouf » indiqua que 308 venait de réaliser son saut puis tous sortirent de l’eau. Alhya suivit le mouvement vers les douches.


Ils furent stoppés par l’apparition d’un homme d’une trentaine d’années, bien bâti, la mâchoire carrée, rasé de près, pieds nus, portant un short bleu et un tee-shirt blanc sans inscription. Les bras croisés, il toisa les six visiteurs.



Alhya se figea.



Le visage d’Alhya passa au coquelicot. Une honte intersidérale s’empara d’elle. La culpabilité lui comprima la poitrine. Elle n’avait pas une seule seconde pensé aux autres utilisateurs et pourtant, la remarque se tenait. Comment ne pas admettre qu’ils avaient merdé et que les suivants seraient en droit de se plaindre ?


Et pas moyen de réparer cette bêtise en nettoyant l’eau ! Des litres d’un liquide si précieux venaient d’être gâchés. Alhya s’en voulut plus que jamais.



Le maître-nageur la détailla de la tête aux pieds. Trempée, Alhya baissa les yeux de honte en se tortillant de malaise.



308 hocha la tête. Le maître-nageur s’effaça, laissant passer l’escouade trempée vers les douches, qu’Alhya ne prit qu’une fois rentrée à la maison. Qu’elle mouille l’ascenseur et les couloirs au passage ne la gênait pas plus que ça. Une fois propre, sèche et habillée, Alhya rejoignit 314 dans la salle de sport où elle le mata. En se rendant dans le restaurant, Alhya demanda :



Alhya ricana.



Alhya pencha la tête, plongée en pleine réflexion. Ses pensées furent coupées par la nécessité du service. Heureusement, Mahir avait assuré. Tout était prêt. Le commis était une vraie perle.