| n° 23207 | Fiche technique | 20372 caractères | 20372 3410 Temps de lecture estimé : 14 mn |
21/07/25 |
Résumé: Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial". | ||||
Critères: #sciencefiction | ||||
| Auteur : Myhrisse Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Spécial Chapitre 13 | Fin provisoire |
Résumé des épisodes précédents :
Des spéciaux ont enlevé Alhya et Mahir. Grâce à l’entraînement réalisé avec 308, Alhya maîtrise l’interrogatoire. Afin de convaincre les nordistes qu’aucune triche n’est à l’œuvre, elle s’apprête à affronter un spécial nordiste.
Alhya n’appréciait pas de se trouver ainsi au centre de l’attention. Vêtue de la simple tunique fournie par les spéciaux lors de leur arrestation au restaurant, elle se sentait déshabillée du regard par l’assemblée. Toute l’escouade se trouvait là, ainsi que Grand frère et trois autres personnes, deux hommes et une femme. Tous portaient leur masque. Le visage d’Alhya était le seul visible, augmentant son malaise, probablement voulu.
L’autre hocha la tête.
Alhya acquiesça. Cela ne la dérangeait pas. Elle avait appris à agir sur n’importe quelle carte et à s’adapter aux objectifs. Il était loin, le temps où elle n’osait pas tirer sur un adversaire. Aujourd’hui, ses doigts saisissaient les armes et s’en servaient avec aisance et naturel.
Alhya ne put s’empêcher de sourire. Elle tenait enfin l’occasion de le défoncer en tête à tête. Depuis le temps qu’elle rêvait de prendre sa revanche. Elle était consciente qu’il devait en être de même pour lui. Le défi n’en était que plus intéressant.
Alhya sentit son ventre se nouer. L’escouade sudiste, l’escouade nordiste sauf son adversaire, les trois observateurs inconnus et le grand frère de 308. Elle serait observée par pas moins de treize personnes. Elle avait intérêt à faire le vide et à les ignorer sans quoi elle perdrait tous ses moyens.
Le plus difficile restait le regard de 308 sur elle, derrière son masque. Elle tenait à le rendre fier. Qu’il soit déçu la plongerait au fond des abysses océaniques.
L’observatrice lui tendit une paire de lunettes. Pas la sienne. Une neutre. Impossible de l’avoir truquée. Son adversaire recevrait sa jumelle. Le jeu se déroulerait sur un serveur interne, uniquement déployé pour cette session extraordinaire. Toutes les précautions pour éviter une quelconque triche avaient été déployées. Ne restait maintenant à Alhya qu’à gagner contre un spécial formé depuis ses six ans. Les doigts dans le nez !
La première session se lança. Duel. Chacun avait reçu l’ordre de tuer l’autre. Aucune description de l’adversaire. Il fallait reconnaître son ennemi dans la foule et le tuer, avec ou sans discrétion. Alhya avait l’avantage. Non spéciale, elle se déplaçait comme n’importe qui.
Elle se choisit une identité masculine, un beau gosse crâneur. Elle s’installa en terrasse et dragua une femme se relaxant seule. La bot répondit favorablement à son approche lourdingue – il fallait l’être pour que l’ordinateur interprète correctement la tentative de séduction. Alhya s’installa et poursuivit, tandis que la bot gloussait en retour et se trémoussait de manière ridicule. Alhya reconnut son adversaire dans la foule – il n’avait même pas changé son visage. Elle le laissa la frôler dans le dos puis dégaina son petit pistolet glissé dans sa ceinture – seule arme achetable après un tel déguisement, visa la tête et tira, dans un geste fluide et sans hésitation. La bille de peinture l’atteignit sur l’arrière du crâne. Il mourut sans même l’avoir vue.
La salle de jeu revint. Alhya s’assit en tailleur et se relaxa. Elle n’enchaînait jamais les séances, d’habitude. Elle parvenait à suivre une sur deux mais préférait nettement ne participer qu’une fois sur trois. Après une telle démonstration, elle allait dormir trois jours de suite.
Surtout que gérer l’interrogatoire lui avait demandé pas mal d’énergie. L’enchaînement requerrait qu’elle puise dans ses réserves, attitude dont elle n’avait pas l’habitude, pouvant normalement gérer ses journées à son rythme.
Un décompte la fit se relever. Nouvelle partie. Vol. Chacun possédait un objet qu’il fallait protéger. Chacun devait voler celui de l’autre. La partie ne s’arrêtait qu’une fois un objet volé déposé au bon endroit – ou l’un des deux morts. Alhya ayant du mal à tenir la distance, elle allait devoir attaquer, laissant son objet disponible pour son adversaire qui pouvait aussi choisir d’attendre qu’elle lui passe sous le nez.
Alhya choisit de ne pas changer son visage et se contenta de prendre le tournevis ultra silencieux. Elle entra par les égouts, remonta, emprunta une grille d’aération, choisit le chemin le plus court pour arriver en un temps record dans la pièce où l’objet était caché. Alhya constata que son adversaire se trouvait là. Il déplaçait des meubles, probablement dans l’espoir de se créer une cachette pour la surprendre.
Dès qu’il lui tourna le dos, Alhya descendit et s’approcha de lui par derrière. Alors qu’elle tendait la main pour lui subtiliser son arme, il esquiva et l’attrapa. D’un geste souple longuement travaillé avec 314, elle s’échappa, attrapa l’arme de son adversaire et tira en plein cœur, les yeux dans les yeux. Cette fois, il l’avait vue. Elle l’imagina aisément hurler de rage dans sa pièce.
Alhya garda la tête froide. Encore une victoire et elle gagnerait. Après tout, sur cinq manches, trois suffisaient à assurer le gain. Alhya médita. Ne pas crier victoire trop vite. Ne pas sous-estimer l’adversaire qui se battrait comme un lion.
Nouvelle partie. Assassinat. Ils disposaient de la même cible. Le premier à l’atteindre l’emporterait. Interdiction de tuer quiconque d’autre – y compris l’autre joueur – sous peine de défaite immédiate.
L’environnement fit blêmir Alhya. Les deux joueurs se trouvaient côte à côte à l’arrière d’un bateau de plaisance vide, ancré à une centaine de mètres de la côte.
Il l’étudia de la tête aux pieds tandis que le décompte restait figé sur « dix », comme si le jeu refusait de se lancer.
Il l’étudia en plissant les paupières.
Il sourit puis haussa les épaules.
« Un matelas a été installé devant vous. Souhaitez-vous déclarer forfait ? »
Le compte à rebours commença.
À zéro, Alhya plongea. L’eau glacée et salée la percuta de plein fouet. Elle sentit un courant l’emmener, détail qu’elle n’avait jamais appris à gérer en piscine. Elle atteignit la berge des kilomètres plus bas que le point d’ancrage du bateau. À quatre pattes sur la plage, elle secoua la tête en grelottant, toussant et respirant difficilement après un tel effort.
« Défaite », annonça l’ordinateur. Le spécial avait déjà atteint la cible. Alhya secoua la tête en ronchonnant. Elle s’écroula au sol. Impossible de se mettre en tailleur pour méditer. Elle souffrait trop. Le temps de récupération, trop faible pour elle, la mettait en difficulté.
Quand était-il entré ? Alhya l’ignorait.
Alhya gémit.
Alhya banda les muscles et se redressa en tanguant un peu.
Alhya hocha la tête. 308 sortit de la pièce, rejoignant l’autre côté des miroirs sans tain permettant une observation discrète.
Nouvelle partie. Infiltration. Le scénario préféré d’Alhya. Que des adversaires. Son concurrent et elle devaient atteindre un point voulu, le tout sans jamais se faire repérer. Le plus rapide l’emportait.
La plupart des joueurs choisissaient des armes blanches. Alhya choisit de ne rien prendre du tout. À quoi bon s’encombrer ? Alhya savait qu’elle pouvait avancer sans se faire voir. Seul son corps l’encombrait. Il réclamait une pause, et ce alors même qu’il ne s’agissait que d’un jeu vidéo. Certes, elle bougeait mais à peine, l’ordinateur traduisant une infime contraction d’un muscle en mouvement ample dans le jeu.
Alhya était consciente de ses limitations physiques. Dans le monde réel, elle n’arriverait jamais à réaliser les mêmes prouesses. Elle passait tout simplement trop de temps derrière des fourneaux et dans un lit ou un canapé.
Fort heureusement, pas de passage maritime en vue. Scénario de type ville dans un pays chaud.
Elle se donna à fond. Elle sentait venir la limite. Elle risquait la blessure. Elle oublia son corps pour atteindre le point d’extraction en premier. L’écran de victoire lui permit de s’asseoir.
Lorsque la partie suivante – un duel à mort – se lança, Alhya se leva et n’acheta toujours rien. Elle se promena dans le monde, trouva aisément son adversaire qu’elle était censée tuer et réciproquement et s’avança vers lui à terrain découvert, les paumes visibles.
Il la braqua de son arme mais ne tira pas, se demandant probablement ce qu’elle foutait.
Ce disant, elle lui tendit sa main droite vide. Il fronça les sourcils.
Il se crispa puis rengaina son arme d’un geste fluide et souple. Il observa la main tendue mais ne la saisit pas.
Il la transperça du regard puis sourit et serra sa main tendue.
Il rit.
Un silence s’installa puis le nordiste entama un lent strip-tease. Alhya s’en mordit la lèvre inférieure de plaisir. Il proposait un corps tellement parfait. Alhya ne manquait pas d’occasion de mater des spéciaux et pourtant, elle ne s’en lassait pas.
Le nordiste ricana puis retira son dernier habit, offrant sans pudeur une vision de son corps entièrement dénudé. Il n’avait rien dont il put avoir honte.
Il la dévora des yeux en retour. La connexion se coupa. La pièce de jeu reparut sous le regard d’Alhya, dévoilant un 308 levant ses merveilles au ciel.
Elle peinait à suivre la marche lente du chef d’escouade. Fatiguée ? Non. Épuisée ! Il l’amena dans une grande pièce où des sièges en escalier faisaient face à une estrade devant un tableau blanc accroché au mur.
À gauche, l’escouade sudiste discutait, masques en place. Alhya les rejoignit et s’installa à côté de 314 pour se blottir contre son épaule où il l’accueillit volontiers.
Alhya hocha la tête. Rester éveillée allait être difficile mais elle ferait l’effort.
Tout le monde, y compris les trois inconnus et Grand frère, qui se tenait debout contre le mur de gauche, explosa de rire.
Grand frère remua la tête. Elle supposa qu’il venait de lever ses merveilles au ciel. Elle grommela de ne pas pouvoir les admirer.
Les trois spéciaux inconnus se tournèrent vers Alhya, qui ne réagit pas, trop fatiguée pour ça. Grand frère poursuivit :
Alhya envoya un regard interrogateur vers 308.
Alhya sentit son cœur se gonfler. Il l’avait choisie, elle.
La jeune femme en ronronna de plaisir.
La femme cessa sa phrase avant de secouer la tête et de murmurer :
La porte s’ouvrit, dévoilant les cinq spéciaux nordistes masqués. Ils s’avancèrent.
Les spéciaux obéirent. Seuls les trois inconnus gardèrent l’anonymat. Alhya n’offrit pas un regard aux nordistes. Elle braqua son regard sur Grand frère qui retirait son masque, dévoilant son regard bleu aux pointes de vert. Il se tenait un peu loin mais même à cette distance, elle percevait les reflets azur. Il sentit son regard sur lui, sourit puis s’approcha pour s’installer devant elle et se retourna afin de lui faire face.
Une femme entra dans la pièce, un ordinateur dans la main.
Alhya acquiesça. Le général proposa à la dernière arrivée de s’installer sur les sièges proches des sudistes assis. Les nordistes envahirent les gradins. L’adversaire d’Alhya s’approcha des sudistes qui lui dégagèrent volontiers une place près d’elle.
La femme sortit un boîtier et le tendit à Alhya.
Alhya offrit volontiers la forme de sa main, sa paume et ses empreintes digitales, l’appareil prenant tout en même temps.
La femme pianota puis annonça :
Elle farfouilla quelques instants puis expliqua :
Quel rapport ? se demanda Alhya.
La femme tenta avant d’indiquer que c’était possible.
Alhya saisit la main de 314. Se passait-il vraiment ce qu’elle pensait ? Cet homme masqué était-il en train d’officialiser la fin de son esclavage ? Quelques doigts pianotant sur un ordinateur suffisaient-ils vraiment à faire ça ? Alhya ne put empêcher une larme de joie de couler. 314 lui rendit la douce pression.
Tandis que la femme pianotait, Alhya prenait conscience de ce qui se produisait. Le général venait-il vraiment de faire d’elle une spéciale ? Passive, certes, mais quand même !
314 serra sa main tandis qu’Alhya respirait sans avoir pris conscience d’avoir retenu sa respiration.
Ils grognèrent leur assentiment.
Main dans celle de sa compagne, 314 déposa un baiser sur sa joue. Elle se tourna vers lui, l’embrassa tendrement avant de sombrer sur son épaule dans le sommeil du juste, sous les rires de l’assemblée.