| n° 23195 | Fiche technique | 20874 caractères | 20874 3553 Temps de lecture estimé : 15 mn |
15/07/25 |
Résumé: Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial". | ||||
Critères: #sciencefiction | ||||
| Auteur : Myhrisse Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Spécial Chapitre 07 | Épisode suivant |
Résumé des épisodes précédents :
Le chef des spéciaux sudistes, 308, confronte Alhya et lui propose de devenir leur cuisinière attitrée, proposition qu’elle accepte sans discuter.
Les hommes s’assirent autour de la table. Les chaises n’étaient pas très confortables mais dans le futur restaurant, il en serait autrement. Alhya demanda à suivre la session.
Elle s’installa dans le canapé, loin des hommes qu’elle laissa jouer. Ils échangeaient à voix haute.
Tous approuvèrent. Alhya grimaça. Ils semblaient contents. Pourtant, ils continuaient de perdre. Trois à zéro pour l’instant. Ils se faisaient rétamer. Nouvelle session. Prise d’otage. Les autres jouaient les preneurs d’otage. Ceux chez Alhya devaient en libérer un pour gagner.
Sauf qu’impossible pour les spéciaux du sud de s’approcher du local. Les autres gardaient les entrées possibles. Deux sudistes étaient déjà tombés sous leurs tirs d’une précision redoutable. Alhya observa la scène puis demanda à voir le plan, informations dont tout le monde disposait.
Alhya se leva et fit signe à l’Armoire à glace, déjà sorti pour cause de décès prématuré, de la rejoindre.
Il déplaça les meubles sans peiner, offrant à Alhya sa zone de jeu.
Il resta muet.
La jeune femme se retrouva propulsée dans l’environnement virtuel. Alhya se retrouva devant le choix des objets de départ. Sans hésiter, elle choisit le tournevis ultra silencieux. Il lui coûta tout son crédit, lui interdisant le port de la moindre arme. Elle s’en fichait. Contre des spéciaux, elle n’avait aucune chance si elle les prenait sur leur terrain. Sa spécialité : l’infiltration.
Alhya se dirigea vers la bouche d’aération. Au-dessus d’elle, un spécial observait par la fenêtre. Si elle avait essayé d’entrer par là sans le tournevis silencieux, il l’aurait entendue. Les spéciaux ne s’attendaient pas à ce que quiconque utilise cet outil. Se promener sans armes ? Il fallait être complètement fou pour faire ça.
Alhya retira la grille dans le plus grand silence et s’engouffra dans le tunnel.
Alhya glissait dans les couloirs. Elle aperçut trois spéciaux nordistes, tous de dos. Elle était arrivée en plein milieu de leur complexe, censé être inviolable. Ils ne s’attendaient à se faire infiltrer et ne surveillaient donc pas leurs arrières.
Alhya poursuivit son avancée silencieuse vers la zone des otages, choisissant volontairement le plus éloigné qui, sans surprise, n’était pas sous surveillance. Les spéciaux ne voyaient pas l’intérêt de perdre un homme à veiller sur un otage inatteignable de toute façon.
Alhya s’accroupit devant l’otage qu’elle savait être géré par l’ordinateur. Elle mit son doigt devant le bouche et dit « chut » avant d’attendre trois secondes. Le bot hocha la tête, signe qu’il avait compris.
Il se leva et rejoignit l’Armoire à glace qui suivait Alhya des yeux, restant en dehors du carré nécessaire à ses mouvements.
Alhya, qui avait mémorisé le plan du complexe de ventilation, amena son boulet informatique, par gestes, jusqu’à la zone d’évacuation des otages. Elle l’atteignit par en haut. Pour descendre, il fallait sauter, ce que l’otage était programmé pour refuser de faire. Alhya s’accrocha par les pieds à un tuyau solide et proposa ses mains à l’otage. Il s’en saisit et la tête en bas, elle l’amena vers le sol. Le bot accepta de sauter. Il se réceptionna sans difficulté et resta là, debout, immobile, le visage dénué d’expression.
Alhya observa le décompte. Il restait trente-deux secondes de temps de jeu. L’otage devait rester sur place quinze secondes pour permettre à l’équipe sudiste de remporter la victoire.
Quatorze. Alhya ne cria pas victoire trop vite. Un spécial nordiste surveillait la zone d’extraction. Il tournait le dos à l’otage. S’il se retournait…
Douze. Il lui suffirait de dire à l’otage de le suivre. Ce que le bot ferait. Le sortir de la zone signifierait leur défaite.
Dix. Normalement, un joueur armé défendrait l’otage. Sauf qu’Alhya ne portait pas d’armes et même si ça avait été le cas, en face à face contre l’un d’eux, elle perdrait.
Sept. Il restait de dos. Il sautillait sur place. Il se croyait vainqueur.
Quatre. Alhya en cessa de respirer. Le cœur battant la chamade, elle se forçait à rester stable. Le sang lui montait au visage.
Une. Ils avaient gagné. Il n’aurait plus le temps de faire sortir l’otage.
Zéro. L’écran de victoire apparut.
Alhya, allongée sur le sol, tous les muscles tendus, hurla de joie. Elle s’assit et cria :
Elle explosa de rire avant de constater les regards incrédules des hommes de la pièce.
L’Armoire à glace reprit sa place à table. Les rôles s’inversèrent. À eux désormais de protéger les otages.
Il se tourna vers elle. Elle lui demandait l’autorisation.
Alhya en sautilla de joie. Tandis que les hommes prenaient place, Alhya resta face à l’écran d’achat qu’elle quitta sans avoir rien pris. Elle se dirigea vers l’otage le plus près de l’entrée, celui que tout le monde visait tout le temps.
Le jeu, très réaliste, permettait n’importe quelle interaction. Tandis que l’otage, un homme, obéissait, l’avatar d’Alhya faisait de même. Le bot resta de marbre face à ce corps nu aux formes parfaites. Après tout, il n’était composé que de 0 et de 1. Réaliste, oui, mais jusqu’à un certain point.
Alhya prit les vêtements de l’otage et les passa. Elle ordonna à l’otage de mettre ses habits, ce qu’il fit. Elle lui ordonna ensuite de s’accroupir à quelques pas derrière, s’assurant qu’il ne sorte pas de la zone délimitée, avant de le recouvrir d’une couverture sombre.
Alhya se plaça à genoux, mains sur la tête, dans la même posture que l’otage et à l’endroit où il se trouvait quelques instants plus tôt. Alhya vit le nombre de joueurs sudistes baisser. Les nordistes passaient à l’attaque et gagnaient. Déjà trois morts de son côté. Les spéciaux, assis à table, ne se tournaient pas vers elle. Ils en profitaient pour revoir les scènes, cherchant à s’améliorer.
Un spécial nordiste apparut devant Alhya qui se força au calme et à l’immobilisme. Première fois qu’elle voyait un adversaire qui, jusque là, restaient invisibles. Yeux bruns, peau ambrée, il arborait un corps aussi parfait que ceux des spéciaux sudistes. Alhya se força au calme malgré son envie de le dévorer tout cru. Gagner, voilà tout ce qui importait.
Il s’accroupit devant elle puis mit son doigt devant la bouche et dit « Chut ». Alhya compta tranquillement – un, deux, trois – puis hocha la tête, comme l’aurait fait un otage bot.
Alhya se figea une demi-seconde avant d’obéir. Elle avait oublié ce léger détail. Les preneurs d’otage pouvaient acheter un traqueur. L’objet déclencherait une alarme dès que l’otage quitterait la zone de départ. Lors de la session précédente, Alhya n’avait pas requis de l’otage qu’il retire ses vêtements. Elle avait eu beaucoup de chance.
Elle retira ses vêtements puis reprit la position, à genoux, mains sur la tête.
Il se tut, probablement rabroué par son chef d’escouade. Le nordiste resta immobile à caresser le corps d’Alhya du regard. Elle n’aurait pas été contre qu’il fasse un peu plus. Il avala difficilement sa salive puis se décida enfin à lui faire signe de bouger.
Alhya peinait à contrôler son corps de manière aussi précise. Elle tenait à ressembler le plus possible à un bot. Entre autre, son visage ne devait montrer aucune expression, rester neutre. Les bots n’étaient jamais essoufflés. Ils suivaient sans rien dire. Comment rester impassible tout en se promenant nue sous le regard brûlant d’un homme ultra sexy ?
Alhya sentait ses muscles tirer. Cette session puisait dans ses ressources. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas joué. Recommencer directement à un tel niveau n’était effectivement pas une bonne idée.
Prenant sur elle, elle conserva son impassibilité. Le spécial l’emmena vers les conduits de ventilation, le même chemin qu’elle avait fait emprunter au bot lors de la session précédente. Il déverrouilla la grille en tirant dessus, faisant énormément de bruit. Nul ne réagit. Alhya entra à sa demande.
Un silence suivit puis :
Son visage n’étant pas visible par son accompagnateur, Alhya se permit de sourire. Il la guida dans les conduits avant de stopper à une intersection.
Tout le sang avait dû affluer ailleurs. Le pauvre homme en avait perdu le plan du complexe de ventilation.
Perdu, pensa Alhya. C’était à droite.
Il se rendit compte de son erreur plus loin. Ils firent demi-tour. Alhya le frôla au passage et elle put entendre sa respiration haletante. Ils parvinrent finalement à la zone d’extraction. Trois joueurs encore en vie du côté sudiste, soit deux spéciaux et Alhya. Cinq chez les nordistes. Combien étaient-ils au départ ? Était-ce la raison de leurs victoires systématiques ?
Comme elle l’avait fait lors de la partie précédente, le spécial nordiste la fit glisser jusqu’au sol avant de rester lui-même dans le conduit, la tête en bas, son arme prête à tirer sur le spécial qui viendrait déloger l’otage.
Quatorze. Alhya se força à rester debout, stoïque, sans bouger, le visage neutre sur la zone d’extraction.
Douze. Un mouvement devant elle attira son attention. Elle reconnut le chef.
Alhya se força à rester calme. D’accord, le chef d’escouade venait de poser ses merveilleux yeux bleus sur son corps nu. Mais il resterait professionnel, non ?
Dix. Le spécial au-dessus d’elle ricanait.
Cinq. Le nordiste sauta au sol.
Deux. Il sautilla sur place en riant.
Zéro. Le nordiste se figea puis regarda autour de lui avec un visage reflétant une totale incrédulité.
Alhya se força à rester stoïque. Surtout, ne pas bouger. S’il comprenait… Elle n’avait aucune envie de mourir, même dans cet univers virtuel. Son esprit risquait le traumatisme à vie.
Il s’écroula. Le chef venait de lui mettre une balle en pleine tête, deux secondes avant la fin du jeu.
L’écran de victoire s’annonça et Alhya s’écroula. Les spéciaux se ruèrent sur elle.
Alhya s’endormit dans les bras de son protecteur.
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Le réveil du lendemain fut compliqué. Percluse de crampes, Alhya peinait à bouger.
Elle passa les commandes alimentaires de la journée et partit se défouler sur le tapis de course. Elle dut admettre que cela lui fit du bien. Elle se sentait mille fois mieux après ces quelques kilomètres.
Les spéciaux vinrent déjeuner et ne lui adressèrent pas la parole, en dehors des habituels remerciements neutres. Alhya ne leur en tint pas rigueur. Ils devaient rester concentrés sur leur journée de travail.
Alhya faisait son sport du soir, le dîner cuisant au four, lorsque la sonnette retentit. Elle alla ouvrir pour découvrir le chef.
Il ne s’offusqua pas du tutoiement.
Elle activa la machine et reprit sa marche ne menant nulle part, sous son regard attentif, profitant de sa présence pour se noyer dans ses yeux bleus.
Alhya hurla de joie. Il sourit en retour.
Alhya pétilla. Elle n’était pas peu fière de les avoir contournés.
Alhya ricana.
Le chef d’escouade venait à la pêche aux informations. Alhya lui décrivit sa façon de procéder. Il l’écouta avec attention puis la félicita.
Alhya en rougit davantage.
Alhya hocha la tête avant de lancer :
Le chef explosa de rire.
Le chef n’en rit que davantage.
Le chef s’en figea.
Alhya avait beau se noyer dans les yeux du chef de l’escouade, son champ de vision lui permit de constater que le pantalon de son interlocuteur se déformait.
Elle haussa les épaules. Il secoua la tête puis demanda :
Le chef grimaça. Cela ne constituait pas un bon souvenir.
Le chef accepta la remarque d’un rictus.
Le chef grommela.
Il y eut un petit silence puis le chef toussota avant de reprendre :
Alhya trouvait que la réponse du chef avait du sens.
Alhya eut soudain chaud partout. Le chef se pencha sur la machine.
Il remit son tee-shirt avant de sortir de la salle en sifflotant. L’entrejambe d’Alhya la brûlait. Elle devait bien l’admettre, le chef n’avait pas totalement tort. Peut-être qu’elle était juste en manque et que 314 ou un autre, peu importait. Elle prit une douche froide pour se remettre les idées en place.