| n° 23189 | Fiche technique | 22025 caractères | 22025 3647 Temps de lecture estimé : 15 mn |
11/07/25 |
Résumé: Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial". | ||||
Critères: #sciencefiction | ||||
| Auteur : Myhrisse Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Spécial Chapitre 03 | Épisode suivant |
Résumé des épisodes précédents :
Alhya découvre le luxe de l’appartement de son spécial nommé 314 et commence à le nettoyer.
À dix-sept heures, l’appartement n’était pas rutilant mais pour un premier après-midi, Alhya trouva ça déjà pas mal. Elle était lasse. Elle avait l’habitude de beaucoup marcher et piétiner dans l’appartement ne lui convenait pas. Avisant le tapis roulant, elle s’en approcha avant de se raviser. Il portait des lunettes de réalité virtuelle quand il l’utilisait. Pouvait-elle faire de même, agrémentant agréablement sa promenade ?
Elle se tourna vers l’étagère pour découvrir deux petits boîtiers. Le premier indiquait 15 S 314. Elle s’en empara mais il refusa de s’ouvrir. Le « S » signifiait probablement Spécial. Le maître des lieux portait probablement le numéro 314 et visiblement, il ne partageait pas son bien. Quant au 15… aucune idée. Elle attrapa le second boîtier. Les lettres Sclave étaient gravées.
En revanche, elle dut s’admettre épatée. Il proposait une paire de lunettes à ses esclaves. Le boîtier s’ouvrit sous sa pression, dévoilant une paire de lunettes similaire à celle du résident habituel. Elle les plaça sur son nez pour découvrir une interface sobre et presque vide.
Un menu déroulant lui permit de choisir le type de voix. Elle choisit « Masculine atonale ». Elle n’aimait pas trop les voix trop humaines.
Le tapis de course s’anima de lui-même.
Elle réfléchit intensément.
Tout en marchant, Alhya réfléchit intensément.
C’était sorti comme ça, tout seul. Elle rougit intensément. La question était probablement beaucoup trop personnelle.
Une liste d’une centaine de fichiers apparut devant ses yeux. Elle sélectionna le premier d’un regard et elle commença à lire, découvrant les règles liées à la création des commandos spéciaux.
L’annonce mit Alhya très mal à l’aise.
Le cœur d’Alhya rata un battement. Cette fois, elle en fut certaine : elle ne sortirait jamais de cet appartement vivante. Impossible qu’on lui offre une telle lecture dans le cas contraire. Les esclaves précédents n’avaient pas été remis en liberté après une vie de bons et loyaux services. Alhya grimaça puis reprit sa lecture, la marche lui faisant énormément de bien.
L’appareil stoppa et son interface virtuelle disparut, faisant apparaître le spécial, devant elle, torse nu en caleçon moulant. Il était rentré. Elle ne s’en était pas aperçue. Ses propres lunettes de réalité virtuelle sur le nez, nul doute qu’il souhaitait obtenir l’usage de la machine. Elle descendit pour rejoindre la cuisine. Le micro-onde annonçait 21 : 17. Elle avait vraiment marché quatre heures ? Elle n’en revenait pas. Allait-il lui reprocher son activité très personnelle ? Pour se donner bonne conscience, elle s’occupa du linge propre et relança une lessive.
Lorsque la sonnette retentit, elle partit ouvrir, toujours couverte du tee-shirt trop grand. Le même livreur lui tendit des sachets en papier, ses lèvres s’étirant dans un sourire satisfait. Elle attrapa la commande que le spécial avait dû passer puis referma la porte. Ce fut à ce moment-là, les mains pleines en direction du salon, qu’elle se rendit compte qu’elle n’avait même pas songé à essayer de profiter de la livraison pour s’enfuir. Le voulait-elle seulement ?
Elle secoua la tête et déposa les paquets sur la table basse. Elle disposa les sushis et se recula tandis que le spécial prenait place sur le canapé, ruisselant de sueur.
Alhya s’assit en tailleur par terre et l’observa. Il maniait des baguettes avec précision. Elle constata l’absence de tout couvert. Elle se releva, se rendit à la cuisine, partit chercher une fourchette puis revint. Un sourire étira son visage quand il la vit utiliser cet outil pour se nourrir.
Il s’adossa au canapé puis disparut dans son monde virtuel. Alhya, qui avait toujours ses propres lunettes sur le nez, murmura :
Par-dessus la réalité dans laquelle elle continuait à manger, un écran apparut. Vêtu d’un vêtement léger de combat, portant une arme à la main et une autre à la ceinture, il avançait dans une ville déserte proposant surtout des ruines, des fontaines désaffectées, des abris bus aux vitres cassées, des poubelles renversées. D’autres hommes l’entouraient, vêtus et armés de la même façon.
Le maître des lieux jouait à visage découvert, le jeu reproduisant son vrai visage à la perfection. Alhya observa les autres joueurs. Ils se ressemblaient tous, comme s’ils avaient été taillés sur le même modèle, ce qui était probablement le cas vu leur recrutement et ce que nécessitait leur formation.
Tous caucasiens, ils portaient les cheveux bruns. Avançant de manière coordonnée, ils échangeaient par gestes. Les muscles du spécial, devant elle, sur le canapé, tressautaient en même temps que son avatar bougeait.
Alhya dut s’admettre impressionnée. Un des joueurs – seul chauve, il se tenait très droit là où les autres ressemblaient davantage à des félins – tira. La détonation fit sursauter Alhya qui ne s’y attendait pas. Pas un simple « pok » comme dans les films. Une vraie détonation. Réaliste. Alhya en frémit de partout. Le chauve s’écroula, son corps mou prouvant que son balai dans le cul venait de lui et non d’un problème physique ou technique. Une tache bleue couvrait sa veste.
Alhya hocha la tête. Elle le comprenait aisément.
Une bille de peinture en pleine tête le fit taire. Ne restait plus que trois membres. Alhya ne voyait même pas les adversaires. D’où tiraient-ils ? Elle l’ignorait.
Sa voix dut être relayée car le plus baraqué répondit :
Alhya observa cet homme. Vu sa carrure, deux Alhya auraient pu entrer dans son tee-shirt. Elle resta muette de stupéfaction. L’armoire à glace attrapa son arme et traversa la route tandis que le maître d’Alhya tirait vers une zone dans laquelle, aux yeux d’Alhya, ne se trouvait rien. L’allié traversa la rue mais il s’écroula à peine de l’autre côté.
La caméra tourna vers ce membre d’escouade et Alhya se figea. L’espace d’une seconde, elle avait aperçu ses yeux… d’un bleu profond. Alhya fondit. L’homme se retourna pour partir devant et celui dans le canapé lui emboîta le pas. Tout pour qu’il se retourne ! Qu’elle puisse revoir ses merveilles. Peine perdue. Ils se firent descendre avant même qu’elle ait pu les revoir.
Une nouvelle session reprit, aux règles différentes. Cette fois, ils étaient prisonniers et devaient s’échapper. Elle profita des rares moments où la caméra offrait un plan sur les yeux bleus de celui qui, si elle avait bien compris, portait le titre de chef d’escouade. Alhya admira les gestes souples et fluides des membres de l’escouade, leur coordination. Malgré cela, ils perdirent encore.
Lorsque le spécial retira ses lunettes, son équipe comptabilisait deux victoires contre sept échecs. Le district nord venait de leur mettre une sacrée raclée.
Tandis que le maître des lieux allait prendre sa douche, Alhya ramassa les restes du repas, les mit à la poubelle puis nettoya la table basse avant de partir se brosser les dents puis de le rejoindre dans le lit. Tandis qu’il dormait le nez enfoui dans ses cheveux, Alhya réfléchit. Quand il rentrait, il faisait du sport pendant lequel il travaillait. Il mangeait tout en regardant les informations puis il jouait à un jeu vidéo destiné à lui permettre d’améliorer ses réactions au combat. Quand prenait-il une pause ?
Elle s’éveilla un peu après dix heures, en pleine forme. La salle de bain fut son combat de la matinée. Elle se commanda un déjeuner – poisson et légumes – qu’elle dégusta avec grand plaisir. Le début d’après-midi fut réservé au réfrigérateur et au congélateur. Obtenir leur propreté nécessita des trésors de patience et d’acharnement mais au final, ils furent utilisables. Ne restait qu’à les remplir.
Alhya passa des commandes qu’elle rangea, l’obligeant à ouvrir les placards afin de donner une place à chaque chose. Elle découvrit, stupéfaite, que le placard le plus proche de l’entrée n’était pas vide. Il contenait quatre boîtes à biscuits en fer. Curieuse de mieux connaître les goûts de son hôte, elle se saisit de la première et l’ouvrit.
Difficile, pour quelqu’un d’en bas, de ne pas reconnaître les petits sachets, certains contenant des gélules, d’autres des comprimés et les derniers, de la poudre. L’argent liquide avait disparu depuis longtemps alors quand on n’avait pas la chance d’avoir de quoi renflouer son compte en banque pour payer en carte, on pratiquait le troc, comme Alhya au supermarché. Une monnaie en valant bien une autre, la drogue n’avait pas mis longtemps à devenir la devise d’échange la plus répandue. Les gélules pouvaient être comparées aux centimes. Les comprimés aux unités. La poudre, quant à elle, valait facilement cent comprimés. Or la boîte débordait de sachets de poudre et il en possédait quatre comme celles-là. Alhya la remit en place avant de continuer à ranger les courses. Après tout, un peu plus ou un peu moins…
Une fois ses corvées terminées, elle se rendit dans la salle de sport.
Alhya poursuivit sa lecture des textes concernant les spéciaux. Elle savait désormais comment ils étaient recrutés et leur lieu de formation. Elle venait de terminer la première moitié du contenu de leur programme d’entraînement que l’ordinateur bipa avant de stopper le tapis roulant.
Alhya se rendit en cuisine. Elle prépara une salade complète – pâtes, œufs, endives, tomates, pomme, raisins secs, cerneaux de noix, fromage et lardons. Une salade de fruits et une tarte aux pommes – industrielle, elle ne savait pas en faire elle-même mais comptait bien apprendre – accompagnèrent le plat.
Lorsqu’il arriva, elle coupait les fruits sur un plan de travail de la cuisine. Il s’approcha par-derrière, passa une main sous le tee-shirt pour caresser le ventre et déposa un baiser sur son cou.
Il s’éloigna pour rejoindre la salle de sport. Le cœur d’Alhya battait la chamade. Le contact chaud de sa main sur son ventre lui manquait et que dire de ses lèvres sur sa nuque ! Le ventre brûlant, elle termina la salade de fruits puis disposa le dîner agréablement sur la table basse.
Il s’installa et tandis qu’il regardait les informations, dégusta sa préparation sans rien dire, concentré sur les nouvelles. Dès qu’il vidait son verre, elle le remplissait, ayant amené une carafe d’eau remplie au robinet.
Elle se leva pour se rendre en cuisine. Elle avait fait cuire trop de pâtes. Tant mieux. Elle mit le reste dans une assiette qu’elle recouvrit d’emmental râpé, fit réchauffer le tout au micro-onde avant de la lui apporter dans le salon.
Il se jeta sur l’assiette et son râle de contentement indiqua qu’elle avait bien compris le message. Il avait besoin de beaucoup plus de nourriture. Une fois l’assiette terminée, il activa le jeu vidéo d’entraînement. Alhya lança le visionnage tout en dégageant la table basse et en faisant la vaisselle.
Elle s’installa face au propriétaire des lieux pour le mater tandis qu’il jouait. La session se termina cette fois sur une égalité parfaite.
Le lendemain, elle avait fini de s’occuper de l’appartement en milieu de matinée. Si on s’en occupait au jour le jour, il n’y avait pas tant que ça à faire.
Elle commanda de quoi faire le repas et prépara le dîner en suivant à la lettre les instructions de son écran virtuel, se découvrant adorer cuisiner, chose qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de faire.
Pour le déjeuner, elle se contenta d’une salade, d’un yaourt et d’un fruit. Le dîner serait conséquent et vu le petit-déjeuner qu’elle s’était permis – elle craquait sur les viennoiseries – elle pouvait se permettre un repas léger en milieu de journée.
Se souvenant ses gestes intimes à son retour la veille, Alhya déroula le menu des vêtements depuis ses lunettes de réalité virtuelle reliées à l’écran de contrôle. Après tout, elle portait un tee-shirt à lui. Pourquoi ne pas se faire livrer des habits pour elle ? Lorsqu’elle voulut commander une robe, une fenêtre indiqua « Commande interdite ».
Tous les vêtements féminins disparurent à l’exception des culottes et des soutiens-gorge. Ah ouais, pensa Alhya. Ben si ça, c’est pas un appel, mon coco, c’est quoi ?
Elle se choisit deux ensembles ultra sexy en dentelles colorées puis avisa les meubles. Le canapé du salon restait confortable mais Alhya avait été incapable de retirer les taches ou de réparer les déchirures. Elle se trouva incapable de choisir parmi l’immense catalogue.
Il venait de choisir le meuble pour elle. Elle soupira d’aise avant de sourire. « Tu seras priée de t’habiller un peu plus ». Il était vraiment jaloux et possessif. Elle valida la commande puis rejoignit la salle de sport.
Elle imita un être fictif, un professeur virtuel la guidant, la reprenant, la félicitant. Lorsque la sonnette retentit, Alhya passa un pantalon appartenant au maître des lieux – dans lequel elle flottait mais au moins était-elle présentable – et ouvrit la porte. Les livreurs entrèrent sur son invitation. Ils furent rapides, cordiaux et professionnels. Pendant qu’ils montaient le meuble, Alhya rangea le reste des courses, livré en même temps, laissant uniquement de côté la lingerie.
Les hommes ressortirent avec le canapé qu’ils placèrent dans un ascenseur dont la porte se referma derrière eux. Alhya avisa la limite entre l’appartement et le couloir extérieur. D’autres portes perçaient les murs à droite et à gauche de ce grand immeuble. A priori, rien ne l’empêchait de s’en aller, d’emprunter l’ascenseur et de rejoindre l’extérieur.
Si elle le faisait, que se passerait-il ? En dehors d’être traquée par le meilleur des meilleurs ? Nul n’échappait jamais aux spéciaux. Être ciblé par l’un d’eux équivalait à une promesse de mort imminente. Elle recula d’un pas et referma la porte, plus consciente que jamais de son emprisonnement.
Certes, la cage était dorée et l’extérieur franchement pourri, mais il n’empêchait qu’elle n’avait pas choisi d’être là. À bien y penser, elle n’avait pas choisi non plus d’aller dans un foyer ni de se retrouver à la rue. Personne ne lui avait jamais demandé son avis sur rien. Elle subissait la volonté des autres, de la société et maintenant, d’un homme. Elle essuya la larme qui coulait sur sa joue. Elle ne lui en voulait pas à lui. Le système lui donnait envie de gerber. Qu’il en profite ne la dérangeait pas outre mesure.
Après tout, sa vie à lui ne semblait pas plus heureuse. Il travaillait tout le temps. Vie de merde.
Elle retira le pantalon trop grand pour elle puis retourna dans la salle de sport, seulement vêtue du tee-shirt dans lequel elle flottait. L’ordinateur lui permit d’entrer dans le jeu, la faisant sautiller de joie. Au niveau débutant, elle devait réellement bouger pour contrôler son avatar. L’ordinateur modifiait légèrement sa perception pour qu’un carré de quatre mètres de côté suffise à la faire se déplacer dans un univers infini mais elle n’était pas encore prête à jouer assise.
Elle adora la sensation de liberté que le jeu offrait. En revanche, même au niveau 1, elle perdait. Elle ne luttait contre personne. Elle devait juste trouver un objet caché dans le monde et cela, en temps limité. Le décor l’obligeait à grimper, courir, sauter, ramper, se faufiler. Exténuée, elle fut ravie que l’ordinateur mette fin à la session, l’arrivée du spécial étant imminente.
Elle prit une douche rapide puis enfila l’ensemble violet à dentelle avant d’aller réchauffer le dîner préparé le matin. Cette fois, elle l’entendit entrer mais fit celle qui n’avait rien remarqué. À nouveau, il s’approcha d’elle dans son dos avant de la serrer contre lui, une main sur son ventre, ses lèvres déposant un doux baiser au creux de son cou.
Il la félicita pour le dîner et ils dormirent ensemble sans qu’il ne tentât rien à son égard.
Alhya rentra dans la routine. Le matin était réservé à l’appartement : nettoyage, rangement, lessive, cuisine. En début d’après-midi, elle se musclait et s’échauffait tout en lisant les textes de loi.
La personne ne devait pas appartenir à la haute société, être saine d’esprit et de corps, avoir un casier judiciaire vierge, être majeure, ne pas avoir quiconque à charge – ni parents, ni conjoint, ni enfants – posséder moins de dix mille crédits sur son compte en banque, ne pas être propriétaire d’un bien immobilier, ne pas être endettée et ne pas être engagée dans la vie politique, associative ou religieuse de son district.
Alhya jugea que cela limitait considérablement le nombre de cibles potentielles. Elle se renfrogna en grommelant. D’un geste, elle ferma le fichier confidentiel puis lança de la musique l’aidant à se concentrer sur ses gestes. Le professeur reprit sa leçon et Alhya s’y plongea pour oublier.