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n° 23187Fiche technique21984 caractères21984
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Temps de lecture estimé : 15 mn
10/07/25
Résumé:  Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial".
Critères:  #sciencefiction
Auteur : Myhrisse            Envoi mini-message

Série : Spécial

Chapitre 02
Luxe

Résumé de l’épisode précédent :

Alhya est enlevée par un spécial, 314, et devient son esclave personnelle dans son luxueux appartement, soumise à trois règles strictes.




La cuisine brillait surtout par sa saleté. Des monceaux de restes de repas jonchaient le sol et les plans de travail. Le frigo contenait de la moisissure qui semblait s’y complaire. La porte ouverte du réfrigérateur répandait une odeur pestilentielle dans la cuisine si bien qu’Alhya la referma bien vite.


L’immense pièce à vivre proposait une table ronde en verre et des chaises assorties. Cela aurait pu être joli si les déchets et les vêtements sales ne les recouvraient. Un canapé – sale, taché et déchiré – dénotait. Aucun objet ne se trouvait dessus, seul mobilier épargné. La table basse devant faisait triste mine. La télévision – seul objet d’une propreté exemplaire – attendait que son propriétaire vienne l’utiliser. Quelques meubles bas agrémentaient l’ensemble mais Alhya ne les ouvrit pas, préférant d’abord découvrir la disposition globale.


La porte la plus proche de l’entrée dévoila une buanderie. Machine à laver, sèche-linge et d’autres objets technologiques dont Alhya n’était pas certaine de l’usage. Les placards contenaient des torchons, des produits de nettoyage, des gants, des seaux, des pelles et des balais divers et variés. Le nécessaire était là. Restait à s’en servir et il semblait évident que le spécial ne comptait pas faire ça lui-même.


Alhya ressortit un peu renfrognée. La porte suivante dévoila une immense chambre. Un lit double – aussi grand que le salon de sa maison familiale – avait proposé des draps et des oreillers propres, au moins mille ans plus tôt. Le dressing s’avéra vide. Des cintres, des tiroirs, tous vides.


Une porte ouvrait sur une salle de bain telle qu’Alhya n’en avait jamais vu. Une vaste douche et une baignoire, un lavabo immense, du carrelage rose doux, des produits de beauté divers et variés. C’était sale mais pas le moindre déchet ou vêtement sale à l’horizon.


Derrière la porte, Alhya découvrit des toilettes. Sa vessie affaiblie par le stress réclama d’être vidée. La jeune femme observa la lunette à moitié jaunie, recouverte de traces et l’intérieur dégageant une odeur peu engageante. Alhya se libéra tout en se promettant de mettre cet élément-là en priorité haute.


Alhya traversa la chambre pour se rendre dans la dernière pièce de l’appartement. Il avait dit d’être invisible. Lui en voudrait-il de simplement venir voir ce dernier bout de terrain ? Elle décida de prendre le risque.


Depuis la salle à manger, elle voyait l’intérieur de la pièce et elle se figea, incapable de détacher les yeux du spectacle. Il courait sur un tapis roulant, ses mains manœuvrant deux poignées en rythme. Torse nu, ses muscles roulaient avec l’aisance de l’habitude. Pieds nus et en boxer, il respirait en rythme, la sueur dégoulinant par endroits.


Alhya se serait volontiers mordillé la lèvre inférieure si le bâillon ne l’en empêchait. Il lui avait dit d’être invisible. Elle ne le dérangeait pas en le matant, si ? Alors qu’elle se tenait nue devant lui, il l’ignorait superbement. Elle s’approcha silencieusement pour se rendre compte qu’il portait des lunettes légères. Sur les verres, elle perçut des mouvements et elle blêmit. Il s’agissait de lunettes de réalité virtuelle.


Elle n’en revint pas. Réfrigérateur double, congélateur, four, micro-onde, plaques de cuisson à induction, machine à laver, sèche-linge, télévision, tapis roulant et maintenant, lunettes de réalité virtuelle ? Cent vies n’auraient pas suffi à un travailleur d’en bas pour s’offrir ça et c’était sans compter l’appartement en lui-même, assez grand pour accueillir dix familles entières.


Alhya constata que la pièce contenait d’autres machines permettant de faire du sport. Elle s’éloigna pour réfléchir. Par quoi commencer ? Elle observa la baie vitrée d’où quelques lumières citadines, surtout des phares de voitures, brillaient par intermittence.


Vu l’heure, il n’allait pas tarder à aller se coucher. Elle décida de commencer par la chambre. Elle attrapa tous les vêtements sales. Elle fouina dans la buanderie. Elle aurait bien hurlé de joie en trouvant des draps et des taies d’oreiller propres mais le bâillon, toujours lui, la priva de cette possibilité. D’ailleurs, elle commençait sérieusement à avoir mal à la mâchoire. Il avait dit de ne pas le déranger. Elle n’allait pas s’opposer aux règles dès le premier jour. Mieux valait faire profil bas.


Elle retira les éléments sales de la chambre avant de refaire le lit correctement puis lança une machine, restant pour écouter, rassurée par le fait que le lavage se faisait dans le silence le plus total.


Une sonnette retentit. Il ferma la porte de la buanderie où elle se trouvait en passant devant. Il échangea deux mots avec la personne à l’extérieur puis rouvrit la porte de la buanderie avant de disparaître vers le salon.


Alhya l’y suivit. Sur la table basse, il déposa une fine boîte en carton rectangulaire puis s’installa dans le canapé, se fichant de son corps en sueur. Il ouvrit la boîte qui dévoila une pizza au fromage dégoulinant. Alhya avait réussi à manger aujourd’hui alors son estomac ne gronda pas mais le plat lui fit envie. Il alluma la télévision qui diffusa des informations, bien différentes de celles des écrans centraux d’en bas.


Il avait dit de ne pas le déranger. Elle s’éloigna vers la buanderie mais se figea devant la porte menant à l’extérieur. Profitant qu’il était occupé à manger, elle l’étudia. Aucune poignée visible. Pas de bouton. Pas de plaque de reconnaissance d’empreinte digitale ou de lecture d’iris. Elle en conclut que le mécanisme décidait lui-même de s’ouvrir ou pas via une programmation. Elle ne devait pas disposer des droits pour sortir.


Des mains effleurant ses cheveux la firent sursauter.



Il ricana avant de détacher la sangle, libérant la bouche d’Alhya. Elle se garda bien de toute réflexion. Évidemment qu’elle était tendue. Elle venait de se faire kidnapper ! Il y avait de quoi, non ?


Elle se tourna pour découvrir qu’il s’éloignait nonchalamment vers la cuisine. Elle le suivit des yeux en soupirant d’aise. Il ne lui reprochait pas sa visite à la porte d’entrée. Elle l’observa attraper un verre, le remplir au robinet avant d’avaler son contenu.


Alhya en fut muette de stupéfaction. L’eau au robinet était potable. Potable ! Ses parents en parlaient, d’un temps où l’eau potable coulait à profusion, où chacun en disposait librement et sans limites.


Plus personne ne disposait de cela en bas. L’eau au robinet coulait pour se laver le corps, les mains ou nettoyer le linge. On pouvait l’utiliser en cuisine à condition de la faire bouillir. Pour boire, il fallait acheter de l’eau en bouteille. Des associations d’aide en distribuaient aux pauvres, par petites quantités. Alhya en recevait au centre commercial.


Alors qu’il partait vers le salon, un verre plein à la main, l’effleurant au passage sans lui accorder un regard, elle se dirigea en tremblant vers l’évier. Elle se prit un verre, le lava succinctement puis le remplit avant de le porter timidement à ses lèvres. Le liquide transparent s’avéra avoir bon goût et être frais. Alhya en avala trois entiers en soupirant d’aise.



Elle l’y rejoignit. Les lunettes de réalité virtuelle sur le nez, il lui désigna la table basse et annonça :



Il restait deux parts de pizza. Voilà une offre qui ne se refusait pas. Alhya se saisit avec gourmandise du cadeau, utilisant ses doigts – aucun couvert ne se trouvant là, il avait probablement fait de même. Un vrai délice ! Artificiel, industriel, gras à souhait. Du fromage fondu et du bacon, un désastre nutritif mais une drogue pour les papilles.


Sa présence ne semblant pas le déranger, elle resta pour le regarder. Assis dans le canapé, les lunettes activées, il remuait presque imperceptiblement. Ses mains, ses pieds, sa tête, ses muscles tressautaient. Parfois, il grimaçait ou grognait, parfois il souriait. Cette fois, Alhya put s’en mordre la lèvre inférieure et ne s’en priva pas. Il transpirait, preuve que ce qu’il faisait dans cet univers irréel lui demandait effort et concentration.


Elle avait fini de manger depuis longtemps mais elle le matait, caressant des yeux les pectoraux bien formés, les abdominaux saillants, les biceps se contractant. Alhya n’avait jamais eu de relations sexuelles. Non pas que cela ne l’intéressait pas mais au foyer ou dans la rue, difficile de s’offrir sans risque que cela ne dégénère. Mieux valait faire profil bas, quitte à s’ignorer soi-même.


Elle ne ressentait pas de sentiments amoureux pour ce spécial. Elle dévorait son corps des yeux. Elle n’avait pas envie de faire l’amour. Elle crevait d’envie de lui sauter dessus pour le baiser. Elle se renfrogna. Mauvaise idée. Elle était sa prisonnière. Il avait dit qu’elle devait avant tout être invisible. D’accord, mais être au régime n’interdisait pas de regarder le menu, si ? Elle s’installa confortablement et ne le lâcha plus des yeux, satisfaite du paysage.


Il finit par se secouer, comme s’il sortait d’un rêve. Il retira les lunettes puis se leva pour aller les ranger précautionneusement dans leur étui, sur une étagère dans la salle de sport. Ranger une chaussette sale, non, mais les lunettes, oui. Comme quoi il savait faire, quand il voulait. Elle ronchonna en silence.



Il voulait qu’elle l’accompagne. N’avait-il pas dit qu’il s’en fichait d’elle ? N’était-elle pas censée être invisible ? Peu désireuse de mettre en colère le maître des lieux, elle se déplia et le suivit. Après tout, sa proximité ne lui était pas désagréable, surtout ruisselant de sueur.


Dès qu’il fut dans la chambre, il retira son caleçon moulant qu’il jeta au sol. Alhya fut tellement choquée par ce geste d’un érotisme sans nom qu’elle en oublia de se plaindre mentalement du manque de rangement du résident des lieux.


Ses yeux ne parvenaient pas à se détacher de ses fesses sublimes, à tomber. Il entra dans la salle de bain et elle entendit couler l’eau. Elle resta à la porte, ne sachant trop quoi faire.



Venir ? Dans la douche ? Avec lui ?



Sous l’eau ? Avec du savon ? Près de lui ? Alhya se mordit la lèvre inférieure puis craqua. Il s’avéra qu’il avait parfaitement raison : la douche permettait que deux personnes se lavent en même temps sans se toucher et ce fut exactement ce qui se produisit. Ce type avait-il seulement des envies sexuelles ? Si c’était le cas, il le masquait bien.


La douche n’était pas celle de sa maison familiale ou du foyer. Celle-là proposait différents jets. L’eau n’était pas tiède mais chaude, vraiment chaude ! Alhya en ronronna de plaisir. Pouvoir se laver les cheveux, un bonheur sans commune mesure.


Alors qu’il sortait de la douche, ayant fini bien avant elle, elle eut un rapide aperçu sur le sexe mou du résident. Des pénis, elle en avait déjà vu pas mal, la plupart du temps sans l’avoir désiré. Dans l’immense majorité des cas, le bonhomme se soulageait. Dans la rue, l’accès aux toilettes pouvait être compliqué. Moins souvent, Alhya avait été témoin d’actes sexuels plus ou moins consentis. La rue n’offrait pas d’intimité. Quant à la bite de Fred, le vigile du supermarché, elle faisait tout pour ne pas la regarder. Non pas qu’elle fût laide ou que la jeune femme en eût peur ! Elle ne voulait simplement pas que son regard passe pour une invitation à aller plus loin.


Elle trouva plutôt beau celui du résident de cet appartement. Bien proportionné et alourdi de deux testicules symétriques. La mâchoire de la jeune femme se crispa. Sa présence dans la douche n’avait pas l’air de lui avoir fait le moindre effet. Pourquoi en était-elle fâchée ? Si elle l’avait découvert en érection, ça aurait fait quoi ? Elle frémit. Elle aurait eu peur, probablement. Elle se trouva stupide. Tu veux ou tu veux pas ? gronda-t-elle contre elle-même.


Finalement propre, elle sortit de la douche pour découvrir la salle de bain vide. Elle l’avait entendu se brosser les dents et décida de faire de même. Dans un tiroir, elle trouva une brosse à dents encore emballée dans son sachet en papier. Elle l’utilisa, profitant de ce geste, de la sensation de bouche propre.


Enfin, elle sortit pour se retrouver dans la chambre. Il était allongé du côté droit du lit, vers la porte, sous le drap propre. Sur le côté, il était tourné vers elle mais ses yeux étaient fermés. Dormait-il déjà ?


Elle se demanda où elle était censée dormir. Sur le canapé ? Elle se préparait à contourner le lit lorsqu’elle l’entendit lui préciser :



Elle se tortilla. Était-il nu sous les draps ? Avait-il passé un caleçon ? Pourquoi se posait-elle ces questions ? Qu’est-ce que cela changeait ? Ce n’était pas comme si elle avait le choix de toute façon.


Elle le rejoignit sous les draps avec appréhension. Allait-il profiter d’elle ? S’il tentait, elle ne refuserait pas. Non pas qu’elle en eût envie. Certes, il était beau. Dans une autre situation, oui, mais là, tout de suite, elle avait surtout envie de fuir.


Alors qu’elle hésitait quant à la position à adopter, il lui attrapa les épaules et la plaça sur le côté, la tête tournée vers le mur. Il se colla à elle dans le dos, enroula son bras autour de ses hanches, laissant sa main reposer sur son ventre. Il enfouit son visage dans son cou, apparemment peu incommodé par les cheveux lui chatouillant le nez puis s’endormit.


Alhya sentait, contre ses fesses, la chaleur provenant de son colocataire, indiquant par là même qu’il dormait nu. Pourtant, il n’avait rien tenté. Sa respiration calme et son bras lourd sur elle prouvaient qu’il se trouvait entre les bras de Morphée. Comme ça. En un claquement de doigts. Elle qui avait l’habitude de dormir dans la rue, de se réveiller au moindre bruit, dut s’admettre épatée. Elle aurait aimé pouvoir faire de même.


Dans l’obscurité la plus totale de la chambre, son esprit s’apaisa. Visiblement, le spécial ne comptait pas lui faire de mal. Elle se trouvait dans un lit, événement qui ne s’était pas produit depuis sa majorité induisant son départ du foyer. Elle avait chaud, chose rarissime ces derniers temps. L’estomac plein, elle avait bu et s’était même lavé et brossé les dents. Alors d’accord, elle n’était pas venue ici de son plein gré mais s’il lui avait demandé gentiment, qu’aurait-elle répondu ?


Alhya cligna des paupières et fronça les sourcils. Si on mettait de côté la façon fort peu agréable d’avoir été « embauchée », le travail promettait de ne pas être si pénible que ça. Les conditions de vie valaient largement le service rendu. Qui aurait craché dessus ? Entre la rue et ça, le choix était vite vu. Et puis, le résident des lieux n’était pas désagréable. Elle s’endormit sur ces pensées, un léger sourire aux lèvres.


Elle s’éveilla l’esprit embrumé. Elle frotta ses yeux collés. Une forte envie d’uriner la fit se ruer aux toilettes. Lorsqu’elle revint dans la chambre, son esprit saisit qu’elle s’y trouvait seule. Elle sortit pour se trouver éblouie. Le soleil brillait à travers la baie vitrée. Mais quelle heure était-il donc ? Machinalement, elle porta le regard sur son poignet : vide.


Les événements lui revinrent. Le déshabillage en règle devant le supermarché. L’arrivée à l’appartement. Les trois règles. Elle regarda autour d’elle. 14 : 21 indiquait le micro-onde. Alhya mit un instant à intégrer l’horaire. Venait-elle vraiment de dormir plus de quatorze heures d’affilée ? Elle n’en revint pas.


Assoiffée, elle avala deux grands verres d’eau. Son estomac demanda à manger. Elle ouvrit le frigo pour le refermer après avoir été assaillie d’une odeur de moisissure. Ah ouais, c’est vrai, rien de comestible dans le coin.


Elle observa l’appartement autour d’elle. Le rendre agréable, c’était sa mission. Elle soupira puis se rendit dans la buanderie. Le linge propre et sec n’attendait que d’être plié et rangé. Alhya s’y mit. Alors qu’elle pénétrait dans la chambre, le linge propre sous le bras, elle avisa un petit papier sur le plan de travail de la cuisine.


Elle le décrocha et lut : « L’écran près de la porte d’entrée te permet de faire livrer ce que tu veux à l’appartement ». Elle déposa le linge et partit découvrir la merveille.


L’écran s’anima à son contact. Le premier onglet proposait de la nourriture : chaude, froide, solide, liquide, salée, sucrée, fraîche, de base ou préparée. Alhya n’y vit aucune limite. Suivaient d’autres onglets : vêtements, produits sanitaires, meubles, électroménager, voiture, avion ?



Type, modèle, nombre de passagers, durée de vol maximale, l’avion semblait bien réel. Via cette interface, elle pouvait vraiment se faire livrer un avion ?



Elle eut beau chercher, pas moyen de trouver le coût. Elle haussa les épaules puis revint à l’onglet nourriture. Elle avait faim, soit, mais qu’avait-elle envie de manger ? Voilà une question qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de se poser dans sa vie. Elle mangeait ce qu’il y avait, se contentant de ce qui était disponible.


Sans trop y croire, elle sélectionna un croissant. L’écran lui proposa un jus d’orange frais en accompagnement.



Elle valida. « Commande en cours de préparation », annonça la machine. Elle se recula et fronça les sourcils. « Commande en cours de préparation », lut-elle encore. Elle cligna des yeux puis s’éloigna de l’entrée pour retourner à son linge. Le tiroir à caleçons retrouva son usage. Alhya retrouva le bonheur simple de plier du linge.


Elle s’était découverte adorer ça au foyer. Chez ses parents, les vêtements jetés en tas vivaient comme ils voulaient. Au foyer, elle avait découvert son placard aux habits parfaitement alignés. Elle en avait pleuré de joie. Germaine, l’éducatrice en charge du linge, lui avait volontiers appris l’art du pliage du linge. Alhya la rejoignait tous les jours après l’école pour un moment de relaxation, une bulle de bonheur évident au milieu d’un monde gris.


La sonnette la sortit de sa rêverie. Elle retourna vers l’entrée pour se figer devant la porte. Merde. Elle n’avait pas pensé à ça. Elle ne pouvait pas ouvrir la porte. Comment récupérer la commande ?



Un léger grésillement annonçait un relais via un haut-parleur mais sa voix était naturelle, non déformée. Elle gloussa. S’habiller avant d’ouvrir ? Voilà qu’après l’avoir déshabillée, il voulait qu’elle se vêtisse ? Avait-il peur de choquer le livreur, qu’elle se fasse violer ou bien montrait-il par là une certaine forme de jalousie ? Elle n’en sut rien.


Consciente de faire attendre le livreur, elle retourna dans la chambre, prit un tee-shirt et l’enfila. Beaucoup trop grand pour elle, il couvrait l’essentiel. Elle revint vers la porte et celle-ci s’ouvrit, dévoilant un jeune homme portant une tenue de livraison vert et jaune criard.



Difficile de passer à côté de la bosse qui déformait le pantalon du pauvre homme. Alhya attrapa le petit sac en papier.



Alhya dut admettre que dans ce tee-shirt clairement masculin dans lequel elle flottait, elle devait donner une vision ultra sexy. Elle referma machinalement la porte avant de découvrir son cadeau en sautillant telle une enfant le soir de Noël.


Le croissant était tiède. Le jus d’orange frais. Alhya n’en revint pas. Elle dégusta chaque bouchée avec un plaisir non dissimulé. Une fois l’en-cas avalé, elle se tourna vers l’écran près de l’entrée. Pouvait-elle vraiment avoir tout ce qu’elle voulait ? Putain. C’était tentant.


Ne pas s’écarter des trois règles, se rappela-t-elle. Le servir avant tout. Calme-toi.


Elle ramassa du linge sale et lança une lessive. Elle décida de s’occuper des déchets. Elle les rassembla puis se demanda ce qu’elle était censée en faire.



La vache ! Il l’observait sacrément pour quelqu’un qui s’en fichait d’elle. Elle s’approcha du mur en question, trouva la poignée qu’elle tira, dévoila un trou sombre descendant dans les profondeurs du bâtiment. Elle y jeta les boîtes en carton et restes alimentaires divers tout en ronchonnant.



Naturellement, il ne répondit pas. De toute façon, cette phrase ne s’adressait pas vraiment à lui. Elle grommelait pour elle-même. Alors qu’elle mettait un énième carton dans un geste brusque démontrant son agacement, elle se calma tandis qu’une autre pensée la traversait. S’il le faisait lui-même, il n’aurait pas besoin qu’une tierce personne s’en charge et elle serait encore dans la rue, à craindre pour sa vie, pour sa santé, son bien-être. Parce qu’il ne le faisait pas lui-même, elle avait eu accès à une douche chaude, un lit confortable, un dîner, un petit-déjeuner. Elle s’apaisa et continua à nettoyer dans une sérénité totale, plutôt heureuse du résultat.


Ce n’était pas propre mais au moins, le linge sale dormait dans une panière en attendant d’être lavé. Plus aucun déchet n’était visible. Alhya fit la vaisselle – uniquement des verres – puis passa l’aspirateur et la serpillière.


Deux lessives lui permirent d’augmenter encore la quantité de vêtements disponibles dans l’armoire, ainsi que des serviettes de bain. Elle trouva même deux peignoirs doux et confortables fermés d’une ceinture souple. Ils retrouvèrent leur place sur les patères de la salle de bain. Les toilettes reçurent du produit. L’effet fut probant.