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Temps de lecture estimé : 12 mn
12/07/25
Résumé:  Dans un monde futuriste (mais pas trop), Alhya rencontre un "Spécial".
Critères:  #sciencefiction
Auteur : Myhrisse            Envoi mini-message

Série : Spécial

Chapitre 04
Défi

Résumé des épisodes précédents :

Alhya établit une routine de nettoyage et d’entraînement, découvrant des secrets sur les spéciaux.




Alhya augmenta progressivement ses compétences, tant en cuisine qu’en promenade sportive dans le monde virtuel. Elle trouvait les objets à chaque fois si bien que l’ordinateur plaça un adversaire. Au départ, le but était simplement de l’éviter, de se faufiler discrètement, de dérober l’objet sans se faire voir.


Le nombre d’adversaires augmentant, il fallut accepter la possibilité d’un face-à-face. Le professeur d’Alhya lui apprit des gestes de défense, des mouvements pour se libérer en cas de prise, des possibilités de contre-attaque. Si Alhya se montrait douée en infiltration discrète, la défense en revanche lui était impossible. Dès qu’elle se sentait agressée, elle se figeait, incapable de bouger. L’ordinateur avait beau la rassurer en mettant le jeu en pause, en lui rappelant qu’il ne s’agissait pas de la réalité, qu’elle ne risquait rien, pas moyen de se débloquer. Si un agresseur virtuel s’approchait d’elle ou se montrait menaçant, elle perdait tous ses moyens. Qu’une arme sorte et c’était fini.


Pourtant, elle adorait regarder les unités spéciales jouer les unes contre les autres. Quand il s’agissait d’elle, elle ne contrôlait plus rien, rendant impossible son avancée dans le jeu.




Elle venait de finir de préparer le dîner. Normalement, il ne sortirait pas avant une bonne demi-heure. Surprise qu’il lui adresse la parole, elle le rejoignit. Il ne courait pas sur le tapis. Il lui fit signe d’avancer.



Elle obéit volontiers. Il enroula son bras autour de sa gorge, sans serrer.



Elle repoussa son bras et il serra.



Alhya se mit à trembler et perdit tout contrôle sur son corps qui devint mou. Le spécial l’accompagna au sol avec tendresse. Il sortit pour revenir avec un tee-shirt qu’il lui passa avant de l’enlacer tandis qu’elle grelottait.



Alhya fondit en larmes.



Elle hocha faiblement la tête, consciente que le but ne serait pas atteint avant un bon moment.



Elle secoua négativement la tête.



Elle confirma d’un geste.



Elle surmonta son mal pour lui faire face. Il lui attrapa les poignets et la colla contre le mur de la pièce.



Il explosa de rire.



Elle avala difficilement sa salive. Vu comme il lui maintenait les mains, impossible de se déshabiller. Elle se tortilla pour tenter de libérer ses poignets mais évidemment, cela ne servit à rien. Elle se concentra, tentant de se rappeler les bons gestes.



Elle n’avait pas réussi à retirer son tee-shirt que le spécial indiqua qu’il était temps d’aller dîner. Ils avaient enchaîné les positions, debout, couchés, accroupis. Alhya n’en pouvait plus. Elle ne l’avait jamais autant désiré que ce soir.


Il la félicita pour l’excellent repas. Les leçons matinales de l’ordinateur portaient leurs fruits.



Aucune. Elle venait de lui adresser la parole en dehors de la salle de sport et il ne la rabrouait pas. Son esprit en profita pour entamer la danse de la victoire. Il rejoignit ses collègues pour la session du soir. Alhya les regarda. Désormais, elle ne se contentait plus de s’extasier. Elle observait leurs gestes, étudiait leurs mouvements, scrutait leurs réactions, décortiquait leurs actes, décomposait leur gestuelle.


Elle le rejoignit dans la douche et posa une main sur son torse. Il la retira puis souffla :



Il lui saisit le menton pour la forcer à le regarder.



Alhya se plongea dans le regard brun du maître des lieux. Devait-elle lui dire la vérité ou bien lui assurer qu’elle n’agissait que par dévotion pure ? Refuserait-il s’il découvrait qu’elle pensait davantage à elle qu’à lui en le dévorant des yeux ? Était-ce seulement la vérité ?



Il sourit en approchant ses lèvres des siennes. Un détail, et pas des moindres, traversa le champ de vision d’Alhya.



Victoire ! Elle avait enfin réussi à le faire réagir. Il s’approcha encore d’elle et lorsque leurs lèvres se frôlèrent, il murmura :



Vaincre un spécial ? Même pas en rêve !



Il n’empêche qu’il la laissait en plan.



Fut-il réellement sympa les jours suivants ? Alhya n’aurait pas dit ça ainsi. Il ne lui laissa rien passer. Il la reprit sans cesse : l’angle n’est pas le bon, l’ancrage au sol non plus, le centre de gravité décalé. Elle tombait souvent mais ne s’en plaignait pas. Quant au tee-shirt, il ne quittait pas le torse de sa propriétaire.



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Alhya baissa le regard, sentant qu’elle venait de le mettre en colère, pas l’homme mais le spécial.



Avait-il fait ça avec d’autres ? S’amusait-il avec des gens avant de s’en débarrasser ? À combien d’autres femmes avait-il joué son petit jeu ? La frustration la mettait sur les nerfs.



Alhya eut peur d’entendre la suite. Elle ne fut pas déçue.



Sers ou crève. Merveilleux.



Alhya se rembrunit. Il prenait ce qu’il trouvait. Voilà ce qu’elle était : un objet trouvé. Fantastique.



Alhya en resta muette de stupéfaction. Des femmes pensaient réellement qu’un spécial les laisserait l’attaquer sans réagir juste à cause d’une paire de seins et d’une vulve ? Elle trouva ce raisonnement complètement débile.



Ce jour-là, elle avait cru mourir de peur. L’ordinateur lui avait expliqué que les bâtiments étaient conçus pour fonctionner en autonomie, que l’air intérieur était traité et donc mille fois moins pollué que celui dehors, que le chauffage ne s’activait presque jamais grâce à un système précis prenant en compte la fermeture des fenêtres.



Alhya se posait d’ailleurs toujours la question. Ça n’avait pas de sens, après tout ! Les vitres étaient ciselées à l’état microscopique de manière à être hydrophobes. Cela leur permettait de rester propres, rendant inutile de pouvoir les atteindre physiquement.



Le spécial acquiesça de la tête.



Elle en eut la nausée.



Alhya se figea avant de se tourner vers les fenêtres. Ils offraient aux spéciaux un moyen d’en finir, de quitter leur vie de merde pour un monde meilleur. Elle se sentit mal pendant toute la session et eut du mal à s’endormir ce soir-là.



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Elle se tourna et chouina.



Tête de mule ! pensa-t-elle en lui tirant la langue dans le dos. D’accord elle parvenait à se libérer mais jamais assez pour ôter son tee-shirt ensuite. Elle le regarda sortir de la pièce. Qu’allait-il chercher ? Mystère. Elle ronchonna en attendant son retour qui ne tarda pas. Il reprit place dans son dos, plaqua son bras sur son sternum et une sensation froide, reconnaissable entre mille, appuya sur son cou, à droite.


La réaction d’Alhya fut immédiate. Son cerveau cessa de fonctionner et elle s’écroula. Il l’accompagna au sol, lui évitant de se faire mal.



Alhya, les yeux rivés sur l’arme dans la main droite du spécial, se trouva incapable de prononcer le moindre son.



Il lui mit l’arme entre les mains. L’objet, qu’Alhya n’avait aucune envie de saisir, tomba au sol dans un bruit sourd.



Alhya manipula le pistolet. C’était la première fois qu’elle en tenait un vrai dans sa main mais grâce à la réalité virtuelle, elle le mania avec aisance. Elle constata que, en effet, il n’était pas chargé.



Alhya approuvait mais la terreur demeurait difficile à contrôler.



Il rit en retour.



Elle la lui passa en tremblant. Dès qu’il la prit en main, elle se recula alors même qu’il la gardait pointée vers le sol.



Elle acquiesça. Ce n’était pas demain la veille qu’ils coucheraient ensemble s’il restait armé.



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Alhya enrageait. En réalité virtuelle, elle parvenait désormais sans difficulté à se désengager d’un adversaire armé. Sa peur surmontée, elle osait. La première bille de peinture qui l’avait touchée l’avait amenée à pleurer jusqu’au retour du spécial qui avait su la rassurer. Ce truc était tellement réaliste ! Les suivantes se passèrent mieux.


Pourtant, contre lui, impossible de réaliser le geste. Elle bloquait. Il se montrait patient et pédagogue, lui remontrant le mouvement aussi souvent que nécessaire. Elle poursuivait avec acharnement, tout en observant chaque soir les sessions des spéciaux qui, inlassablement, perdaient contre ceux du district nord. Tout juste arrivaient-ils à arracher, de temps en temps, un match nul.


Lorsqu’il rentra ce soir-là, il ne vint pas l’enlacer et l’embrasser dans le cou. Il partit directement en salle de sport et ne l’appela jamais pour leur séance d’entraînement quotidienne. Alors qu’elle s’assit sur le canapé à côté de lui pour le dîner, il souffla :



Alhya avait appris à réagir vite. Le jeu vidéo ne permettait pas seulement d’apprendre à se battre mais aussi à agir vite et bien. Pourquoi la mettait-il à la porte ? Pas le temps de se poser cette question. S’il lui disait de partir, c’était qu’elle devait le faire.


Elle se leva, se rendit dans la chambre, passa un pantalon, attrapa une paire de chaussettes – qu’elle ne mit pas à ses pieds. Trop long. Elle le ferait dans l’ascenseur. Inutile de prendre des chaussures. Aucune ne lui allait. Une veste en revanche, oui. Alors qu’elle se trouvait devant la porte grande ouverte, elle estima qu’il lui restait une minute. Elle avisa le placard contenant les boîtes en fer pleines de sachets de drogue. Elle en attrapa deux sur les quatre et sortit. La porte se referma derrière elle. Elle portait le numéro 314. Ainsi, 314 n’était pas son numéro à lui mais celui de son appartement.


L’ascenseur s’ouvrit pour elle. Elle réclama le rez-de-chaussée. Les chaussettes mises, elle sortit du bâtiment sans croiser personne. Se retrouvant à l’air libre, elle disparut dans les ombres.