L’Illustratrice et son auteur
Annabelle Lajoie et Achille Lefort étaient partis pour Paris. Le contrat de l’écrivain l’obligeait à se rendre en personne à sa maison d’édition tous les trois mois.
C’était également l’occasion de présenter le travail accompli par la nouvelle illustratrice de l’auteur. L’éditeur s’était fait tirer l’oreille, mais son auteur préféré n’avait pas lâché l’affaire. Pour l’instant, seules la couverture et quelques esquisses étaient réalisées. Annabelle avait fait des photos de sa très jolie poitrine. Elle apportait évidemment des dessins et d’autres esquisses. Ses seins exposés en « autoportraits » et des pinces à linge de formes diverses. La plupart des objets étaient en plastique et de plusieurs couleurs, Achille n’étant pas figé sur le fait que la pince retrouvée sur le corps de Cunégonde Lanssac soit de plastique blanc. Il y avait également quelques photographies et dessins du très excitant téton gauche de l’illustratrice, orné de pinces différentes. Il était clair que madame Lajoie avait poussé le professionnalisme jusqu’à payer de sa personne, pour les clichés qu’elle présenterait. Le bourgeon de son sein était parfaitement mordu par le plastique ou le bois et joliment écrasé. Ce serait à en oublier qu’il s’agissait d’une découverte macabre.
Cette visite professionnelle avait bien sûr de bons côtés pour l’auteur et son illustratrice. Pénélope avait donné son accord et le couple, malgré les deux chambres d’hôtel payées par la maison d’édition, ne partageait qu’un unique lit. Le premier soir, madame Lajoie comprit réellement pourquoi son amie libraire avait surnommé le sexe d’Achille Lefort, « L’Impossible ». Quand l’amant autiste baisait, il était exceptionnellement doué. Quand il faisait l’amour, il était véritablement étonnant.
- — Achille… tu as été… fantastique !
- — Quand on me dit quelque chose… c’est toujours ce qu’on me dit.
- — C’est la vérité.
- — J’aimerais que Pénélope me dise vraiment ce qu’elle ressent.
- — Elle m’a dit que tu étais un amant merveilleux.
- — Elle devrait dire autre chose.
- — Comment ça ?
- — Je ne sais pas comment le formuler. Avec Pénélope, vous pouvez imaginer que je suis bien meilleur amant encore.
- — Oh ! C’est difficile à imaginer Achille.
- — C’est vrai. Nous pourrions aller au restaurant, maintenant.
S’il était autiste, Achille Lefort était également très attachant. L’auteur à succès était déconcertant. Il était intéressant et éveillait la curiosité. Les gens assez patients pour supporter certains des petits travers de cet étrange individu finissaient par l’apprécier.
- — Sans avoir réservé, ce sera difficile de commander un poulet comme tu…
- — Un kebab. Pénélope dit que ça me plairait bien.
- — Oh ! Tu ne connais pas ?
- — Non. C’est un sandwich arabe ?
- — C’est un plat turc. C’est un Turc vivant à Berlin qui en a fait une sorte de sandwich dans les années soixante-dix et l’a vendu tel qu’il est aujourd’hui. Je connais quelqu’un qui fait d’excellents döners, ou kebabs. Tu prendras un kebab avec de l’agneau. C’est bien de changer. Et une sauce blanche.
- — Je vous fais confiance.
- — Tu pourrais me tutoyer, Achille
- — Bientôt. Oui.
- — Le kebab en question n’est pas très loin. Nous irons à pied et mangerons là-bas. Ça te convient ?
- — Oui, Annabelle.
- — Tu me baises avant ?
- — Oui, Annabelle.
La mystérieuse pince à linge et le téton d’Annabelle Lajoie
Madame Lajoie bougea et s’allongea sur son côté gauche pour mieux caresser le membre dur et tendu.
- — … D’accord… Ton commissaire Moulin, déduit que cette fille…
- — Commissaire Gédéon Laplume. Le cadavre. Cunégonde Lanssac est morte. Comment coupe-t-on l’air conditionné ?
- — Je ne sais pas. J’appellerai la réception. Comment Gédéon Laplume fait-il le rapprochement avec la… La défunte et l’Égypte ?
- — Ce n’est pas Laplume. C’est une lieutenante. Aglaé Lestoc, lesbienne dominatrice, et collectionneuse de bouteilles de bière.
- — Oh ! Et ? M’mm… Continue Achille. Pince-le plus fort.
L’auteur, autiste ou non, était parfaitement capable de parler de son dernier roman et du téton d’un cadavre, tout en s’occupant de celui de sa voisine. Une Annabelle Lajoie, bien vivante, elle.
- — Aglaë Lestoc est férue de tout ce qui est collection. Le monde des collectionneurs n’a pratiquement aucun secret pour elle. Elle est tégestophile et…
- — Elle est quoi ?
- — Tégestophile. Elle collectionne ce qui se rapporte à la bière. Il y a le capsulophile, collectionneur de capsules de bouteilles. Le canettophile, collectionneur de canettes de boisson. Le billephile, collectionneur de billes. Le pyrothécophile, collectionneur d’allumettes ou de boîtes d’allumettes…
- — D’accord… d’accord… Donc elle a cherché une collection de pinces à linge.
- — En Égypte, oui. Je vais attraper un rhume.
- — J’appelle la réception.
Téléphone en main, la belle brune attendait que l’on veuille bien répondre à son appel.
- — Continue Achille… Non ! Pas mon sein. Je suis au… Oui ! Pardonnez-moi… Bonjour madame…
- — Cunégonde Lanssac est brune et typée. Aglaé Lestoc retrouve une collectionneuse de pinces à linge. Une Égyptienne. Au Caire.
- — Non je ne sais pas comment procéder. Quelqu’un, oui. Au plus vite, s’il vous plaît. D’accord… Continue à raconter Achille.
- — La collectionneuse se nomme Cléopâtre Al-Masri. Al-Masri signifie « L’égyptien ». Cette femme a vécu toute son enfance avec sa sœur jumelle nommée Noûr.
- — D’ici une petite demi-heure… Merci. Nous l’attendons.
L’illustratrice avait rempli deux verres. Un jus de pamplemousse et un whisky certainement mauvais. Elle tendit le jus de fruits à son compagnon et retrouva sa position allongée.
- — Continue…
- — La petite Noûr avait disparu à l’âge de six ans. Certainement vendue à de riches Européens en quête d’enfants à acheter. Adulte, Cléopâtre Al-Masri a fini par retrouver la trace de sa sœur jumelle. Cunégonde Lanssac n’avait aucun souvenir de son ancienne vie. Aucun souvenir de son passé en Égypte. Aucun souvenir de Cléopâtre Al-Masri. Le hasard ou…
- — Continue avec mon téton aussi…
- — … ou le fait qu’elles soient jumelles a fait qu’elles se passionnent plus tard toutes les deux pour les pinces à linge. Le jour de la disparition de Noûr, les deux sœurs pendaient le linge de toute la famille.
- — Oh… Achille, oui… pince-moi… plus fort…
- — Les deux sœurs s’étaient vues plusieurs fois. Chaque fois en France…
… Elles convinrent d’un commun accord que l’expertise de la trouvaille de Cléopâtre se ferait en France. Résultat : une pince à linge. Une très vieille chose. Un objet antique qui aurait bientôt une importance exceptionnelle. Car la découverte de cette petite pièce de bois prouvait que la pince à linge n’avait pas été « inventée », par celui que l’on croyait. Brevetée en 1853 par David M. Smith, inventeur et entrepreneur de la petite ville de Springfield dans le Vermont. Brevetée, certes, mais d’autres, bien avant ce monsieur, avaient étendu leurs linges à l’aide de pinces. Une découverte de Cléopâtre Al-Masri qui allait lessiver certaines théories. De quoi occuper quelques historiens à laver leur linge sale en famille.
Abderrahman Al Maktoum. Un malfrat plusieurs fois condamné pour violences et voies de fait, pour trafic de cigarettes, et dealer reconnu de drogues diverses et variées. Collectionneur, lui aussi, pour les écrits anciens. La police scientifique retrouva des traces d’ADN de cet individu sur le corps de Cunégonde Lanssac.
Plus tard, Gédéon Laplume atterrissait sur le tarmac de l’aéroport le plus fréquenté d’Afrique. Le Caire. Une rapide enquête sur le seul suspect de son affaire. Visite à Cléopâtre Al-Masri. Oui, elle connaissait Abderrahman Al Maktoum. Oui, elle avait eu une aventure avec lui. Oui, encore, elle lui avait effectivement parlé de sa découverte. Et non, elle ne savait pas qu’il avait été assassiné quelques jours plus tôt. Non, encore, elle n’avait pas eu de nouvelles de sa sœur depuis une semaine.
- — L’ADN d’Abderrahman ? Pourquoi aurait-il tué cette pauvre Cunégonde ?
- — Pour l’argent de cette pince à linge antique, madame Al-Masri. Évidemment. Et il nous dirigeait vers un possible assassin. Vous, madame Al-Masri.
- — Je n’y comprends rien ! C’est stupide ! Pourquoi aurais-je tué ma sœur pour me désigner moi-même avec cette histoire de carrière de pierres. Et ce hiéroglyphe qui m’accuse ? Personne n’y croirait !
- — Abderrahman Al Maktoum a avoué à des proches avoir été très amoureux de vous. Il voulait se venger.
- — Je ne sais pas. Je ne le voyais plus…
- — Vous étiez en France la veille de la découverte du corps de votre sœur. Vous travaillez comme courtière à la NBE. Banque Nationale d’Égypte. Vous avez emprunté dix mille dollars à la banque. Vol privé, Le Caire/Paris. Aller et retour en deux jours. Nous vérifierons les détails à notre retour. Vous avez tué votre sœur et organisé toute cette mise en scène. Nous allions trouver les traces de l’ADN d’Abderrahman Al Maktoum sur le corps de madame Lanssac. Nous allions savoir qu’il était au courant de votre découverte. Ensuite, vous avez rendu visite à votre ancien amant. Vous avez assassiné le sieur Al Maktoum.
- — C’est totalement…
- — Vous ne pouviez pas cacher votre nouvelle relation avec votre sœur retrouvée. Pas plus que votre découverte. C’était madame Lanssac qui s’en était occupée. Évidemment, se désigner soi-même est stupide. C’était donc plus facile de faire porter le chapeau à un homme comme cet Al Maktoum. Un lourd passif judiciaire. L’appât du gain. La connaissance de cette fameuse pince. Il gardait le pactole et l’aurait refourgué à un collectionneur privé. Bien sûr, nous n’aurions jamais retrouvé cette fameuse pince à linge… Amoureux éconduit et une terrible envie de se venger de vous.
- — C’est vraiment trop facile…
Le tueur laissait le sein droit de sa victime libre de pince ? Était-ce pour désigner celui de cette Cléopâtre ? Un indice ? Une autre victime à venir ? Le téton de l’assassin ?
- — Vous vous trompez lourdement !
- — Le tueur désignait cette mystérieuse Cléopâtre comme la victime ou comme l’assassin… Et en fait… vous êtes les deux. Vous n’aviez jamais oublié Noûr. Vous avez passé votre vie à la chercher. Et quand, enfin, vous la retrouvez, elle ne se souvient même pas de sa sœur jumelle. Et, pour enfoncer le clou, si j’ose dire, Noûr alias Cunégonde, vous vole votre découverte… Finalement, vous êtes à plaindre. Je suis persuadé que l’idée de cette carrière n’est pas de vous. J’ai d’abord songé à une piste. Des pierres, le nom de Cléopâtre, les pyramides et donc l’Égypte. Mais non. Madame Lanssac était propriétaire de la carrière. Allez donc savoir… Un souvenir enfoui au plus profond de sa mémoire. Peut-être qu’enfant elle a été marquée par l’image des pyramides…
- — Vous délirez inspecteur..,
- — Commissaire. Nous ne chercherons pas la pince nous-mêmes. Mais bien sûr, d’autres le feront quand le résultat de l’enquête sera connu. Je parierais que votre sœur a caché votre découverte dans cette carrière. Logique…
- — Atchoum !
- — Achille…
- — La climatisation.
- — Le service d’entretien n’est pas passé ?
- — Non.
- — Je me suis endormie…
- — Vous avez joui et vous vous êtes endormie.
- — Je suis désolée. Où en étais-tu de ton récit ? Ah oui… des sœurs jumelles. Et donc ?
- — Je vous ai tout raconté… Atchoum !
- — Ah… Tu me le raconteras à nouveau demain. Dans l’avion… Je tombe de sommeil.
- — Oui, Annabelle.
https://www.lorientlejour.com/article/266044/La_pince_a_linge_accroche_son_histoire_au_Smithsonian%28photos%29.html
Violette et Barnabé
Barnabé Tourniqué déposa deux verres de rhum vieux sur la table de bois rouge.
- — Qu’est-ce qu’il y a mon pote. « Miss beauté » Tancrène, te fait des misères ?
- — Non… Ah… Tu n’embaucherais pas une serveuse pour un petit moment ? Pour lui rendre service…
- — Ben… dis-moi ?
- — Une jolie petite fleur. Violette Lafleur. Charmante et coquine. Elle a besoin d’un petit boulot pour un moment.
- — Bah… elle pourra me donner un coup de main les matins. OK…
- — Je te la présente demain. Allez ! À la tienne mon Barnab’ !
Le nouveau couple vivait parfaitement bien, une relation que nombre d’autres personnes n’auraient jamais osé imaginer. Violette Lafleur adorait le petit sexe dur de son amant. Barnabé Tourniqué était fou des petits seins ornés de longues pointes minces et du pubis roux de sa Dulcinée.
- — J’adore ta petite queue toujours si dure.
- — Tes petits nichons et ta chatte rousse me rendent dingue.
Chaque jour et chaque nuit, le couple faisait l’amour. Mais ce que les amants préféraient, c’étaient les petites parties de jambes en l’air effectuées à la va-vite. Ces petites baises les excitaient énormément quand elles étaient faites au Dé à coudre. En journée ou en soirée, Violette adorait être baisée en entendant les discussions des clients du bar. Puis, elle osa demander à son homme s’il désirait la prendre devant les clients.
- — Parfois, j’aimerais que tu me baises devant les clients. J’en crève d’envie.
Barnabé, le plus sérieusement du monde, entreprit alors une sélection sévère et rigoureuse. La discrétion et la confiance devaient être privilégiées. La timide madame Lafleur avouait n’avoir jamais autant joui quand monsieur Tourniqué la baisa devant trois de ses meilleurs amis. Des camarades de poker, certes, mais de véritables amis.
Plus tard, Violette, décidément devenue insatiable, fit un autre aveu à un Barnabé attentif.
- — Tu crois que tu pourrais m’offrir à tes copains ? Un peu comme un jeu. Celui qui gagne la partie de poker… rafle la mise !
Jean Goasduff, fringant retraité de la marine et ancien gonfleur d’hélice1 à Lanvéoc-Poulmic, fut le premier à rafler la mise.
Bien sûr, Youenn Lagadec, marin-pêcheur du Conquet, et Fanch Le Gall, entrepreneur des pompes funèbres, gagnèrent d’autres parties et eurent tout le loisir de baiser la petite vicieuse rousse. Quant à Octave Groseille, il pouvait prétendre à prendre Violette quand et où il le désirait.
Un soir, alors que Violette suçait son homme, un petit événement inédit bouscula la petite rousse. Plongée dans des pensées lubriques où elle était livrée à des hommes assoiffés de luxure, elle ratait sa fellation et la petite queue dure arrosait son visage en lieu et place de sa bouche. Les mignonnes taches de rousseur noyées sous la déferlante crémeuse, elle avait failli jouir.
- — Barnabé chéri ?
- — Oui, ma coquine ?
- — J’aimerais être couverte de foutre. Une fois ! Pour voir…
Dès lors, chaque vendredi soir. Violette Lafleur offrait son corps et ses orifices aux joueurs de poker. Chaque fin de partie la laissant pantelante, épuisée… et couverte de foutre.
Salon de lecture Moby Dick
Ce serait très certainement l’un des derniers salons de lecture organisés par Pénélope Tancrène. Depuis deux mois déjà, elle passait beaucoup de temps à Lorient. Elle avait même songé à louer un petit meublé dans le centre-ville. Puis, elle s’était ravisée.
Pour la plupart, les clients masculins du Moby Dick avaient toujours boudé les lectures de la librairie. Celles du mercredi après-midi, dédiées aux enfants, comme celles du vendredi soir, consacrées à l’érotisme. Cette fois, la soirée était exceptionnellement réservée aux femmes. Dix-huit lectrices des plus assidues, et surtout discrètes et très motivées.
- — Mesdames… Le texte que j’ai retenu pour notre soirée lecture est, une nouvelle fois, un récit de madame Juliette G. Le titre… Les gondoles de Landerneau2.
Le cours de la lecture fut perturbé en milieu de soirée. Assise sur une chaise de bois, entièrement nue, les bras dans le dos, les mains croisées derrière le dossier du siège et les cuisses largement ouvertes vers le public, Violette Lafleur avait joui sans même poser un doigt sur sa peau. L’orgasme l’avait bousculée alors que le personnage de « Juliette », jouissait en pleine grande surface, gondole produits surgelés et fruits de mer.
Sans plus se préoccuper de la soumise de service, Pénélope reprit sa lecture et l’acheva avec un certain brio.
Plus tard, la soirée avait pris une tournure très exceptionnelle. Pour la première fois, les lectrices avaient eu l’occasion d’observer une exhibition durant une lecture. Après avoir papoté entre elles en grignotant des canapés et autres gourmandises, les dix-huit clientes purent apprécier la punition que madame Tancrène avait réservée à la petite rousse.
Ophélie Grandet et Noëlla Lebars. Un couple de lesbiennes et clientes régulières de la librairie étaient montées sur l’estrade pour rejoindre Violette Lafleur. Cette dernière n’avait pas bougé d’un pouce et les deux femmes s’étaient presque ruées sur elle. Ophélie, femme brune bien charpentée et bâtie en force, frottait sa grande main sur le clitoris de la petite rousse, tandis que sa compagne tenait les mains de leur « victime consentante » dans son dos. De puissants et larges allers-retours latéraux qui faisaient crier la malheureuse Violette. Plusieurs fois, la soumise avait arrosé le parquet de l’estrade.
Les spectatrices avaient des contenances diverses et Pénélope s’amusait à les observer. Une chose était certaine, ces dames étaient toutes très attentives. Certaines plus excitées que d’autres s’étaient rapprochées de l’estrade. Louise Boudou avait ouvert et baissé ses jeans sur ses cuisses. Elle se caressait sans complexe, la main dans une culotte noire. Hortense Filemont avait relevé sa jupe sur son ventre et imitait son amie Louise.
Pénélope s’éclaircit la gorge, et força sur sa voix grave pour réclamer l’attention générale.
- — Maintenant… Ophélie et Noëlla vont nous faire une petite surprise. La punition… mais est-ce réellement une punition… de Violette, notre petite coquine exhibitionniste et soumise, va continuer. Mais j’aimerais que vous participiez à un petit défi…
La jolie blonde posa son verre de vin blanc sur une table apportée le matin par Octave, puis elle releva le devant de sa robe volante jusqu’au-dessus de ses seins lourds. Pénélope attendit en souriant que son public se calme et rabaissa sa robe. Ces dames avaient poussé quelques cris amusés, mais la libraire savait que son but était atteint. Elle avait excité son auditoire et en même temps l’encourageait à oser aller plus loin.
- — Comme vous pouvez le constater… je ne porte pas de sous-vêtements. J’aimerais que toutes, vous enleviez vos culottes…
- — Je n’en porte pas moi non plus.
Béatrice Landuré exhibait un sexe habillé d’une épaisse forêt sombre.
Pénélope s’était approchée et Béatrice soupira sous les doigts qui caressèrent son pubis l’espace d’un instant avant de glisser délicatement sur la fente de son intimité.
- — Pour les autres… j’espère que vous ne tricherez pas. Allons, mesdames ! Apportez-moi vos petites culottes ! Elles doivent être bien humides. Comme le sexe de Béatrice… et le mien !
De petits rires retentirent et la petite foule se mit en mouvement. Des corps bougèrent, des vêtements furent soulevés, ouverts et baissés et très vite, des mains déposèrent culottes, tangas et strings sur la longue table de bois.
- — Vous pouvez vous caresser ou non… Mais regarder notre petite soumise être punie sera aussi instructif pour certaines d’entre vous qu’excitant pour les autres.
Cette fois, Ophélie Grandet était douce avec le clitoris de sa soumise. Noëlla, petite femme potelée aux cheveux clairs, l’était plus encore, en bougeant précautionneusement sa petite main. Une main nichée entièrement dans la petite chatte d’une Violette gémissante. Pénélope, assise sur son bureau situé à deux pas de la scène, se caressait doucement. Ses doigts prenaient son intimité sous la robe de lin rouge, chamarrée de gris. Des soupirs et d’autres petits gémissements lui parvenant des femmes agglutinées alentour lui montraient que cette soirée était devenue torride.
Plusieurs paires d’yeux se levèrent aussitôt sur elle et un orgasme la fit se tordre doucement sur son bureau d’acier et de verre.
Le dé à coudre
Barnabé avait toujours adoré sa chère maman. Jocelyne Tourniqué était digitabuphiliste3. On avait donc une idée précise du nom donné au petit commerce de son fils adoré.
Contrairement aux apparences, le bar de Barnabé Tourniqué marchait plutôt bien. Ce n’était pas une grosse affaire, mais elle permettait à Barnabé de vivre correctement. De plus, il était propriétaire du fonds de commerce. Le dé à coudre lui appartenait et lui assurerait une retraite confortable. Si l’homme se décidait à s’en séparer un jour. Ce qui était impensable pour sa clientèle. Bien situé dans un petit coin proche du centre-ville, accolé à l’entrée d’un parking souterrain, le fief de sieur Tourniqué attirait les parieurs de tous poils peuplant les quartiers proches. Euromillion, Loto, jeux à gratter, parieurs de PMU… Nombreux étaient les adeptes des jeux de hasard qui aimaient passer leurs fins de matinée au Dé. C’était le seul moment où Barnab’ travaillait réellement. Les consommateurs éclusaient vin et bières, mais dévalisaient également le bar de tout ce qui pouvait se grignoter. Les croissants rescapés du matin, la vingtaine d’œufs durs préparée par le patron, des cacahuètes et des fruits secs, les sandwichs maison, et des petits plats à réchauffer.
Projet professionnel
Quelques clients de la journée faisaient durer un café ou une bière, tout en feuilletant des livres ou des revues. Un deal, entre Barnabé, le patron de l’endroit, et Octave Groseille le libraire. L’un abreuvait sa clientèle. Il la nourrissait également de petits plats à réchauffer, et de lectures données par le libraire. En contrepartie, l’autre ne payait jamais ses consommations. Cet arrangement était simplement un échange de bons procédés entre amis. L’ancien marin buvait peu, mais aimait les petites parties de poker organisées par Barnab’ les vendredis soirs. Le barman détestait faire la conversation à ses habitués, et les lectures occupaient sa clientèle.
Octave Groseille fixait la libraire avec une certaine curiosité. On pouvait également déchiffrer une légère inquiétude, incrustée dans le vert de ses yeux. L’ancien marin paraissait un peu anxieux.
- — Un dimanche. Et pourquoi venir ici ?
- — Parce que je savais que vous seriez là. Et il est plus que temps que je vous parle.
- — Ah… Et donc… c’est uniquement professionnel.
- — C’est cela.
- — Et urgent.
- — Pas du tout. J’avais quelques courses à faire et le Dé était sur ma route.
- — Des courses, le dimanche.
- — Parfois, Achille est quelque peu capricieux. Il a une envie de chocolat aux noisettes. Détendez-vous Octave…
- — Je vois. Cette chose à me dire ? Dois-je m’inquiéter ?
- — Cela ne va d’abord pas vous plaire. Ensuite vous comprendrez que c’est nécessaire et une excellente idée. Il s’agit d’un projet qui me tient à cœur…
- — Ah…
Surprise d’abord et déception ensuite. Une désillusion cruelle avait fait chavirer la confiance du libraire envers le genre humain.
- — Une séparation !
- — Une séparation, oui Octave. C’est nécessaire. Je le pense en tout cas. Et j’ai envie de ma propre librairie. Nous restons associés, bien sûr.
- — Mais pourquoi quitter la ville ? Êtes-vous lassée de moi ?
Octave Groseille passa sa grande main dans sa tignasse léonine et la libraire lâcha un petit soupir agacé.
- — Allons, Octave ! Bien sûr que non ! Deux librairies comme les nôtres se feraient de l’ombre ! Il nous faut choisir une autre ville. Une ville relativement éloignée. Comme Lorient.
- — Lorient ! Et pourquoi pas Marrakech ! Ou Tombouctou ?
- — Des villes de déserts ! Et le Mali c’est un peu loin. Non, ce sera la Bretagne. Il faut une mer proche. C’est primordial, Octave.
- — Je n’y comprends rien… Que vient-elle faire là-dedans, la mer ?
- — En fait j’ai déjà choisi. La librairie Le Pequod ouvrira ses portes à Lorient. J’espère pouvoir baptiser et mettre Le Pequod à flots en janvier, au pire au début mars. Si je me dépêche…
- — Le Pequod ? Mais enfin, Pénélope… N’ai-je pas mon mot à dire ?
- — Évidemment que non. Nous en serions là, même si je vous en avais parlé.
- — Ce n’est pas faux…
- — C’est tout à fait vrai. Écoutez, Octave… Vous ne vous intéressez pas à ce genre d’entreprise. Vous m’avez toujours fait confiance pour aller de l’avant. Cette ville ne vous plaît pas ?
- — Si. Si, bien sûr.
- — Le Pequod ! Ma petite trouvaille ne vous sied pas ?
- — Elle me sied, Pénélope. C’est un choix logique.
- — Exactement. Quel autre choix avions-nous ? J’avais songé à Le harponneur, mais… c’est un tantinet violent.
- — Pourquoi pas Le capitaine Achab. Vous feriez un Achab idéal ! Râleuse et…
- — Barbue et vilaine. Des cicatrices sur le corps et une jambe de bois.
- — Vous avez de très jolies gambettes.
- — Notre Moby Dick a besoin de son Pequod. Et l’inverse est encore plus vrai.
Octave se passa une main dans les cheveux et daigna lâcher un pâle sourire.
- — Sans vous, je serais toujours en train de lire mes revues de charme au lieu de vendre des livres. Vous avez eu une excellente idée. Et les fonds ?
- — C’est en cours. Nous aurons le prêt. J’ai également l’endroit où m’installer. Un ancien entrepôt. Un local trop petit pour un véritable entrepôt, mais immense pour une librairie. Deux étages. J’ai également contacté tout un bataillon d’artisans et ils seront prêts à commencer les travaux dans un mois.
- — Eh bien… Que dire d’autre ?
- — Nous serons deux librairies associées. Deux affaires qui se feront mutuellement une grosse publicité. J’aurais même une idée de petits jeux.
- — Je suis tout ouïe.
- — Les clients lorientais pourront partir en quête de Moby Dick. Une cinquantaine d’euros d’achat au Pequod leur donnera le droit de partir harponner votre légendaire Moby Dick.
- — Ah…
- — Un simple coupon-facture pour preuve de leurs achats chez moi. À leur arrivée chez vous, vous rembourserez ces clients de la moitié du montant facturé par mes soins. De plus, ils auront droit à nos jolis gadgets en cadeaux. Mug, porte-clés, gravures et carillons de porte, estampillés Moby Dick.
- — Hum…
- — Et l’inverse se fera également. Moby Dick pourra demander l’aide des clients de la ville pour trouver le vilain baleinier nommé Le Pequod.
Octave, une grimace dubitative aux lèvres, secoua la tête d’un air navré en regardant la libraire.
- — Des balades en perspective. Pourquoi pas ? Mais je n’y crois pas. Votre idée est excellente Pénélope… Mais les trajets sont trop longs. Un grand déplacement pour récupérer quoi… ? Une vingtaine ou une trentaine d’euros !
- — Et quelques cadeaux !
- — Pénélope… Enfin, quoi… ?
Madame Tancrène sourit en reposant son briquet plasma, cadeau de son associé. Regard azur planté dans les yeux verts d’Octave, elle prit le temps d’une bouffée de tabac.
- — C’est un simple geste commercial. À la base. Si ce que vous pensez est vrai, nous n’avons rien à perdre. Nous proposons simplement une idée. Si j’ai raison. Nous remboursons un peu d’argent à nos clients. Nous leur faisons un petit cadeau. Mais nous les fidélisons. Personnellement, j’aimerais beaucoup que ça fonctionne. Alors, je vendrai mon idée.
- — Ah ! Et comment vous y prendrez-vous ?
Le téléphone portable de Pénélope en main, le libraire parcourut le petit laïus de son associée.
Nos librairies sont ouvertes le samedi. Amusez-vous à débusquer notre Moby Dick sans vos GPS. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? Un petit voyage ! Les enfants seront contents ! Une petite visite de la ville ? Un petit restaurant sur le port ! Une promenade en bord de mer… Allez ! Bougez-vous !
- — C’est à peaufiner, bien sûr. Et je m’occuperai de votre petit discours également. Lorient est une ville agréable et ses alentours sont charmants.
Octave Groseille rendit l’appareil à sa propriétaire et sourit.
- — Nous sommes des libraires, Pénélope… Pas une agence de tourisme. Pourquoi une librairie s’embêterait-elle à chaperonner sa clientèle à ce point ?
- — Exactement. Et beaucoup de nos clients penseront de même…
Le petit rictus de son voisin fit rire la belle blonde.
- — Nous ne serons plus seulement des librairies mon cher Octave. Nous serons Moby Dick et Le Pequod… Un grand roman d’aventures. Une légende littéraire. Les gens aimeront certainement être chaperonnés.
- — C’est… J’aime beaucoup votre façon de présenter les choses.
- — Nous pourrions tranquillement faire grandir notre petit cachalot blanc. Votre Moby Dick, monsieur Groseille ! Les enfants adorent nos gadgets. Et les parents adorent leurs enfants. Une chaîne de librairies…
Sourcils haussés, le libraire eut un petit rire moqueur qui coupa la parole à son associée.
- — Vous rêvez ma belle !
- — Notre banque suivrait. Ils me l’ont confirmé pour le prêt du Pequod.
- — Que…
- — Un prêt possible pour lancer une dizaine de librairies. Ou une douzaine…
- — Pénélope ! Mais… Vous ne m’avez jamais parlé de…
- — Vous n’aimeriez pas. Je l’ai compris en même temps que j’avais l’idée de créer ces librairies. Vous êtes Moby Dick ! Et vous m’avez portée à bout de bras…
- — Par fainéantise…
- — Peut-être, oui. Mais vous m’avez accordé votre confiance. Alors, maintenant, je serai Le Pequod. Le capitaine Achab… et c’est parfait pour moi ! Ou vous pourriez devenir plus riche en créant des petits cachalots blancs…
- — Non ! Vous avez raison. Je n’aime pas. Nous sommes très bien assortis. C’est parfait pour moi aussi.
- — Alors, Octave… Vous m’offrez un café ?
Questionnement intime
- — Alors, votre décision de vous éloigner n’est pas due… la dernière fois que nous nous sommes vus…
- — Non. Non, Octave ! C’est uniquement une décision professionnelle. J’y songeais depuis un moment. De plus, vous travaillez maintenant à temps plein. Aujourd’hui, nous sommes trop de deux à la librairie.
- — Ce n’est pas faux. Mais je me disais…
- — Pour la bagatelle ?
- — Mais non !
- — Mais si.
- — Soit… Vous manquerez aussi à Annabelle.
- — Nous aurons les week-ends. Les librairies fermeront les dimanches et lundis.
Pénélope Tancrène s’était levée d’un mouvement lent et gracieux.
- — Ce soir je suis invitée au restaurant. Du poulet frites.
- — Et mayonnaise. Ce garçon est un bon gars… Mais comment pouvez-vous le supporter chaque jour ?
- — Annabelle ne vous a rien dit ?
- — Oh si ! Il est exceptionnel !
Le rire de la libraire fit soupirer son associé.
- — C’est vrai qu’il l’est… Mais Achille est véritablement quelqu’un de spécial. Ce matin, il m’a doucement collée au mur du couloir et m’a bouffé des yeux un long moment. Ensuite… il m’a dit qu’il m’interdisait de porter une culotte ce soir.
- — Eh bien… Au moins, il a de bonnes initiatives.
- — Je ne porte plus de sous-vêtements depuis plus de trois mois.
- — Ah… Peut-être qu’il ne le sait pas.
- — En effet. Je ne lui ai pas dit.
- — Ah !
- — Achille me prend ou me fait du bien… deux… trois fois par jour. Debout dans une pièce à la maison, parfois dehors, des endroits discrets, en voiture… Bref… Il n’a jamais remarqué que j’étais toujours nue sous mes vêtements.
- — Peut-être qu’une affichette…
- — Et il me fait rire… Allez ! À demain Octave.
- — Bonne soirée. N’oubliez pas, ne pas mettre de culotte…
- — Bien sûr que non. Mais je sais qu’Achille a oublié qu’il m’a invitée. Il va falloir le lui rappeler.
Octave Groseille poussa un soupir et se passa une main dans les cheveux. Cette femme était proche d’être la femme idéale.
- — Une chaîne de librairies… Déjà que je me tue à la tâche pour ne pas qu’elle m’engueule…
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1. ↑ Gonfleur d’hélice. Personnel au sol de l’armée de l’air, ou de l’aéronautique navale et en particulier le personnel de maintenance.
2. ↑ Les gondoles de Landerneau Texte de Juliette G. Une autrice exceptionnellement douée… Gnagnagna, etc.
3. ↑ Digitabuphiliste. Collectionneur de dé à coudre. (Si si.)