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n° 21002Fiche technique21996 caractères21996
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Temps de lecture estimé : 15 mn
14/07/22
Résumé:  Chacun son 14 juillet. C’est quoi le vôtre ? … La vérité sort toujours de la bouche des enfants.
Critères:  #humour #historique fh couple voiture amour
Auteur : Patrick Paris            Envoi mini-message

Projet de groupe : 14 juillet 2022
Un 14 juillet bleu blanc sexe

Nous avons le plaisir de vous proposer 3 textes autour du 14 juillet, dont nous vous conseillons la lecture dans cet ordre :

* Un 14 juillet, bleu, blanc, sexe (Patrick Paris)

* Un 14 juillet, bleu, blanc, sexe (Amarcord)

* Un 14 juillet, bleu, blanc, sexe (Samir Erwan)


Les auteurs.


Depuis les rangs réservés au public, Mathilde écoute avec admiration Armand haranguer ses collègues depuis la tribune de la Chambre des Députés : « Il faut un symbole fort pour notre République » clame-t-il en martelant ses mots, frappant le pupitre d’un point rageur « un symbole de Paix ». Il insiste sur le mot Paix.


Quand il termine son discours, Armand est ovationné par les députés de son parti et, bien entendu, hué par les autres. Il en a l’habitude.


Il faut être vigilant en cette année 1880, de nombreux députés sont encore royalistes ou bonapartistes. Le président Jules Grévy, nouvellement élu, travaille avec le ministre de l’Instruction Publique à instruire les petits français pour être de parfaits républicains. Mais il faut trouver des symboles forts pour réunir tous les Français.


Ah les discours d’Armand ! Ils allaient passer à la postérité, Mathilde en était sûre. Déjà, lors des débats de l’an dernier, des trémolos dans la voix, il avait défendu le drapeau tricolore, mais s’était opposé à ce chant guerrier comme hymne national pour la France. Le pays venait de terminer une guerre qui avait coûté la vie à beaucoup d’hommes, et certains pensaient déjà à la revanche. Armand avait tout fait pour le choix d’un hymne de paix, en vain.


Cette fois encore, le choix de la date de la fête nationale était un choix entre la guerre et la paix. Armand a choisi la paix, il le clame haut et fort.


La première fête nationale avait été célébrée le 30 juin, deux ans auparavant, en 1878, pendant la troisième exposition universelle organisée à Paris. La jeune République pouvant ainsi affirmer devant le monde entier ses principes universels.


Mathilde vient souvent au Palais-Bourbon, enfin chaque fois qu’Armand prend la parole devant les députés. Non pas qu’elle s’intéresse à la politique, la politique n’est pas une affaire de femmes, elle n’y comprend rien. Non, ce qu’elle aime c’est l’ambiance, les rencontres dans les couloirs, les petits potins. Elle s’habille avec soin pour faire honneur à son mari et, même si elle ne comprend pas tout ce qu’il dit, elle aime l’écouter pour la musique de ses paroles. Il a un don pour faire vibrer le cœur de ceux qui l’écoutent et celui de Mathilde vibre plus que celui des autres.


Ce que Mathilde n’avoue pas, c’est qu’elle aime surtout le retour en fiacre vers leur hôtel particulier. Il est comme ça, Armand, sous pression pendant les débats, après il lui faut ouvrir la soupape et sa soupape, c’est sa femme. Après chacun de ses discours enflammés, Armand n’a qu’une idée en tête, sauter Mathilde au retour.


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Mathilde se souvient. Ils étaient destinés l’un à l’autre par leur famille. Elle était venue l’écouter pour la première fois, impressionnée d’entrer dans ce lieu majestueux. Au retour, dans la calèche qui la ramenait chez ses parents, elle avait eu du mal à préserver sa virginité devant la fougue de son promis, une jeune fille bien doit attendre le mariage.


Pourtant, la fougue d’Armand la ravissait et elle avait envie de découvrir la vie. Sa mère lui avait expliqué ce qu’un mari est en droit d’attendre de son épouse, elle en rêvait souvent le soir dans son lit. Ses mains s’égaraient sous les draps, elle devait serrer les dents pour qu’on ne l’entende pas. Pas comme lorsqu’elle était en pension chez les sœurs, où il fallait dormir les bras au-dessus du drap, la mère supérieure passait vérifier. Une fois, elle avait été surprise à se gratter le genou, oui c’est vrai, c’était le genou, la sœur lui avait fait honte devant tout le monde.


En secret, des amies plus délurées ou déjà mariées, lui avaient décrit avec force détails la volupté d’être dans les bras virils d’un homme. Justement, elle était curieuse, mais son éducation chez les demoiselles de la légion d’honneur lui soufflait d’avoir un peu de patience.


Depuis son mariage, son mari avait complété son éducation, il la comblait. Elle était amoureuse. Même si elle savait, ou du moins elle se doutait, qu’Armand, comme beaucoup de députés, n’allait pas toujours à l’Opéra pour écouter de la grande musique.


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Armand avait fait ses premières armes avec une amie de sa mère, la baronne de Longueuil.


Il était puceau quand sa mère lui demanda de porter un paquet à la baronne. Il ne l’était plus lorsqu’il regagna le domicile familial.


La baronne était veuve depuis que le baron avait eu la délicatesse de cesser de vivre sur un champ de bataille, lui laissant une pension la mettant à l’abri du besoin. Depuis, elle occupait ses loisirs à déniaiser les jeunes gens prometteurs. Armand en faisait partie.

La politique n’étant pas son fort, la baronne ne faisait aucune différence entre monarchistes, bonapartistes ou même républicains. Tous avaient leur chance.


Armand était promis à un bel avenir. La baronne lui renouvela ses conseils chaque fois qu’il avait la bonne fortune de venir la visiter.


Jusqu’au jour où il croisa la route de la belle Mathilde. Mathilde Duval, la fille d’un grand bourgeois ayant fait fortune dans le négoce du chocolat mis à la mode par Eugénie, la femme de l’Empereur. Sa fortune ayant fondu, l’alliance avec le jeune Armand était une aubaine à ne pas manquer.

Avec la bénédiction de sa famille, Mathilde laissa donc ce jeune homme, bien sous tous rapports, lui faire une cour discrète mais bien réelle. Armand aurait bien aimé lui faire connaître le bonheur suprême, mais la belle attendait d’avoir la bague au doigt. Ce qui fut fait quelques mois plus tard.


— --oOo---


Aujourd’hui, Mathilde est grosse, non pas qu’elle a pris de l’embonpoint : elle est grosse des œuvres d’Armand. Mais, malgré son ventre arrondi, elle ne veut pas faillir à sa mission.


D’ailleurs, son état n’empêche pas Armand de vouloir célébrer son discours comme il se doit. Mathilde n’attend que ça. Elle n’a pas fait le déplacement juste pour venir l’écouter.


En montant dans le fiacre, elle a quelques mots d’encouragement à son égard :



Elle sait qu’Armand est sensible à la flatterie. Pourquoi se priver de lui faire ce petit plaisir.


Leur fiacre est tiré par deux chevaux, un hongre et une jument, qui font partie de la famille depuis de nombreuses années. La jument, plus jeune et un peu plus grande, mène le train. Elle hennit en secouant la tête lorsque Denis, leur cocher, fait claquer son fouet, donnant le signal du départ. Les chevaux s’ébrouent quelques secondes avant de s’élancer. La secousse projette Mathilde dans les bras d’Armand qui la serre contre lui. Après la tension des joutes oratoires, il a envie de décompresser.


Tandis qu’Armand, perdu dans ses pensées, repasse dans sa tête les passages de son discours dont il est le plus fier, Mathilde s’active à le masser entre les jambes, contente du résultat déjà obtenu.


Traversant la Seine face au Palais-Bourbon qu’ils viennent de quitter, leur fiacre tourne devant la Place de la Concorde. Armand a une pensée émue pour le roi exécuté sur l’échafaud qui avait été dressé sur cette place.


Leur équipage longe maintenant le Palais du Louvre, ils ont une vue sur la Seine et les péniches qui approvisionnent la capitale. Armand sort de sa torpeur et sourit à Mathilde. Un baiser, sa main s’aventure sous sa jupe. Il retrousse ses trois jupons, pour atteindre sa culotte longue bouffante. Un détail, ladite culotte est fendue entre les jambes, non pas qu’Armand ait donné des directives à sa couturière, mais celle-ci a prévu de satisfaire aux besoins naturels de sa cliente. Très vite, Mathilde et Armand ont compris tout le parti qu’il pouvait tirer de cette fantaisie vestimentaire.


Avant de s’engager sur le pont qui mène à l’île de la Cité, Armand regarde les deux théâtres qui se font face. D’un côté le Théâtre-Impérial du Châtelet, reconstruit après avoir été brûlé par les communards en 71, et, face à lui, le Théâtre-Lyrique, reconstruit également, où Sarah Bernard triomphe tous les soirs. Celui-là même où Armand et Mathilde ont applaudi dernièrement un jeune acteur, Lucien Guitry, que la grande Sarah a pris sous son aile, en même temps qu’elle l’a mis dans son lit.


Mathilde aime le théâtre depuis son enfance, quand elle jouait quelques piécettes avec ses amies. Maintenant, elle y va autant pour la scène que pour la salle. Elle choisit avec soin sa toilette pour pavaner et faire des rencontres, c’est bon pour la carrière d’Armand. Elle aimerait aller applaudir Jules et Albert Brasseur, le père et le fils, une vraie dynastie d’acteurs. Tout Paris en parle, Mathilde arrivera bien à convaincre son mari d’aller les voir, il aura plus de temps quand la loi sera votée.


Armand aperçoit au loin, le chantier de reconstruction de l’Hôtel de Ville. Dans leur folie destructrice, les communards l’avaient incendié en même temps que le Palais des Tuileries, les théâtres et tous les bâtiments officiels de Paris. Par décision de la municipalité républicaine, l’Hôtel de Ville, symbole républicain, est en cours de reconstruction, alors que le Palais des Tuileries, symbole monarchiste, est voué à la destruction. D’ailleurs depuis quelques années, les Parisiens ne se gênent pas pour se servir quand ils ont besoin de matériaux de construction.


Par discrétion, Armand a tiré les rideaux les isolant de la circulation déjà dense à cette heure. Leur cocher Denis n’est pas dupe, mais en domestique dévoué et discret, il se concentre sur sa route.


En passant devant le Palais de Justice, enfin ce qu’il en reste, Mathilde écarte légèrement les rideaux et se signe, seule la Sainte Chapelle a été épargnée par les flammes, un vrai miracle.


Enfin leur équipage atteint la fontaine monumentale de la place Saint-Michel. Mathilde, après avoir relevé ses trois jupons, s’est assise à califourchon sur les cuisses d’Armand, en lui tournant le dos. Équilibre qui pourrait être instable vu son état, mais Armand la tient fermement et l’aide à s’empaler sur sa queue qu’il a sortie depuis un moment déjà.


Levant la tête, fier comme à la parade, les chevaux partent au trot, faisant sautiller Mathilde sur les genoux d’Armand pour leur plus grand plaisir.


Arrivée devant les ruines de l’abbaye de Cluny, le fiacre ralentit sa course. La voiture cahote sur les pavés disjoints de la chaussée. Les roues sautent d’un pavé à l’autre secouant en tous sens le fiacre qui grince sous ce mauvais traitement. Secousses immédiatement communiquées à ses occupants maintenant bien arrimés. Armand n’est pas pressé, il prend son temps. À cette allure, il faudra au moins 15 minutes pour remonter le Boulevard jusqu’au jardin du Luxembourg.


Toujours solidement tenue par les hanches, Mathilde soulève légèrement les jambes pour profiter au mieux des chaos de la route. Bien ancrée sur la queue de son mari, elle se balance d’une fesse sur l’autre, elle tangue, elle roule, à droite, à gauche, à droite, à gauche, au rythme des pas réguliers des chevaux.

Fermant les yeux, Mathilde se laisse ballotter. De temps en temps, les trépidations de la voiture s’accélèrent, comme si les chevaux choisissaient les bons pavés pour participer aux ébats de leur maître.


Face aux bâtiments de la Sorbonne, siège de l’Université de Paris, Armand ne peut se retenir plus longtemps, sa respiration devient bruyante, saccadée. Mathilde sent son souffle dans son cou. Il crispe ses mains sur ses hanches en faisant bien attention à ne pas appuyer sur son ventre, bébé est fragile. Elle se cramponne. Penchée en avant, elle serre ses jambes autour des siennes. Ils ne font plus qu’un. Dans un râle étouffé, Armand explose la bouche grande ouverte. Mathilde, rejetant brusquement sa tête en arrière, manque de peu le nez de son mari. Elle se mord la lèvre supérieure afin de ne pas crier, ce qui risquerait d’effrayer inutilement les chevaux.


Le claquement sec des sabots sur la chaussée les ramène à la réalité. Tandis qu’ils reprennent leur souffle, leur fiacre contourne le Jardin du Luxembourg au pas de sénateur, avant d’atteindre leur hôtel particulier dans le quartier Port-Royal, quartier chic de la commune de Vaugirard rattaché à Paris il y a 20 ans.


Quelques minutes plus tard, dans la cour pavée, imperturbable, leur cocher tend la main à Madame pour l’aider à descendre. Mathilde rajuste son chapeau et lisse sa robe d’un geste élégant. Elle rougirait si elle pouvait deviner les pensées qui, en ce moment, envahissent le cerveau de Denis. Elle l’a oublié : il est aussi un homme.



De retour dans le grand salon, Armand ne peut s’empêcher de commenter sa journée. Il veut savoir ce qu’il se disait dans le public, savoir s’il a été bon, s’il n’a pas bafouillé, s’il a été convaincant, ou si quelqu’un s’est endormi.


Mathilde n’a pas le temps d’aller dans son boudoir se changer comme elle le voudrait : en bonne épouse elle doit écouter son mari. Il se croit obligé de tout lui expliquer et, au passage, de critiquer les opposants et certains de ses amis qui, décidément, ne comprendront jamais rien. C’est vrai que Mathilde non plus n’a pas tout compris, et ce n’est pas maintenant qu’elle comprendra mieux. Quelle importance ? Ce n’est pas elle, une femme, qui votera.


Assise à côté d’Armand, Mathilde s’impatiente. Elle sent que sa culotte bouffante commence à coller à ses cuisses sous l’effet conjugué de sa sueur et du cadeau que son mari lui a fait dans le fiacre.


Il lui faut faire quelque chose pour arrêter le flot de paroles qui aujourd’hui ne tarit pas. Tout en le regardant dans les yeux, preuve d’une écoute attentive, elle entreprend de lui ouvrir son pantalon, espérant qu’une petite branlette mettra fin à son long discours. Mathilde connaît bien son mari, elle arrive en peu de temps à le faire taire tandis qu’il se répand sur son corsage de dentelle.

Une fois sa petite affaire terminée, Armand ne peut retenir Mathilde quand elle décide d’aller se rafraîchir, terme élégant en la circonstance.


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Le lendemain, Armand se rend à son club, espérant pouvoir encore convaincre les députés hésitants.


Un verre à la main, il laisse parler ses amis qui, inévitablement, comparent les mérites de leurs maîtresses respectives. Perdu dans ses pensées, il ne fait pas attention aux formules peu protocolaires échangées. Il est question de charmes, de rondeurs, de fellation, d’échanges de bons procédés… Il se jure de leur demander des précisions une fois la loi votée.


Enfin, il peut prendre la parole pour expliquer ce qu’il a développé hier à la Chambre, espérant en rallier un maximum à sa cause. Poliment, chacun l’écoute. Armand les représente, c’est la moindre des choses.


Tous les députés républicains sont d’accord pour choisir la date du 14 juillet pour fête nationale. Mais, dilemme, 1789 ou 1790 ? Le point d’achoppement se trouve là, justement. Il divise son groupe. Veut-on célébrer la paix ou célébrer la guerre ?


Tous connaissent l’engagement d’Armand, il l’a répété cent fois.

Il ne peut admettre de choisir la date où une bande d’émeutiers sanguinaires ont brûlé le fort de la Bastille et assassiné ses occupants. Avoir mis le feu à une forteresse vouée à la démolition depuis plusieurs années, une prison sans défense dont les portes étaient ouvertes, n’est pas un fait d’arme tellement glorieux, digne d’une grande nation.


Il est content des mots qu’il a prononcés à la fin de son discours, reprenant ceux de Corneille dans le Cid, « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Il espère avoir fait mouche.


La fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, a sa préférence. Réunissant monarchistes et républicains sur le Champ-de-Mars, des milliers de Parisiens étaient venus voir le roi entouré de sa famille et le général Lafayette commandant la Garde Nationale, encore auréolé de la gloire de son aventure américaine. Le soleil n’était malheureusement pas au rendez-vous, journée grise illuminée par des jeunes filles toutes de blanc vêtues, couronnées de fleurs, qui chantaient des chants révolutionnaires. Il y a même eu un lâché de colombes.


Fête de la réconciliation nationale et de la paix, c’est pour Armand « le grand symbole ». Toujours exalté, il espère avoir convaincu.


Après l’avoir écouté poliment, ses amis lui apprennent que la résidence du Président de la République vient d’être choisie. Ce sera le Palais de l’Élysée-Bourbon, que chacun nomme familièrement l’Élysée. En plein centre de Paris, l’hôtel particulier du comte d’Évreux, acquis par la marquise de Pompadour, favorite du roi Louis XV. Elle y a joué à la bergère, comme Marie-Antoinette à Versailles. Est-ce le lieu idéal ?


La République se glisse sans beaucoup d’état d’âme dans les pantoufles de la Monarchie. Les ors de la République. Dans tous les pays, jamais aucun révolutionnaire n’a refusé de manger dans de la vaisselle dorée.


Durant la révolution, le Palais avait été un lieu de festivités. Ses jardins avaient hébergé une kermesse permanente avec des baraques foraines, des saltimbanques, un bal populaire, et même un fabricant de glace qui avait eu grand succès, avant que le Palais ne soit divisé en quinze appartements pour être loué à des particuliers.


Le prince Murat, sur recommandation de Napoléon, le premier bien sûr, en devient acquéreur, mettant à la porte les locataires frustrés. C’est ainsi que le petit Alfred, âgé de 6 ans, dû quitter ce jardin avec ses bassins dans lequel il aimait jouer et se baigner. Comme les autres occupants, ses parents, Monsieur et Madame de Vigny, devant faire contre mauvaise fortune bon cœur, partirent à la recherche d’un nouveau logement. Quelques années plus tard, Alfred écrira sa déception d’avoir dû quitter la demeure de son enfance.


Résidence des souverains successifs dont Napoléon, le troisième, alors unique Président de la Seconde République, avant son coup d’état qui le fera empereur, l’Élysée devient la demeure officielle des futurs Présidents.


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Grand jour, en ce 9 juillet. C’est aujourd’hui que les députés vont décider. Armand est inquiet, a-t-il été suffisamment persuasif ?


Mathilde arrive bientôt à terme. Armand n’ayant pas à intervenir, elle préfère l’attendre dans le grand salon de leur hôtel particulier en compagnie de quelques amies. Voyant la déception dans les yeux de son époux, alors qu’il est en train de revêtir son plus beau costume, elle décide de lui offrir une petite gâterie. Elle fait attention en le suçant à ne pas froisser, ni tacher son pantalon de cérémonie. Elle s’attelle à la tâche avec entrain, mais prise de contractions elle ne peut terminer son ouvrage. Armand n’est pas le seul déçu, mais, courtois, il n’en fait pas la remarque.


Pour aller à la Chambre, il prend la calèche, voiture plus légère. Avec les beaux jours, la traversée de Paris n’en sera que plus agréable.


La loi instaurant le 14 juillet fête nationale est enfin votée, sans précision de la date de l’évènement de référence. Armand a gagné, du moins en partie. Pour beaucoup elle symbolise la guerre, pour d’autres la paix.

En outre, la loi stipule que la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » devra être inscrite sur le fronton de tous les édifices publics.


Regrettant de devoir rentrer seul, Armand fait un arrêt à l’Opéra, pour fêter ce jour mémorable avec Fanny, la petite danseuse qu’il honore régulièrement. Toujours prête à satisfaire le moindre de ses désirs, elle est à la hauteur de l’évènement. Fanny a des petits seins blancs qui le ravissent. Il l’aide à enlever son juste au corps et le collant qui gaine ses longues jambes, mais elle garde son tutu rose et le diadème de son dernier ballet pour, à moitié nue, esquisser quelques pas de danse pour lui.

Chacun ses fantasmes, il aime la prendre en levrette appuyée à la barre d’exercice, face au grand miroir de la salle de répétition du corps de ballet. À cette heure, la salle est vide.


C’est tout guilleret, qu’Armand s’enquit de la santé de Mathilde en arrivant chez eux. Celle-ci le félicite pour sa victoire. Son ventre rond n’empêche pas son mari de l’honorer régulièrement. Ce soir-là, il ne fait pas exception.


Quelques jours après ce vote historique, le 14 juillet 1880, le Président Jules Grévy célèbre en grande pompe la première fête nationale.

La France en liesse commémore cette journée. Paris est pavoisée aux couleurs tricolores. Défilés militaires, bals dans tous les quartiers, c’est la joie et l’allégresse générale.


C’est la fête pour tous les Français, tous sauf pour Mathilde, qui ressentant les premières douleurs dans la nuit, met au monde une charmante petite fille qu’elle baptisa Marianne.



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Je sors avec difficulté de ma torpeur. Non je ne dormais pas vraiment, je repensais à mon père qui me racontait comment son grand-père Armand avait toute sa vie défendu la paix. La République naissante devait être celle de la réconciliation entre les peuples. Une utopie. Il y croyait, le pauvre. S’il avait pu savoir.


Mes trois petits-enfants me dévisagent, un petit sourire en coin. Trois paires d’yeux fixés sur moi. Delphine, la grande du haut de ses 8 ans, et ses deux frères, les petits, sont prêts à sortir.



Trois voix en chœur, en ânonnant :



Nouveau chœur :