Résumé de l’épisode précédent :
Roxane a gagné le championnat de France de dames. Elle parvient maintenant à être frustrée une semaine par Albert. Elle a repris des formes grâce à la surveillance constante de Nicolas concernant sa nourriture.
- — Papa !
- — Roxane ! s’exclama Daniel. Tu es rayonnante !
- — Merci, papa. Tu as fait bon voyage ?
- — Je déteste l’avion mais le trajet était court alors ça va.
Roxane se saisit des bagages pour les amener vers la voiture d’Albert garée non loin.
- — Tu n’as pas un genre de serviteur pour faire ça ? demanda Daniel.
- — Ronald, notre majordome, se trouve dans le second véhicule, prêt à accueillir maman.
- — Oh ! Nous arrivons en même temps, comprit-il.
- — Vos vols sont proches, en effet. Elle devrait arriver dans une dizaine de minutes.
- — Sacrée organisation !
- — On gère, assura Roxane.
Tandis que Roxane déposait les bagages de son père dans le coffre de la voiture d’Albert, elle constata que son père détaillait les deux hommes adossés au véhicule. Roxane referma le coffre puis désigna Albert de la main.
- — Mon fiancé, annonça-t-elle, le duc Albert Mean.
Daniel resta un instant figé puis il sourit.
- — Tu l’as dit à ta mère ?
- — Non, dit Roxane.
- — Bon courage ! souffla-t-il amusé.
Puis, il releva le nez et lança d’une voix amicale :
- — Bonjour monsieur le duc. Je suis ravi de rencontrer celui qui rend ma fille aussi heureuse !
- — Monsieur Pool, salua Albert en retour.
- — Et voici le duc Nicolas Du Moulin, mon second amoureux, que je ne peux pas épouser parce que la loi me l’interdit et parce qu’il est déjà marié avec Méline, tu te souviens, ma meilleure amie ?
- — Bien sûr, Méline… Ton second amoureux ? répéta Daniel.
Roxane sourit.
- — Tu crois vraiment pouvoir faire avaler ça à ta mère ? demanda Daniel.
Roxane grimaça.
- — Monsieur le duc, ravi de vous rencontrer.
- — Moi de même, assura Nicolas. Il a l’air charmant, ton père, Roxane.
- — La difficulté ne viendra pas de lui, répondit Roxane qui se crispait à l’idée d’accueillir sa mère. Bon, je vous laisse entre hommes. Bonne route jusqu’au domaine !
- — Je suis sûr que monsieur Mean et moi allons avoir beaucoup de choses en commun.
- — Je vous en prie, appelez-moi Albert.
- — Et moi Daniel.
Roxane soupira d’aise tandis que les trois hommes s’engouffraient dans le véhicule, Albert au volant, Daniel à côté de lui et Nicolas derrière. La première partie, la plus facile, venait d’être remplie. La seconde risquait d’être bien plus délicate.
- — Vos parents sont divorcés depuis longtemps ? demanda Ronald qui tenait Betty et Julie, ses juments harnachées à la calèche, par leur longe.
- — J’étais adolescente, répondit Roxane. Ils s’ignoraient depuis longtemps. Ils ne disputaient pas vraiment. Ils ne se parlaient plus et vivaient comme des colocataires sous le même toit. Je ne sais pas exactement ce qui les a décidés à s’éloigner physiquement. J’ai vécu en alternance avec l’un et l’autre jusqu’à ce que je parte en chambre étudiante à la fac pour ma thèse.
- — Ils s’entendent bien ?
- — Oui et non, répondit Roxane. Ils s’ignorent et lorsque les interactions sont nécessaires, ils se parlent avec respect et dignité, évitant les disputes le plus possible. Ils ne se détestent pas. Ils se montrent cordial l’un envers l’autre.
- — Vous vous entendez bien avec eux ?
- — Mon père oui. Il m’a toujours soutenue et aidée. C’est son nom que j’ai donné comme personne référente quand je suis entrée à l’hôpital. Ma mère ignore tout de mon internement. Seul mon père est au courant.
- — Je garderai ma langue, promit Ronald. Vous ne semblez pas proche de votre mère.
Ce n’était pas une critique mais une simple constatation, dite sur l’habituel ton neutre et poli du majordome.
- — Nos relations sont électriques, indiqua Roxane. Je tolère sa présence mais pas trop longtemps. Elle est très…
- — Roxie !
La voix stridente venait de traverser tout le quai devant l’aéroport. Roxane grimaça tandis que Ronald ne pouvait s’empêcher de ricaner, perte de contrôle fort rare pour le majordome qui reprit presque immédiatement contenance pour redevenir neutre.
- — Et ce n’est que le début, maugréa Roxane avant de se composer un sourire et d’enlacer sa mère.
- — Roxie ! Tu es rayonnante ! Moi, ce trajet m’a complètement anéantie. Les gens sentent mauvais, parlent fort comme si leur vie nous intéressait. Je déteste cette foule moite et collante.
Pendant la tirade, Ronald avait chargé les bagages de la maman de Roxane dans la calèche.
- — Bonjour ! s’exclama Isabelle et ce simple et unique mot en anglais fit saigner les oreilles de Roxane tant l’accent était atroce. Vous devez être Albert !
- — Non, madame, répondit Ronald dans un français impeccable. Je m’appelle Ronald Wilson. Je suis le majordome de monsieur Mean.
- — Ronald, je vous présente ma mère, Isabelle Mouzan, indiqua Roxane.
- — Le… majordome, murmura Isabelle en clignant plusieurs fois des yeux.
Roxane ne reconnut pas ce regard chez sa mère.
- — Je suis ravie de rencontrer la mère de madame Pool, indiqua Ronald. Je vois de qui elle tient son charme et sa plastique de rêve.
Roxane lança un regard ahuri à Ronald. « Charme ? Plastique de rêve ? » Depuis quand parlait-il d’elle de cette manière ? Isabelle gloussa et Roxane eut envie de vomir. Elle grimpa dans la calèche, désireuse de s’éloigner de ce moment gênant.
- — Une calèche ? s’écria Isabelle, sa voix stridente portant loin. J’adore ! Vous savez conduire ce genre de véhicule ! Oh oui, vous savez vous faire obéir de pouliches, cela se voit !
Roxane en rougit de honte. Le sous-entendu qu’elle mettait derrière ne pouvait venir que d’elle, c’était obligé. Ronald sourit en retour. Le majordome souriait ! Non ! Impossible ! Roxane était en train de rêver. Sa mère ne pouvait décemment pas être en train de draguer le majordome et lui de répondre favorablement !
Isabelle monta sur le siège du cocher et non à l’arrière. Ronald ne s’en offusqua pas. Isabelle n’échangea qu’avec Ronald de tout le trajet, gloussant à ses blagues, même les plus mauvaises, rebondissant à tous ses sujets de conversation, même les plus insignifiants, lui posant mille questions, répondant volontiers aux siennes.
Durant ce voyage, Roxane en apprit davantage sur Ronald que depuis qu’elle le connaissait. De plus, elle apprit certaines choses sur sa mère qu’elle n’était pas certaine d’avoir jamais eu envie de savoir. À l’arrivée au domaine, Isabelle s’enthousiasma et sembla enfin se souvenir de la présence de sa fille.
- — C’est magnifique ! Oh je comprends que tu aies voulu rester là ! Un château, un vrai et un terrain… Oh la la !
- — Voulez-vous que je vous fasse visiter, madame Mouzan ?
- — Très volontiers, mais à condition que vous m’appeliez Isabelle.
- — Certainement, Isabelle, répondit Ronald.
Roxane descendit rapidement de la calèche et secoua la tête. Elle avait des visions à faire disparaître. Tout en grimaçant et alors que la calèche se dirigeait vers les hauteurs du terrain, Roxane entra dans le château. Tout le monde se trouvaient au grand salon. Méline, seule femme au milieu de cette quantité débordante de testostérone, paraissait parfaitement à son aise.
- — Où est ta mère ? demanda Daniel en regardant derrière elle.
- — Elle, euh… elle… découvre… les splendeurs que cet endroit propose, bredouilla difficilement Roxane.
- — Ronald s’occupe des juments ? supposa Albert.
Il s’occupait d’une jument. Roxane frémit à cette pensée inconvenante.
- — Je ne dirais pas ça, répondit Roxane en secouant encore la tête.
Albert fronça les sourcils mais décida de ne pas insister, sentant la gêne chez sa compagne.
- — Roxane, amène-nous de quoi nous restaurer, ordonna Albert.
Son ton était doux mais l’ordre ne laissait pas franchement de place au doute quant à l’identité de celui qui venait de prononcer ces mots.
- — Je vais t’aider, proposa Daniel et il suivit sa fille en cuisine.
Ronald avait tout préparé alors il suffisait de prendre les bons plateaux.
- — J’adore ton futur mari, annonça Daniel. Ce n’est guère surprenant vu son âge mais on peut être vieux et con. Lui est brillant, cultivé, intelligent et pourtant modeste et posé.
Roxane sourit.
- — Tu as bien choisi, ma fille, annonça Daniel. Comment ta mère l’a-t-elle pris ?
- — Je ne lui ai rien dit, grommela Roxane.
- — Quoi ? Pourquoi ?
- — Parce que je n’ai pas pu en placer une au milieu des gloussements et des regards langoureux.
- — Quoi ?
La conversation s’arrêta naturellement étant donné leur entrée au grand salon.
- — Merci beaucoup, Roxane, dit Albert. Tu fais le service ?
- — Volontiers, dit la soumise.
Elle donna à chacun son verre sans avoir besoin de demander qui voulait quoi. Elle connaissait fort bien les goûts de toutes les personnes présentes. Son père ne sembla pas trouver cela surprenant. Il était en pleine discussion avec Philibert de Malt. Les petits fours servis, Albert fit signe à Roxane de le rejoindre.
- — Où est ta mère ? demanda-t-il, visiblement surpris.
Roxane haussa les épaules.
- — Autour de la bite de Ronald, proposa-t-elle.
Albert en recracha le liquide qu’il venait de mettre dans sa bouche. Tout le monde se tourna vers lui, se demandant ce que Roxane venait de dire pour mériter une telle réaction.
- — Redis-moi ça, réclama Albert tout en toussant.
Roxane haussa de nouveau les épaules puis tendit l’oreille.
- — Tu entends ? Il lui joue de la cornemuse ! Je suis sûr qu’il a mis un kilt… en mode coutume jusqu’au bout.
Albert se concentra avant d’admettre :
- — Tu as raison. On l’entend vaguement, de loin. Tu as l’oreille fine.
- — Je sais quoi chercher, répliqua Roxane.
- — Ta mère lui a fait du rentre dedans ? s’enquit Albert en portant son verre à sa bouche.
- — Difficile de dire lequel des deux a commencé, répliqua Roxane.
Puis, elle tenta une imitation de la voix aiguë et stridente de sa mère pour dire :
- — Oh je vois que vous savez dresser des pouliches !
Albert recracha l’alcool qui lui brûlait la gorge. Sans lui laisser le temps de se reprendre, Roxane prit une voix plus grave pour annoncer :
- — Madame, je vois de qui Roxane tient sa plastique de rêve !
Albert en avala de travers la gorgée de scotch qu’il avait encore dans la bouche.
- — J’ai eu envie de vomir sur tout le trajet, termina Roxane en reprenant sa voix normale.
- — Ah oui quand même ! finit par lancer Albert entre deux quintes de toux.
- — Ta plastique de rêve ? répéta Nicolas. Depuis quand Ronald se préoccupe-t-il de ce genre de choses ?
- — Ce n’est pas parce qu’il ne dit rien qu’il est aveugle, répliqua Roxane et Albert sourit avant de se renfrogner.
Il venait de jeter un œil à sa montre. Le dîner aurait déjà dû commencer.
- — Le service, ce n’est plus ce que c’était, ricana Roxane.
- — Ronald n’a jamais raté un seul repas, jamais, gronda Albert.
- — Ma mère est douée pour mettre le bordel partout où elle va, précisa Roxane.
Roxane remarqua du coin de l’œil que Charles venait de remuer son verre vide, signe convenu pour dire « ressers-moi ». Roxane s’éloigna d’Albert qui grommelait dans sa barbe pourtant inexistante. La soumise obéit à l’ordre muet du comte avant d’aviser que d’autres invités nécessitaient son attention.
Lorsqu’elle revint vers son fiancé, il ronchonnait toujours. Elle se plaça à califourchon sur lui et entreprit de l’embrasser pour lui rendre le sourire. Tandis qu’il passait les mains sous le chemisier pour caresser les seins de sa future femme, elle sentit son sexe se durcir. Elle se frotta contre lui tandis qu’Albert passait une main sous la jupe pour caresser l’abricot tendre.
- — Le dîner est servi ! annonça soudain la voix de Ronald.
Albert en grogna de dépit.
- — Il n’est pas là, tu ronchonnes. Il est là, tu grondes. Tu n’es jamais content, mon cher !
Il rit en la reposant sur le sol d’une caresse sur ses hanches. Les invités entrèrent dans la salle à manger vide. Tout le monde s’installa à table et seulement à ce moment-là, Isabelle fit son entrée, désireuse d’attirer l’attention à elle, comme à son habitude. Roxane constata que sa mère avait pris le temps de se changer et de rajuster sa coiffure et son maquillage.
- — Messieurs dame, permettez-moi de vous présenter ma mère, Isabelle Mouzan.
Isabelle embrassa la tablée, afin de déterminer qui était qui. Albert s’était mis en bout de table. Nicolas à sa gauche et Méline à côté de son mari. Daniel avait été placé à côté de Méline, surtout afin de l’éloigner assez de son ancienne femme. En bout de table venait Philibert, Charles à sa gauche. La seule place vide se trouvait là, entre le comte Stethen et Roxane, assise à droite d’Albert, ce qui ne laissait guère de place au doute.
L’homme en bout de table à côté de Roxane était forcément leur hôte, le futur mari de Roxane, le seul inconnu à avoir plus de quarante ans. Isabelle ne laissa rien paraître de ses émotions et Roxane aurait aimé avoir les compétences mentalistes de Charles.
- — Maman, je te présente le duc Albert Mean, mon fiancé, indiqua Roxane en prenant tendrement la main de son amant.
- — Monsieur, votre domaine est magnifique, annonça Isabelle.
Roxane se mordit les lèvres pour ne pas rire. Isabelle ne respectait en rien les convenances. En admirant les lieux, elle complimentait le majordome qui en prenait soin et non le propriétaire. Elle aurait dû dire « C’est un honneur de vous rencontrer » ou « Vous êtes à l’image de ce que Roxane m’avait dépeint ». Là, elle rendait hommage à son argent – et donc celui de Roxane puisque c’était elle qui payait pour l’entretien et la rénovation du château. Cette parole ne valait rien dans le monde mondain.
Albert se garda bien de reprendre sa future belle-mère. Il se leva avec grâce, prit la main de la mère de sa fiancée, la leva pour y déposer un baise-main avant de la lâcher pour se rasseoir. Isabelle en resta figée de stupeur. Albert n’était pas peu fier de son effet. Tout le monde à table se contenait pour ne pas exploser de rire tant Isabelle déployait d’effort pour ne pas s’effondrer.
Finalement, elle reprit son souffle et Roxane put continuer les présentations.
- — Le duc Nicolas Du Moulin et sa femme, Méline.
- — Je me souviens de vous, lança Isabelle à la jeune femme, ignorant de ce fait le duc français ce qui, au niveau étiquette, était également très mauvais.
Nicolas soupira mais ne releva pas non plus.
- — Être duchesse vous va à ravir !
- — Merci, Isabelle, répondit poliment Méline.
- — Daniel, salua froidement la mère de Roxane.
- — Isabelle, répondit-il sobrement.
- — Le comte Philibert de Malt et son ami, le comte Charles Stethen.
- — Messieurs, je suis ravie de faire votre connaissance, assura Isabelle qui prononçait enfin des paroles convenables.
- — Moi de même, répondit Philibert.
Isabelle prit place et Ronald entra pour servir les entrées. Rien sur son visage ne laissait apparaître la moindre différence. Le majordome se montrait aussi sobre et neutre que d’habitude.
- — Madame Pool ? lança Ronald, une bouteille de blanc à la main.
- — Pas de vin, merci. J’ai assez bu à l’apéritif. De l’eau, merci, Ronald.
- — Bien, madame Pool.
- — Depuis quand Ronald t’appelle-t-il par ton nom de famille ? s’étonna Méline. Je l’ai toujours entendu t’appeler par ton prénom !
- — Depuis un an, compta Roxane. Il acceptera enfin de m’appeler de nouveau par mon prénom après-demain.
- — Après-demain, je vous appellerai comme vous souhaiterez que je vous appelle, précisa Ronald tout en continuant à servir.
- — Pourquoi ? lança Méline.
- — Pourquoi devrais-je faire ce qu’elle me demande alors qu’elle n’est pas la maîtresse de maison ? répliqua Ronald.
- — Ronald et sa manière bien à lui de dire ce qu’il pense, sourit Roxane.
Le majordome sortit de la pièce et des conversations plus neutres purent commencer.
- — Monsieur Stethen est charmant, murmura Isabelle à l’oreille de Roxane au dessert.
- — Il est marié, maman, tout comme Philibert.
- — Méline t’ayant raflé Nicolas sous le nez, tu t’es rabattue sur le dernier. Je comprends. Un titre de duchesse et un domaine comme celui-là, ça ne se refuse pas, même si le propriétaire est vieux. Au contraire ! Tu hériteras plus vite.
Roxane en resta muette de stupeur. La phrase de sa mère venait de la blesser. Qu’elle pût la considérer de cette manière lui fut insupportable.
- — Maman ! Je l’aime, dit Roxane en retenant ses larmes.
- — C’est un excellent parti, insista Isabelle. Inutile de faire semblant avec moi.
- — Je suis la seule à rapporter de l’argent dans ce foyer, grogna Roxane. Albert gère mes revenus mais c’est bien moi qui…
- — En jouant aux dames, ricana Isabelle. Ce n’est pas un travail, ça, ma chérie.
- — Roxane gagne plus en un mois que toi en un an, cingla Daniel à qui l’échange n’avait pas échappé. Fais une partie de dames contre Roxane et on verra si c’est facile. Les compétitions peuvent durer jusqu’à dix heures par jour, dix heures d’intense concentration. Renseigne-toi avant de critiquer.
- — Je suis sûre que… commença Isabelle.
- — Quand on ne sait pas, on se tait, gronda Daniel.
- — Tu sais toujours tout mieux que tout le monde, répliqua Isabelle.
Roxane serra la mâchoire, s’enfermant dans sa bulle, désireuse de s’éloigner de ce moment difficile. Albert lui caressa doucement la main.
- — Madame Mouzan, changez de sujet de conversation, ordonna Nicolas. Maintenant.
La mère de Roxane se figea, un instant déconcertée que quelqu’un ose lui parler de cette façon, mais ne se rebiffa pas. Elle se racla la gorge et se tourna vers Charles qui accepta de lui donner la réplique. Le dessert se termina sur un silence constant de Roxane qui ne toucha presque pas au contenu de son assiette.
- — Tu ne risques pas de te faire punir par Nicolas ? demanda Méline tandis que tout le monde profitait du beau temps en prenant le digestif dans le jardin.
- — Parce que ?
- — Tu n’as quasiment pas touché au dessert.
- — Nicolas ne gère plus ma nourriture, précisa Roxane. Cela le faisait énormément souffrir. Nous sommes tous soulagés de cette réussite.
- — Depuis quand ? demanda Roxane.
- — Il y a deux ans environ, vous étiez au château pour une soirée BDSM et Charles est venu vers moi pour s’étonner que je n’y participe pas. Non pas que je sois obligée d’être tout le temps présente mais cela faisait un moment que je n’avais pas joué. Je suppose que c’était sa manière à lui de dire que je lui manquais.
Méline sourit.
- — Je lui ai dit que je ne pouvais pas jouer parce que j’étais couverte de marques laissées par Nicolas et qu’Albert ne supportait pas de me voir ainsi. Charles a eu les yeux brillants et il m’a demandé s’il pouvait voir les marques. De fait, il n’en avait jamais vues puisqu’Albert s’arrange toujours pour que les séances avec moi ne se produisent que quand mon corps est réparé.
Méline acquiesça. Elle-même ne les avait vues que lors de sa première fois, souvenir lointain duquel il ne restait surtout que le choc de découvrir cette pratique.
- — Nous avons demandé l’autorisation à Albert qui a accepté tant qu’il ne s’agissait que de regarder. Aucun contact ne fut autorisé à Charles. Nous nous sommes isolés et je me suis dénudée. Il m’a regardée intensément, les yeux brûlants de désir. Je sentais comme il lui était difficile de se retenir. Il a détaillé chaque trace, chaque marque et son envie explosait.
- — Charles a perdu le contrôle ? lança Méline, presque terrorisée.
- — Non, il m’a dit aller demander à Albert l’autorisation de me baiser. Je lui ai répliqué que si moi ça ne me déplairait pas, la réponse d’Albert serait connue d’avance. Je me suis rhabillée sans attendre que Charles revienne. J’ai trouvé Albert, Philibert et lui en pleine discussion. Je suis allée me blottir dans les bras d’Albert qui refusait obstinément. Charles insistait tandis que Philibert servait de médiateur, tentant d’apaiser les tensions, élément neutre essentiel. Albert n’en démordait pas : mon état ne me permettait pas d’avoir une relation sexuelle loin d’Albert ou de Nicolas. Je faisais des crises de larmes qu’ils étaient les seuls à pouvoir gérer. Charles a fini par s’éloigner, déçu.
- — Nicolas ne m’en a jamais parlé, dit Méline, ni de cette conversation, ni du fait que tu faisais régulièrement des crises.
- — J’en faisais toutes les semaines environ mais la présence de Nicolas n’était nécessaire qu’une fois par mois, quand j’allais vraiment mal. Sinon, Albert gérait seul.
- — Je l’ignorais.
- — Quelques jours plus tard, Philibert a profité d’un dîner pour me glisser une carte de visite dans la main. Je l’ai regardée. C’était les coordonnées d’un psy. C’était un sujet houleux entre Nicolas et Albert. Nicolas, harassé par le poids pesant sur ses épaules, voulait que j’aille voir un spécialiste. Albert refusait, rappelant que j’avais été internée contre mon gré et que je n’avais retrouvé ma liberté que grâce à Louis, qui m’avait fait évader.
- — Il craignait que le psy t’y renvoie, comprit Méline et Roxane hocha la tête.
- — « C’est mon psy », m’a murmuré Philibert à l’oreille. « Dis-lui que tu viens de ma part sinon, il ne te prendra pas. Il coûte cher, très cher, mais tu peux tout lui dire, absolument tout. Rien ne sortira jamais de son cabinet. »
- — J’ignorais que Phil voyait un psy.
- — Moi aussi, confirma Roxane. Philibert ne m’en a plus jamais parlé depuis. J’ai longuement hésité et puis j’ai pris un rendez-vous et j’y suis allée, sans en parler à Albert dont je craignais la réaction.
- — Tu as fait quelque chose dans le dos d’Albert ? s’étonna Méline.
- — J’avais peur qu’il m’empêche de m’y rendre, indiqua Roxane. Je suis partie à pied en ville. Nous avons commencé à discuter et il m’a écoutée avec beaucoup de bienveillance et de calme. Quand je lui ai dit que je m’étais évadée d’un hôpital psychiatrique en France, il a simplement noté sur son bloc-notes, sans juger, sans commenter, sans critiquer, sans approuver. Juste rien.
Méline ouvrit de grands yeux. Elle semblait surprise de n’avoir pas eu vent de cela auparavant.
- — Il voulait apprendre à me connaître alors j’ai commencé à expliquer ma relation avec Albert, puis avec Nicolas. C’est pendant mon explication que mon téléphone a sonné. C’était Albert. Je me suis excusée auprès du psy qui ne sembla pas prendre ombrage que je décroche en pleine séance. Au contraire. Il était intéressé de voir comment cet échange allait se passer et m’a demandé de mettre sur haut-parleur, ce que j’ai fait. Albert m’a demandé où j’étais. Ronald venait de lui dire que j’étais partie toute seule, à pied, en ville.
- — Ce qui n’est vraiment pas ton genre.
- — Non, carrément pas. J’ai avoué où je me trouvais. Il a réclamé l’adresse avant de raccrocher sans un mot supplémentaire. J’ai immédiatement appelé Nicolas, en lui expliquant la situation et il m’a annoncé venir à la rencontre d’Albert. Le psy et moi avons échangé sur la situation. Il cherchait à me cerner davantage. Lorsqu’Albert a commencé à crier dans le couloir, le psy lui a gentiment ouvert sa porte et Nicolas, qui venait d’arriver, s’engouffra également dans le bureau.
- — Le psy s’est pris un pain sur la gueule ? proposa Méline.
- — Ce type est doué. Il a totalement calmé Albert. Je ne te raconterai pas le contenu des séances, Méline, parce que c’est privé mais Nicolas en avait autant besoin que moi. La situation lui était très difficile à supporter.
- — Comment ça ?
- — Il portait une responsabilité qu’il n’aurait jamais dû avoir.
- — Je ne comprends pas. Il apprécie de dominer.
- — Dans un cadre consensuel, oui. Des jeux d’adultes consentants ! Pas quand ça frôle l’abus de faiblesse et que ça devient une simple agression.
- — Il n’a jamais abusé de personne, répliqua Méline.
- — Il me frappait parce que je ne mangeais pas, rappela Roxane. Ça n’était pas du sexe. Ça ne lui faisait pas plaisir et à moi non plus.
- — Je ne l’avais jamais vu ainsi. Nicolas ne m’a jamais dit à quel point il en souffrait. Je veux dire… il venait régulièrement se réconforter dans mes bras après être allée chez Albert mais je n’avais pas imaginé que…
Méline semblait très troublée.
- — Le psy a réussi à trouver le nœud du problème – et je ne te dirai pas ce que c’est – et ensemble, nous avons réussi, petit à petit, à apaiser la situation. Désormais, Nicolas peut jouer avec moi. Il est libéré de ses obligations. Ce que je mets dans ma bouche est mon problème.
- — Sauf quand c’est une bite, répliqua Méline et Roxane rit de bon cœur.
- — Donc, non, Nicolas ne me punira pas pour n’avoir pas touché au dessert. Je gérerai ça avec moi-même… ou avec mon psy si je n’y parviens pas seule.
- — Tu continues à le voir, en conclut Méline.
- — Non. Je prends un rendez-vous exceptionnel si besoin mais il n’y a plus de rendez-vous réguliers. C’est le psy qui m’a amenée à faire ma demande.
- — Demande ? répéta Méline.
- — En mariage, précisa Roxane. Il avait raison. Après tout, si ce jour-là, à l’aéroport, j’avais pris les devants, je doute qu’Albert m’aurait repoussée. De même que je ne peux m’en prendre qu’à moi si tu m’as volé Nicolas. Je n’avais qu’à faire l’effort d’aller vers lui. J’étais trop attentiste, passive, spectatrice, tu vois ? Il m’a poussée à l’action.
- — C’est toi qui as demandé ? s’étrangla Méline.
Roxane confirma d’un geste.
- — Et Albert a accepté, continua Méline.
- — Sans la moindre hésitation.
Méline sourit. Les deux copines discutèrent encore un moment puis Méline s’éloigna pour retrouver Nicolas.
- — Quelle est ta relation avec les deux comtes ? demanda Daniel en arrivant près de Roxane.
- — Comment ça ?
- — Ils te dévorent des yeux et tu le leur rends bien.
- — On baise, de temps en temps, indiqua Roxane.
- — Et Albert le sait, supposa Daniel.
- — Bien sûr ! Mais pas leurs conjointes très exclusives qui seront présentes au mariage.
- — Je garderai ça pour moi, rassure-toi.
- — Je n’ai pas de doute. Elles ne parlent qu’anglais alors que maman et toi êtes à peine capable de dire « Bonjour » dans la langue de Shakespeare. Les risques sont minimes.
Daniel ronchonna. Depuis son arrivée, il n’avait pas entendu un mot d’anglais, tout le monde s’exprimant aisément dans la langue de Molière. Il en avait presque oublié qu’il se trouvait en Écosse.
- — Méline sait que tu es amoureuse de Nicolas.
- — Méline sait que Nicolas et moi sommes amoureux l’un de l’autre, oui, corrigea Roxane.
- — Albert et elle sont en relation amoureuse ?
- — Pas que je sache, non, répondit Roxane.
- — Elle baise avec Albert ?
Roxane observa son père, amusée. Il semblait vivre ce moment par procuration. Il tremblait d’excitation. Il cherchait à comprendre. Il n’y avait rien de malsain ou de critique dans ses questions. Il tentait d’assembler le puzzle.
- — Tout dépend ce que tu entends par « baiser », dit Roxane. Si tu parles d’une bite dans un vagin, alors non. Elle ne le fait pas et ne le désire pas. Elle aimerait que Philibert s’occupe d’elle mais il refuse.
- — Pourquoi ?
- — Pas son style, répondit Roxane.
- — Mais toi tu l’es, supposa Daniel.
- — Oui, totalement, assura Roxane.
- — Je ne comprends pas tout, indiqua Daniel, mais vous avez l’air de super bien vous entendre. C’est du polyamour ?
- — Je ne sais pas, admit Roxane. Je n’ai jamais essayé de mettre un nom dessus. Peut-être. En revanche, je ne suis pas amoureuse de Charles et de Philibert, ni de Méline ou de Louis d’ailleurs.
- — Qui est Louis ? demanda Daniel.
- — Il n’est pas là ce soir parce qu’on ne savait pas comment le présenter. C’est un ami proche de Méline.
- — Proche dans le sens sexuel du terme, supposa Daniel.
- — C’est ça.
- — Si tu as mis Méline dans ta liste, c’est parce que vous…
Roxane, gênée, ne confirma pas mais son silence le fit pour elle.
- — Tu as raison de profiter. La vie est trop courte. Albert doit être le plus heureux des hommes.
- — Non, répondit Roxane. Des relations comme celles-là nécessitent des compromis. Albert est loin d’avoir ce qu’il veut mais on y travaille, tant lui que moi. Y a-t-il du regret dans ta voix ? Tu aurais aimé vivre ce genre de situation ?
- — Ta mère était ma première et on a beaucoup baisé au début. C’était bien mais exclusif. Quand on s’est quitté, je n’ai pas vraiment cherché à retrouver quelqu’un. Tu le sais. Je me complais dans ma solitude.
- — J’en connais un autre qui disait ça et après-demain, il va se marier…
Daniel ricana.
Daniel suivit sa fille qui demanda à Philibert de les rejoindre un peu à l’écart.
- — Que puis-je pour la future mariée ? demanda le comte de Malt.
- — Pour moi, rien. Pour mon père, une séance avec Félicie.
Philibert leva les yeux sur Daniel et sourit.
- — Je vous laisse régler les détails, loin de mes oreilles de préférence, merci beaucoup.
À ces mots, Roxane s’éloigna, peu désireuse d’entendre le reste de l’échange. La discussion avec son père avait été assez gênante pour ne pas en rajouter.
- — Tu fuis ta mère, la rabroua gentiment Albert.
- — Elle a laissé entendre que je t’épousais pour ton argent et ton titre, expliqua Roxane.
- — De l’argent, je n’en ai pas. Et mon titre, tu n’en veux pas. Ça t’ennuie de le porter. Laisse-la parler. C’est une chieuse. Qui sait, quand Ronald l’aura fait jouir, elle se calmera peut-être.
- — Qu’il fasse ça rapidement alors !
- — Les vieux prennent leur temps, indiqua Albert et Roxane sourit.
- — Nicolas m’indique qu’il est prêt pour la séance.
Roxane se tourna vers Du Moulin qui la fixait.
Elle redonna son attention à Albert. Il se tenait, la mâchoire serrée, les poings fermés.
- — Merci de prendre sur toi pour me permettre de recevoir ce plaisir, dit Roxane.
- — Philibert et Charles participeront à la séance, indiqua Albert. Le maître de cérémonie sera Nicolas. J’occuperai ton père. Méline se chargera de ta mère.
- — Albert ? Tu es sûr ?
- — Tu vas bien maintenant. Plus de crise. J’avais tort de craindre les médecins. Ce n’est pas parce que certains ont fait une erreur qu’ils sont tous mauvais. Charles crève d’envie de voir ça et de pouvoir en profiter ensuite. Toi, ça ira ? Tu parviendras à supporter une séance sexuelle après du masochisme ?
- — J’ai confiance en Nicolas. Il saura adapter. Il fera ce qu’il faut.
Albert hocha la tête.
- — État émotionnel ? demanda Roxane.
- — Vert, répondit Albert, amusé. Va t’amuser avec eux.
Roxane rejoignit Nicolas qui l’emmena au donjon. Il entreprit de la dévêtir lui-même et Roxane, en bonne poupée, se laissa faire sans intervenir, permettant aux mains expertes d’agir à leur guise. Nicolas ne toucha Roxane que le moins possible, se contenter de retirer les habits avec délicatesse.
Souvent, avant une séance de sadisme, Nicolas était d’une douceur extrême, comme s’il rassemblait son envie de faire souffrir dans un coin, la recentrait avant de la laisser exploser. Nicolas mena Roxane jusqu’au piloris, ses chevilles se retrouvant liées à des anneaux au sol.
Charles et Philibert arrivèrent au moment où le premier coup de martinet cinglait le dos de Roxane. Ils se saisirent également d’un martinet et Roxane put apprécier les différences de textures, de morsures, de douleur apportées par les uns et les autres. Sans surprise, Charles frappait les seins, Philibert le sexe et Nicolas les fesses.
Roxane ne pouvait que subir. Elle luttait toujours au début, criait, hurlait et pleurait. Nicolas changea d’instrument, proposant à chaque un paddle et les coups reprirent, chacun sur sa zone. Charles se montrait le plus imprévisible, caressant parfois, frappant très fort à d’autre sur les tétons durs et sensibles de la soumise.
Tout cessa brusquement. Nicolas se présenta accroupi devant Roxane. Il plongea son regard dans le sien puis dit d’une voix sensuelle et profonde :
- — Cesse de lutter maintenant. Accompagne-nous. Rejoins-nous.
Roxane hocha la tête. Il déposa un tendre baiser sur son front et les coups reprirent.
- — Oh la vache ! Ah oui, sacrée différence ! s’exclama Charles.
- — Elle a besoin de se débattre au début, de faire sortir les émotions mais pour monter, il faut s’abandonner, expliqua Nicolas. Tu peux frapper plus fort, Phil, mais méfie-toi. Roxane adore qu’on s’occupe de son sexe comme tu le fais. Ce sont peut-être tes actions qui vont la mener au subspace.
- — J’en serais ravi ! s’exclama Philibert.
- — Elle ne doit pas monter maintenant. Le but est bien sûr qu’elle l’atteigne mais elle veut être couverte de marques et j’ai envie de la marquer.
- — Et moi de voir le résultat et d’en profiter, annonça Charles.
- — Ok, je ralentis le rythme, c’est ça ? supposa Philibert.
- — Alterne des coups brutaux et des coups doux, caresse la même, voir lèche-la ! Les chauds/froids vont la déstabiliser. Elle ne saura plus où donner de la tête.
- — Ok patron.
Roxane sentit une main titiller son clitoris sensible et elle gémit avant de hurler d’un coup de paddle sur les seins assorti d’une claque forte de Nicolas sur ses fesses.
- — Plaisir et souffrance, ma belle. Tu reçois tout en même temps. Gérer ça ? Impossible. Abandonne-toi. Tu n’as pas d’autre choix de toute façon.
Roxane tenait difficilement, tournoyant d’une sensation à une autre. Charles s’amusait à frapper un téton tout en caressant l’autre avant de changer brutalement. Philibert aussi alternait le chaud et le froid. Nicolas frappait puis effleurait les fesses offertes.
- — Je vous en prie, Maître, permettez-moi de jouir.
- — J’apprécie le titre mais non, pas encore.
Roxane supporta mais elle estima que moins d’une minute plus tard, elle se trouvait déjà au bord. Elle le sentit. Elle ne tarderait pas à craquer. Pourtant, elle n’était pas en période de sevrage. Albert lui avait offert du plaisir pas plus tard que le matin même mais ces attouchements l’électrisaient de partout.
- — Pitié, Maître ! Je ne vais pas pouvoir me contenir. Pitié !
- — Non, je te refuse ce droit. Retiens-toi !
- — Maître, pitié, je ne peux pas !
Elle répéta ses mots encore et encore jusqu’à ce que Nicolas dise « Tais-toi » et le silence tomba sur le donjon. Roxane subit en silence le traitement imposé pendant une, peut-être deux minutes de plus.
- — Arrêtez, ordonna Nicolas et tout cessa.
Roxane se tortilla de frustration dans le plus grand silence.
- — Maintenant, reculez. C’est entre Roxane et moi. N’intervenez pas !
Attachée au piloris, Roxane ne pouvait voir ses tourmenteurs. Elle ne put que supposer qu’ils venaient de hocher la tête. Elle entendit des crissements de tissu. Charles et Philibert s’étaient probablement assis dans des fauteuils.
- — Écoute-moi bien Roxane, commença Nicolas. Je veux exorciser un démon. Je veux prendre mon plaisir. Tu le sais : je prendrai en compte le tien. Tu auras donc le fouet que tu espères de toutes tes forces.
Roxane sourit mais Nicolas, dans son dos, ne pouvait pas le voir.
- — Tu auras ton plaisir après le mien, continua Nicolas. Tu as le droit de crier, de hurler, de pleurer, de supplier. Je veux prendre mon plaisir. Tu veux me le donner, n’est-ce pas ?
- — Oui, Maître, répondit Roxane.
- — Tu vas avoir de très belles marques. Celles-là n’auront pas disparu après demain.
Roxane se demanda quel instrument il avait bien pu prendre en main. Elle n’avait rien entendu, perçu aucun déplacement. Elle n’avait pas le droit de se rendre seule dans le donjon et ne connaissait donc que fort mal les lieux, volonté des dominants pour que les soumis ne puissent jamais deviner la suite juste au tiroir ouvert.
Le coup tomba, en travers des fesses, sur le gras, un geste parfait, dosé puissamment et Roxane hurla puis fondit en larmes instantanément. La cane en bambou ! Le symbole même de la punition ultime. L’instrument qu’elle craignait le plus, le plus douloureux de tous.
- — Roxane, test ? interrogea Nicolas.
La soumise ne répondit rien. Où se situait-elle ? Elle n’en avait aucune idée. Ce dont elle était sûre, c’était qu’elle ne supporterait pas de se faire battre par cette barre souple. C’était trop douloureux. Nicolas contourna le piloris pour venir se placer accroupi devant elle. Il tenait la cane dans sa main droite. Roxane la fixa en tremblant.
- — Ce n’est pas une punition, rappela-t-il. C’est juste le sadique prenant son plaisir et marquant sa chose. Avec ça, les marques seront sublimes.
- — Pitié, non, gémit Roxane en luttant contre ses liens.
Il lui prit le menton pour l’obliger à le regarder lui et non plus la canne.
- — Tu es capable de le supporter. Viens avec moi. Tu peux avoir confiance. Je vais t’emmener plus haut, plus loin. Offre-toi. Je prendrai tout et je te le rendrai mille fois. Sois mienne, ma belle.
Il embrassa Roxane et le baiser souda un peu plus le lien. Grâce au psy, Roxane avait été en mesure, quelques mois plus tôt, de trouver la réponse tant cherchée : pourquoi n’avait-elle jamais été capable de trouver le subspace lors de ses mois de recherche en France ? Rien à avoir avec l’amour comme l’avait proposé Méline. Non, il s’agissait de confiance et de rien d’autre. Pour s’abandonner, s’offrir, accepter de devenir faible, vulnérable et misérable, il fallait avoir une confiance sans faille en son tourmenteur.
Or Roxane interdisait des relations longues, réclamant des séances uniques à des sadiques de passage. Elle avait elle-même crée le problème. Lorsqu’elle l’avait compris, elle s’était sentie tellement mieux. Aucun d’eux n’était la cause mais cela, elle n’en avait jamais douté. Avant tout : rien ne clochait chez elle et elle n’était pas dépendante de Nicolas pour être comblée. S’en rendre compte lui avait fait un bien fou. Il fallait juste qu’elle ait confiance et pour cela, il fallait du temps.
Avait-elle assez confiance en Nicolas pour accepter la canne et sa douleur cuisante ? Saurait-il la mener plus haut sans la blesser durablement, tant physiquement que mentalement ?
- — J’ai peur, murmura-t-elle.
- — Je sais ce que je fais.
L’assurance dans sa voix était totale. Il n’y avait aucune place pour le doute.
- — Cette cane ne doit pas être l’emblème du passé, continua Nicolas. Je veux pouvoir l’intégrer au jeu et tu es capable de me l’offrir. Redresse ta position. Cambre-toi. Offre-moi tes fesses. La cane va te marquer.
Roxane secoua négativement en gémissant.
- — Tu as le droit de hurler et de pleurer, répéta-t-il, mais rappelle-toi que plus tu me fuis et plus tu as mal. Rejoins-moi et tu te transcenderas.
Nicolas se releva pour se remettre en position.
- — Elle n’a pas répondu au test, annonça Charles.
- — Je t’ai dit de ne pas t’en mêler, gronda Nicolas.
- — Nicolas… murmura Philibert, gêné.
- — Fermez-la ou sortez.
Il y eut un petit silence mais Roxane n’entendit aucun mouvement.
- — Vert, Maître, dit-elle.
Elle ne voulait pas que les deux compères doutent. Elle plaça dans son esprit de penser à les remercier plus tard de leur intervention avant de se recentrer sur le moment présent et le coup suivant lui fit rompre sa position. Maintenir les jambes tendues lui était difficile mais le piloris ne laissait guère de latitude. Surtout, Roxane ne voyait pas Nicolas, qui pouvait donc frapper n’importe où et à tout instant. Impossible de prévoir.
Le coup suivant tomba sur les seins. Puisque Roxane refusait de se cambrer pour offrir son cul, Nicolas visait une autre cible. Roxane remonta immédiatement ses fesses alors que sa poitrine cuisait. Le coup cingla immédiatement les fesses, accompagné d’un autre et Roxane s’enfuit de nouveau.
La cane glissa entre les cuisses pour s’écraser sur le clitoris et les petites lèvres. Roxane hurla et cette fois-ci, se mit à se débattre furieusement contre les liens.
- — Arrête de me fuir, rappela Nicolas. Rejoins-moi, ma belle.
- — C’est trop dur ! hurla Roxane alors que ses fesses offertes recevaient le coup suivant.
- — Abandonne la lutte. Tu as perdu. Je suis au pouvoir. Tu n’as pas le choix. Renonce. Rends-toi !
Les coups pleuvaient, toujours parfaitement adaptés à la position de Roxane qui, de ce fait, pouvait maintenant anticiper la zone d’arrivée. Elle craignait par dessus tout les seins alors elle se forçait à supporter le plus possible, offrant son cul pour qu’il n’aille pas chercher son plaisir ailleurs. Elle n’y arrivait pas toujours si bien que sa poitrine hurlait.
Tout s’arrêta brutalement. Nicolas se déplaça dans le donjon, ouvrit des portes et des tiroirs. Roxane ne voyait rien de ce qu’il faisait. Elle profita de ce moment de répit pour reprendre son souffle. D’habitude, elle ne supportait pas deux coups de canne. Combien s’en était-elle pris ? Nicolas devait être léger sur son poignet pour qu’elle supporte de cette manière.
- — Puisque ça ne te suffit pas à rendre les armes, je vais augmenter la dose, annonça Nicolas.
Roxane hurla lorsque ses tétons martyrisés par le paddle de Charles et la cane se retrouvèrent serrés dans des pinces japonix et pleura lorsque des poids les firent s’étirer.
- — Cambre-toi, ordonna Nicolas et Roxane obéit.
Le premier coup fut tellement difficile que Roxane sentit son esprit défaillir. Les larmes ravalaient son visage et quelque chose de merveilleux envahit tout son être : un calme complet, une sérénité, l’assurance d’être au bon endroit. Le coup suivant la porta plus haut et elle commença à s’envoler.
- — Subspace à la canne, ma chère ? lança Nicolas, amusé. Tu rends enfin les armes ! C’est bien. Je te permets. Envole-toi. Je suis là.
Le sadique s’en donna à cœur joie. La cane fut remplacée par le fouet, puis Roxane sentit son cul se faire remplir tandis que ses seins hurlaient leur douleur, quelque chose que la soumise aurait été incapable d’identifier la frappait. Sa bouche fut forcée et ses cris cessèrent tandis qu’elle suçait Charles qui riait, visiblement incapable de s’arrêter.
La bite dans son cul la labourait et soudain, un doigt vola vers son clitoris.
- — Tu peux jouir, ma belle, permit Nicolas.
Jouir tout en étant en subspace ? Roxane se laissa porter et le voyage la mena plus loin qu’elle ne le pensait possible. Ses seins et son cul criaient de douleur. Que faisait Nicolas ? Impossible à dire. Roxane en aurait hurlé tant cela faisait mal mais cette souffrance la maintenait dans les nuages, tandis que Philibert, qui lui défonçait le cul de sa verge, les doigts dans son ventre, lui donnait orgasme sur orgasme tout en s’occupant de son clitoris.
Charles finit par jouir dans un rire tonitruant. Philibert le suivit et les deux amis s’éloignèrent. Roxane entendit des tintements. Ils venaient de se servir à boire. Pour Roxane, cela attendrait car Nicolas se présentait devant son cul et l’encula avec douceur. Une magic wand posée sur son clitoris, Roxane jouit encore tandis que ses seins, étirés par les poids, hurlaient à chaque mouvement.
Nicolas se pencha pour retirer lentement les pinces, sans arrêter pour autant la magic wand ou la sodomie et ce retrait atrocement douloureux lui déclencha un orgasme puissant qui la submergea.
- — Pitié, arrêtez, Maître !
- — Non, tu vas jouir encore pour moi, annonça Nicolas.
- — Je n’en peux plus !
Nicolas se retira. Roxane avisa qu’il n’avait pas joui. Il déposa sur ses lèvres un verre et Roxane but avidement.
- — Tu as envie de faire pipi ? demanda-t-il gentiment.
- — Oui, Maître.
Il se leva et quelques instants plus tard, annonça :
Roxane libéra sa vessie dans cette position indécente et dépravée. Elle aurait voulu s’enterrer sous la terre.
- — Toujours aussi pudique, s’amusa Charles qui n’avait raté aucun des tremblements de la soumise.
À peine eut-elle terminé que deux doigts fouillèrent son intimité. Elle gémit. Elle n’en pouvait plus. Elle voulait qu’on la laisse tranquille. Elle avait eu sa dose.
- — Assez, par pitié.
- — Non, la contra Nicolas et Roxane dégoulina de mouille à ces mots.
Elle aimait tellement qu’il lui parle de la sorte, qu’il prenne, qu’il l’emmène plus loin, plus haut, vers une jouissance qu’elle n’aurait jamais atteinte si elle s’était écoutée. Il savait la guider vers des sommets terrifiants mais aucun combien réjouissants.
- — Je veux que tu jouisses encore et tu vas m’obéir, n’est-ce pas ?
- — Oui, Maître, répondit immédiatement Roxane sans chercher à lutter.
Elle s’abandonna complètement aux doigts qui la fouillaient et qu’elle reconnut aisément comme étant ceux de Philibert. Lui seul la titillait de cette façon, comme s’il lisait en elle à cœur ouvert. Il savait toujours où se placer, quoi caresser, comment, avec quelle intensité. Ce type était redoutable. Des lanières de martinet vinrent agacer les seins et Roxane gémit mais ne broncha pas, totalement docile.
Le sexe dur de Nicolas se représenta devant son cul et s’y enfonça, tandis que Philibert continuait ses œuvres dans le ventre de la soumise. La magic wand retrouva le chemin du clitoris et Roxane pleura. Elle n’avait d’autre choix que de se soumettre à leur volonté. Elle leur appartenait corps et âme. Ils faisaient d’elle ce qu’ils voulaient.
Bien qu’étant à bout de force, elle jouit de nouveau pour eux mais Nicolas en demanda encore et elle dut le faire une deuxième puis une troisième fois avant qu’enfin, il ne se laisse aller à son plaisir et que son foutre envahisse les intestins de la belle.
Les trois hommes s’éloignèrent et Roxane les entendit s’installer confortablement. Aucun ne vint s’occuper d’elle, la laissant chancelante.
- — Elle est bandante dans cette position, hein ? lança Nicolas.
- — Très bon achat, ce piloris, confirma Charles.
- — De la bonne qualité, acquiesça Philibert.
- — Ça, elle ne risque pas de s’en défaire, rigola Nicolas. Charles, elle n’a pas assez de marques, qu’en penses-tu ?
Roxane gémit en se tortillant. Rien à faire, ses chevilles ne bronchaient pas et le carcan de bois lourd la maintenait fermement. Elle entendit un mouvement. La main de Charles se posa sur la fesse droite.
- — Là, ça manque. Il y en a plus de l’autre côté.
- — Je suis d’accord, annonça Nicolas qui se leva à son tour.
Le coup cingla juste après. La cane venait de tomber. Roxane hurla.
- — Tais-toi ! ordonna Nicolas d’une voix sèche. Nous peaufinons notre œuvre d’art. Tu veux être belle pour ton mariage, non ?
- — Oui, Maître, gémit Roxane.
- — Là, dit Charles en passant sa main sur l’intérieur de la cuisse.
- — Non, non ! Par pitié !
La zone était très sensible. Elle ne proposait que quelques marques de martinet qui auraient disparu dans deux jours. Nicolas l’avait évitée, non par crainte, mais parce que la position ne lui permettait guère de les atteindre. Nicolas expliqua la difficulté à Charles qui détacha la cheville droite de Roxane. La jeune femme sentit sa cheville être remuée mais ne pouvait voir ce que Charles faisait.
Soudain, son pied se releva et Roxane ne put rien pour l’en empêcher. La corde était clairement reliée au plafond, probablement via une poulie mais la soumise n’en était pas certaine. La corde se tendit encore, et encore, et encore, avec douceur. Charles ne voulait pas blesser la soumise, lui laissant le temps de se positionner et d’apprécier chaque centimètre de liberté en moins.
Enfin, sa jambe droite fut largement relevée, dévoilant son sexe et ses cuisses.
- — Super, annonça Nicolas. Merci Charles.
- — Putain, elle est magnifique ainsi exposée. Tu permets que je l’utilise pendant que tu la marques ?
- — Bien sûr, mon ami. Fais !
Charles défourailla et se présenta devant la bouche de Roxane.
- — En revanche, poursuivit Nicolas, tu prends un risque. Elle sert les dents quand elle souffre.
Charles se recula, avisa la situation puis s’éloigna avant de revenir avec son bâillon écarteur et Roxane se retrouva la bouche maintenue ouverte de force par les deux barres reliées par un ressort, la balle molle de sécurité dans la main. Charles profita immédiatement de la gorge chaude et offerte, ses yeux ne perdant rien du spectacle en cours du côté de Nicolas.
Philibert ne resta pas en arrière. Il s’avança pour enculer Roxane. Il fit courir un doigt sur son clitoris tandis qu’un autre envahissait ses zones sensibles dans son ventre. Nicolas fit tomber la cane sur les cuisses.
Roxane se sentit partir en subspace, en même temps en orgasme sexuel, tout en étant dans une impuissance totale face à Charles. Elle n’avait jamais connu un tel débordement émotionnel. Elle ne contrôlait plus rien. Elle ne luttait plus, ne fuyait plus, n’évitait plus. Ce n’était plus possible. Elle était avec eux, totalement, entièrement. Elle était à eux.
Philibert agissait avec une délectation évidente. Charles jouit. Son sperme coula sur le sol, Roxane n’étant pas en capacité d’avaler. Philibert suivit peu après. Nicolas s’en donnait à cœur joie. Les cuisses zébrées de Roxane la brûlaient mais ce n’était qu’une sensation parmi des dizaines d’autres.
Finalement, Nicolas caressa les blessures de Roxane, la faisant ronronner de plaisir.
- — D’autres endroits où il manquerait des marques ? demanda Nicolas.
- — Ses seins, dit Charles.
Roxane, dont la poitrine était sensible, ne broncha pas sous cette assertion. Elle leur appartenait totalement. Ils pourraient faire ce qu’ils voulaient. Elle subirait.
- — Moi, je trouve que ça va, dit Nicolas. Toi, t’es pas sadique mais t’aime bien voir une femme marquée !
- — Exactement. Je n’apprécie pas spécialement de la faire souffrir. L’entendre hurler me plaît mais pas tenir le martinet. Je l’ai fait mais je n’en ressens aucun plaisir. En revanche, voir le résultat est une merveille. Roxane est toujours bandante mais là, c’est mille fois mieux. Comment Albert peut-il ne pas apprécier ?
- — Chacun ses goûts, mon ami, répondit Nicolas.
- — Fini pour aujourd’hui, ma belle. Demain, tu verras tes marques. Si tu veux un réajustement, je serai à ton service. Après tout, on ne se marie pas tous les jours.
- — Merci, Maître.
- — De rien, répondit Nicolas.
Roxane fut détachée. Nicolas la mena jusqu’à une baignoire où il la lava tandis qu’elle tenait à peine debout. Elle s’endormit dans l’eau, la tête contre le torse nu du sadique.
Roxane s’éveilla. Elle voulut s’étirer comme à son habitude mais fut incapable d’effectuer les mouvements requis. La douleur était trop forte. Elle avisa le baby phone sur la table de chevet. Depuis sa chambre, Albert pourrait l’entendre. Elle sourit mais ne l’appela pas. Il était tôt et il apprécierait sûrement de dormir encore. Elle se leva doucement, prenant garde à chaque geste.
Le pire étaient les fesses. Elles la lançaient. La respiration venait en deuxième car ses seins zébrés hurlaient leur désapprobation à chaque inspiration. Jamais Roxane n’avait vu l’intérieur de ses cuisses ainsi. Elle se leva et se planta devant le miroir en pied de sa chambre pour s’admirer. Difficile de trouver une zone sans marque. Roxane en eut les yeux brillants de joie.
Vint le moment de s’habiller. La culotte fut relativement facile à mettre mais Roxane rouspéta contre la robe. Chaque tentative se solda par un échec et Roxane gémissait de plus en plus, ronchonnant contre ses épaules endolories, son dos douloureux, sa poitrine sensible.
Daniel venait de prononcer ces mots. L’avait-il entendue ronchonner depuis le couloir ? La porte n’était pas fermée à clé afin de permettre à Albert de venir en cas de problème. Si son père entrait, il… se figea sur le pas de la porte qu’il venait d’ouvrir. Il resta immobile, découvrant les marques recouvrant presque entièrement le corps de sa fille.
- — C’est Albert qui te fait ça ? demanda Daniel d’une voix tremblante.
- — Roxane !
Albert enroula sa future femme dans un peignoir long, masquant son corps aux yeux de son père.
- — Non, ce n’est pas moi, annonça Albert. Sortez de la chambre de ma fiancée, Daniel.
- — Qui est le sadique du groupe ?
- — Daniel, sortez !
- — Putain, ces marques sont splendides, lança Daniel.
- — C’est de votre fille que vous êtes en train de parler, rappela Albert d’un ton dur et sec. Sortez ! Maintenant !
La phrase sembla enfin sortir Daniel de sa torpeur. Il secoua la tête puis se rendit dans le couloir en fermant la porte derrière lui.
- — Tu n’arrives même pas à mettre une robe simple ? Encore heureux que Nicolas ait refusé ta demande de faire ça ce soir. Tu n’aurais même pas été en mesure de marcher jusqu’à l’autel.
- — Je reconnais qu’il avait raison.
- — Aujourd’hui, repos ! Tu dois être en forme demain.
Roxane n’était pas contre. Ce qu’elle voulait était les marques, pas forcément la restriction de mouvement. Elle tenait à pouvoir profiter de son mariage !
- — J’aurais besoin de toi, annonça Albert.
- — De ta fiancée ou de ta soumise ? demanda Roxane.
- — Hum… bonne question. Un peu les deux.
Cela attisa la curiosité de Roxane.
- — Félicie est disponible aujourd’hui, commença Albert. Nous aurions besoin que ta mère soit absente du domaine tout l’après-midi et toute la soirée.
- — Quels horaires ?
- — Idéalement de 14h à 22h mais fais au mieux.
- — Je vais voir ce que je peux faire. Tu as déjà prévenu Ronald ?
- — Non. Je le…
- — Laisse-moi m’en charger.
- — Comme tu veux, ma chérie.
Il l’embrassa et les deux amants descendirent dans la salle à manger à vitesse réduite car Roxane peinait à marcher, ses cuisses hurlant leur désapprobation à chaque pas. S’asseoir ne fut pas moins difficile. Daniel, déjà installé, sourit en constatant les grimaces de sa fille. Isabelle sembla ne se rendre compte de rien.
- — Bonjour maman. Bonjour papa, salua Roxane comme si elle n’avait pas déjà croisé son père.
- — Bonjour ma chérie. Bien dormi ? répondit Isabelle.
- — Excellemment. Et toi ?
- — Cet endroit calme est merveilleux pour le sommeil. Je pourrais rester ici pour toujours, dit-elle en fixant Ronald qui attendait, debout, de devoir servir.
Le majordome resta imperturbable devant cette déclaration. Albert lança une conversation. Daniel y entra le premier puis Isabelle poursuivit, tandis que Roxane, tremblante de douleur, peinait à se connecter au moment présent.
- — Roxane ? lança Albert. Tu veux que je t’aide à manger ?
- — Très volontiers, répondit Roxane.
Elle avait faim mais la simple idée de devoir porter la cuillère à sa bouche une vingtaine de fois la faisait gémir de douleur d’avance.
- — Qu’est-ce que tu veux ?
- — Galette de pommes de terre, bacon et…
Roxane regarda la table, cherchant quelque chose.
- — Ronald, auriez-vous des cerises en cuisine ? demanda Albert.
- — Oui, monsieur.
- — Allez en chercher un bol, je vous prie.
- — Bien, monsieur, répondit Ronald avant de s’éloigner.
Daniel sourit tandis qu’Isabelle observa, interloquée, Roxane manger dans la main d’Albert. Leurs regards profonds et rieurs ne laissaient aucune place au moindre doute.
- — Elle l’aime vraiment on dirait, murmura Isabelle à Daniel, assez fort toutefois pour qu’Albert et Roxane l’entendent.
- — Évidemment, répliqua Daniel d’un ton cassant.
- — On peut se marier pour d’autres raisons que l’amour, rétorqua Isabelle.
- — Tu vis dans un monde bien triste, en conclut Daniel.
L’arrivée des cerises fit glousser Roxane. Albert en prit une qu’il mit dans sa bouche. Il approcha sa main de son visage pour retirer le noyau puis colla ses lèvres sur celles de Roxane, offrant au passage le fruit à sa compagne. Roxane mâcha en se sentant frissonner de plaisir. Tout le bol fut partagé de cette façon, Albert frustrant parfois Roxane en avalant lui-même le fruit tant convoité.
- — Merci beaucoup, mon amour, lança Roxane à la fin de la collation.
- — De rien, répondit-il en l’embrassant vraiment.
Isabelle fronça les sourcils.
- — Fiche-lui la paix. Tu devrais être heureuse pour elle ! gronda Daniel à qui le regard de son ex-femme n’avait pas échappé.
- — Il est trop vieux pour elle. Il ne peut pas la contenter. Il y a des choses naturelles contre lesquelles on ne peut rien.
- — Ne t’inquiète pas. De ce point de vue là, Roxane ne manque de rien, assura Daniel sans répondre au sourcil interrogateur d’Isabelle.
- — Vos parents nous rejoindront demain ? lança Isabelle à Albert.
- — Ses parents sont décédés, Isabelle, gronda Daniel d’un ton désapprobateur.
- — Et j’étais censée le deviner ? s’exclama Isabelle d’un ton enfantin qui donna fortement envie à Roxane de la claquer.
- — Quand on va chez quelqu’un, le minimum est de se renseigner, justement pour éviter ce genre de situation, grogna Daniel.
Albert restait sobre, comme si la conversation ne le concernait pas. Roxane était mortifiée. Non seulement sa mère venait de faire une connerie mais en plus, voilà que ses parents s’engueulaient à table dès le matin. Elle était morte de honte.
- — Comment étais-je censée pouvoir savoir cela ?
- — En lisant sa page Wikipédia, proposa Daniel.
- — Parce qu’il a une page Wikipédia ? s’exclama Isabelle, interloquée.
Albert sourit doucement tandis que Roxane secouait la tête. Sa mère semblait vraiment considérer comme une réussite sociale que d’apparaître sur cette encyclopédie en ligne.
- — Il est duc d’Écosse ! s’exclama Daniel. Évidemment qu’il a sa propre page Wikipédia. Même Roxane en a une !
- — Ah bon ? s’exclama Isabelle et Roxane jeta un regard ahuri à son père.
Réellement ? Elle l’ignorait totalement.
- — Elle est championne de France de dames et haut classée mondial. Elle va bientôt épouser le célibataire le plus recherché de tous les Royaume-Unis, rappela Daniel faisant rougir Roxane. Bien sûr qu’elle a une page Wikipédia. Je la nourris régulièrement et la surveille chaque jour afin de m’assurer que les informations qu’elle contient sont vraies et non personnelles.
Roxane en eut les larmes aux yeux. Son père s’occupait de sa vie numérique. Il ne le lui avait jamais dit. Elle lui en était profondément reconnaissante.
- — Ce n’est pas personnel de se marier ? rétorqua Isabelle.
- — Avec un duc d’Écosse, non, assura Daniel.
- — Merci, papa, dit Roxane.
- — De rien, ma chérie.
Cette conversation avait eu le mérite de faire totalement oublier la question dérangeante d’Isabelle. Roxane se promit de prendre le temps d’aller faire un tour sur cette fameuse page biographique. Elle était curieuse de découvrir sa propre vie à travers le prisme Internet.
Cela clôtura le petit-déjeuner. Tout le monde se leva. Isabelle rejoignit la bibliothèque d’où elle passa des coups de téléphone. Albert partit en ville rejoindre Nicolas, Philibert et Charles pour un match amical de polo.
- — Qui est le sadique du groupe ? murmura Daniel à l’oreille de Roxane dès qu’ils furent seuls tous les deux.
- — Papa ! s’exclama Roxane.
- — Je voudrais juste lui parler. Par pour me plaindre ou critiquer ! Pour apprendre, comprendre, échanger.
- — C’est Nicolas mais hier soir, il n’était pas le seul à tenir le manche des martinets. Philibert et Charles ont bien apprécié de participer. Maintenant, tu peux me laisser tranquille ?
- — Oui, promit-il avant de s’éloigner, un immense sourire aux lèvres.
Roxane se rendit au bureau. Elle commença par appeler le traiteur afin de s’assurer que tout était prêt pour le lendemain. Les animateurs et les serveurs n’avaient aucun problème majeur à dénombrer. Les vêtements de tout le monde étaient déjà sur place. La coiffeuse et la maquilleuse viendraient au château. Roxane chercha ensuite un opéra en particulier. Il tournait en ce moment au Royal Opera House de Londres.
Roxane se leva en grimaçant puis se rendit dans les cuisines où elle trouva aisément la personne qu’elle cherchait, agréablement surprise par l’absence de sa mère.
- — Ronald, vous avez peur de la voiture mais que pensez-vous des hélicoptères ?
- — Rien de particulier, madame Pool, pourquoi ?
- — Monter dans un de ces engins ne vous dérange pas ?
- — Pas spécialement, madame Pool.
- — Parfait, merci.
Ronald resta un instant interdit puis reprit ses activités. Roxane retourna au bureau.
- — Royal Opera House j’écoute, annonça la secrétaire.
- — Le service réservations je vous prie.
- — Un instant…
Elle fut mise en attente puis le service demandé décrocha.
- — Roxane Pool à l’appareil. Je veux deux places en loge princière pour ce soir à 18h. Champagne et petits fours à volonté, évidemment.
- — Un instant, je vous prie.
Roxane attendit quelques instants. Elle savait que tout le monde cherchait qui elle était.
- — Madame Pool, dit une voix masculine. La loge princière est malheureusement…
- — Je vous la paierai le double, le coupa Roxane.
Il y eut un silence à l’autre bout du fil puis la voix chanta :
- — Bien sûr. La réservation doit être à quel nom ?
- — Wilson, annonça Roxane.
- — Nous accueillerons vos amis comme il se doit.
- — Je n’en doute pas, annonça Roxane avant de raccrocher.
Le reste ne fut qu’une formalité. Albert avait transmis à Roxane son goût de la perfection et du contrôle. Elle n’avait rien laissé au hasard. Satisfaite, elle se leva et retourna en cuisine. Il restait une dernière chose à faire, et pas des moindres.
- — Ronald ?
- — Madame Pool, que puis-je pour vous ?
- — Un saut en hélicoptère à Londres, ça vous dirait ? Shopping, Buckingham palace, glace puis opéra à 18h. Restaurant quatre étoiles pour finir. Le tout en compagnie de ma mère.
Ronald transperça Roxane des yeux et sourit à demi.
- — Tout est déjà réservé et payé, je suppose, lança Ronald.
- — Absolument, annonça Roxane avant de détailler les goûts de sa mère en matière de fleurs, de bijoux et de nourriture.
- — Voilà qui me sera bien utile, annonça Ronald qui peinait à conserver un visage neutre.
- — Je vous laisse la prévenir, proposa Roxane.
- — Volontiers, madame Pool.
- — Vous avez intérêt à m’appeler Roxane à partir de demain.
- — À partir de demain, madame Pool, vos désirs seront des ordres, assura Ronald. À quelle heure devons-nous rentrer ?
- — Pas avant minuit, annonça Roxane, offrant ainsi une marge de manœuvre à la soirée.
- — Je ferai de mon mieux, proposa Ronald. Cela ne me laisse pas beaucoup de temps pour me retourner. Je ne pourrai gérer ni le thé, ni le dîner, ni le petit-déjeuner.
- — Très bien. Je vais m’en charger.
- — Dans ce cas… sourit Ronald.
Roxane contacta un traiteur et arrangea la livraison du dîner. Pour le thé et le petit-déjeuner, Roxane s’en chargerait elle-même. Éreintée, elle retourna voir Ronald.
- — Je monte me reposer dans ma chambre. Faites-en sorte que je sois réveillée un quart d’heure avant le déjeuner, s’il vous plaît, Ronald.
- — Bien, madame Pool, répondit le majordome.
Roxane grimaça. Elle détestait tellement qu’il l’appelle ainsi. Le corps en morceaux, elle s’endormit presque immédiatement.
Elle ouvrit les yeux pour découvrir son père.
- — Ronald m’a demandé de venir te réveiller. Ça va ? Je ne t’ai jamais vue dormir en journée.
- — J’ai de nombreuses blessures à soigner, rappela Roxane tout en grimaçant alors qu’elle se mettait debout. Merci, papa. Sors, s’il te plaît. Je descendrai pour manger.
- — D’accord, répondit Daniel qui sortit, l’air circonspect.
Roxane ferma la porte – mais pas à clé, son état ne le permettant pas – puis se plaça devant le grand miroir et souleva la robe comme elle put pour admirer les marques. Elle devait admettre que Nicolas avait raison : celles laissées par la cane étaient magnifiques. Roxane en sourit de bonheur.
Le déjeuner fut calme et tranquille. Roxane parvint à manger dans des quantités qu’elle jugea correctes.
- — Ronald t’a-t-il dit où il m’emmenait cet après-midi ? chuchota Isabelle aux oreilles de sa fille.
- — Non, répondit Roxane et c’était la vérité.
Après tout, Ronald ne lui avait rien dit puisque c’était l’inverse qui s’était produit. Devant cette réponse sèche, Isabelle recula et n’insista pas. Le repas terminé, Isabelle disparut dans sa chambre pour se préparer.
- — Tu as réussi à faire disparaître ta mère et Ronald ?
- — L’hélicoptère sera là dans une heure, annonça Roxane.
- — L’hélicoptère ? répéta Albert. Tu as dépensé combien pour les éloigner ?
- — Beaucoup, répondit Roxane en haussant les épaules.
Albert déverrouilla son téléphone et consulta les comptes.
- — Je ne dois plus jamais te laisser t’occuper de ce genre de choses, ronchonna-t-il en constatant le montant des derniers achats.
- — Vous avez le champ libre au moins jusqu’à minuit.
- — Tu vas faire quoi ? demanda Albert.
- — Jouer aux dames et dormir. Je suis épuisée. J’ai l’impression qu’un troupeau d’éléphants m’est passé dessus.
Albert l’embrassa tendrement. Isabelle hurla de sa voix stridente en découvrant son moyen de transport atterrissant au milieu du jardin tandis que Ronald grimpait calmement, fidèle à lui-même. Une dizaine de minutes plus tard, Méline et Nicolas arrivaient au domaine.
- — Comment te portes-tu ? s’enquit Nicolas, le visage inquisiteur.
- — Je suis épuisée. Merci d’avoir refusé de faire ça la veille de mon mariage.
- — Je peux voir les marques ?
- — Si vous me dévêtez vous-même, monsieur Du Moulin, car j’ai trop mal pour y parvenir moi-même.
Nicolas ne se fit pas prier. Il lui retira sa robe sur la terrasse tandis que Méline occupait Albert en bavardages. Nicolas en profita longuement, un incroyable sourire sur son visage, en jumeau de celui de Roxane.
- — Tu es magnifique ! Une retouche nécessaire ?
- — Je ne crois pas, admit Roxane. J’ai beaucoup regardé et je trouve ça parfait. Vous êtes un artiste de talent, monsieur Du Moulin.
- — Le modèle est idéal, répondit Nicolas.
- — Ouaouh ! s’exclama Charles en apparaissant. Roxane, quelle vision de rêve !
Roxane ne put s’empêcher de rougir intensément tandis que Charles la détaillait à son tour.
- — J’ai fortement envie de te baiser, annonça Charles.
- — Garde tes forces pour Félicie… qui ne devrait pas tarder d’ailleurs. Roxane, au plaisir.
- — Monsieur Du Moulin, salua Roxane en faisant une petite révérence.
Nicolas aida Roxane à remettre sa robe et la soumise monta dans sa chambre où elle s’enferma, offrant ainsi aux joueurs l’intégralité du domaine, extérieurs, pièces diverses et donjon. Aucune chance qu’elle jette un œil. Son père participait. Elle n’avait aucune envie de le voir à l’œuvre. Elle réalisa deux belles parties puis s’endormit, pour être tirée de ses songes par le réveil de son téléphone.
Elle se sentait bien mieux. Elle descendit en cuisine et prépara les biscuits pour le thé avant de les poser sur la table du petit salon, bien en vue. Les tasses, le thé et la bouilloire furent posés à côté puis Roxane s’éclipsa avant d’envoyer un message à Albert. « Le thé et les biscuits sont servis ».
Le bruit en provenance du château lui indiqua que les joueurs s’étaient dépêchés de venir profiter de la collation. Roxane sortit accueillir la livraison du traiteur puis mit en place pour le dîner.
- — Oh ! Ça a l’air super bon ! s’exclama Daniel en entrant dans la cuisine.
- — C’est pour ce soir. Pas touche ! gronda Roxane. Que fais-tu là ?
- — Est-ce qu’il y a davantage de biscuits aux amandes ?
- — Non, mais il y a ça, proposa Roxane.
Des muffins au chocolat, prévus normalement pour le dîner, tous justes apportés par le traiteur. Tant pis, Roxane allait cuisiner un dessert. Daniel prit les desserts et disparut. Roxane se mit aux fourneaux, joua aux dames pendant la cuisson pour laissa refroidir avant de sortir sur la terrasse pour finalement s’endormir sur un transat. Ce fut Méline qui l’éveilla.
- — Le dîner est servi, annonça-t-elle.
Roxane se leva d’un bond… Plus exactement, ce fut ce qu’elle tenta de faire mais la douleur l’en empêcha et elle retomba lourdement en grimaçant.
- — J’ai demandé à Louis de venir se charger du service, indiqua Méline en souriant malicieusement. Ton père est abasourdi mais il découvre avec plaisir.
- — Je ne veux rien savoir, grogna Roxane que Méline aida à se lever.
Le dîner fut animé. Tout le monde était joyeux. Roxane se sentait à l’écart mais fatiguée, cela ne la dérangeait pas.
- — État émotionnel ? demanda Albert.
- — Vert, assura Roxane. Je suis fatiguée, c’est tout.
- — Repose-toi, ma chérie. Demain, il va falloir assurer !
Roxane sourit.
- — Je ne te ferai pas honte, promit Roxane.
- — Toi, non, mais ta mère…
Roxane rit doucement.
- — Isabelle ne parlant pas un mot d’anglais, cela limitera la casse, intervint Daniel.
- — Méline s’exprimait fort mal en anglais à sa première réception mondaine et elle a quand même failli faire une énorme connerie, répliqua Roxane. La langue n’est pas une barrière !
Méline tira la langue à Roxane en retour.
- — Le plus difficile va être de laisser le prince gagner aux dames alors qu’il sait à peine déplacer les pions, intervint Nicolas.
- — Le prince ? répéta Méline alors que Roxane riait de nouveau, lui déchirant les côtes douloureuses.
- — Albert est duc, rappela Nicolas. Bien sûr que le prince d’Angleterre sera présent. La reine ne va pas se déplacer elle-même. Elle envoie un représentant.
- — Le prince ! hurla Méline totalement surexcitée.
- — Voilà une attitude qui ne sied pas à une duchesse, lança Charles, taquin, ce qui lui valut un regard noir de Méline.
- — Il n’a pas tort, confirma Nicolas. Seule la mère de Roxane a le droit de faire ou dire des choses stupides. Si tu ne te comportes pas comme il se doit, je te mets la fessée demain soir, cul nu, oui, madame !
- — À condition que l’inverse soit vrai, répliqua Méline. Si tu fais une bourde, tu devras m’offrir tes fesses.
Daniel écoutait l’échange en ricanant. Visiblement, il passait un excellent moment.
- — Soit, admit Nicolas. Roxane ? Tu veux bien être notre arbitre ? À la fin de la journée, la mariée décidera si l’un de nous mérite d’être puni… ou les deux, d’ailleurs.
Roxane sourit pleinement, pencha la tête et ses yeux sur Nicolas brillèrent.
- — Je compte sur ton honnêteté afin de ne pas me désigner sans raison valable, compléta Nicolas.
- — Ce n’est pas mon genre, répondit Roxane en souriant complètement. La punition, devant nous tous, pas en privé, évidemment.
- — Évidemment ! s’exclama Méline qui savourait le visage crispé de Nicolas.
- — Alors d’accord. Je serai votre arbitre et méfiez-vous, je vous aurai à l’œil tous les deux !
Roxane aida Louis à débarrasser.
- — Tu as reçu l’ordre de nettoyer ? demanda Roxane.
- — Non, juste de t’aider, précisa Louis.
- — Alors va les rejoindre. Je terminerai toute seule.
- — Tu es sûre ?
- — Oui, va t’amuser !
- — Merci Roxane.
- — De rien, Louis. Profite bien !
Il disparut dans le couloir en sautillant. Une fois la cuisine impeccable, Roxane remonta dans sa chambre, prit un long bain chaud puis s’endormit le corps lourd.
Elle fut ravie de pouvoir s’étirer sans souffrir le lendemain matin. Nue, elle s’admira devant le miroir. Les marques étaient magnifiques et ne la faisaient qu’à peine souffrir. C’était parfait. Elle passa une robe simple à manches longues et sortit préparer le petit-déjeuner. La merveilleuse odeur qui se répandait lui prouva qu’elle n’était pas la première levée. Elle trouva Albert aux fourneaux. Elle l’embrassa tendrement sur la nuque et l’observa cuisiner en silence. Il était tellement craquant !
- — J’ai envie de toi, annonça Roxane.
Albert posa sa poêle loin du feu, se tourna vers sa fiancée, parcourut l’espace qui les séparait en moins de deux secondes.
- — Suce-moi, ordonna-t-il d’une voix dure.
Roxane s’exécuta en souriant. Dès que la bite fut dure, Roxane dut se mettre à quatre pattes et Albert la pilonna en lui tirant les cheveux. Il se retira sans jouir et demanda :
- — Ça te suffit ou encore ?
Roxane réfléchit et annonça :
Il lui mit une claque sur les fesses et lança :
- — Alors va prévenir ton père que le petit-déjeuner est servi.
- — Ma mère n’est pas là ? s’enquit Roxane.
- — Ronald et Isabelle ont préféré dormir à Londres. Ils arriveront pour la coiffure et le maquillage.
Roxane se dit que décidément, la veille avait été une bonne journée pour ses parents. Elle frappa à la porte de la chambre de son père qui répondit d’un grommellement.
- — Le petit-déjeuner est servi, papa !
- — J’arrive, gronda Daniel.
Roxane aida Albert à tout apporter dans la salle à manger. Daniel apparut, les cheveux en vrac et le visage tiré.
- — Ce n’est plus de mon âge ! gronda-t-il. Comment faites-vous, Albert ?
- — Je laisse les jeunes se charger des tâches fatigantes. C’est tout l’intérêt d’être plusieurs.
Roxane sourit doucement.
- — Je vous envie tellement ! termina Daniel avant d’engouffrer toute entière dans sa bouche une galette de pomme de terre.
- — Il cuisine bien, mon fiancé, hein ! lança Roxane.
- — C’est vous qui avez fait ces merveilles ! s’exclama Daniel et Albert confirma d’une révérence de la tête. Je suis d’accord ! C’est excellent ! On m’a toujours dit que les Anglais mangeaient mal. C’est totalement faux.
- — C’est peut-être que parce que tu n’es pas en Angleterre ici, papa, mais en Écosse.
Albert soupira devant cette réplique mais ne la contra pas. Roxane et Albert accueillirent les préparateurs pour la fête. Le domaine se métamorphosa doucement, se remplissant de tables, de chaises, de tentes, de fontaines à champagne et de ballons.
L’hélicoptère fut obligé de se poser derrière, plus dans les hauteurs, tandis que Roxane se trouvait déjà entre les mains de la coiffeuse.
- — Roxie ! hurla Isabelle en entrant dans la salle de bain transformée de salon de coiffure.
Roxane grimaça intérieurement mais se composa un sourire parfait.
- — Maman ! Pile à l’heure ! Installe-toi ! lui proposa-t-elle en lui désignant le siège à côté d’elle.
La seconde coiffeuse commença à laver les cheveux d’Isabelle, qui, de son côté, se mit à raconter à sa fille toutes les merveilles que Ronald avait prévu pour elle, sa prévenance et comme il semblait deviner ses préférences, lui offrant toujours ce qu’elle préférait.
- — Il m’a acheté des lys blancs ! s’extasia Isabelle. Il a dû faire trois fleuristes pour en trouver ! Nous sommes faits l’un pour l’autre !
Roxane sourit. Sa mère pensait-elle vraiment que Ronald devinait ses préférences ? Ne se doutait-elle vraiment pas que Roxane fut derrière tout ça ? Elle reconnaissait bien là la grande naïveté et le côté fleur bleue de sa mère.
Isabelle passa toute la coiffure et son maquillage à raconter sa journée. Roxane fut dégoûtée que les femmes s’occupant d’elles ne parlent pas le français, l’obligeant à être la seule interlocutrice disponible pour sa mère. Roxane passa ainsi deux heures à dire des « hunhun » et des « Oh » et des « Super ».
Enfin, la torture fut terminée. Roxane se leva pour rejoindre la chambre rose, transformée temporairement en salle d’habillage.
- — Je viens t’aider à mettre ta robe ! proposa Isabelle.
- — Non, maman, gronda Roxane. Ça sera une surprise pour toi aussi !
- — S’il te plaît ! supplia Isabelle. C’est une robe de princesse, j’en suis certaine !
- — Tu la découvriras comme tout le monde, sur le parvis de la mairie. Maintenant, maman, laisse-moi. Va te changer puis rejoins Ronald. Il faut partir plus tôt car la calèche va moins vite que les voitures. Dépêche-toi pour ne pas être en retard !
Isabelle grommela puis s’éloigna. Roxane soupira d’aise, faisant rire les coiffeuses et la maquilleuse qui accompagnèrent Roxane jusqu’à la pièce aux murs blancs remplie d’accessoires roses. Le tailleur, un homme d’une quarantaine d’années, se tenait là avec son apprenti.
- — Bonjour madame Pool, salua l’artisan avec un fort accent écossais.
- — Bonjour, monsieur Trott. Nous sommes piles dans les temps.
- — Il ne devrait pas y avoir beaucoup de retouches, assura le tailleur.
- — Vous êtes tous payés suffisamment chers pour taire ce dont vous allez être témoins, prévint Roxane en envoyant un regard noir et profond à toute l’assemblée.
- — Bien sûr, ne vous inquiétez pas, nous avons l’habitude, répondit gentiment le tailleur qui voyait les corps de toutes les riches du coin et gérait leur honte d’un défaut imaginaire.
- — J’en doute, répliqua Roxane avant de retirer sa robe.
Elle portait une culotte et un soutien-gorge noirs, masquant donc les marques principales sur ses fesses et pourtant, un silence accueillit la découverte de son corps zébré de coups de fouets. La maquilleuse fut la première à reprendre contenance. Elle aida Roxane à changer de soutien-gorge puis de culotte tandis que le reste de l’assemblée, figée, respirait difficilement.
La salle reprit vie lorsque Roxane enfila la première chemise fine sur laquelle la robe de mariée se placerait. Seul l’apprenti resta figé, incapable de bouger ou de parler pendant toute la séance d’habillage. Même l’appel du tailleur ne parvint pas à le dérider.
Les quelques retouches du tailleur terminées, la coiffeuse put terminer son chef d’œuvre et ce fut le départ pour la mairie. Le reste ne fut que des mondanités d’une banalité affligeante. Isabelle, restreinte par la langue, se tint correctement. L’Église suivit, union religieuse dont Roxane se serait volontiers passée mais incontournable dans ce pays en tant que duchesse.
Puis, tout le monde se rendit au domaine pour le repas et la fête dans les extérieurs. Roxane tint son rôle du mieux qu’elle put.
- — Tu as battu le prince aux dames, gronda Albert près d’elle.
- — Je l’ai écrasé, nuance, répliqua Roxane.
- — Je t’avais dit de le laisser gagner, rappela Nicolas.
Roxane haussa les épaules. Elle s’en fichait. Elle s’était bien amusée.
- — Résultat, maintenant, il veut jouer au polo avec nous et compte bien gagner, cette fois, indiqua Nicolas. On part sur le terrain.
- — Amusez-vous bien les garçons, lança Roxane.
Albert, Nicolas, Charles, Philibert, le prince et trois autres hommes de l’assemblée partirent. Méline soupira.
- — Tu ne le verras pas s’il fait une boulette alors que moi, je suis sous ton nez tout le temps ! Ce n’est pas juste !
Roxane ricana. Elle ne comptait pas faire punir ses amis. Ni l’un, ni l’autre. Elle avait sous-entendu qu’elle tricherait pour que Nicolas se fasse punir uniquement pour avoir la joie de voir l’inquiétude dans son regard. En aucun cas elle n’amènerait de fessée à ses amis.
- — Roxane ? dit Ronald en s’avançant, tandis que Méline discourait avec une marquise.
- — Ronald, quel bonheur de vous entendre enfin m’appeler par mon prénom !
- — Quel bonheur que vous soyez enfin la maîtresse de maison ! répondit-il. Depuis le temps que j’essaye de faire passer le message à monsieur Mean. Sauriez-vous me dire où il se trouve ? Je le cherche depuis un bon moment.
- — Il est parti avec le prince pour faire une partie de polo. Il risque de ne pas revenir avant un bon moment.
- — Oh ! Alors je suppose que me voilà forcé de vous le demander à vous.
- — Quoi donc, Ronald ?
- — Accepteriez-vous que j’utilise le donjon ?
Roxane se figea à cette demande à laquelle elle ne s’attendait pas du tout.
- — Avec ma mère ? demanda Roxane.
Ronald sourit doucement en hochant la tête.
- — Euh… Hé bien, euh… Oui, si vous voulez, répondit Roxane qui n’y voyait pas d’inconvénient.
Ronald resta sans bouger puis précisa :
- — Il me faut la clé du coup.
- — La ? Oui, évidemment. Euh… Méline ?
La duchesse s’excusa auprès de son interlocutrice et rejoignit Roxane.
- — Que puis-je pour la mariée ?
- — La clé du donjon, s’il te plaît.
- — Non, répondit immédiatement Méline.
- — Ce n’est pas pour moi. C’est pour Ronald ! précisa Roxane.
Méline se tourna vers le majordome avant de le détailler de la tête aux pieds.
- — Je ne pense pas qu’Albert… commença Méline mais Roxane la coupa.
- — Méline, je vis ici. C’est chez moi.
- — Et pourtant, tu n’as pas la clé de cet endroit, cingla Méline.
Roxane lui envoya un regard incendiaire auquel Méline céda rapidement. D’un geste brusque, elle retira la clé de son cou et la transmit à Ronald qui la remercia d’une légère révérence de la tête.
- — Vous avez intérêt à tout ce que tout soit nickel après votre passage ! grogna Méline.
- — Méline ! C’est le majordome ! Il s’occupe de faire en sorte que tout le domaine soit impeccable.
- — Hum ! gronda Méline avant de s’éloigner, apparemment chagrinée.
- — Merci, Roxane.
- — De rien mais surtout, Ronald, ne me dites jamais ce que vous y faites avec ma mère.
- — C’est promis, Roxane, répondit l’écossais avant de s’éloigner d’un pas neutre et tranquille.
Roxane l’observa partir, abasourdie par cet échange. Ainsi, Ronald connaissait l’existence du donjon. De plus, il avait envie de l’utiliser… avec sa mère ! Roxane chassa les images qui lui venaient à l’esprit. Elle ne voulait surtout pas savoir !
Ronald reparut un peu plus tard dans l’après-midi. Méline confirma qu’il lui avait rendu la clé. Roxane ignora cet évènement pour se concentrer sur son mariage. Les hommes revinrent en début de soirée. Le prince était ravi : il avait gagné à de nombreuses reprises.
Chacun rentra chez soi et Roxane put souffler un peu. Après avoir indiqué à ses amis que Méline et Nicolas avaient été parfaits, Roxane put passer une robe plus légère. Les jardins retrouvèrent leur calme et leur sérénité. Ronald servit le dîner, léger après cette journée passée à boire et à manger.
- — Duchesse, s’exclama Isabelle. Ma fille est duchesse ! Je n’en reviens pas !
Roxane grimaça. Elle n’aimait pas ce titre dont elle ne voulait pas. Elle aurait préféré pouvoir l’ignorer. Elle allait devoir faire avec mais aurait préféré ne pas en entendre parler dans sa vie personnelle.
- — J’ai hâte de voir des petits ducs et duchesses courir partout ! continua Isabelle de sa voix stridente.
- — Maman, nous n’aurons pas d’enfant, indiqua Roxane. Nous n’en voulons pas.
- — Il faut des héritiers au titre, non ?
- — Non, répondit Roxane. La reine désignera quelqu’un d’autre, c’est tout.
- — Je comprends, dit Isabelle d’une voix mouillée. Avoir un père aussi âgé ne serait pas bon pour un enfant.
- — Maman ! gronda Roxane blessée. Cela n’a…
Ronald se déplaça légèrement afin de se trouver dans le champ de vision d’Isabelle, et par là même dans celui de Roxane. Albert et Daniel se trouvant en face, le majordome leur était invisible.
Roxane vit Ronald lever sa main droite et faire un « V » de son index et de son majeur. Isabelle blêmit et lança :
- — Pardonne-moi, ma chérie. Ma remarque était inconvenante.
Roxane en resta muette de stupeur.
- — Je vous prie de bien vouloir m’excuser, Albert. J’ai été terriblement maladroite. Mon envie de devenir grand-mère m’a fait dire une chose que je ne pensais pas. J’espère que vous ne m’en voulez pas !
Sa voix était suppliante mais Roxane constata qu’elle alternait les regards vers Ronald et vers Albert. Le duc allait ouvrir la bouche pour accepter les excuses mais Roxane secoua négativement la tête, le faisant taire. Si sa femme ne voulait pas qu’il accepte ses excuses, il la suivrait.
La chose espérée se produisit. Ronald leva les quatre doigts de sa main droite. Roxane en fut ravie mais son visage ne montra qu’un calme total. La remarque de sa mère l’avait réellement blessée. Elle était ravie de la savoir doublement punie, de quelque manière que ce soit. Roxane voulait que sa mère cesse de prononcer des paroles blessantes. S’il fallait qu’elle souffre pour y parvenir, qu’il en soit ainsi !
Isabelle, mortifiée et silencieuse, retourna à son assiette. Après le dîner, Roxane se rendit dans la cuisine pour y retrouver Ronald.
- — Je ne vous savais pas sadique, Roxane, lança Ronald de son ton neutre et guindé.
- — Ne me dites jamais quatre quoi au lieu de deux, lança Roxane.
Ronald lui sourit tendrement.
- — En tout cas, merci. Vraiment. Mille fois mercis. Vous croyez vraiment pouvoir la dresser à arrêter de dire mille conneries à l’heure ?
- — Ça se tente, répondit Ronald, amusé.
- — J’en serais tellement heureuse !
Ronald rit carrément.
- — Que s’est-il passé ? demanda Albert en entrant dans la cuisine.
Il se figea en constatant la bonne humeur. Voir son majordome rire ne devait pas arriver souvent au duc. Mais qu’il rit avec sa femme le dérangeait clairement.
- — Il lui faut la mère et la fille ? gronda Albert.
- — C’est vilain d’être jaloux, fit remarquer Roxane, et ce manque de confiance en moi me blesse.
- — Pardonne-moi, ma chérie, répondit Albert en l’embrassant dans le cou.
- — Tu es excusé, pas de souci.
- — Pourquoi m’as-tu empêché d’accepter les excuses de ta mère ?
- — Parce que sa remarque m’avait vraiment blessée et que deux coups ne me semblaient pas suffisants. Elle apprendra mieux avec quatre.
- — Deux coups de quoi ?
- — Je n’ai aucune envie de le savoir. Je laisse ça volontiers entre les mains de Ronald. Le détail des pratiques ne m’intéresse pas. Seul le résultat m’importe.
- — Ronald ? Quoi ? s’exclama Albert.
- — Je lui ai permis d’utiliser le donjon cet après-midi. Tu n’étais pas là alors j’ai pris la décision seule.
- — Tu as… quoi ? s’écria Albert, visiblement mécontent.
- — Ce qu’il a réussi à faire en un après-midi est extraordinaire. Vivement que le dressage porte pleinement ses fruits. Ma mère s’en trouvera métamorphosée !
Albert en resta muet de stupéfaction, puis il se reprit et lança :
- — Roxane, tu ne peux pas inviter tout le monde dans notre donjon. C’est…
- — Tu as raison, le coupa Roxane qui venait d’avoir une idée. Ce donjon doit rester le nôtre. Par contre, ça me donne une idée pour donner enfin vie à tes chambres d’hôtes.
- — Comment ça ? lança Albert.
- — Personne ne vient ici parce que c’est le trou du cul du monde. À part quelques Highlands Games qui n’intéressent que les Écossais et les lacs d’altitude d’eau douce dont je suis la seule à me préoccuper, il n’y a rien de passionnant dans le coin. Autant utiliser cela à notre avantage. Cet éloignement, ce calme, l’absence de tout voisin, c’est ce que recherchent les amateurs de BDSM.
- — Tu voudrais ouvrir un gîte BDSM ? s’exclama Albert.
- — Ronald étant de la partie, il n’est plus un frein ! précisa Roxane et le majordome sourit. Les gens seront ravis de pouvoir jouer en extérieur. Il faudra redécorer les chambres et les accessoiriser. Le sous-sol permet largement de créer un autre donjon, bien plus grand, à côté du nôtre, qui restera privé.
Albert lança un regard doux à sa femme.
- — Tu as toujours d’excellentes idées, annonça-t-il. Ça pourrait bien marcher, oui.
- — Comme ça, on pourra faire de jolies rencontres, échanger sur les pratiques, découvrir du matériel, tout en gagnant un peu d’argent.
- — Je suis déjà convaincu, précisa Albert. Ronald ? Cela fera du travail supplémentaire et engager du personnel ne sera pas vraiment possible.
- — On pourrait demander à Louis, proposa Roxane.
- — Il est infirmier, pas homme de ménage ! répliqua Albert.
- — Ça ne coûte rien de demander.
- — Certes…
- — Roxane ? lança Ronald.
- — Oui ?
- — Isabelle m’a demandé, ce soir, à rester chez moi une semaine de plus. Je pense qu’elle prévoit de rester bien plus longtemps… probablement indéfiniment, ce qui me convient parfaitement.
- — Chez vous ? répéta Roxane. Du coup chez nous, en fait.
Ronald vivait dans une dépendance, à quelques pas du château, près des écuries, une maison ressemblant davantage à un manoir, adorable et pittoresque, au milieu des arbres.
- — Non, non, ma mère ne va pas vivre chez nous en permanence ! gronda Roxane.
- — Une fois dressée, elle sera tout à fait charmante, promit Ronald. Elle saura se faire discrète et non envahissante.
- — Sinon, deux voir quatre ? supposa Roxane et le majordome sourit. Putain, ma mère va vivre chez nous !
- — Roxane, ton vocabulaire ! gronda Albert.
- — Parce que la situation ne le mérite pas, peut-être ? Tu apprécies de savoir que ta belle-mère peut surgir à tout instant ?
- — J’ai confiance en Ronald, répondit Albert. S’il dit qu’elle sera charmante, je le crois. Entre dominants, on se comprend.
Les trois compères explosèrent de rire.