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Temps de lecture estimé : 43 mn
18/01/20
Résumé:  À force de chercher, nos amis vont finir par trouver... des ennuis.
Critères:  #aventure #sciencefiction #fantastique
Auteur : Loaou            Envoi mini-message

Série : Observés

Chapitre 07 / 08
À la recherche des ennuis

Résumé des épisodes précédents :


Coup de foudre en montagne inconnue

Camille a rencontré Loaou qui a disparu après une nuit torride en lui laissant un anneau, un papier, beaucoup de souvenirs brûlants, et aussi pas mal de questions…

Deux semaines de surprises

Après quelques découvertes sur Loaou et le peu qu’elle a laissé à Camille, l’affaire se complique : il a été convoqué par la gendarmerie.

Ne vous arrêtez pas aux placards

Ania, Éric et Camille ont commencé à comprendre ce que peut l’anneau. L’arrivée d’Elisa les a un peu bousculés et ils espèrent bien en savoir plus sur elle.

Vous en voulez ? En voilà !

Bien des aveux qui clarifient la situation.

Train train journalier et à-côtés

La vie suit son cours à l’agence « À Votre Service ! », les visites sans rendez-vous aussi. Après un passage d’inspecteurs rondement expédié, le retour prématuré de Loaou perturbe les habitudes.

La recherche du trésor

Après avoir mieux fait connaissance, une chasse est lancée…



Avertissement

Les épisodes de « Observés » constituent une histoire continue. Elle n’aura aucun attrait à être lue sans connaissance ou souvenir du contenu des épisodes précédents.


Corollaire

Je comprends que Revebebe n’est probablement pas le site idéal de publication de cette histoire, mais il reste celui dont je préfère la forme et les outils. :-)




**********




Famille



Il n’est pas très tard, mais la luminosité a fortement diminué, résultat d’une fin de journée hivernale amplifiée par une couverture nuageuse chargée. Les lampadaires sont encore éteints et l’extérieur semble gris, froid, un peu lugubre. Tout comme l’ambiance à l’agence, où les discussions deviennent orageuses. Les avis s’opposent, le ton monte.



Un moment de répit ponctue les échanges tendus. Éric griffonne d’un crayon angoissé et rageur quelques possibilités sur son bloc : elles reviennent avant la fermeture du canal ; elles arrivent trop tard ; elles ne reviennent pas du tout… Il veut qu’on ignore la demande d’Ania, pourtant claire, et qu’on ne parte pas demain, juste au moment où elles risquent d’avoir besoin de nous. Il se ronge les ongles de ne pas intervenir immédiatement.



Je sens que Camille repense à des moments passés avec elles, à son aventure d’un matin avec Ania. Il me regarde, un peu penaud. Je l’encourage d’un sourire et de quelques mots silencieux en privé.



Pourtant, il repousse bloc et crayon avec un regard abattu qui trahit sa reddition, sans pour autant cesser de grommeler :



Il reste boudeur encore un moment et tapote nerveusement au hasard sur sa tablette graphique, avant de lancer :



Il est trop tard pour aller à l’institut des jeunes sourds et – du peu que j’en sais – il n’y a pas d’urgence pour « À votre service ! ». J’imaginerais bien quelques petits trucs très agréables, mais pas dans ces conditions, pas avec Éric !



Un ange passe. Je sens Camille inquiet, malgré ce qu’il veut bien en dire à Éric. Et aussi pour ce qui nous attend vendredi. Il me regarde et je ressens son amour, qu’il diffuse comme les effluves d’un lilas au printemps. Je lui envoie le mien. Il perçoit mon attention, se penche et dépose sur ma nuque un baiser qui me fait frissonner. Éric nous extrait de ce petit moment sensuel. Il lui demande, en nous indiquant tous les deux du menton :



Camille hausse les épaules :



Camille bafouille que ce n’est pas une bonne idée, qu’ils vont me harceler de questions gênantes, qu’il vaut mieux attendre un moment plus calme. Mais je suis à la fois curieuse et impatiente. Alors je me serre contre lui avec un baiser et quelques pensées d’encouragement. Il finit par céder. Éric propose d’arroser cette étape, pour occuper un moment et oublier le reste, mais Camille décline. C’est un peu inquiétant !




**********




Il est à peine dix-neuf heures lorsque nous arrivons chez ses parents, très en avance. Camille appuie brièvement trois fois sur la sonnette, ouvre la porte et entre sans attendre de réponse. Les deux notes du carillon résonnent encore pendant qu’il referme derrière moi. L’entrée, petite et bordée de porte-manteaux en partie déjà occupés de vestes d’hiver, se prolonge en un petit couloir. Une femme surgit de la première porte à droite, trop jeune pour être sa mère.



Camille nous présente. Elle m’examine de la tête aux pieds et siffle :



Camille fait mine de l’étrangler en riant, avant d’échanger deux bises avec elle :



Elle réfléchit, le regard levé et le front plissé, en remontant ses seins d’un geste machinal, comme s’ils glissaient vers le bas.



Elle observe Camille un instant avant de s’exclamer :



Puis elle se tourne vers moi :



Nadine éclate de rire pendant que Camille rougit, mais me presse aussi contre lui.

Elle est marrante, sa sœur, et elle n’a pas la langue dans sa poche. Sa tenue est comme elle : un top bariolé et criard à fines bretelles qui ne cache pas grand-chose de sa poitrine et qui jure furieusement avec sa jupe imprimée et ses chaussettes de couleurs vives et différentes ! Pas très chaud pour la saison… En comparaison, avec la robe beige qui-me-va-si-bien, je dois sembler très classique. C’est peut-être pas plus mal.

Elle me fait deux bises chaleureuses, avant d’appeler :



Nadine nous tire dans un petit salon chargé de bibelots et de photos que je parcours des yeux. Je reconnais facilement mon chéri sur quelques-unes, ainsi que sa sœur, toujours en tenues aussi légères qu’extravagantes. Elle dispose sur la table basse cinq verres, puis quelques bouteilles, aux étiquettes et contenus colorés, qu’elle tire d’un bahut en bois foncé surmonté d’un vaisselier.

Madame Parante entre avec un plateau garni d’amuse-gueules et de biscuits apéritifs. Elle le dépose en poussant les verres avant de s’intéresser à nous. Camille nous présente :



Leur mère m’évalue, les mains sur les hanches, un peu penchée en arrière, les sourcils froncés. Elle pense tellement fort que je l’entends sans même chercher à l’écouter, aussi distinctement que si elle l’avait annoncé :



Elle me détaille, me déshabille des yeux, je me sens comme nue. Derrière elle, Nadine fait des grimaces et secoue la main avec l’air de dire « hou-la-la ! ». J’essaye de garder mon sérieux et un sourire avenant. Camille me prévient malicieusement en silence :



Je me retiens difficilement de rire. À la place, j’arbore un sourire béat, tout comme Camille. Je réalise qu’elle nous regarde alternativement tous les deux, comme si elle cherchait un détail entre nous.



Le tout n’a duré que quelques secondes, qui me semblent trop longues.



Elle nous installe autour de la table et nous informe que son mari va arriver : il est allé chercher le dessert. En l’attendant, on n’a qu’à servir l’apéritif, ça le fera venir. Elle n’a pas le temps d’énoncer le contenu de toutes les bouteilles que nous parvient le bruit de la porte d’entrée.



Il est facile de deviner qu’ils parlent de moi. Surtout qu’en venant, Camille m’a raconté les explications douteuses qu’il avait débitées lors de son dernier passage, à Noël. Je suis intimidée et la moue dubitative de Nadine n’arrange rien. Il me prend la main, comme pour m’encourager.

Son père entre et parcourt les fauteuils d’un rapide regard circulaire avant de s’arrêter sur moi. Il me scrute avec un sourire grandissant, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte. Puis il annonce, l’air admirateur et un peu gourmand :



Nadine rit franchement, Camille me presse la main en me transmettant :



Pour le coup, je me mets à rougir. Moi, rougir, alors que Camille ne bronche pas : c’est un comble ! En plus, ils s’en rendent tous compte pendant que je lui bredouille quelques mots en privé qui le font sourire aussi.

Perturbée, j’ai loupé ce qu’a dit Nadine, qui a faussement exaspéré sa maman. Elle a les mains jointes et les yeux levés au ciel en une supplique irrésistible. Tout le monde rit joyeusement dans une simplicité bon enfant.



Il se tourne vers moi, intrigué :



Je lui explique :



J’ai du mal à comprendre, mais Camille m’explique gentiment en privé pendant que Christèle demande ce que chacun souhaite boire et que Louis remplit plus que généreusement les verres. Il propose de trinquer à mon entrée dans la famille, ce que nous sonnons dans un carillonnement de verres levés.

Puis ils se mettent à nous bombarder de questions. Camille édulcore sa randonnée en montagne, glisse sur le refuge. Je le laisse répondre, autant que possible. De temps en temps, nous échangeons en privé quand il m’appelle à son secours ou que je ne sais pas trop ce qu’il convient de dire.

Après une seconde tournée, tout aussi abondante que la première, les rires deviennent plus faciles et ils me racontent les petites anecdotes de la famille, les bêtises de Camille. Il se venge sans vergogne en me racontant celles de sa sœur, les gaffes de ses parents, dans une escalade sans fin que je devine enjolivée.

Alors que Louis tend à nouveau la bouteille vers les verres vides, Christèle décrète qu’il est plus raisonnable de passer à table, même s’il est un peu tôt. Heureusement ! Nadine et son père passent devant, un peu gais, en bavardant bruyamment dans le couloir à qui mieux mieux. Christèle nous retient une seconde au pas de la porte et nous chuchote :



Camille s’arrête net et la regarde, interloqué :



Puis elle nous pousse devant elle dans le couloir, accompagnés d’une plaisanterie que je n’écoute pas. Camille non plus.

Pendant tout le repas, la conversation est assez décousue. Nadine saute du coq à l’âne en gloussant. Camille prétexte l’apéritif un peu trop corsé pour justifier ses hésitations, mais il n’arrête pas de retourner dans sa tête les quelques mots de sa maman. J’essaye de l’apaiser, avec peu de succès, semble-t-il, car je suis préoccupée, moi aussi. Cet aparté m’a balayé l’euphorie apportée par l’alcool. Je suis inquiète qu’elle nous ait remarqués aussi facilement.

Heureusement, les petits plats simples et délicieux qu’elle nous sert interrompent les conversations le temps de leur dégustation. Le repas s’étire. L’excitation retombe. Alors que l’on souffle sur des tasses brûlantes, repus et calmés en un moment de silence presque soporifique, une sonnerie d’antan, stridente à réveiller un mort, nous fait tous sursauter.



Sa maman ne peut retenir un énorme soupir. Nadine fait une rapide tournée de bises et se sauve en nous souhaitant à tous une bonne soirée, suivie de Louis qui l’accompagne en traînant des pieds. Nul besoin d’un dessin pour comprendre qu’il préférerait rester avec nous, ce que nous confirme Christèle avant de nous observer intensément.



Le bruit de l’auto s’éloigne, Christèle reste silencieuse en tournant avec trop d’application son café. Elle nous regarde dubitativement, puis pose sa cuillère dans sa tasse :



Un long silence s’étire. Camille n’ose pas répondre. Je le fais :



Elle reste quelques instants songeuse avant de reprendre :



Elle me coupe :



Elle acquiesce de la tête. Je continue :



Elle me fixe avec curiosité. En faisant particulièrement attention de ne pas bouger, je lui explique sommairement. Je lui répète ce qu’elle pensait : qu’elle se demandait si je veux des enfants. Et j’ajoute que oui, on en veut très fort, et même qu’on fait tout ce qu’il faut pour. Sans être sûre d’y arriver, j’illustre l’ensemble d’une forte envie de sexe.



Il jette un œil sur son pantalon bombé en riant nerveusement, un peu rougissant, et s’excuse :



Elle se lève et nous serre dans ses bras tous les deux à la fois. Un moment d’émotion. Je n’hésite pas à échanger un baiser avec Camille sous le regard ravi et attendri de sa maman. Si elle n’était pas là, je lui sauterais dessus immédiatement et je crois bien qu’il ne dirait pas non : une de ses mains furète déjà sous mon pull, l’autre me serre contre lui. J’ai mis trop de force en transmettant l’envie !

On s’arrache difficilement à ce besoin primaire. J’ai encore quelques questions à poser à Christèle :



Elle lève subitement la main pour demander le silence, tend l’oreille, et annonce :





**********




Finalement, nous ne rentrons pas trop tard : ses parents sont plutôt couche-tôt, m’expliquent-ils en forme d’excuse. Je pressens qu’ils ont aussi une autre envie, que je m’efforce d’amplifier discrètement, comme promis. Je suis surprise d’y arriver aussi facilement, alors que je n’avais pas réussi à influencer Luc, l’affreux chimiste. Mais Christèle a manifestement une sensibilité que Luc n’avait pas. D’ailleurs, je doute de pouvoir influencer Louis, alors j’en ai chargé Camille que l’idée a émoustillé, même s’il m’a précisé en privé :



Tout au long de notre retour, Christèle reste au centre de nos discussions. De fil en aiguille, les échanges nous donnent des idées, de quoi occuper largement demain, avant le départ : nous allons essayer d’explorer ce lien entre nous, tenter de cerner ses limites, de l’approfondir, d’en apprendre plus.

Malgré le sérieux de notre discussion, l’envie de sexe que nous avons refoulée chez ses parents ne diminue pas. Ma main reste posée sur sa jambe tout le trajet ; je me retiens difficilement pour ne pas la laisser errer vers une bosse qui l’attire comme un aimant : il conduit ! À chaque occasion, il effleure ma main ou ma cuisse. Les dernières minutes de route s’écoulent en silence, mais avec un intense échange de pensées érotiques, de sensations que nous éprouvons presque physiquement.


Nous quittons l’auto avec une envie frénétique et nous nous précipitons dans l’ascenseur. Heureusement, il est vide ! Il sera le seul témoin d’embrassades plus que fougueuses. La porte de l’appartement à peine refermée, je me jette sur Camille. Il m’accueille dans ses bras et fait mine de me porter dans la chambre. Évidemment, je suis trop lourde et il doit abandonner, surtout que j’ai déjà déboutonné son pantalon dans lequel je glisse la main. Il manque me lâcher en s’écriant : « Ouhhh ! Elle est froide ! », ce qui ne le calme nullement. Je retire ma main et la frotte vigoureusement contre son dos pendant qu’il entreprend fébrilement de me déshabiller. Je ne vais quand même pas le laisser faire tout seul ! Alors, j’en fais autant. Nous mélangeons nos bras, nos rires et nos habits qui finissent en un infâme tas.


Enfin nus, nous courons main dans la main jusque sur le lit qui nous reçoit avec un craquement que nous ignorons royalement. Grillant tout autre préliminaire très inutile, j’accueille Camille au plus profond de moi en un seul mouvement qui m’arrache un cri d’indescriptible plaisir. Instantanément, je perçois ses sensations qui s’ajoutent aux miennes, irrésistibles. Je me sens en lui, nous ne faisons plus qu’un, nous partageons le même organisme. L’ensemble me submerge et j’oublie tout, sauf notre envie forcenée : plus fort, encore plus fort ! Quelques violents coups de reins et nous nous écroulons ensemble dans une jouissance extrême. Je ne sais plus qui de nous deux éjacule, qui le reçoit. Nous luttons quelques instants pour faire durer ce trop court moment, nous roulons l’un sur l’autre comme un navire sur une mer en folie.


Puis, aussi vite que la vague bestiale nous a portés à son sommet, nous basculons dans un moment inouï de tendresse et de douceur. Lentement, je retrouve mon corps, j’extirpe mon esprit de celui de Camille. Je le sens en moi, palpitant. Nous nous embrassons, nous nous picotons de baisers jusqu’au moment où nous glissons dans l’inconscience du sommeil, encore terrassés d’un infini bonheur.




**********




J’émerge d’un rêve, tout emplie de la plénitude sauvage d’hier soir. Camille me tourne le dos. Je me serre délicatement contre lui en essayant de ne pas l’éveiller. Je profite de la position, ma poitrine serrée contre lui, captant sa chaleur, ses vibrations. J’essaye de respirer en même temps que lui. Je m’emplis de son odeur, de son rythme. J’essaye de distinguer si nos cœurs battent à l’unisson. J’aimerais qu’ils le fassent.

Lorsqu’il commence à bouger, je laisse ma main partir à la recherche de son sexe que je découvre tendu. Je le caresse doucement. Camille se retourne en susurrant un « bonjour mon amour » qui me fait fondre. Nos mains partent en caresses paresseuses et ensommeillées. Nous faisons l’amour dans une douceur câline qui s’étire lentement, longuement, tout à l’opposé de la sauvagerie d’il y a seulement quelques heures. Nous sortons du lit très tard, essoufflés et repus.


Un moment plus tard, douche et petit déjeuner expédiés, nous partons à l’exploration de notre connexion, de ses limites. Il ne nous faut pas longtemps pour réaliser qu’en seulement quelques jours, nous avons acquis une facilité d’échange que je n’avais jamais obtenue, avec personne.



Nous expérimentons un moment. Je suis déçue. Je n’arrive pas à atteindre son anneau : il lui est strictement exclusif. Quelque part, c’est plus sécuritaire. Je lui explique comment le gérer. Camille comprend vite, mais y arrive mal. Il se prétend trop cartésien pour une telle abstraction.

Puis nous expérimentons autour de nos communications. Je commence à deviner des ramifications inexplorées dans mes possibilités de transmission, qui s’approchent beaucoup de ce que permet un AP. Malheureusement, l’alarme de son téléphone nous interrompt bruyamment : il est temps de rejoindre le studio d’Elisa, avant les dix-sept heures fatidiques. Nous arrêtons là, avec la ferme intention d’y revenir au plus tôt : il y a tant à découvrir.




***********




Départs



L’appartement d’Elisa serait silencieux sans ce fond sonore lancinant qui était déjà présent lorsque nous sommes arrivés. Camille a tiqué :



La pièce baigne dans une ambiance étrange depuis les vingt bonnes minutes où nous attendons. On dirait l’enregistrement d’une promenade : du vent dans des arbres, des vagues, une rivière, des oiseaux, un moteur, des insectes, les pas d’autres promeneurs, des chuchotements inintelligibles.

Au-dessus de la porte des toilettes, les aiguilles de l’horloge atteignent imperceptiblement dix-sept heures dix, puis leur angle droit commence à se fermer.

Quelques chaises pliantes sont disposées autour de la table, mais elles nous ont moins tentés qu’un moment de tendresse sur le lit, après l’avoir débarrassé du monceau d’habits qui le couvrait. Un leurre pour tenter d’évacuer notre tension. De temps en temps, la bande-son s’orne de bruits inattendus qui donnent l’impression d’une présence et Camille sursaute à chaque fois. J’avoue en faire autant.


On ne sait pas exactement quand le canal se fermera, alors on papote sans paroles, allongés, de temps en temps serrés l’un contre l’autre en une étreinte, par moment avec nos fronts en contact, ou nos yeux. Nos mains se faufilent en des caresses chaque fois plus coquines. J’ai dégrafé la ceinture de mon pantalon, une invitation à laquelle Camille a cédé le temps de quelques caresses, de quelques frissons que je lui rends bien.

L’envie d’aller plus loin nous hante, mais il n’est pas question qu’on nous interrompe en pleine partie de jambes en l’air. Ce serait trop frustrant. Et un peu humiliant. Pourtant, après toute cette attente, je commence à me demander si on ne devrait pas prendre nos aises et céder à nos envies.


Un son feutré, comme le déchirement d’une longue bande de fin tissu, nous fait sursauter tous les deux. Camille me serre dans ses bras avec un petit rire nerveux.



Camille regarde par-dessus mon épaule et se crispe :



Je me retourne. Elle est là, mais reste fermée. Un filet d’air qui se glisse au-dessous chasse quelques moutons qui traînaient au raz du mur. Je me serre contre mon amour avec un long baiser :



Un moment plus tard, je reprends mon souffle. Camille rit :



Je l’écrase dans mes bras comme si nous devions fusionner. Je l’embrasse, il m’emprisonne contre lui. Un tel bonheur que j’en oublie presque ce qui nous attend. Lui aussi : au fil des caresses, sa main descend dans mon dos, glisse sur mes fesses vers un but assez prévisible, avant de ralentir perceptiblement puis de s’arrêter. Il me regarde avec un sourire béat, les paupières mi-closes. Je me sens subitement lasse, moi aussi. C’est alors que je remarque l’odeur ténue inhabituelle. Je le secoue :



Il m’offre un sourire et esquisse un baiser du bout des lèvres. J’essaye de lui insuffler toute l’énergie qui me reste :



Mais il ferme déjà les yeux sans me répondre. Je le secoue rageusement, mais terriblement mollement.



La torpeur me saisit moi aussi et je n’ai que le temps de me serrer contre lui de toutes mes forces, très affaiblies, et de l’embrasser, avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.




**********




La porte s’ouvre lentement. Deux personnes entrent dans la pièce, soigneusement équipées d’un masque relié à un petit sac à dos.



Il tire Loaou par le bras qui entoure Camille et elle roule doucement sur le dos. Il lui ôte les cheveux de la figure, regarde la fiche qu’il tire de sa poche et s’exclame :



Il pose la main sur un sein et le presse énergiquement.



Il sort rapidement en marmonnant « fait chier ! » pendant que son immense collègue grommelle indistinctement. Puis il crie sans se retourner :



Magh ébauche un doigt d’honneur, regarde furtivement autour de lui, puis caresse et presse les seins de Loaou à deux mains, avant de les retirer vivement, comme s’il avait été vu. Il jette un nouveau regard circulaire alentour, soulève un peu le pull léger, hésite à glisser la main dessous… ou dans la taille du pantalon entrouvert dont le bâillement lui semble très accueillant. Finalement, il se ravise en soupirant : « perd rien pour attendre, j’me la ferai tout à l’heure ».

Il commence de pousser le lit vers la porte, avant de jurer copieusement et de s’exclamer :



Il vient de buter sur une chaussure qui dépasse de dessous du lit.




**********




Réveils



Je ne vois que du blanc, diffus, assez éblouissant. J’ai mal à la tête et vaguement envie de vomir. Je referme les yeux.

Il me faut de longues secondes pour me remettre les idées en place. L’attente avec Camille, le gaz soporifique. Je sursaute, complètement réveillée cette fois, et tends les bras. Il n’est pas là ! Je manque l’appeler à haute voix, mais un réflexe me retient au dernier moment : ce n’est pas le moment de me faire remarquer.

Le plafond blanc, lumineux dans toute sa surface, ne peut être que celui d’une des salles de réveil. La délicatesse habituelle de Globalency : quoi de plus agréable que d’être éblouie avant même de retrouver ses esprits ? Les yeux à peine entrouverts, je jette un rapide regard dans la pièce en essayant de bouger le moins possible. Les cloisons blanches avec leur haut en verre granité, les couchettes alignées et la porte avec son logo et un grand « 3 » confirment mon impression : je suis en réveil, et il n’y a personne debout. Un second regard plus appuyé à ma droite et je reconnais Camille allongé sur le chariot voisin.

Je saute à terre silencieusement, me précipite vers lui… et je manque m’étaler. Foutu mal à la tête. La nausée revient en force. Je dois m’arrêter et respirer profondément quelques trop longues minutes, cramponnée au bord de mon chariot, les yeux fermés, chancelante, les bras tremblants.

Ça va mieux. Je traverse le petit espace qui nous sépare et je m’agrippe à lui.



Il dort encore profondément. J’essaye en pensée. Pas de réponse… mais il est en train d’émerger !



Il s’assied précautionneusement, regarde autour de nous puis demande :



Je sursaute :



Tout occupée à Camille, je ne l’avais pas remarquée. Elle est vêtue d’une robe chic, bien que passablement froissée, et ses cheveux sont regroupés en tresses, loin de sa silhouette habituelle, surtout que la dernière image d’elle, montrée par Éric, était beaucoup moins habillée. Mais c’est bien elle. Je note aussi l’emplacement vide entre son chariot-lit et celui de Camille.



Il n’ose pas finir sa phrase, mais il pense « qu’ils vont la transférer, à la place d’Elisa ? ». Je lui réponds de même :



Il saute presque de la couchette et titube, comme moi, quelques minutes plus tôt. Il est blafard et nauséeux. Je le soutiens pour l’empêcher de tomber. Il retrouve vite des couleurs pendant que je le serre contre moi, avec plaisir malgré les circonstances. J’en profite pour un baiser avant de demander :



Je le tire derrière moi. Je ne connais pas trop ce bâtiment, que je n’ai parcouru que quelques fois, au hasard des missions, quand je devais être accompagnée par un synth. Soi-disant pour ma protection mais, je crois, surtout pour m’avoir à l’œil. La porte à notre droite indique « Sortie ». Je l’ignore et nous prenons celle à l’autre bout de la pièce, qui arbore la mention « Accès interdit ». Camille ne sait pas les lire, mais il a dû sentir ma pensée : il serre ma main avec un frisson.

Nous parcourons rapidement un couloir, en silence. Il chuchote :



Nous progressons dans un couloir assez large, bordé de portes blanches identiques et seulement numérotées.



Au bout du couloir, une autre porte vitrée très large s’ouvre sur un vestibule, tout aussi large. Quelques portes, avec des lettres cette fois. Certaines sont verrouillées. J’ouvre discrètement les autres et glisse un regard dans l’entrebâillement. Une autre salle de réveil, vide de tout personnel, des bureaux administratifs, dont un transformé en local de remisage.

À l’angle du couloir, Camille se fige en m’écrasant les doigts. Une voix nous parvient, assez faiblement : « Oui, c’est tout juste fini… Je te l’apporte dans un moment… Une petite pause… C’est ce que je préfère ! » suivi d’un ricanement et de quelques mots inintelligibles prononcés moins fort.

Nous repartons sur la pointe des pieds. J’explore encore quelques portes par sécurité, en vain. Passé l’angle du couloir, la première porte s’ouvre sur une salle de transfert avec sa machine. Les deux emplacements de part et d’autre du transféreur sont vides, tout est éteint. La porte suivante est ouverte, du bruit s’en échappe, puis un rire essoufflé. Camille est tendu. Il veut dire quelque chose. Je lui pose l’index sur les lèvres :



Il hésite :



Sans lui laisser le temps de répondre, je regarde par l’ouverture. C’est une autre salle de transfert. La couchette du côté récepteur est occupée par une toute jeune femme petite et replète, nue et dotée du casque, des électrodes, sondes et autres outils du transféreur. Celle du côté émetteur est cachée par la machine. Il en dépasse deux jambes qu’un homme aussi grand que large tient levées par les chevilles pendant qu’il s’active entre elles, le pantalon sur les genoux. Un rapide coup d’œil dans la pièce me confirme qu’il n’y a personne d’autre. Je respire mieux. Je lance en entrant :



L’homme sursaute et s’immobilise, plaqué contre le bas des jambes qu’il tient serrées contre lui.

Il nous jette un regard bref, puis annone avec gouaille :



Il reprend vigoureusement ses mouvements du bassin en plissant les yeux. Camille contourne le transféreur avant que j’aie le temps de le retenir. Il a deviné en même temps que moi, qui est la partenaire du type. Contrairement à l’autre côté de la machine, casque et électrodes sont repliés sur leurs supports. Ania est allongée, nue dans toute sa beauté, inerte. Ses seins ondulent au rythme des mouvements du gars, ainsi que son bras gauche qui pend à côté de la couchette.

Camille rugit un borborygme inintelligible et se rue sur l’homme. Déséquilibrés, ils roulent ensemble par terre et Camille s’assomme contre le châssis de la machine. Je me précipite pour retenir Ania qui a failli basculer de la couchette. L’autre tente de se relever, empêtré dans son pantalon. Il hurle de rage en le remontant :



Mais le type ajuste sommairement son pantalon, se précipite sur lui et le soulève par le cou. La différence de gabarit est flagrante, Camille n’a aucune chance.



Camille s’écroule. Je ressens sa douleur sous mon diaphragme, presque aussi fort que lui. Les larmes aux yeux, pliée en deux, je lâche Ania sans même y penser, cherchant mon souffle. J’arrive tout juste à haleter :



L’autre ricane :



Il se précipite vers la porte qu’il referme et verrouille. Il agite un instant la clé avant de l’enfourner dans sa poche, puis il jette un regard circulaire et annonce froidement avec un rictus mauvais :



Je jette un regard sur Camille, immobile, peut-être inconscient. La douleur de le voir ainsi s’ajoute à celle qui me vrille encore l’abdomen. En deux pas, si rapidement que je n’ai pas le temps de réaliser, l’ignoble individu est sur moi. Sa main se referme vivement sur mon poignet droit. J’esquive d’une fraction de seconde l’autre main qui voulait saisir le gauche. À la place, il agrippe le bas de mon pull, puis il lève brutalement les bras pour me déshabiller, me soulevant comme une plume. Le pull reste accroché sous le bras que je refuse de lever. Il me scie l’aisselle et le sein en une vive brûlure. Je laisse échapper un cri de douleur, mais je résiste, le coude bloqué, le poing serré. Il me secoue comme un sac. Des coutures craquent, mais le vêtement tient bon. Je ne veux pas céder. Une fureur incontrôlable m’envahit, pour Camille, pour moi. Avec l’énergie du désespoir, j’aboie :



Instantanément, il se fige, les bras en l’air. Je n’en reviens pas. Je reste bêtement suspendue, meurtrie, emplie de douleurs et de rage. Je gigote sans arriver à me dégager. Mon pull craque encore, mais ne se déchire pas. J’hésite à lâcher prise et le laisser glisser pour me retrouver libre, mais torse nu, avant de réaliser que je ne pourrai pas libérer mon bras de la poigne de fer qui l’étrangle comme un garrot.

Je lève les yeux, puis la tête, pour regarder mon agresseur. Au-dessus du pan de tricot qui me le cache en partie, la figure de l’homme est horrible. Elle est figée en un rictus empli de fureur et de désir bestial. Ses yeux regardent plus bas, mon sein découvert, en une envie brûlante qui me fait frissonner. J’y vois aussi une lueur d’horreur : il sait déjà qu’il a perdu.

Sans trop croire au résultat, j’ordonne avec toute la conviction possible :



Il baisse lentement les bras puis ouvre les battoirs qui lui servent de main. Mon pull desserre son étreinte, la douleur s’atténue. La circulation se rétablit dans mon bras avec des picotements. Je me précipite sur Camille sans pouvoir retenir mes larmes. Agenouillée à son côté, je l’embrasse. Il halète à petits coups. J’essaye de communiquer :



Quelques minutes plus tard, il se redresse maladroitement dans mes bras, avec une grimace, le temps d’un court câlin précautionneux, mais ô combien réparateur, au moins pour le moral !

Pendant qu’il se remet, je me demande comment j’ai pu bloquer cet horrible bonhomme, sans anneau. Mais je l’ai fait : impossible d’en douter. On y réfléchira mieux plus tard, le temps presse.

Aussi vite que possible, je fouille l’individu pétrifié. Il ne peut s’y opposer, et je ressens malgré moi sa colère frustrée. J’extrais immédiatement la clé de la poche où il l’a glissée et la donne à Camille qui la met dans la sienne en remarquant :



Au fil de ma fouille des autres poches, je lui tends leur maigre contenu : quelques papiers. Il me faut de longues minutes pour découvrir son anneau, glissé dans une petite poche intérieure zippée. Je le tends à Camille, confuse :



Il le passe en silence à son doigt en me transmettant que je ne pouvais pas savoir et qu’il a surtout eu très peur pour moi. Il me tend les papiers. Je parcours rapidement quelques documents qui identifient leur porteur comme Magh Tregoro. Ce nom ne me dit rien, mais nous savons au moins à qui nous avons affaire.

Plus intéressant, j’ai sous les yeux l’ordre de transfert d’Elisa. Il vient d’un type que je déteste, un certain Greg qui ne donne jamais son nom complet. C’est une huile sans scrupule, manifestement impliqué dans des activités louches de Globalency et qui avait tenté de m’accommoder à sa sauce, lui aussi. Je lui ferais la peau avec plaisir. En revanche, rien sur Ania.



Camille s’approche du type et reste un moment dubitatif. Il cherche comment le formuler, puis opte pour le plus simple :



L’autre ne répond pas, ne bouge pas. Il respire à peine et est pâle. Il semble sur le point de s’écrouler au moindre courant d’air. Camille repose la question plus vigoureusement. Je réalise subitement que le dénommé Magh ne doit pas parler français ! J’avais compris sa menace ignoble, mais Camille probablement pas. À moins que l’anneau, couplé à sa sensibilité, lui ait apporté la compréhension ? Mais non, puisqu’il ne l’avait pas ! Il y a eu tant de changements en quelques jours que je m’y perds. Je retiens Camille qui s’énerve :



La simple évocation de ces propos le rend furieux. Il serre les poings. Je l’apaise de la main.



Camille renouvelle sa demande en silence, concentré, en fixant le type dans les yeux. L’autre répond silencieusement, avec des pensées qui trahissent son étonnement.

Je suis troublée : même s’il a besoin de l’AP, Camille arrive à communiquer par télépathie, alors que je croyais en avoir le monopole. Je suis frustrée de constater que je ne suis pas unique, même si je m’en doutais déjà.

Finalement, pour avoir des détails plus précis, je prends les rênes de l’interrogatoire et je traduis sommairement les réponses à Camille. Effectivement, Magh a transféré Ania. Il l’a confondue avec Elisa, il la trouvait plus « sexy ». Mais il explique qu’Ania, c’est l’autre femme maintenant. Il baisait seulement un corps vide destiné à la poubelle :



Je me retiens difficilement de ne pas l’étrangler tout de suite. Camille bout de colère. Il demande, et je traduis :



Camille enrage et j’ai du mal à le retenir. Il prendrait moins de gants que moi, je crois. Je demande en serrant les poings :



Cette fois, c’est moi qui explose. Je lui hurle au visage :



Il chancelle, encore plus blafard qu’avant, avec une expression crispée de douleur et d’épouvante.

Je retiens ma colère. Je crois qu’elle s’est manifestée physiquement sur lui. Je ne l’avais pas voulu, mais ne le regrette absolument pas. Ce type est vraiment une ordure. Camille est surpris aussi. Il me regarde avec douceur et me laisse champ libre d’un mouvement de la main.

J’ordonne à Magh d’effectuer le transfert inverse en m’expliquant en détail comment il procède. Je le libère de son immobilité avec une multitude de précautions pour éviter toute tentative de sabotage ou d’évasion. Camille le surveille. Cette fois, il le bloquera au moindre geste équivoque. L’andouille le sait, il ne cherche pas à tricher.

Il nous demande notre aide pour permuter les corps inanimés d’Ania et de la jeune femme sur les deux couchettes de la machine. Il indique le chariot-brancard, que je vais chercher. Camille nous observe, au bord des larmes devant le corps inerte d’Ania.



Il se rappelle que l’autre ne comprend pas et transmet sa colère via l’anneau, en images un peu déformées. La rage que j’en perçois est terrifiante et je vois Magh frissonner.

La procédure est simple, peut-être parce que la machine est déjà réglée ? La table-écran de la console affiche les images des deux corps nus. Il doit y avoir des caméras que je n’ai pas vues. Magh appuie sur trois touches virtuelles qui jouxtent l’image d’Ania, puis il recommence pour l’autre. Des bras placent sur les deux corps le casque, des électrodes et un nombre impressionnant de petits appareils dont je n’ai aucune idée de la fonction. Il me montre le contrôle de l’anesthésie : un curseur et deux autres boutons qu’il place tous sur zéro. Un dernier appui, sur le grand bouton orange en bas de la console, démarre le transfert. Il faut patienter une douzaine de minutes.

Nous regardons le décompte qui se déroule lentement, comme hypnotisés. Assez souvent, Magh tourne la tête vers Ania. On ne voit pas l’autre femme, de l’autre côté de la machine, mais il ne semble pas s’en inquiéter. Il regarde fréquemment sa montre. Je lui demande pourquoi.



Il arbore un air gourmand alors que j’ai l’impression d’être écrasée par un rouleau compresseur. Un cauchemar d’enfance, une terreur oubliée à la violence inoubliable. Les jambes en coton, je manque tomber à terre. Je m’accroche à Camille qui me soutient. Il me serre la main nerveusement et me tire contre lui. Il a dû percevoir ma détresse.



Je relaye sa demande.



Sa pensée transpire d’excitation malsaine. Un rapide tour dans sa tête me donne envie de vomir : il espère leur souffrance, des cris, des convulsions. Des cris de femmes nues.



Avec une lenteur désespérante, Magh tend le bras vers la console, pose le doigt sur le curseur de la vitre tactile et, après une imperceptible hésitation, le pousse tout au fond, en butée, au-delà d’une mince ligne rouge.



Il s’arrête, le doigt à quelques centimètres du bouton jaune, puis il tente de passer outre avec un tremblement douloureux du bras. Je le repousse brutalement en arrière pour l’éloigner de la console.



J’aimerais mieux expliquer ce que j’ai vu en lui, mais je suis subitement coupée par un gémissement déchirant qui nous parvient de l’autre côté de la machine. Ce n’est pas Ania, c’est l’autre. Enfin, si : c’est Ania quand même. De notre côté, son corps se met à trembler, agité de spasmes sporadiques. Magh la regarde avec une expression ravie.



Il hurle à Magh :



Je traduis l’injonction avec rage, tout en déplaçant le curseur sur une petite graduation que j’espère suffisante et, surtout, pas trop dangereuse. J’appuie sur le bouton jaune. Deux clics se produisent, séparés par un petit sifflement. L’injection s’est faite, quel sera le résultat ?

Camille ne sangle pas Ania, agitée de soubresauts et gémissante. Il lui bloque le bassin de sa hanche et la retient des avant-bras sur les côtés du torse, les mains posées sur ses joues avec tendresse. Elle semble s’apaiser un peu.

De l’autre côté de la machine, l’autre moitié d’Ania hurle entre de brèves inspirations. Les mains sur les oreilles, je contourne vivement la machine. Magh a attaché la femme brutalement : les sangles marquent fortement sa chair. Il lui pétrit un sein d’une main. L’autre est plaquée sur son sexe qu’il frotte vigoureusement.

Je lui lance un violent coup de pied à l’arrière du genou en lui ordonnant de la lâcher, de reculer et de ne plus bouger. Il s’écroule en gémissant. Je me hâte de desserrer un peu les sangles, malgré ses contractions désordonnées et, comme Camille, je caresse le visage rond sans pouvoir l’associer à Ania. Elle se calme, puis semble bientôt retourner au sommeil. Le silence retombe autour du bourdonnement agaçant du transféreur qui poursuit impassiblement son travail.

L’esprit en déroute, je reste à cajoler cette inconnue dont une part était l’amie de Camille.

Un sifflement aigu et bref me fait sursauter, puis tout s’arrête. Le transfert est terminé. Je retourne de l’autre côté du transféreur. Camille est penché sur Ania et lui caresse le front, au bord du casque, en chuchotant doucement, avec émotion :



Je le tire tendrement :



Je lui transmets rapidement ce que je veux faire. D’abord réticent, il accepte quand je lui raconte ce que je viens de voir, comment Magh s’occupait de la femme.



À suivre…