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n° 23677Fiche technique12045 caractères12045
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Temps de lecture estimé : 9 mn
27/06/26
Résumé:  Après la tempête, reste à savoir comment se réorganiser.
Critères:  #psychologie #érotisme #volupté #confession #candaulisme #couple #domination #masturbation #fétichisme
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message

Série : Presque entier

Chapitre 08 / 08
Les cours du soir

Résumé de l’épisode précédent :

Après les aveux de Marc, Noémie cherche Maëva pour comprendre ce qu’il est allé chercher auprès d’elle. Leur rencontre déplace la blessure : Maëva cesse d’être seulement une rivale et devient, pour Noémie, un trouble beaucoup plus intime.




Dans le train du retour, j’observe le soir tomber sur les étangs en repensant à Maëva. Ses mains autour d’un verre, la chair à la base de son cou, son rire, sa paume fraîche, son corps penché sur le moteur. Marc a désiré cela, et moi, maintenant, j’aimerais prendre sa place dans le souvenir de Maëva, ou peut-être celle de Maëva dans le sien.


Je croise les jambes. Le train avance dans un bruit régulier, quelqu’un tousse deux rangs plus loin, et mon téléphone vibre. Marc.


« Tu rentres à quelle heure ? »

« Dix-huit heures trente. Viens, finalement. »


Quelques minutes plus tard, un autre message. Maëva.


« J’espère que vous avez trouvé ce que vous étiez venue chercher. »

« Je crois que oui. Merci. »


À la maison, je monte directement dans la salle de bain. Mon visage est plus pâle que d’habitude. Mes lèvres n’ont aucun goût de Maëva, pourtant, mon corps, lui, retient tout ce qui n’a pas eu lieu. Sous la douche, l’eau pique d’abord ma peau, puis m’enveloppe. Ma main glisse sur mon ventre alors que j’essaie de la voir telle que Marc a dû la voir. Je veux être dans sa faute, dans la seconde où il choisit d’approcher cette femme-là, puis dans celle où il comprend qu’elle ne suffira pas à m’effacer. Mes doigts descendent, j’appuie mon front contre le carrelage. L’eau coule sur ma nuque, mes épaules, mes seins. J’imagine la bouche de Marc sur Maëva, et elle qui reçoit ses baisers. Je ne suis plus vraiment jalouse, et ma main les remplace.


*


Le lendemain matin, Marc a déjà préparé le café. Il y a aussi du pain grillé, du beurre, un pot de confiture ouvert et trois kiwis coupés dans un bol. Il a dû s’appliquer, les morceaux ne sont pas réguliers. Certains ont gardé un peu de peau, d’autres s’écrasent contre le verre.


Il a les manches remontées, les cheveux en désordre. En me voyant, il pousse une tasse vers moi sans poser de question. Le café est vraiment bon, cette fois.



Le pain refroidit dans son assiette.



Je pourrais lui raconter la chemise verte, le bateau, son rire dans le carré. La douche ensuite. Non, surtout pas la douche, alors je ne lui donne rien de plus.


La journée passe lentement. À la pharmacie, je vends des sprays, du paracétamol, deux crèmes pour des peaux qui grattent, un conseil que le client oubliera avant la porte. À midi, je reçois un nouveau message.


« Départ avancé. Le chantier a réussi un exploit : finir quelque chose. Le bateau pour la Grèce est prêt. Maëva »


Je souris dans la réserve, entre deux cartons de compresses.


« Et après ? »

« Je sais pas vraiment. Je vais peut-être rester là-bas quelque temps. Pas trop. Mauvaise Foi me manque. »


Je regrette de ne pas la revoir, mais finalement, je réponds :


« Bon vent, Maëva. »

« À vous aussi, Noémie. Même à terre. »


Je garde le téléphone dans la main un moment.


Le soir, Marc est au club, déjà happé par la saison qui approche. Je le trouve dans le local à voiles, accroupi devant un coffre de harnais emmêlés. Le même coffre devant lequel j’avais embrassé Steph la toute première fois. Le souvenir me revient et me chauffe le ventre. Marc porte un vieux sweat gris, les manches remontées. Il me sent ailleurs et s’inquiète.



Je pourrais lui demander de quoi exactement. De l’avoir touchée avant moi ? De m’avoir donné envie de la chercher ? De me laisser maintenant avec cette femme dans la tête ? J’entre dans le local, le sable crisse sous mes chaussures.



Il hésite une seconde, puis éteint le bureau, vérifie la porte arrière, replace deux gilets sans raison. Il ne commente aucun de ses gestes et je vois bien que ce silence lui coûte. Dehors, la tramontane est tombée, les mâts tintent faiblement.


Arrivée à la voiture, je lui prends les clés. Il me les donne sans discuter et s’installe côté passager. Il a un petit temps d’arrêt avant de boucler sa ceinture. Je démarre. Sa main gauche est sur sa cuisse, je pose la mienne dessus. Il inspire par le nez et tourne la tête vers moi.



La voiture quitte le port. Les villas s’espacent. La mer demeure un moment visible derrière les parapets, puis disparaît.



Il avale sa salive.



À la maison, Marc me suit jusqu’à la cuisine. Sur la table, il reste quelques miettes du matin, le couteau qui a servi aux kiwis. Je pense à la chemise bleue, à l’assiette creuse, aux gouttes.


M’adossant au plan de travail, je lui fais signe d’approcher.



Je lui caresse la joue du bout des doigts, puis je l’embrasse. Son corps revient contre le mien, impatient, mais attentif. Ses mains hésitent près de mes hanches, je les pose sur moi.



Cette fois, il serre. Je sens son désir se tendre contre moi. Je déboutonne son jean, le tissu glisse. Son sexe chaud entre mes doigts. Je m’accroupis, l’effleure de ma langue, il se raidit encore. Je m’attarde à peine, juste assez pour que son ventre se contracte. Son goût me revient, familier. Et aussitôt, Steph s’invite. Lui dans ma main, puis dans ma bouche, ce soir-là au club. Je repense alors à ce que le regard de Marc à ce moment-là faisait de moi. J’imagine d’autres hommes aussi. Ceux qui ne savent pas encore ce qu’ils prendront ni ce que Marc croira perdre avant de me retrouver.


Je le relâche, mes lèvres quittent son gland dans un bruit humide.



Je le caresse plus lentement.



À ces mots, son corps réagit dans ma main.



Il inspire profondément, relève la tête et me fixe, bandant plus fort encore.



Je m’approche de son oreille.



Et je l’embrasse à nouveau. Cette fois, il gémit contre ma bouche. Je le repousse vers la table, il s’y appuie. Je retire mon pull, puis ma chemise. Il me regarde avec la même faim qu’avant, mais il attend. Je défais mon soutien-gorge. Mon pantalon suit, puis ma culotte. Ma peau se couvre de frissons. Marc avance d’un pas, je viens contre lui, nue. À son contact, je me réchauffe d’un coup.



Nous regagnons la chambre. Dans l’escalier, il pourrait en profiter. Il ne le fait pas et cette retenue m’excite. Je le pousse sur le lit. Il s’y assoit, puis s’allonge sur les coudes. Je reste debout devant lui. Ses yeux descendent sur mon corps, puis remontent à mon visage.



Sa paume est chaude, rêche par endroits. Une main que je connais, et qui retrouve ma poitrine. Maëva traverse ma tête, puis l’image s’éloigne. Il ne reste que Marc.


Je m’assois sur ses genoux, un pied nu près de son épaule, juste à côté de sa joue.



Ses doigts viennent entourer ma cheville. Son pouce passe sous ma voûte plantaire, puis ses lèvres s’y posent. Je le laisse faire un instant.



Il me regarde, plus bouleversé que soumis. Alors seulement, je glisse sur lui, mes cuisses de part et d’autre de ses hanches. Il est dur. Je le prends et le guide contre moi, son gland contre mon sexe, pas plus.



Et je l’accueille. Dehors, un volet bat. Alors qu’il me remplit, je ferme les yeux une seconde, et je ne suis plus seulement avec lui. Un corps derrière moi, une main sur ma nuque, des doigts serrés à mes hanches. Un homme que je ne vois pas encore, dont je ne connais ni la voix ni l’odeur. Moi, offerte et à quatre pattes, pendant que Marc regarde ou devine, incapable de savoir si je lui échappe vraiment.


Je rouvre les yeux. Marc est là. Sous moi. À moi, pour l’instant. Ses bras tremblent un peu sous mes mains.



Je m’arrête, profondément empalée.



Son sexe se tend aussitôt davantage, me provoquant un sourire. Mon bassin retrouve son tempo et je l’embrasse. Dès lors, plus de retenue. Ses mains tirent les miennes, je les garde un moment au-dessus de sa tête, puis je les lâche. Ses doigts s’incrustent dans la chair de mes fesses. Je me redresse et m’enfonce plus fort sur lui.



Un rire se casse dans sa gorge.



Je m’immobilise un instant, il ne subsiste plus qu’une légère ondulation du bassin.



Je m’affale sur lui en gémissant. Mes fesses remontent, puis redescendent plus sèchement, et l’orgasme me prend avec une brutalité surprenante. Encore tremblante, je pose ma bouche près de son oreille.



Il me tient, son bassin répond au mien, et quelques secondes plus tard, il jouit à son tour. Je sens à nouveau son sperme tapisser mes parois. Avec Steph, il y avait eu le préservatif, le nœud, la poubelle. Sa queue en moi, oui, son désir, son souffle, son corps, mais pas cette chaleur qui se répand et demeure. Celle-là ne sera qu’à nous. Je la garde.


Nous restons emmêlés un moment sans parler. Le lit est un champ de bataille, le faible mouvement de la mer se fait entendre au loin, Marc caresse mon dos du bout des doigts.



Je lui mords doucement l’épaule.



Je relève la tête.



*


Je me réveille avant lui et descends préparer le café. La cuisine porte encore des traces de nous : une chaise déplacée, son jean abandonné près de la table, ma culotte sous le radiateur. Je ramasse ce qui peut l’être. Mon téléphone est dans mon manteau, je le récupère. Le message de Steph attend.


J’ai entendu dire que les stages reprenaient bientôt. Je peux venir vérifier si ma technique a survécu à l’hiver ?


Je lui réponds enfin :


« Vivement. Il me reste deux ou trois conseils à te donner. »


Marc descend pendant que le café passe. Il porte seulement un jean mal boutonné et a l’air d’un homme qui retrouve sa maison après un coup de vent.


Il voit mon téléphone dans ma main, je lui tends l’écran.



Je ris. Marc sourit.


Le soleil entre faiblement par la fenêtre. La saison n’a pas encore commencé, mais elle approche. Bientôt le club sentira de nouveau le néoprène chaud, les cafés oubliés et les gilets mal rincés.


Les hommes ne manqueront pas sur la plage. Marc est encore là. Et cette fois, il sait pourquoi.