| n° 23665 | Fiche technique | 13327 caractères | 13327 2363 Temps de lecture estimé : 10 mn |
20/06/26 |
Résumé: Quand le vent empêche de naviguer, faut bien trouver quoi faire. | ||||
Critères: #psychologie #érotisme #volupté #adultère #candaulisme #couple #différencedâge #lieudeloisir #travail | ||||
| Auteur : L'artiste (L’artiste) Envoi mini-message | ||||
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Résumé de l'épisode précédent :
Lors du dernier stage de la saison, Marc voit arriver Steph, qui remarque vite Noémie. Entre jalousie, amusement et trouble, Marc découvre que le regard d’un autre homme sur sa femme l’atteint plus qu’il ne veut bien l’admettre. Noémie s’en aperçoit et commence à en jouer.
Le troisième jour, la tramontane déboule avec ses grands airs et vous explique que votre nav, elle s’en tamponne les falaises. Les pavillons claquent dès le matin, les voiles restent roulées et je m’occupe avec un peu de gelcoat et d’acétone. Comme annuler ne fait pas partie de ma religion, les stagiaires se pointent à quatorze heures, avec la tête de gens persuadés que j’ai oublié de consulter la météo.
On s’installe dans le local, devant le tableau. Franck affiche déjà le deuil de sa séance, Sacha soupire, Fabien demande si on peut quand même « essayer juste en bord de plage », proposition qui débute par « juste » et se conclut par « assurance ». Steph, lui, reste silencieux. Il semble plus fermé que les jours précédents. Quand Noémie passe près de lui pour distribuer les fiches plastifiées sur les priorités en mer, il recule d’un demi-pas.
On fait une heure de théorie : bâbord, tribord, près, vent arrière. À la pause, tout le monde sort prendre l’air, sauf Noémie, qui me glisse à l’oreille :
Un sourire lui vient et elle me dépose une bise sur la joue.
Elle part faire couler deux cafés, puis repasse devant moi en me lançant un regard de côté, les gobelets à la main.
Le vent forcit encore, on oublie la nav pour la journée et je bascule la théorie en atelier matériel. Les ados râlent, les adultes font semblant d’être intéressés, et moi, je sauve ce que je peux de la pédagogie. Il manque des plaquettes pour deux pieds de mât et du bout pour trois wishbones.
Le shipchandler est à dix minutes. C’est mon club, mon bordel, et pourtant, je réponds :
Les yeux de Noémie s’éclaircissent.
Et ils partent. Je reste avec le groupe, les nœuds, les voiles à plier.
Vingt minutes.
Trente.
Quarante.
À quarante-cinq, je regarde mon téléphone. Ils ont dû être retenus par la caisse, un client, la circulation. À cinquante, je vais dehors sous prétexte de vérifier le mât de pavillonnerie. Une rafale me frappe au visage, ça fait presque du bien.
Les deux silhouettes apparaissent en bout de plage à cinquante-six minutes : Steph avec un sac plastique à la main, Noémie à ses côtés, plus proche qu’à l’aller. Quand ils arrivent devant le club, je remarque qu’elle a les cheveux un peu décoiffés et les joues plus colorées que d’habitude. Le vent, sans doute.
Steph pose le matériel sur la table.
Il file aussitôt.
La journée se termine. Les stagiaires partent plus tôt, finalement contents d’avoir eu une excuse pour récupérer. Steph traîne moins que d’habitude. Il remercie, ramasse son sac, dit au revoir.
La tramontane secoue les portes. Une fois tous les deux seuls, je reviens à la charge :
Le regard de Noémie glisse vers le vieux calendrier FFV du club, encore bloqué sur la semaine du quinze août.
Elle s’appuie contre le bureau, les bras croisés.
Je m’assois. Tenir sur mes jambes nécessite une fierté que je n’ai plus en stock.
Là, elle se referme un peu. J’ajoute :
Je me tais. Respirer est devenu plus compliqué. Elle poursuit.
Je récupère machinalement un feutre Veleda et le fais claquer nerveusement contre le bureau.
Je me relève d’un coup, m’appuie au rack à gilets. L’un d’eux me pisse sur les pieds. Je peux sortir de l’eau un gamin paniqué après un dessalage, et là, je n’arrive même pas à tenir droit.
Elle s’approche assez pour me faire relever le nez. Je souffle :
La porte claque. Noémie avale sa salive.
Je ferme les yeux et l’embrasse. Ma langue cherche la sienne avec colère, peur et désir mêlés. Pendant un instant, je voudrais croire qu’il n’y a plus le bureau, plus le vent, plus Steph.
Mensonge. Steph me hante. Et c’est pour ça que je l’embrasse plus fort.
Mes mains parcourent ses hanches. Elle se débarrasse de son jean d’un geste pressé. Je fais glisser sa culotte plus bas, elle m’aide d’un coup de talon impatient et le tissu tombe sur une caisse de vieux bouts. Appuyant sur mes épaules pour se hisser sur le bureau, elle écarte les cuisses. Je m’agenouille, ses doigts déjà dans mes cheveux. Elle est trempée. Son T-shirt remonte sur son ventre, sa main disparaît dessous, serre son sein.
J’imagine Steph à ma place. Noémie qui le laisse faire.
Elle frémit et écarte un peu plus les jambes.
Je respire son odeur, chaude, forte. Ma langue l’effleure, elle inspire d’un coup. Son bassin avance, réclame plus. Une pile de fiches plastifiées glisse au sol. Bâbord, tribord, priorités. Je ne bande même pas, pourtant mon cœur s’emballe et je lèche plus fort. Je déguste ce que je peux tout en imaginant ses mains sur le cul de ma femme, sa bouche entre ses cuisses, elle qui se cambre pour lui comme elle le fait pour moi. Puis je vois sa queue tendue, Noémie retenant sa respiration au premier coup de reins.
Elle tire sur mes cheveux.
Je la pénètre de ma langue. Elle gémit plus fort, vient à la rencontre de mes lèvres, plus vite.
Sans m’arrêter de lécher, je glisse deux doigts en elle. Elle se cambre d’un coup, son talon cogne dans mon dos. Après un soupir étouffé, elle cherche mes yeux par à-coups, puis abandonne chaque fois que je lui arrache un son plus court, plus cassé.
À ces mots, ses cuisses se referment sur mon visage.
Autour de nous, ça sent le gilet mal séché, le néoprène et sa mouille. Sa main descend tendrement sur ma joue. Elle passe index et majeur au coin de ma bouche, y récupère un peu d’elle.
*
Le lendemain, le plan d’eau est à peine ridé. Les pavillons bougent juste assez pour ne pas avoir l’air morts. J’ai passé la matinée seul. Quelques locations, quelques renseignements et quelques inscriptions pour la Toussaint.
Treize heures trente, Noémie apparaît. Short court, T-shirt noué au nombril, comme souvent. Le tissu ne cache pas vraiment l’absence de soutien-gorge, détail parfaitement inutile à la bonne marche du club, donc impossible à ignorer. Elle n’est pas plus belle que la veille, c’est moi qui suis plus vulnérable.
Les stagiaires arrivent les uns après les autres. Fabien réclame déjà une voile plus grande. Steph, lui, n’a pas la trombine d’un homme qui a bien dormi non plus. Ça me rassure. Noémie est près de moi. Il tourne la tête vers elle, lui sourit.
Je lance le briefing.
On met les planches à l’eau. Le vent est régulier, les stagiaires tiennent debout. Pendant quelque temps, je retrouve mon métier sans parasite. Je gueule des consignes depuis le semi-rigide, je corrige les trajectoires, je récupère Fabien après une chute idiote. Noémie, sur la rive, aide Lisa à ajuster son harnais. Steph, lui, navigue mieux. Il accepte enfin la voile au lieu de la combattre. Quand mes yeux se posent sur lui, je ne peux m’empêcher de repenser à Noémie, hier, sur le bureau, et une chaleur me monte dans la nuque.
À quinze heures trente, on rentre pour une pause. Les stagiaires sont contents. Noémie arrive dans mon dos, m’enlace, puis se tourne vers Steph.
À seize heures, je ressens le besoin de me retrouver un peu seul et laisse la fin de séance à Noémie.
Ils partent. Le semi-rigide les suit doucement.
De retour, tout le monde range, rince, se change. Franck refait son bord de folie à qui veut l’entendre avant de prendre congé, Lisa et Camille filent vers le parking, les jeunes disparaissent avec leurs sacs mouillés. Steph est le dernier à rester pour nous aider à sortir la sécu de l’eau. Noémie se penche sur l’étrave pour guider. Il attrape la manivelle et mouline, anxove remonte peu à peu sur les rouleaux. La mission presque accomplie, avançant d’un pas pour vérifier la sangle, il glisse sur les algues accrochées au plan incliné et se retrouve contre elle. Je suis là. À un mètre. Steph est dans son dos. Ni lui ni elle ne recule. Au contraire, Noémie se retourne, s’assure que personne à part moi ne la voit, puis l’embrasse furtivement.
Leurs yeux brillent. Il lui rend son baiser, puis s’écarte.
Je suis incapable de décider si je dois l’aider ou l’étrangler. Finalement, je pousse, il manœuvre et Noémie guide. Quand le bateau est calé, elle se tourne vers moi, me sourit, puis regagne le club, nous laissant seuls.
J’attends. Il hésite.
Je reste un moment sur le plan incliné, les mains encore moites. Quand je reviens, Steph est parti. Noémie est assise sur le coin du bureau. Habillée, cette fois.
Je ferme la porte.
Elle se lève et vient vers moi. Son front se colle au mien et sa main tremble légèrement sur ma nuque quand elle m’annonce que Steph est censé nous rejoindre dans une petite demi-heure. Je bafouille, évidemment.
Les clés sur la table, le vieux calendrier d’août, la caisse de stylos morts.
Les derniers bruits du port arrivent par morceaux : un claquement, un cri au loin. Peut-être que Steph attend déjà derrière la porte. Je le déteste un peu. Je le jalouse beaucoup. Noémie, voyant mon état, ajoute :
Je décroche enfin le vieux calendrier et le balance dans la corbeille. Noémie me sourit. J’aimerais l’embrasser, histoire de lui rappeler que je suis là, mais des pas se font entendre.
On frappe à la porte du bureau.