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n° 23642Fiche technique23105 caractères23105
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Temps de lecture estimé : 17 mn
23/05/26
Présentation:  Une femme qui disjoncte et cherche des explications à tout prix. Mais en existe-t-il toujours de rationnelles pour tous les évènements de notre existence ?
Résumé:  Un drôle de réveil et mille questions sans réponse.
Critères:  #nonérotique #fantastique f h campagne
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message

Série : Le temps perdu

Chapitre 01 / 05
Perte de mémoire

Six février-vingt heures trente.


Ras-le-bol de ces réunions interminables pour le boulot. Je n’ai qu’une hâte : rentrer chez moi le plus rapidement possible. Alors, au lieu de prendre la route nationale, c’est décidé, je vais prendre de petites routes moins fréquentées et qui vont dans mon esprit raccourcir sinon mon trajet, du moins le temps de celui-ci. Donc, arrivant de Luxeuil les bains dans le village de Raddon-et-Chapendu – ça ne s’invente pas – je bifurque sur la gauche, direction Saint-Bresson, pour laisser de côté un col chiant de nuit. Ce fichu Mont de Fourche qui me permet d’ordinaire de regagner mon bled : Rupt sur Moselle. C’est donc sur une route totalement déserte que je croise la forêt Vosgienne et suis rapidement aux abords d’une minuscule chapelle.


Celle de Beauregard, qui se profile déjà dans le faisceau des phares de ma voiture. La nuit est d’encre en cette saison, encore accentuée par les sapins qui bordent mon chemin. Et d’un coup, sans crier gare, plus de lumières et mon moteur qui s’arrête complètement. Le pied sur le frein, je pousse une sorte de grognement. Mince alors ! Une voiture quasiment neuve et la voici qui fait des siennes au milieu de nulle part. Un coup de chaud, alors que je me rabats sur le bas-côté, en cramponnant le volant des deux mains. Parce que qui dit plus de moteur, plus non plus de freinage correct. Je me gare tant bien que mal sur le bas-côté… et inutile de dire que c’est la panique à bord.


Merde ! Je suis un peu déboussolée. Mon premier réflexe, c’est de sauter sur mon téléphone portable. Et je me prends en pleine face l’absence de réseau. Une zone blanche, il ne manquait plus que cela, surtout dans cette cambrousse où la seule idiote à s’aventurer une nuit d’hiver s’appelle Caroline Dumoulin. Pas moyen, donc, de contacter ni un dépanneur, ni même mes parents. Je tente donc de recouvrer un calme que je suis loin d’afficher. Et je me dis qu’en bougeant un peu, en me déplaçant de quelques mètres, je pourrai peut-être trouver un peu de réseau. Je quitte donc la sécurité toute relative de mon habitacle et marche dans le noir, en direction de cette petite chapelle qui se trouve devant moi.


J’ai soudain l’impression que le ciel me tombe sur la tête. Je suis dans un vrai brouillard. Sans que je comprenne ce qui m’arrive, plus de son et surtout pas plus d’images. Je m’évanouis avec en tête l’idée que je vais mourir. Des moments d’une vie « normale » défilent derrière mon front et puis c’est le néant. Un black-out total, plus rien n’existe, plus rien ne me soutient. Je sais, sens que je coule dans un abîme sans fond et je ne peux absolument rien empêcher. Toute molle, sans doute est-ce que je m’écroule, mais c’est si soudain que la nuit m’avale avec une rapidité indescriptible. Ma dernière fraction de lucidité, c’est pour songer que je ne reverrai plus jamais personne.



— xXx —



Seize février – huit heures



L’uniforme est bleu, le type porte une arme et à quelques mètres devant ma voiture, un gyrophare bleu tournoie. Mince ! Qu’est-ce que j’ai bien pu faire comme infraction pour que les gendarmes m’arrêtent ? Puis, c’est très bizarre, j’ai comme une gueule de bois magistrale. Pas vraiment non plus le sentiment que j’ai picolé en sortant du boulot. De plus… les flics font le tour de ma bagnole, et semblent plus menaçants que rassurants. Il fait jour ? Mais bon sang, je ne suis pas très loin de la chapelle de Beauregard et… pourquoi celui qui insiste pour que je sorte de mon véhicule garde-t-il sa patte sur son pétard ?



Mes gestes sont lents, empruntés aussi. Et je cherche le bouton qui déverrouille la fermeture centralisée de ma petite Peugeot. Je suis bien garée sur une aire de stationnement. Et je dois me pencher au-dessus des sièges avant ? Comment est-ce possible ça ? Pourquoi est-ce que c’est sur la banquette arrière de mon automobile que je suis assise ? Il y a un truc que je ne pige plus. Et la route où je suis à l’arrêt… c’est un grand axe ! Mais… où se trouve la chapelle ? Comment suis-je arrivée là ? Bon ! J’entrouvre enfin la portière de la voiture. Je pose un de mes pieds sur le sol et tout se met à tourner.



Le gendarme qui semble être le chef de la bande d’uniformes qui encadrent ma voiture discute avec un type qui doit être le docteur dont il me parle. Quelques secondes plus tard, le toubib est là, souriant, et me prend le pouls. Puis, en me tenant par le bras, il me dirige vers la fourgonnette rouge et blanc des pompiers. Il me fait asseoir sur un lit dans le camion. Son stéthoscope vient se poser sur ma poitrine, juste au-dessus de mes seins. Il a tout juste dégrafé deux boutons de mon corsage. Je ne sais pas quoi dire, je n’ai aucune question qui me vient à l’esprit, mais ce micmac me terrorise. Et… d’un coup, ça sort comme un crachat.



Allongée dans le véhicule qui file vers une destination inconnue, je suis tremblante de trouille. Pourquoi suis-je là, surveillée comme le lait sur le feu ? Et ma bagnole, qui va la récupérer ? Bon sang ! Je n’arrive pas à définir ce qui motive tout ce cinéma. Plus jamais je ne reprendrai cette saloperie de route. C’est promis juré craché. Le toubib qui est resté à mes côtés dans la caisse du camion du service des secours a un vrai sourire qui se veut rassurant. Il me tient la main ! Il a quoi, entre cinq et six piges de plus que moi ? Il est même plutôt beau gosse. Et si ma situation n’était pas aussi précaire… je crois bien que nous pourrions être amis.


Et je me traite de cinglée d’avoir de telles pensées à un pareil endroit, dans un moment où tout paraît basculer pour moi. Visiblement, ce mec, aussi beau soit-il, n’est pas de chez nous. Son accent même, un peu comme celui du gendarme qui m’a demandé de quitter mon siège de voiture… je jurerais bien qu’ils sont du centre de la France. Bizarre tout de même que les services de secours des Vosges ou de la Haute-Saône embauchent des gens du sud ? Enfin… je suis un peu énervée et ça doit se répercuter sur ma manière d’être. Ce qui fait que le médecin demande au conducteur de se garer. Ce que l’autre fait immédiatement.


De la sacoche ou valise du praticien urgentiste, je vois apparaître une seringue, et celle-ci vient se ficher dans mon avant-bras gauche. Le liquide qui envahit mes veines me donne un coup de chaud et, petit à petit, alors que notre voyage reprend, je me sens toute mollassonne. Je suis sur un petit nuage, presque bienheureuse d’être ballottée par les cahots de la route. Une béatitude m’endort lentement et je ne vois plus que du rose… avant de sombrer dans un néant artificiel. Le reste du trajet se déroule sans moi… Enfin, sans que je sache ni qui ni où je suis, et encore moins où je vais. Lorsque j’émerge de cette nuit étrange, je suis confortablement alitée dans une chambre aux murs peints en blanc.



— xXx —



D’abord, c’est un soleil éblouissant qui me voit renaître. Mais la boule d’or qui éclabousse un coin de ma fenêtre me surprend par son essence. Un mimosa quasiment en fleur ? Je ne peux pas croire ce que mes yeux regardent. Ils sont plutôt rares, ces arbres-là qui résistent aux hivers vosgiens. Je ne me souviens pas non plus en avoir rencontré aux abords immédiats du CHU où je pense être admise. Même si évidemment, ce n’est pas le lieu de prédilection pour des visites de courtoisie. La femme en blouse blanc et vert qui vient d’entrer dans la piaule où je gis est comme un tourbillon qui déboule devant moi.



Elle rigole. Je ne me rends pas vraiment compte du pourquoi de ce rire. Elle me donne immédiatement pourtant une indication qui, sur le coup, me laisse pantoise.



Je suis sidérée, ne montrant aucune réaction. Mon esprit gamberge à toute vapeur. Elle entend quoi, par aller voir ailleurs ? Je ne suis plus « chez nous » ? Quelle est l’utilité de m’hospitaliser au diable vauvert… ? Et surtout, comment suis-je arrivée dans un pays où les mimosas sont presque tous fleuris dès les premiers jours de février ? L’infirmière voit mes yeux écarquillés qui scrutent l’arbre, elle rajoute donc quelques mots.



De nouveau, les deux rangées de dents bien blanches sont dans mon champ de vision. Ça l’amuse follement on dirait de me prendre pour une bille ? Et puis non, elle est juste cash, c’est sûrement moi qui vois les choses d’une mauvaise manière. Elle quitte la chambre après avoir pris ma température avec un de ces appareils qui se colle sur le front. Avant de refermer la porte, elle me lance joyeusement…



Est-ce que c’est une plaisanterie ? Je ne sais plus quoi penser. Et je me plonge dans la vision inouïe d’un arbre ensoleillé comme je n’en ai jamais vu autre part qu’à la télé. Combien de temps dure ma méditation ? Aucune idée ! Le gars qui est là, c’est bien celui qui m’a demandé de quitter ma voiture. Il me salue et attend gentiment. Oui ? Mais quoi ? Ah oui ! Il veut sûrement que je lui dise de s’asseoir ?



Je fixe d’une manière idiote le flic qui, lui aussi, plonge toujours son regard dans le mien, jusqu’à mon âme.



À suivre…