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Temps de lecture estimé : 23 mn
06/02/26
Résumé:  Savoir a un prix. Pourtant, la voix derrière « Vérité » n’a pas dit son dernier mot.
Critères:  #drame #nonérotique #policier #confession #personnages
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message

Série : Cœur Mort à Collioure

Chapitre 04 / 04
Le prix du chant

Résumé des épisodes précédents :

Un mail anonyme signé « Vérité Collioure » lâche une première vidéo de l’adjoint du maire, puis une deuxième de Bruno. La panique gagne le village. Inès remonte une piste et auditionne Julien, dont le téléphone se trouvait près de la chapelle la nuit du meurtre. Enfin, Thomas reçoit une menace directe… et Bruno accuse : Julien a pris le téléphone.




Chapitre 1 : Celui qui ramasse



Silence. Bruno pointait Julien. La mèche prenait.



Inès leva une main.



Elle balaya la salle du regard. Bruno inspira profondément avant d’entamer son récit.



Il déglutit.



Julien se racla la gorge. Bruno hésita, mais enchaîna :



Il serra les poings.



Un verre tinta, quelque part.



Julien, qui avait gardé la tête baissée pendant tout le récit, releva enfin le nez.



Julien prit une inspiration. Il avait l’air vidé.



Il regarda chacun d’entre nous.



Manu et Zoé se tenaient fermement la main, Bruno ruminait. Julien but une gorgée d’eau et poursuivit :



Il inspira profondément, jeta un coup d’œil à Bruno, qui regardait ses pieds.



Zoé se colla contre Manu.



Il fit craquer ses doigts.



Il jeta un coup d’œil à Bruno.



Il s’essuya le front.



Bruno lâcha un soupir rauque. Manu ferma les yeux. Zoé serra les dents.



Zoé intervint, glaciale :



Inès tapota la table pour couper court.



Julien soupira.



Il soupira, regarda Inès.



Ce dernier grogna. Inès recadra.



Pour le coup, même le frigo dut lever un sourcil. Inès le fixa.



Bruno intervint, la voix plus sèche.



Inès tapa du poing sur la table.



Morel, qui attendait dehors, entra, silencieux, accompagné d’un autre gendarme. Julien, stoïque, tendit les poignets.


En passant devant moi, il s’arrêta une micro-seconde.



Ils l’emmenèrent. La porte se referma.



Bruno se leva.



Il ne protesta pas.


Manu et Zoé sortirent ensemble, silencieux. L’école de voile se vida peu à peu. Je restai quelques secondes seul, à regarder la salle. La machine à café, le tableau blanc, les gilets de sauvetage. Tout avait l’air normal, banal, ridicule. Mon téléphone vibra pourtant dans ma poche à ce moment-là.


Un numéro masqué.


« Tu crois qu’il suffit d’en enfermer un ?


  • — VÉRITÉ »


Dehors, quelqu’un tenait toujours le micro.


Et cette fois, il savait exactement où viser.




Chapitre 2 : La scène entière



Le lendemain, le ciel avait cette couleur gris-blanc qui hésitait entre « il va pleuvoir » et « tu vas juste déprimer pour rien ». À huit heures trente, alors que j’essayais de faire semblant d’ouvrir l’école de voile, Inès m’appela pour que je la rejoigne à la gendarmerie.


Le bureau beige m’attendait, avec ses néons épuisés. Hénin était greffé à son ordi, comme toujours, lunettes au bout du nez. Bien sûr, Inès était là aussi.



Il cliqua. Et ce que j’entendis me glaça le sang. Je m’assis.



Puis elle inspira profondément.



Ne comprenant plus trop ce que je faisais là, je proposai :



Elle sortit, le pas sec. Je regardai Hénin.




*



Une demi-heure plus tard, j’attendais sagement derrière la glace lorsque la porte de la salle d’interrogatoire s’ouvrit.


Bruno entra.


Sans uniforme, cette fois. Jean, sweat, veste, barbe de trois jours plus paresseuse que d’habitude. Il avait l’air d’un type qui a passé la nuit à espérer que tout ce qu’il a révélé ne finisse pas par le mordre.



Il obéit, à contrecœur.



Elle fit signe à Hénin. Et « Tu vas la fermer » retentit, net, encore plus glaçant qu’enregistré sur la dalle. Bruno ne broncha pas tout de suite, mais un muscle se contracta quand même près de sa tempe.



Il essuya son front.



Elle s’assit face à lui, dans l’axe.



Il la fixa.



Il eut un mouvement d’agacement. Inès enfonça le clou.



Elle fit signe à Hénin, qui lança le passage suivant. Celui que j’avais entendu plus tôt. La bande sonore nettoyée, isolée. Deux voix masculines qui se chevauchaient :


« Putain, tu vas la fermer, maintenant ?! »

« Bruno, arrête, il… »


Puis un mélange de bruits : des frottements, un râle, un hoquet, et le souffle qui se coupe.


Ça me prit autant la gorge que la première fois. Bruno, lui, se décomposa. Un tic nerveux fit battre l’air à son genou en un mouvement sec et répétitif de haut en bas.



Elle croisa les bras.



Bruno se prit la tête entre les mains.



Les veines à sa gorge se dilataient, son front suintait de sueur, ses mains tremblaient.



Il leva brusquement les yeux.



Elle se leva.



Bruno respirait fort.



Alors acculé, il haussa les épaules, un geste minuscule. Ses yeux déjà rouges s’emplirent de larmes.



Il ferma les yeux une seconde.



Il eut un rire nerveux.



Elle inspira à fond.



Bruno leva la tête.



Elle appela Morel, qui entra avec un collègue.


Bruno se redressa, un peu raide.




*



Une fois Bruno emmené par Morel en cellule, je rejoignis Inès. L’atmosphère qui régnait n’avait plus rien à voir avec celle de la veille. Plus lourde, mais paradoxalement plus nette.



Elle hocha la tête.



Elle hésita.



Le geek prit son air de professeur mécontent.



Facile, il n’y en avait pas cinquante.



Il lança la séquence.


Merde. Nico.



Je sentis mon ventre se serrer.



Je repensais au mur tagué « VOYEURS, LÂCHES ET PORCS ». Le regard de Nico, ce matin-là.


Inès se leva lentement.



Je soupirai.



Elle prit son manteau.



On tenait enfin un tueur. Pourtant, j’avais encore froid.




Chapitre 3 : Vérité, version (presque) mineure



Le skate park était presque vide. Deux gosses faisaient des allers-retours sur une trottinette trop petite, un type promenait son chien, et Nico était assis sur le rebord en béton, capuche sur la tête.


Inès s’arrêta à quelques mètres.



Il sursauta. En nous voyant, ses épaules se crispèrent comme si son sweat pesait soudain dix kilos de plus.



Je m’assis à côté de lui sur le béton. Mes genoux protestèrent.



Inès resta debout, face à nous.



Un chien aboya.



Un muscle tressaillit sur la joue de Nico.



Il inspira en fermant les yeux. Puis, dans un souffle :



Je ne fus même pas surpris. Juste… écœuré.



Il se passa la main sur la nuque.



Il eut un rire sec.



Évidemment.



Il leva enfin les yeux vers nous.



Le claquement d’une trottinette qui se réceptionne sur la rampe.



Il fouilla dans la poche de son sweat, en sortit une clé USB, la fit tourner entre ses doigts.



Ma migraine revenait. Il eut un sourire triste.



Inès secoua la tête.



Il la regarda, perdu.



Elle fit un pas vers lui.



Il eut un mouvement de recul.



Ça, pour le coup, il n’avait pas tort.



Personne n’ajouta rien.


Je le regardai. Triste et désabusé.



Il eut un rictus.



Inès soupira.



Il se ratatina un peu.



Il hocha la tête, lentement.


Inès sortit son téléphone, envoya un message rapide.



Il se leva doucement et demanda, comme s’il prenait seulement conscience de ce qu’impliquaient ses actes :



Il baissa la tête. En s’éloignant avec elle, il me lança un dernier regard.



Il eut un micro-sourire, fatigué, et disparut dans la voiture bleue.


Je restai un moment assis sur le béton. On devinait encore un peu le tag sous la peinture fraîche, comme un tatouage raté.


VOYEURS, LÂCHES ET PORCS

ON VOUS VOIT


Oui. On s’était vus. Et c’était pas beau.




Épilogue



Un an après. Le 14 février suivant.


Ce matin, personne n’a trouvé de corps à la chapelle.


Déjà, ça, c’est un progrès.


J’ouvre l’école de voile avec un café plus serré que d’habitude et une résolution idiote : ne pas parler de poulpe à plus de deux personnes dans la journée.


La mosaïque de Saint-Vincent est restaurée, nettoyée, consolidée, entourée d’une chaînette discrète « pour la protéger ». Dans les faits, ça sert surtout à empêcher les couples de faire les malins pour une photo.


Bruno, Julien et Nico ont payé cash. D’autres en réputation. D’autres ont juste appris à mieux se taire.


Les mails signés « Vérité » se sont arrêtés du jour au lendemain. Il n’y a jamais eu de nouvel épisode, même si beaucoup sont convaincus que des sauvegardes traînent encore quelque part, et finiront par remonter.


Léa bosse toujours au Chalut. Elle a changé de plateau, demandé un horaire différent, évité la chapelle pendant des mois. Puis, un soir, elle y est retournée. Seule. Elle a regardé la mer, et elle est rentrée.


La voilà qui passe me dire bonjour entre midi et deux.



Elle sourit. Un peu triste.



Elle hausse une épaule.



Le cri d’un goéland. Puis elle demande :



Un truc chauffe légèrement sous mes côtes. Pas un infarctus, juste un peu de vie.




*



Le soir, Collioure a étrangement moins de couples de sortie que les autres années. Ou alors, ils se cachent mieux. Je m’installe en terrasse d’un troquet sympa, la lumière est douce. Pas de décor spécial, pas de guirlandes en forme de cœur. Simplement des verres, des voix, des ombres.


Inès passe par là. Elle pose son manteau, s’assoit en face de moi et commande un jus d’orange.



Elle marque une pause.



Je ne peux m’empêcher de sourire.



Elle hoche la tête, approbatrice.



Je regarde vers la chapelle, silhouette en bout de digue.



Léa arrive à ce moment-là, les cheveux détachés, blouson ouvert.



Inès se lève.



Elle nous abandonne là, avec un signe de tête qui tient lieu de bénédiction.


Léa la regarde partir.



On commande à boire. On parle de choses stupides : de clients bourrés, du vent qui va tourner, de la nouvelle cuisinière du resto d’à côté.


À un moment, elle pose sa main sur la mienne et dit, plus bas :



Il n’y a plus de panique ni de honte dans ses yeux. Juste de la fatigue, et une forme de décision.



Elle boit une gorgée, et quelque chose se détend. Chez elle comme chez moi.



Elle éclate de rire.



On reste là un bon moment. Juste deux personnes qui ont traversé un champ de ruines et qui se partagent un peu de silence.


Plus tard dans la nuit, on rentre à pied. Ensemble. Mon bras autour de sa taille, sa tête sur mon épaule.


La chapelle Saint-Vincent veille, comme toujours, plantée entre la mer et les souvenirs.


On s’arrête un instant devant la chaînette qui interdit de s’en approcher. Le sol est sec, les pierres sont froides. Nous ne faisons ni vœu ni promesse.


« Saint-Vincent, patron des rendez-vous foirés… laisse-nous tranquilles. »


En repartant, mon téléphone vibre dans ma poche. Une seconde, je crois à un dernier sursaut de « Vérité ».


C’est une notification débile d’une appli météo.


« Temps calme. Brise en fin de nuit. »


Pour une fois, ça me convient très bien.