| n° 23429 | Fiche technique | 61902 caractères | 61902 10614 Temps de lecture estimé : 43 mn |
24/12/25 |
| Présentation: Une histoire historique qui exploite partiellement des trames que j’ai déjà utilisées, auparavant, dans divers récits se déroulant durant les siècles précédents. La tournure des phrases et des dialogues imite, ci et là, le style de l’époque. Attention, la mentalité, sous le règne de Louis-Philippe, n’était pas la nôtre. | ||||
Résumé: Comme beaucoup d’épouses, Madame de Breuille n’a pas vraiment eu de chance. Mariée contre son gré à un homme qui ne visait que sa dot et qui court frénétiquement les jupons et les cabarets, elle se réfugie dans son rôle de mère, ce qui satisfait finalement tout le monde dans cette Haute Société sous Louis-Philippe. | ||||
Critères: #hésitation #veuve #choix #veuf #historique #rencontre fh | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : Sans dot Chapitre 01 / 05 | Épisode suivant |
Une histoire qui exploite partiellement des trames que j’ai déjà utilisées, auparavant, dans divers récits se déroulant durant les siècles précédents. La tournure des phrases et des dialogues imite, ci et là, le style de l’époque. Attention, la mentalité, sous le règne de Louis-Philippe, n’était pas la nôtre. Bonne lecture :)
Comme beaucoup d’épouses, madame de Breuille n’a pas vraiment eu de chance. Mariée contre son gré à un homme qui ne visait que sa dot et qui court frénétiquement les jupons et les cabarets, elle se réfugie dans son rôle de mère, ce qui satisfait finalement tout le monde dans cette Haute Société sous Louis-Philippe.
Pour se divertir un peu, Marie-Soulange tient de façon plus ou moins régulière un petit salon littéraire et scientifique. Ce n’est pas la panacée, mais la conversation (et la beauté) de la dame des lieux compense allègrement le côté un peu désargenté de l’assemblée, et la table n’est pas mauvaise.
Comme la dame est plutôt belle et avenante, une petite cour de soupirants gravite autour de sa gracile personne, mais madame de Breuille est réputée pour être fort sage. Il faut savoir que son mari guette son premier faux pas, afin de se débarrasser d’elle, alors que lui-même n’est certainement pas sans tache, ses nombreuses incartades et scandales sont connus de tous.
Mais c’est l’époque qui veut ça…
Lors d’une réception huppée dont la Haute Société a le secret, un homme d’âge mûr et fortement médaillé s’approche en claudiquant d’une invitée replète et clinquante un peu plus jeune :
Après avoir ri discrètement, la comtesse explique à son voisin :
La mine gourmande, elle récite :
Les yeux brillants, la comtesse développe :
Regardant vers le comte toujours courtisé par divers pères de famille et leurs filles à marier, l’homme médaillé fait remarquer :
Affichant un petit sourire sarcastique, le médaillé hoche la tête :
La comtesse s’évente le visage :
L’homme fronce des sourcils :
Fixant son voisin, la comtesse s’étonne :
La mine gourmande, elle se penche sur son interlocuteur :
Sentencieusement, il édicte :
Tout en s’éventant, la comtesse sourit :
Son interlocuteur fait remarquer :
En effet, de sa démarche gracieuse, Marie-Soulange de Breuille est en train de s’approcher du veuf fort convoité et momentanément libre d’entretiens.
Vêtue d’une robe blanche et rose qui la magnifie, et ce, au grand désespoir de certaines invitées et aux yeux admiratifs de bien des hommes, madame de Breuille s’adresse à monsieur de Laderclos :
Cérémonieusement, l’homme baise la main tendue :
La dame sourit :
Assez surprise par ce qu’elle vient d’entendre, elle écarquille grands les yeux :
Assez ébranlée, elle riposte sur la défensive :
Un peu déstabilisée, elle réplique :
Agacée, madame de Breuille rétorque un peu trop vite :
Cachant à moitié son visage derrière son éventail, la jeune femme essaye de rattraper la bévue qu’elle vient de proférer du fait qu’elle était assez déstabilisée :
Ayant une petite expérience du fonctionnement des hommes, Madame de Breuille vient de comprendre que l’agressivité de surface du veuf est due à un mécanisme de défense envers sa personne. En témoigne le regard fort admiratif que son interlocuteur pose sur elle depuis le début. Elle esquisse un sourire charmeur :
Elle tourne la tête :
Péremptoirement, madame de Breuille fait les présentations, puis s’éloigne quelques instants plus tard, laissant monsieur de Laderclos face à un père qui souhaite indubitablement dénicher un bon parti pour sa fille ayant perdu son mari, il y a peu de temps. Un point commun qui relie les deux jeunes gens.
Un peu plus tard, lors de la même réception mondaine, Rocque de Laderclos met la main sur Marie-Soulange de Breuille.
Il devient songeur :
Sachant à quoi s’en tenir, elle le taquine :
Il la regarde droit dans les yeux :
Ouvrant de grands yeux, elle recule d’un pas :
Estomaquée, mais secrètement flattée, madame de Breuille répond :
Il s’incline légèrement, ce qui lui permet de mieux admirer le décolleté de la dame :
Elle s’amuse :
Rocque grimace fugacement :
Toujours aussi flattée, sans toutefois le montrer, dans un frou-frou de jupons, madame de Breuille s’approche légèrement de son interlocuteur :
Fébrile et interloquée, Marie-Soulange cache momentanément le bas de son visage avec son éventail :
Toujours secrètement flattée, mais jouant la grande dame, Marie-Soulange fait la leçon à son soupirant un peu trop empressé :
Puis il baise fiévreusement la main gantée, jetant un léger trouble chez la jeune femme.
Suivant le conseil de madame de Breuille, Rocque de Laderclos a déjà rencontré, deux fois, Æmilia de Solinon. La première visite a été plus fructueuse qu’il ne l’aurait pensé, ce qui explique son autre venue. Aujourd’hui, nous en sommes à la troisième fois.
Il est facile de résumer le contexte, en disant que Marie-Soulange est une splendide rose épanouie, tandis qu’Æmilia est une mignonne marguerite, qui commence doucement à rosir. Une autre façon de le dire, pour les amateurs d’architecture : la jeune veuve ressemble au pavillon de chasse, que Louis XIII a laissé à son fils (et qui ressemble à la demeure des Solinons), tandis que la femme mariée ressemble plutôt au château de Versailles, bâti par Louis XIV.
Rocque aurait pu s’arranger pour ne jamais rencontrer la jeune femme, mais c’est, justement, le comparatif entre le pavillon de chasse et le château royal qui l’a intrigué. De plus, montrer ostensiblement qu’il semble s’intéresser à la jeune veuve, permet de couper l’herbe sous les pieds aux autres pères, avides de caser auprès de lui leur progéniture.
En parlant de géniteur, le père d’Æmilia se frotte les mains, son éventuel futur gendre est, assurément, une aubaine tombée du ciel. Il espère, fortement, que sa fille saura retenir le jeune veuf. Quant à son épouse, elle confie :
Derrière une façade de réelle curiosité, le soupirant joue en réalité double jeu. Il espère ainsi pouvoir approcher, encore plus, l’objet réel de sa flamme, sans éveiller les soupçons, tout en s’assurant une porte de secours, si jamais ses tentatives étaient vouées à l’échec.
La solution la plus simple serait d’enlever, purement et simplement, madame de Breuille, mais il n’est pas dit qu’elle accepte, de bon cœur, à la fois l’enlèvement et une vie d’exil. L’autre solution est de faire disparaître le mari et de consoler sa veuve, à condition de ne pas se faire prendre, sous peine d’y perdre la tête.
En tout cas, la naïve Æmilia est loin de se douter du machiavélisme de son supposé soupirant inespéré. Elle remercie Dieu, et tous les Saints, d’avoir croisé le chemin de Rocque. En effet, il est assez rare qu’un homme accepte de jeter son dévolu sur une veuve ayant déjà des enfants (dans son cas, deux), surtout si la veuve est peu fortunée. C’est triste à dire, mais le veuf a largement le choix parmi un grand vivier de demoiselles souvent fraîchement sorties du couvent.
La jeune femme attribue la réserve polie de son soupirant à son récent veuvage, survenu presque en même temps que le sien. Après avoir obtenu divers renseignements, glanés un peu partout, elle a appris que l’homme était un bon mari attentionné et reste un bon père aimant. Devant tous ces retours positifs, Æmilia n’en croit pas sa chance, elle a donc très vite décidé de tout faire (ou presque) pour mettre le grappin sur Rocque.
Mais la belle n’est pas très rouée, et aucunement machiavélique.
Celui-ci n’est pas dupe des efforts malhabiles de son attendrissante hôtesse, mais il comprend parfaitement les motivations de la jeune femme :
Puis elle soupire énormément :
La voyant troublée, il la coupe :
Rocque s’étonne lui-même d’être encore là, alors qu’il aurait pu être de retour auprès de ses enfants. Pour compenser, il écrit presque quotidiennement une missive, qu’il agrémente souvent d’un dessin ou deux. En même temps, il en profite pour consigner les directives propres à la marche de son entreprise.
Ils continuent de bavarder de tout et de rien. Visiblement, Æmilia ne cherche plus à jouer un rôle, elle reste elle-même. C’est finalement plus facile pour elle. Le veuf la trouve touchante à sa façon, rafraîchissante, comme une bouffée d’air frais. Bien loin de ses sombres pensées et autre gestion de ses affaires, où les coups bas pleuvent souvent.
Se séparant d’Æmilia, Rocque lui fait un baisemain nettement plus appuyé que de coutume, ce qui fait battre le cœur de la jeune veuve un peu plus rapidement. Il n’arrive pas à s’expliquer pourquoi il vient de faire ce genre de chose.
Peut-être par amusement, peut-être par réelle envie…
Une fois de plus, Rocque de Laderclos vient rendre visite au petit château, où résident les Solinon. Une fois de plus, les parents ne cachent pas leur joie de le voir. Mais cette fois-ci, Æmilia semble plus réservée, comme un peu absente.
Entretemps, il est revenu une fois et il a croisé madame de Breuille, qui était venue rendre visite à son cousin (cette coïncidence n’en était pas une, Rocque savait que Marie-Soulange serait présente). À sa demande, il a même rencontré les enfants d’Æmilia, avec lesquels tout s’est bien passé, pour la plus grande joie de leur mère et des grands-parents.
Rocque explique à toute la famille où il réside en temps normal :
Le père d’Æmilia s’étonne :
La conversation roule sur les divers avantages de vivre loin de la capitale, bien que la vie culturelle et mondaine soit nettement moins riche. Puis, avec la bénédiction parentale, les deux jeunes gens entament une balade pour continuer à mieux se connaître.
Tandis qu’ils se baladent à l’orée du bois, Æmilia dit tristement :
Rocque n’a pas abandonné l’idée de séduire Marie-Soulange. Légèrement amusé, il constate qu’Æmilia semble piquée par la jalousie. Pourtant, par égard, il avait fait en sorte de ne pas trop se focaliser sur l’objet initial de sa flamme. Cependant, au fil des jours, son projet liminaire est devenu moins ferme, car séduire une femme mariée dotée d’un époux (qui n’attend qu’un faux pas de sa moitié) n’est pas une sinécure.
Placidement, sans afficher le moindre trouble, Rocque répond :
La jeune veuve grimace fugacement. Son interlocuteur continue :
À la grande surprise de la jeune veuve, Rocque saisit ses mains dans les siennes :
Complètement écarlate, Æmilia bredouille :
Rocque songe qu’il y a, effectivement, un gros fossé entre les deux femmes. Madame de Breuille n’aurait pas rougi de la sorte, en pareil cas. Mais il reconnaît que la réaction de la petite-cousine est… mignonne (il n’arrive pas à trouver un autre mot). Toujours cette histoire de pavillon et de château.
Déboussolée par la tournure des événements, la jeune veuve bafouille :
Ses mains toujours captives, elle tremble. Æmilia ne comprend pas pourquoi cet homme lui fait ce genre d’effet, ce mélange d’excitation et d’appréhension, même si elle se rappelle avoir lu ce genre de description dans des romans, mais un livre n’est pas la vraie vie :
Il songe, alors, à madame de Breuille, mais il préfère éviter l’allusion. Æmilia baisse momentanément les yeux :
Les mains de la jeune femme toujours dans les siennes, Rocque assène :
Il plante ses yeux dans ceux d’Æmilia :
Approchant un peu plus son visage, il continue :
La jeune mère a répondu qu’elle comprenait, mais en réalité, elle est partagée entre plusieurs interprétations sur ce que son soupirant vient de lui dire, surtout sur cette histoire de « part ». Rocque se met à rire doucement :
Elle sent, confusément, qu’il lui faut jouer franc-jeu, même si ça peut faire mal. Æmilia respire un grand coup, puis elle se jette à l’eau, en espérant que Rocque viendra la secourir, comme il a pu le faire autrefois avec sa défunte épouse :
Elle ouvre la bouche, mais aucun son ne sort. Elle se tortille sur place, mais rien ne vient. Elle détourne les yeux, cherche ses mots, puis avoue :
À la grande surprise de la jeune veuve, libérant ses mains, Rocque s’assied posément sur l’herbe, tournant le dos à un gros chêne, contre lequel il s’appuie. Puis il tend la main vers Æmilia :
Assez hésitante, elle s’exécute, s’asseyant comme indiqué. Aussitôt, Rocque enlace sa taille, et l’incite à poser son dos contre son torse, comme s’il était le dossier d’une chaise ou d’un fauteuil. Captive dans les bras de son galant, Æmilia est très troublée. Celui-ci murmure à son oreille :
Elle est étonnée par cette question et, aussi, par la réponse qu’elle donne :
Timidement, elle se cale un peu mieux pour être plus à l’aise, se laissant légèrement aller en arrière, puis elle se déverse :
Assez troublée, elle arrête de parler. L’enlaçant un peu plus, Rocque se permet de dire :
Rocque se souvient très bien : il scrutait carrément la jeune femme, faisant mentalement un comparatif avec Marie-Soulange. Cyniquement, il s’était dit que cette jeune femme constituerait un éventuel bon second choix. À certains moments, il avait cru revoir l’objet initial de sa flamme. Rocque sait très bien que sa relation, avec Æmilia, reste assez ambiguë.
Il ne ment pas quand il répond, tout en approchant ses lèvres de l’oreille de sa captive :
Ce souvenir fait sourire Rocque. Il avait tout de suite remarqué une certaine incrédulité, quand il s’était présenté pour revoir la jeune femme. Il a mis tout de suite les points sur les « i », en précisant qu’il voulait, effectivement, en savoir plus sur Æmilia, mais que ça ne l’engageait aucunement. Le père avait accepté tout de suite, toujours stupéfait de sa présence en sa demeure.
Regardant droit devant elle, le regard perdu vers l’horizon, la jeune femme essaye d’exprimer ce qu’elle ressent :
Elle frissonne quand le bout du nez de son geôlier effleure son oreille. Abaissant légèrement ses cils, elle se met à glousser :
Clignant des paupières et se raidissant, Æmilia est interloquée :
Aussitôt, la jeune femme pivote la tête vers l’arrière, afin de regarder Rocque dans les yeux :
Avec aisance, Rocque fait pivoter la jeune femme d’un quart de tour vers la droite, ses jambes sous sa robe chevauchant à présent la cuisse de son prétendant, un bras masculin derrière un dos féminin. À nouveau, Æmilia devient écarlate, cramoisie :
Il se penche sur sa proie, son visage très près de celui de la jeune femme :
C’est curieux : elle espère fortement, mais n’y croit pas, songe Rocque. Ça fait partie de son charme. Il enchaîne, expliquant ses attentes :
Dit-il en posant sereinement sa main sur le ventre de la jeune femme, ses longs doigts presque sous son sein. Rocque a failli ajouter un « quoique », mais il s’est abstenu, la pauvre enfant étant déjà assez confuse. Assez dépassée, celle-ci murmure tout en frissonnant :
Elle déglutit faiblement :
Spontanément, elle s’exclame sans fard :
Mû par une envie subite, posément, il pose ses lèvres sur celle d’Æmilia. Stupéfaite, celle-ci reste figée, comme une statue de marbre, voire de glace. Mais le dégel arrive peu à peu. Se laissant faire, sans être totalement inerte, la jeune femme est assaillie par une tempête d’impressions diverses qui font, lentement mais sûrement, monter la température en elle, réveillant des choses endormies depuis trop longtemps.
Se disant que cette expérience est, finalement, fort intéressante et que ça ne ressemble en rien aux baisers qu’elle a pu recevoir auparavant, Æmilia devient, timidement, plus active, à la grande satisfaction de Rocque.
Elle a l’impression d’être sur un bateau fou, qui navigue au milieu d’une tempête. De chevaucher un fier destrier, lancé au triple galop, comme une fois dans son enfance. Elle avait été, à la fois, effrayée et ravie.
Les plus beaux et longs baisers ont, fatalement, une fin afin de reprendre, au moins, son souffle, les yeux dans les yeux. Assez surpris, Rocque ne s’attendait pas à ce que ce soit si intense, pour lui, mais c’est une heureuse surprise.
Aucune parole n’est proférée, l’instant semble suspendu.
Puis, enhardi, Rocque recommence. Cette fois-ci, Æmilia jette ses bras autour du cou de Rocque pour mieux l’attirer à lui. De son côté, il en profite pour capturer un sein. Emportée par le nouveau baiser qui les unit, la jeune femme se laisse peloter. L’embrassade qui les soude est fort longue, brûlante. Durant ce temps, les mains s’égarent un peu partout…
Quand leurs lèvres se séparent à nouveau, l’homme murmure :
Bien que tourneboulée, la jeune femme se met à rire doucement.
Durant de longs instants, ils se regardent les yeux dans les yeux. Rocque est en train de se demander si la solution ne serait pas, finalement, d’investir sur Æmilia. Celle-ci semble visiblement éprise, bonne compagne et globalement intéressante. Sans oublier qu’elle est assez malléable. Elle est néanmoins un crantage (voire plus) en dessous de la cousine de son père, mais il y a moins d’obstacles.
Il joue avec Æmilia et il estime que ce n’est pas très loyal de sa part. Cependant, ce qu’il lit dans les yeux de la jeune femme chasse ces affligeantes pensées. Il affiche son sourire le plus rassurant :
Il serre la jeune femme contre lui, puis, sans l’avertir, il commence à l’embrasser dans le cou, sur les joues, le front, le bout du nez, pour s’emparer, à nouveau, des lèvres rosées. Durant ce temps, sa main caresse avidement un sein rond par-dessus les vêtements, dont le téton pointe indéniablement.
Puisqu’il a pu balader, un peu, ses mains sur le corps de la jeune veuve, Rocque a eu confirmation qu’il y a des paysages, très intéressants, à visiter. Il n’en doutait pas, mais avoir une confirmation tactile lui a beaucoup plu. Et à Æmilia aussi, car elle n’a guère protesté. Elle songe, avec un peu de tristesse, qu’il y a bien longtemps qu’elle n’a pas été désirée. Elle se demande, même, si elle a été vraiment désirée, ne fût-ce qu’une seule fois…
Elle éprouve de multiples frissons exquis à être entreprise ainsi. Une sourde envie monte en elle. Æmilia se pose la question jusqu’où aller, mais elle sent bien que sa volonté de résister sera faible, sans compter que la curiosité l’aiguillonne énormément.
Soudain, elle entend une voix rauque murmurer à son oreille :
Il est vrai qu’Æmilia a été mère plusieurs fois, elle n’est pas une oie blanche sur le sujet. À la suite de la formulation de la réponse de la jeune femme, Rocque a tout de suite constaté que sa proie est visiblement consentante. Il joue un peu avec les mots :
Rocque pense qu’en effet, ç’aurait pu être une solution. Mais, donner une nouvelle mère à ses enfants, n’est pas non plus une mauvaise idée. Car, avec Marie-Soulange, l’attente risque d’être longue. Il affiche un sourire carnassier :
Ne voyant plus aucun obstacle sur sa route, Rocque commence à mettre un désordre dans les habits de la jeune femme qui l’aide souvent à surmonter les adversités que recèlent les vêtements féminins de l’époque. Déshabiller une femme peut se révéler un redoutable casse-tête, un vrai labyrinthe aux formes étranges, mais appétissantes.
Tout en ne cessant pas ses caresses avides et ses baisers voraces, Rocque arrive enfin à ses fins : la jeune femme est à présent presque nue, livrée à sa convoitise, et assurément offerte et consentante.
Il y a longtemps, un vieux libertin avait confié un secret à Rocque :
Rocque avait religieusement écouté. Il avait été au début dubitatif, la femme ne jouit-elle pas, du simple fait que l’homme la pénètre ? Néanmoins, il avait appliqué très vite sa science fraîchement apprise, et s’était vite aperçu que son instructeur ne l’avait pas trompé. Par la suite, il avait même demandé des détails supplémentaires.
Déployant tout son art, largement rodé durant des années sur sa défunte femme, dont le corps avait été maintes fois un champ de bataille, Rocque s’emploie à faire jouir sa nouvelle conquête, à la fois de ses doigts explorateurs, de ses lèvres affamées et, aussi, de sa langue agile, qu’il fait glisser sur tout le corps blanc offert, sur ses monts, sur ses vallons, partout. Certains diront que ces pratiques sont indécentes, surtout ceux qui s’agitent en haut d’une chaire, et qui ne seront jamais des époux. Mais il convient de savoir boire à la source, surtout quand on sait que la récompense est double, voire triple.
Stupéfaite de ce qui lui arrive, Æmilia jouit plusieurs fois, s’ouvrant à chaque fois un peu plus aux désirs, le sien et celui de son nouvel amant.
C’est avec une joie sans borne qu’elle accueille ensuite son galant en elle, jouissant du simple fait d’être à la fois comblée par une colonne bien dure, puis d’être envahie par un fluide bien dense. Et ceci plusieurs fois.
Elle connaît, aussi, la joie de mélanger ses cris, qu’elle n’arrive plus à étouffer, avec ceux de son amant, décollant, à nouveau, vers ce qui semble être une bonne idée du Paradis. Mais jamais personne ne lui a expliqué ce chemin si plaisant…
Toujours allongée dans l’herbe, Æmilia récupère, petit à petit. Elle a des étoiles plein les yeux. Elle vient d’avoir confirmation que, faire l’amour, peut être effectivement un feu d’artifice très jouissif. Elle comprend, alors, qu’une femme puisse devenir, en quelque sorte, l’esclave d’un homme. C’est manifestement une grande découverte pour elle.
De son côté, son amant est très satisfait, à la fois de lui et de sa nouvelle maîtresse. De son côté, il a pu prouver plusieurs fois sa vigueur, en y prenant réellement plaisir, sans que ce soit purement mécanique. De plus, sa partenaire vient de démontrer qu’elle est largement prometteuse, malgré une expérience assez faible, mais elle a assurément fait preuve d’une réelle bonne volonté, ce qui n’est pas toujours usuel chez une femme, certaines se contentant de se laisser simplement entreprendre.
Il en profite pour embrasser les seins nus et croquer les tétons qui s’offrent à lui. Se laissant faire avec plaisir, elle murmure :
Abasourdie, elle se redresse à moitié, manquant de peu de percuter le nez de son amant :
Sans délaisser le téton qu’il taquine des lèvres et de la langue, il ironise :
Elle sourit d’une façon coquine :
En réalité, tous les soldats ne possèdent pas forcément une épée ou un sabre, mais Rocque a bien compris l’allusion. Toujours caressée par son partenaire, elle répond :
Amusé et attendri par sa confession, il se penche sur sa conquête :
Puis il se jette à nouveau sur Æmilia qui pouffe de rire, se laissant entreprendre avec plaisir, sachant qu’elle aura largement droit une nouvelle fois à sa part.
Le souci, après toutes ces cochonneries, qui feraient s’évanouir des couvents entiers, est le nettoyage. Puis le rhabillage, car les vêtements féminins, de cette époque, semblent avoir été conçus pour ne pas être ôtés facilement. Ce n’est pas pour rien si la défunte madame de Laderclos s’accoutrait assez simplement, connaissant le caractère fougueux de son mari…
Quand ils reprennent le chemin du retour, après avoir bien vérifié que leurs tenues soient bien réajustées, elle demande :
En prononçant cette dernière phrase, elle se colle contre son amant, qui lui vole alors un baiser. Heureuse, elle lui sourit, flottant sur son petit nuage.
Chemin faisant, elle soupire d’aise, se disant : j’aurais au moins vécu ce genre de moment !
De retour au château, à la grande stupéfaction de la jeune femme et de son entourage, Rocque annonce aux parents d’Æmilia qu’on peut maintenant les considérer comme fiancés. Sans prévenir, la jeune veuve fond en larmes, très vite consolée par son nouveau fiancé tout neuf.
Une bonne semaine après l’annonce des fiançailles, assises toutes les deux dans une barque, au milieu d’un petit lac, Marie-Soulange et Æmilia sont en train de discuter, à l’abri des oreilles indiscrètes. Fébrile, la jeune veuve se confie à sa voisine :
Madame de Breuille pense que ce n’est pas faux. Mais hors de question d’avouer ce genre de chose à cette pauvre Æmilia, qui est déjà si peu sûre d’elle. Rocque a, sans doute, vu dans la jeune veuve une épouse facile à vivre, qui serait en admiration béate devant lui. Marie-Soulange préfère répondre diplomatiquement :
Embêtée, Æmilia réalise qu’elle en a trop dit :
Se tortillant sur place, la jeune veuve tergiverse :
Au souvenir de la première fois, et aussi d’une autre fois, qui a confirmé la passion qu’elle pouvait éveiller, Æmilia devient écarlate :
Amusée, Marie-Soulange pose sa main sur l’épaule de sa petite-cousine :
La jeune veuve panique :
Æmilia est stupéfaite par ce qu’elle vient d’entendre :
Sous cet aveu, Æmilia ouvre de grands yeux :
La jeune veuve se dit que ça ne peut pas être son fiancé, puisque Marie-Soulange vient de lui confesser qu’elle a commencé il y a plusieurs années. Même si elle pense que, depuis que Rocque la courtise, il n’a pas fréquenté d’autres femmes, du moins elle l’espère. Mais elle a toujours, en elle, la crainte irraisonnée que sa trop belle cousine ait jeté son dévolu sur son fiancé, et qu’ils aient été amants ou qu’ils le soient toujours.
Rassemblant son courage, elle souhaite avoir le cœur net :
Marie-Soulange se met à rire de bon cœur :
Madame de Breuille ne va quand même pas avouer que Rocque s’était d’abord intéressé à elle, avant de se tourner visiblement vers Æmilia, ayant compris que c’était peine perdue, d’où les fiançailles avec la petite-cousine.
Assez gênée, Æmilia lâche dans un souffle :
Marie-Soulange se met à sourire intérieurement quant aux mots qui constituent la suite de cette expression. Ostensiblement, elle pointe du doigt le rivage :
Ravie de voir son fiancé, la jeune veuve fait de grands gestes de la main. Il répond, en faisant de même. Soudain, un groupe de canards décolle de l’eau, faisant un large cercle autour de la barque. Puis, sans raison apparente, les oiseaux foncent sur les deux jeunes femmes, étonnées, qui s’abaissent prestement.
En un rien de temps, la barque tangue puis chavire, les deux femmes tombent à l’eau. Sur la berge, Rocque n’hésite pas. Il enlève sa veste et son gilet, puis il plonge pour secourir les infortunées au plus vite.
Trempée, sa coiffure défaite, ses vêtements alourdis par l’eau, Marie-Soulange a la présence d’esprit de s’accrocher fermement à la barque à présent retournée. Arrivant sur elle à la nage, Rocque demande plutôt inquiet :
Sans répondre, l’homme plonge aussitôt. Après quelques instants fort longs, il revient à la surface, pressant contre lui la jeune veuve, évanouie. S’accrochant lui aussi à la barque, il lance à la cousine :
Peu après, tout le monde est allongé sur le rivage. Penché sur son corps inerte, Rocque examine méticuleusement sa fiancée : elle respire. Alors, se redressant un peu, il la bascule sur le côté, lui ouvrant la bouche afin d’évacuer l’eau qu’elle aurait pu avaler. Mais rien ne sort, ce qui est plutôt bon signe. Puis il la capture dans ses bras afin qu’elle se réchauffe.
Reprenant ses esprits, madame de Breuille prend la parole :
Interloqué, Rocque la regarde :
Pour détendre l’atmosphère, Marie-Soulange plaisante :
Bien que trempée, madame de Breuille sourit, son soi-disant ancien prétendant a toujours des vues sur elle. Oui, dommage qu’elle soit toujours mariée. Elle se pose même, fugacement, la question d’oser dire un certain mot, mais elle chasse tout de suite cette idée.
S’adressant à Marie-Soulange, Rocque prend la parole :
Alors qu’il s’apprête à se lever, toussant un peu, Æmilia revient à elle. Clignant des yeux, la rescapée lève la tête et voit que Rocque est penché au-dessus d’elle. Puis elle constate qu’elle est lovée dans ses bras :
Fébrile, elle se blottit encore plus contre lui, sans se soucier de la cousine de son père. Enfiévrée, elle projette ses bras autour du cou de son sauveur :
Toujours dégoulinante, la cousine intervient :
Puis il s’occupe à nouveau de sa fiancée, qui l’enlace toujours, la regardant droit dans les yeux, tout en lui souriant :
Rocque songe à son ancien sauvetage. Les conditions étaient assez différentes, avec beaucoup plus de profondeur. Dans cette mare, il sentait qu’il avait presque pied. Prenant pour la première fois l’initiative, lèvres offertes, Æmilia attire vers elle son fiancé, marquant ainsi son territoire.
Le baiser qu’ils s’échangent ensuite ferait rougir bien des couples.
L’épisode du sauvetage fait grand bruit. L’histoire bégaye. On en oublie presque Marie-Soulange de Breuille, qui a eu droit, elle aussi, à un bain forcé. Seul, le mari de celle-ci peste sur le fait qu’elle soit toujours en vie, il ne s’en cache même pas. Et, pour fêter sa fausse joie, il fait de plus belle la tournée des cabarets, déversant partout sa mauvaise humeur.
Deux nuits plus tard, il est retrouvé par une ronde de nuit, gisant dans son sang, le corps lardé de coups de poignard. Là aussi, cet événement fait grand bruit, mais peu de gens sont chagrinés par cet assassinat, sauf certains tenanciers, chez qui le défunt avait ses habitudes.
En fin de semaine, à son hôtel, Rocque de Laderclos reçoit la visite d’un fonctionnaire de Police, accompagné de deux subalternes. Le veuf s’en étonne, il ne voit pas bien pourquoi on vient le questionner, mais il suppose que la Police ne souhaite négliger aucune piste. Alors il fait bonne figure, il ne conviendrait pas d’éveiller divers soupçons.
Après les salutations d’usage, le policier commence son interrogatoire, consignant scrupuleusement les réponses sur un petit carnet. Il reste très vague et généraliste.
Quelques minutes plus tard, le policier demande courtoisement :
Il insiste :
Flegmatique, Rocque confirme :
Doucereux, l’homme insinue :
Restant calme, Rocque soupire abondamment :
L’homme range son petit carnet :
Le fonctionnaire prend note :
Il s’incline légèrement :
Rocque hausse les sourcils :
Le fonctionnaire concède à regret :
Le policier sourit :
Le fonctionnaire se met à rire franchement :
Ce n’est pas la première fois que Rocque entend ce genre de plaisanterie à son égard. Il va finir par croire que la France entière sait pour lui et son père. Il affiche un petit sourire convenu :
Le policier et ses subalternes prennent congé. Rocque soupire un bon coup, puis il s’offre un petit remontant bien mérité.
Une fois de plus, madame de Breuille rend visite à son cousin, où elle retrouve sur place Rocque de Laderclos, accompagné par sa fiancée, totalement amourachée.
Entretemps, Marie-Soulange a revécu, plusieurs fois dans sa tête, le naufrage. Elle se demande toujours comment il a pu se produire. Normalement, le simple fait d’être assise dans la barque n’aurait pas dû la faire chavirer, même en faisant des grands gestes. Parfois, elle en arrive à la conclusion qu’Æmilia l’a fait intentionnellement. Mais pourquoi ? Pour être sauvée par son futur mari ? Pour l’obliger à choisir entre les deux femmes ? Pour se débarrasser d’une éventuelle rivale ? La récente veuve n’arrive pas à répondre à cette question.
Peut-être est-ce vraiment un accident…
Toujours est-il qu’elle vit nettement mieux, depuis que son mari est passé dans l’autre monde. Plus aucune épée de Damoclès au-dessus de sa tête, plus de problèmes financiers non plus. Pour l’instant, étant en période de deuil, elle fait attention, mais viendra, bientôt, le moment où elle pourra vibrer à nouveau, mais, cette fois-ci, sans contrainte.
Sa fiancée étant accaparée par ses parents, Rocque s’isole momentanément avec Marie-Soulange. Il aborde tout de suite le fond du sujet :
Rocque affiche un sourire assez étrange :
Elle frémit en entendant ces mots, elle craint de lire quelque chose d’autre entre ceux-ci. Les deux adultes se regardent longuement, puis Rocque rompt le silence :
Marie-Soulange se crispe un peu :
Ouvrant de grands yeux stupéfaits, la jeune veuve est interloquée par cette question indécente. Rocque la regarde d’un air fort fiévreux. La jeune femme continue à se poser d’autres questions, essayant d’emboîter les pièces d’un puzzle trop flou. Devant cette porte grande ouverte, mais imprévue, elle murmure :
C’est bien la première fois que madame de Breuille est devant une telle alternative, qui va sans doute conditionner son avenir et celui des autres…