Résumé des épisodes précédents :
Un petit arc narratif indépendant dans cette série datée du milieu des années 70. Bonne lecture :)
Résumé
Solange (ma femme) et Sylviane se ressemblent comme deux gouttes d’eau. J’ai découvert l’existence de Sylviane (alias Sybille) par l’intermédiaire de Didier quand celui-ci m’a fait découvrir une revue danoise olé-olé dans laquelle elle s’exhibait.
Grâce à Georges (un de mes amis), j’ai pu contacter le double de ma femme. En rusant un peu, je me suis arrangé pour que les deux femmes se rencontrent. Elles ont immédiatement sympathisé. Bien qu’elles se soient amusées à permuter leur rôle, ma fille de 15 mois n’a aucun problème pour les distinguer.
Malheureusement, lors d’une soirée, Solange est décédée de mort naturelle. Sautant sur l’occasion, Sylviane m’a carrément supplié de lui laisser prendre sa place afin d’échapper à sa vie pourrie (dixit). J’ai finalement accepté.
Après un démarrage assez tendu, et divers remords et culpabilités, notre vie de couple est lancée sur de bons rails. Mais rien n’est acté définitivement.
Les grandes idées de Georges
Ayant touché un petit héritage, Georges (grand pornographe devant l’Éternel) m’expose une idée de scénario de film X. En l’écoutant, j’ai quelques sueurs froides au fur et à mesure de ses explications, car il s’est beaucoup inspiré de l’histoire de notre couple, Sylviane et moi, bien qu’il ne connaisse pas tout (encore heureux !).
Quand il en a terminé, pour donner le change, je lance d’un air goguenard :
- — Vu ton histoire, tu devrais me payer des droits d’auteur ! T’as carrément pompé ma rencontre avec Sylviane et l’amnésie de Solange ! Bon OK, t’as ensuite inventé cette histoire d’échange particulièrement improbable.
- — Oui, j’ai fait fort, je l’avoue, c’est assez capillotracté. Je te rassure, François, l’actrice pressentie ne ressemble pas à ta femme. Il s’agit de Pamela Pomelo.
Je souris malgré moi à l’évocation de ce pseudo :
- — Inconnue au bataillon ! Mais laisse-moi deviner : elle a un sacré tour de poitrine ?
- — T’as tout deviné, mon bon François. Ok, c’est une blonde un peu vulgaire et grassouillette, pas vraiment le genre de ta femme. Mais elle n’est pas chère, ça compense.
- — Et son pseudo fait référence à quelqu’un de connu ?
- — Non, son vrai prénom est Patricia, son second prénom est Mélanie, donc Pamela. Quant à « pomelo », tu as compris pourquoi.
Je n’aime pas trop cette idée de film X, surtout que ça touche du doigt la réalité cachée de mon couple avec Sylviane-Solange. Je vais tenter de dénicher quelques problèmes de construction, afin de décourager George, ou orienter son scénario autrement :
- — Bon, revenons à ton futur film, tu permets que je fasse quelques remarques ?
- — Vas-y. Si je t’en ai parlé, c’est pour que tu me donnes ton avis. Peut-être qu’il y a un os que je n’ai pas vu.
Me frottant les mains intérieurement, je me lance, tel un chien dans un jeu de quilles :
- — Pourquoi une actrice X prendrait-elle la place de la femme d’un homme très banal ? Elle peut sans doute avoir tous les hommes qu’elle veut. Dans ce cas, pourquoi devenir une autre femme anonyme semblable à la multitude ?
- — Je reconnais que… mais ceux qui regardent un film porno ne sont pas très à cheval sur le scénario, tu sais…
Ah, il commence à douter ! Je continue sur ma lancée :
- — Je te l’accorde, Georges, tes spectateurs ne sont pas venus regarder un Bergman ou un Kubrick. Je reviens à ton actrice. Se mettre en ménage avec un assassin, et en toute connaissance de cause, ça le fait moyen, tu ne trouves pas ?
- — Dans ce cas, on dira que c’est un accident…
- — Ok, c’est plausible. On en revient au pourquoi. À moins qu’elle ne soit elle-même sous la coupe d’un triste sire et qu’elle souhaite lui échapper.
Georges s’exclame :
- — Eh, c’est pas con ! On aurait notre raison ! Oui, oui, cet autre type la force à faire des séances et des vidéos.
- — Pendant que tu y es, tu peux même faire en sorte que le mari liquide le sale type. Ainsi le nouveau couple serait lié par un double secret commun.
Appréciant ces diverses propositions, il hoche la tête :
- — Pas con, oui, pas con. À bien y réfléchir, je pourrais même tenir le rôle du protecteur, ça pourrait être amusant. Mais tout ça alourdit l’histoire. Le but, c’est quand même de mettre des scènes pornos…
- — Tu as maintenant les grandes lignes de ton scénario, mais il va falloir détailler, plan par plan, avec des dialogues qui semblent naturels.
- — Oh, ce type de détail est prévu depuis belle lurette. C’est un pot-pourri de scènes que j’ai aimées. Faut simplement les caser dans un ordre un peu logique.
C’est vrai qu’un film porno, c’est plutôt une enfilade de scènes de sexe avec des gros plans qu’un scénario en béton. Je marque une courte pause de réflexion, puis je rebondis :
- — Dans ce cas, tu commences ton film avec ton actrice X en lui faisant tourner son quota de scènes X, en montrant bien que son « protecteur » est infect. Tu cases ensuite l’autre couple, le but étant de bien faire voir la ressemblance entre les deux femmes. Ensuite tu places la rencontre entre le mari et l’actrice, puis l’élimination des gêneurs. Et enfin, la nouvelle vie de couple avec, je suppose, du sexe à la clé.
- — Ça me semble bien comme ça. Avec le ‘avant’, le ‘pendant’ et le ‘après’, ça risque de durer plus d’une heure. C’est assez long quand même.
- — Si ton scénario est bien tourné, ça ne se verra pas, et ça changera de tout ce qui existe, du moins dans la très grande majorité des cas. Ton histoire, tu ne peux pas la résumer à : « Bonjour, Madame, je suis venu m’occuper de vos tuyauteries ».
Georges se gratte la tête :
- — Tu es de bon conseil, François… Tu veux m’aider sur la partie scénario ? Du moins, ce qui n’est pas X.
- — Écoute, Georges : mets en place un premier synopsis, et une fois qu’il sera fini, je t’aiderai. C’est ton film, pas le mien.
Approbateur, il me regarde :
- — Ok, faisons comme ça. Tu vas en parler à ta femme ?
- — Tant que tu n’as pas fait ta part de boulot, je ne lui en parle pas avant d’être certain que c’est bien engagé. Je te connais un peu, Georges, tu serais capable d’abandonner ton projet en cours de route.
- — Ah non ! Là, j’ai les moyens, et j’ai même la fenêtre de tir pour les deux acteurs principaux. J’ai quatre mois devant moi.
En entendant la durée plutôt courte de ce délai, je hausse des sourcils :
- — Quatre mois ? Faut bien viser et te dépêcher !
- — C’est pour cette raison que je sollicite ton aide.
- — Bon, dans ce cas, on va abréger un peu : écris-moi un plan général, les grandes lignes, et je verrai ce que je peux faire. Mais il faut que la trame de base soit bonne et fixée dès le début, sinon on va perdre un temps fou avec les retouches !
Georges est intrigué :
- — On dirait que t’as déjà écrit des romans ! Tu ne me caches rien, dis-moi ?
- — Je te signale que je passe une partie de ma vie à rédiger des rapports, à présenter des projets. Avant, je mettais un temps fou. Maintenant que j’applique une méthode rigoureuse, je liquide ça beaucoup plus vite, mais mes supérieurs ne sont pas censés savoir que je mets moitié moins de temps par rapport à leur estimation la plus courte.
- — Eh bé ! Je te comprends cinq sur cinq. Vaut mieux ne pas se vanter, sinon ils doubleraient ta charge de travail.
J’abonde dans son sens :
- — Exactement, Georges ! Déjà que je suis parfois mal vu de certains de mes collègues, car je vais trop vite, imagine ce que ça serait s’ils apprenaient que je vais en réalité deux fois plus vite !
- — Oui, c’est pas conseillé d’avouer ce genre de chose. Du coup, pour le scénario, tu vas en parler un peu plus vite à ta femme…
- — Pas le choix. Mais je lui demanderai de l’aide de temps à autre. Elle verra des choses que nous n’avons pas imaginées et elle nous offrira une vision féminine.
Georges s’étonne :
- — Ah bon ? Elle va vouloir ?
- — Mets-toi à sa place : tu utilises partiellement sa vie, elle a quand même un petit droit de regard sur ce que tu souhaites faire, tu ne crois pas ?
- — Et elle pourrait s’opposer à mon projet ?
Si Solange pense que c’est trop proche de son histoire et donc trop risqué, elle va s’y opposer, c’est certain. Elle ne va pas compromettre sa couverture à cause d’une vidéo. Moi aussi, je risque gros ! J’explique à Georges les compromis envisageables :
- — Si ta Pamela Pomelo ne lui ressemble pas, et si le scénario est assez différent, ça devrait passer. Je te rappelle que Solange n’a jamais su pour son double, et je compte sur toi pour qu’il en soit toujours ainsi. Donc elle ignore cette partie.
- — Ah oui, c’est vrai… tu tiens à la paix dans le ménage.
- — Je sais bien que tu n’es pas marié, mais comment vivrais-tu le fait que ta femme voit en catimini un acteur X qui te ressemble ?
Il se met à rire :
- — Moi, ça m’amuserait !
- — Ah oui, j’oubliais que tu trempes dans ce milieu depuis un bon bout de temps. Bon, imagine que tu sois un homme normal, comme moi, comme tes deux frangins.
- — Dans ce cas, je n’apprécierai pas.
- — Nous sommes d’accord.
Nous réglons divers points de détail. Encore heureux que Georges m’ait parlé de son futur film avant de se lancer. Je savais qu’il caressait ce genre de rêve depuis longtemps, mais ça coûte assez cher à concrétiser. Maintenant, il a hérité, il peut tenter l’aventure. S’il réussit, tant mieux. S’il rate, ce sera uniquement sur l’argent qui lui est tombée du ciel.
Script à deux
Une fois rentré à la maison, j’explique avec soin le projet de Georges à ma femme. Une fois que j’en ai terminé, elle s’exclame :
- — T’es fou, mon Loulou ! C’est carrément notre histoire ! Il faut l’empêcher !
- — Si on l’empêche, il va se douter de quelque chose. L’astuce, c’est de mettre un pied dans son projet et de veiller à éliminer ce qui pourrait être compromettant. Pour Georges et pour tout le monde, Solange ne connaît pas l’existence de Sylviane.
- — Et qui est censé tenir mon rôle ?
- — Georges m’a parlé d’une certaine Pamela Pomelo !
Faisant la moue, elle ouvre de grands yeux :
- — Cette grosse poufiasse ? C’est vrai qu’elle n’a rien à voir avec moi ! C’est déjà ça de pris !
- — Je ne sais pas, j’ignore à quoi elle ressemble.
- — Tu ne sais pas qui est cette Pamela ? Toi, un homme ?
- — Tu es mon actrice X à moi tout seul, je n’ai pas besoin de connaître les autres.
Elle sourit, elle s’approche de moi, mettant ses mains autour de mon cou :
- — Tu sais parler aux femmes, toi !
Je glisse mes mains dans son dos, l’attirant à moi :
- — De plus, je prévois de t’incorporer dans le processus, tu pourras aussi orienter le scénario, d’autant que tu connais mieux que moi les contraintes liées aux tournages.
- — Et on fera ça quand ?
- — Au lit, bien sûr !
Toujours plaquée contre moi, elle s’esclaffe :
- — Ben voyons ! Je te vois venir, gros cochon !
- — On fait comme ça ?
- — Ok, on fait comme ça, mais tu as intérêt à me récompenser comme il se doit pour ma participation !
- — Pas de problème, ta participation sera récompensée avec des intérêts !
Nous scellons notre accord par un long baiser. Ce soir, au coucher, je ne suis pas certain qu’on va rapidement avancer sur les idées à placer dans le scénario !
Scénario en cours
J’ai pu voir en photo et en vidéo à quoi ressemblait cette Pamela Pomelo. En effet, rien à voir avec ma femme, ce qui me rassure. Personne ne fera le lien entre elle et ma Sybille (son pseudo en tant qu’ex-actrice). Ça me convient très bien. Quant à Antony, l’acteur qui est censé être moi, c’est pareil, il y a une grosse nuance entre nous-deux. En revanche, je l’envie un peu, il est bien foutu, il faut le reconnaître. J’aimerais bien lui ressembler un peu physiquement.
Ma femme se moque gentiment de moi :
- — Mon pauvre Loulou, Georges est méchant avec toi !
- — Très méchant ! Je vais avoir besoin de consolation !
Elle continue sa moquerie :
- — Ah bon, tu vas demander à Pamela de te consoler ?
- — J’imaginais quelqu’un de plus près de moi…
Elle se laisse capturer entre mes bras :
- — Honnêtement, je ne pensais pas que tu aurais toujours autant envie de moi, malgré toutes ces années, mon Loulou !
- — Pourquoi, toi, tu n’as plus envie de moi ?
- — Les hommes sont souvent des feux de paille, alors que les femmes sont plus dans le long terme. En tout cas, j’ai bien fait d’avoir eu confiance en toi !
Inutile de préciser que nous nous sommes voluptueusement embrassés…
Au bout de quelques séances de lit assez mouvementées (pour vérifier certains points de détail), le scénario prend vite tournure, ma femme et moi évacuons divers soucis éventuels, les remplaçant par d’autres idées pour éviter les rapprochements. Georges est content, ce qu’il a sous les yeux lui semble nettement mieux que sa vague idée de départ. Pour les noms des protagonistes, nous avons utilisé ceux des acteurs. De ce fait, Solange-Sylviane est devenue Pamela, et moi, Antony.
Reposant les feuillets presque définitifs (quelques retouches à prévoir) sur la table après les avoir soigneusement et lentement consultés, George me demande :
- — Tu viendras sur le tournage ?
- — Je ne pense pas, car je travaille durant cette période.
- — Un weekend alors…
- — Ça fait beaucoup de kilomètres à faire pour aller jusque dans les Landes, c’est bien là que tu as prévu le tournage, n’est-ce pas ?
- — Oui, il faudra en tenir compte dans le scénario. Et ta femme, elle ne peut pas venir à ta place ?
Il ne faut surtout pas que Solange-Sylviane mette un pied sur un tournage, il se pourrait qu’elle tombe sur quelqu’un qui l’ait connue en tant que Sybille, c’est beaucoup trop dangereux !
- — Tu sais très bien que nous sommes inséparables, elle et moi. Où elle est, je suis, et où je suis, elle est.
- — Ça ne vous lasse pas d’être toujours l’un sur l’autre ?
- — L’un sur l’autre ? Pas du tout !
Georges se met à rire :
- — J’ai compris ! En tout cas, son amnésie t’a rendu un fier service !
- — Je le reconnais ! J’avoue que si elle était restée ce qu’elle était avant, nous serions peut-être divorcés à l’heure actuelle…
- — À ce point ?
- — Tu as connu Solange quand elle travaillait comme une dingue, n’est-ce pas ? Elle était stressée à mort, elle ne voyait presque pas sa fille. Quand j’étais avec elle, ma femme était morose ou en train de dormir.
- — C’est pas cool, en effet. À ce propos, en parlant de ta fille, pourquoi vous n’avez pas eu d’autres enfants ?
Sujet délicat ! Je grimace :
- — On aimerait bien tous les deux, mais ce n’est pas possible.
- — Ah, excuse-moi.
- — Pas grave, mais j’évite d’en parler.
Voulant chasser au plus tôt le commencement de malaise, Georges recentre la conversation sur son futur film :
- — Bon, ce que j’ai sous les yeux me semble très bien. Vous avez beaucoup modifié et enrichi mon idée d’origine, mais ça me plaît bien. Le plus marrant, c’est que c’est inversé par rapport à la majorité des films.
- — C’est-à-dire ?
Le producteur et financier explique :
- — En général, l’actrice commence avec un seul mec. Puis de fil en aiguille, ça se finit avec trente-six bonhommes. Là, c’est l’inverse, Pamela commence le film en pluralité et ça se termine en mono.
- — Justement, ça change.
- — Une idée : et si elle redevenait ensuite une actrice X ?
- — Je croyais que c’était déjà trop long ainsi ? Si ton premier film fonctionne, tu tourneras « le retour (aux sources) de Pamela » !
- — Hahaha, pas con !
Quelques jours plus tard, le scénario est totalement finalisé, ma femme et moi avons bien veillé à évacuer certains détails. Il n’existe plus qu’une vague ressemblance générale avec le projet initial. Les personnages n’ont plus rien à voir avec nous, et l’histoire a été relocalisé sur la côte landaise, car Georges pouvait mettre la main sur une habitation assez isolée et pas trop loin du rivage, ce qui offre diverses possibilités.
Résultat
Solange et moi n’avons pas assisté au tournage fixé à fin août, début septembre, trop dangereux pour ma femme, comme déjà expliqué, il ne faut pas tenter le diable. Perso, j’aurais bien aimé voir ça de plus près. Pour compenser, Solange et moi avons « tourné » certaines scènes à notre façon, en huis clos, sans témoin. Je reconnais que ça a été torride.
Aujourd’hui, Georges est chez nous, il est venu avec une cassette vidéo qui est quasiment le film définitif. Notre fille étant chez une copine, nous regardons tous les trois le résultat de notre travail commun.
Installé sur le canapé avec Solange contre moi, j’avoue que c’est assez excitant à regarder. Dommage que Georges soit présent, j’aurais bien fait des coquineries avec ma femme. Elle aussi avec moi, si j’ai bien compris ses mains parfois baladeuses. Comme les miennes…
Le film terminé, Georges nous demande avec une pointe d’anxiété :
- — Alors, vous en pensez quoi tous les deux ?
Me devançant, ma femme prend la parole :
- — C’est pas mal du tout, c’est bien fichu, Antony est bon, mais savoir que c’est cette Pamela qui me remplace, ça me fait tout drôle.
- — Qui te replace ? Tu voulais jouer ce rôle ?
Solange rectifie le tir :
- — Mais non, idiot ! Je veux dire par là que ton histoire s’inspire un peu de la mienne. En revanche, t’as bien chargé la barque sur qui j’étais avant mon amnésie ! J’étais pas autant chiante dans le scénario !
- — Ben, Pamela s’est éclatée dans cette partie, elle a dit que ça la changeait agréablement, idem pour Antony.
- — Elle en a fait des tonnes ! Bon, je la comprends : en général, tout ce qu’on lui demande, c’est de servir de vide-couilles !
Georges est surpris par la fin de la phrase :
- — Eh bé, tu y vas de bon cœur !
- — Ose me dire que ce n’est pas son emploi habituel ? Son rôle coutumier, c’est de branler, lécher, sucer, avaler et être pénétrée dans tous les trous.
- — Euh, pas faux…
Je suppose que c’est le souvenir de son ancienne vie qui remonte. Pourvu qu’elle n’en fasse pas trop, sinon elle se démasquera elle-même ! Ma femme termine l’exposé de son avis :
- — Mais bon, si ça lui plaît ainsi. Je comprends que ça lui a plu de changer un peu. J’essaye de me mettre à sa place. En tout cas, elle n’a pas démérité.
- — Justement, tu n’aimerais pas être à sa place, au moins une fois ?
La réponse de ma femme tombe illico :
- — Quand je joue à l’actrice porno, c’est avec mon mari. Faire voir mon cul à tout le monde ne m’intéresse pas.
- — Ok, j’ai compris, Solange. Et toi, François ?
Je prends la parole :
- — Je suis d’accord avec Solange, tu as chargé la barque : dans la vidéo, son amnésie l’a fait carrément passer de démon à ange. Nous avions mis un peu plus de nuances dans le scénario. Sinon, je trouve que le résultat est plutôt bon. Comme pour ma femme, Pamela qui joue son rôle, ça me fait un peu étrange, mais c’est parce que notre couple est un peu concerné et qu’on se projette malgré nous dans ton film. Quant à Antony, rien à redire, il a été moins bourrin que pas mal d’acteurs dans sa catégorie.
Debout devant nous, Georges explique :
- — Le film a été testé auprès d’un public, les retours sont bons, voire très bons. Il y a bien des grognons qui estiment qu’il n’y a pas assez de sexe, parce qu’ils en veulent à chaque seconde, mais dans l’ensemble, c’est largement positif.
- — Tant mieux, tu rentreras dans ton investissement ?
- — Je l’espère. À ce propos…
L’extirpant de sa poche interne de veste, il nous tend un chèque. Je demande :
- — C’est quoi ça ?
- — Tout travail mérite salaire…
Sans complexe, ma femme s’empare du morceau de papier :
- — Eh, pas mal, ça se prend ! Merci, Georges ! Mais t’étais pas obligé, on a fait ça pour le fun, tu sais.
- — Je sais, je sais…
Puis il affiche une mine radieuse :
- — Asseyez-vous !
- — Nous sommes déjà assis…
Georges débite, d’un air gourmand :
- — Bonne nouvelle : comme je ne coûte pas cher, que la vidéo a été jugée intéressante par des pontes qui sont des gros distributeurs du milieu, j’ai signé hier un contrat pour mettre en place une suite. De ce fait, il me faudra un nouveau scénario.
- — Si vite ? T’as une idée en tête ?
- — Pour faire simple : Pamela s’ennuie un peu de son ancienne vie, elle décide de replonger dans le milieu du X.
Il y tient à cette idée ! Illico, je fais remarquer un gros souci de logique :
- — Au risque d’être démasquée et qu’on fasse le rapprochement avec l’ancienne Pamela d’avant l’échange ? Dangereux !
- — Je sais, c’est embêtant…
- — À moins de tuer toutes les personnes qui l’ont connue dans le milieu, je ne vois pas comment tu vas faire. Ah si : elle est défigurée dans un accident, on lui reconstruit un nouveau visage.
Il sourit un peu moins :
- — J’avais songé à cette solution, mais Pamela souhaite faire la suite, Antony aussi, les pontes souhaitent aussi conserver ces deux acteurs, voire pondre une série avec ces deux-là, si c’est possible.
- — Ok, Antony n’est pas le problème, c’est Pamela. Lui mettre une perruque ?
- — Bah, vous me trouverez bien une solution tous les deux.
Je me méfie de son air désinvolte :
- — Ton prochain tournage, c’est pour quand ?
- — Mi-novembre, à la montagne, dans un chalet, endroit imposé.
- — Mi-novembre !? Eh bé, le délai est nettement plus court !
- — Je ne pouvais pas refuser, c’est un rêve de gosse qui se réalise !
Je me moque un tantinet :
- — Quand t’étais gosse, tu rêvais déjà de porno ?
- — C’est une façon de parler. Pour le scénario, au pire, imaginez tous les deux une autre histoire, mais dans un chalet savoyard, dans tous les cas.
Me devançant, ma femme prend la parole :
- — Donne-nous quinze jours, Georges. Si on ne trouve pas d’idée pour une suite en gardant les mêmes personnages, on inventera une autre histoire un peu dans le même genre.
- — Merci Solange !
Georges reste encore quelques instants. Il nous laisse la cassette, il nous offrira plus tard le produit fini quand celui-ci sera disponible, c’est-à-dire dans quelques jours. Une fois qu’il est parti, refermant la porte d’entrée, je me tourne vers ma femme :
- — Tu as déjà une idée de scénario, ma chérie ?
- — Pas du tout, mais je compte sur toi pour stimuler mes neurones…
- — Et comment ?
Avec un petit sourire pervers, elle m’agrippe par la ceinture :
- — Hmmm, tu sais très bien comment, mon cochon ! On commence tout de suite ?
Ne jamais reporter à plus tard ce qu’on peut faire tout de suite !