| n° 23275 | Fiche technique | 37072 caractères | 37072 6669 Temps de lecture estimé : 27 mn |
10/09/25 |
| Présentation: Une histoire datée du milieu des années 70. | ||||
Résumé: Ça fait maintenant un peu plus de trois ans que je suis marié, ma fille va sur ses quinze mois. Solange, ma femme, est infirmière de bloc et n’est pas toujours présente pour Gwenaelle. | ||||
Critères: #psychologie #drame #confession | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : La revue danoise Chapitre 01 / 02 | Épisode suivant |
Une histoire datée du milieu des années 70. Bonne lecture :)
Ça fait maintenant un peu plus de trois ans que je suis marié, ma fille va sur ses quinze mois. Solange, ma femme, est infirmière de bloc et n’est pas toujours présente pour Gwenaelle. Je la remplace auprès de notre bébé, étant fonctionnaire de mairie, car j’ai des horaires nettement plus réguliers et diverses facilités. Contrairement à certains de mes collègues, ça ne me dérange pas du tout de m’occuper de ma fille, de lui donner à manger, de la laver et de jouer avec elle.
Concernant le métier de ma femme, la chirurgie orthopédique, quand vous êtes sur une prothèse de bassin, vous ne pouvez pas annoncer la bouche en cœur :
Non, il faut aller jusqu’au bout. Et parfois, des complications surviennent, ce qui augmente singulièrement la durée de l’acte chirurgical. Donc souvent, trop souvent, ma femme part tôt le matin, et revient quand la petite est déjà couchée. Le pire est que, parfois, Solange doit aussi être sur le pont le samedi, car dans sa clinique, ils sont en manque d’infirmières. En effet, il y a deux fois plus de chirurgiens que d’infirmières ! Eh oui !
En contrepartie de ses horaires de dingue, elle gagne très bien sa vie, mais la seule fois qu’elle profite réellement de la vie, c’est quand nous partons en vacances. Car souvent, le dimanche, elle dort pour rattraper son quota d’heures de sommeil.
Ma femme n’a pas eu beaucoup de chance dans son enfance, elle a grandi seule et unique enfant, auprès d’une mère, elle aussi fille unique, absente et peu motivée. En plus, son père est décédé accidentellement au moment de sa naissance. Elle n’a pas vraiment eu de famille, presque une orpheline. Je me demande parfois si Solange ne reproduit pas le modèle maternel à son insu…
Tout ça pour dire que Gwen ne voit pas souvent sa mère.
Durant la pause du midi, Didier, un collègue avec qui je déjeune la plupart du temps sur place, me tend une revue olé-olé. Étonné, je demande :
Assez intrigué, je fais ce qu’il me demande. Didier doit avoir une bonne raison. Et là, la double page ouverte, je suis franchement stupéfait : ma femme toute nue, dans des positions plutôt scabreuses !
Maintenant, c’est toujours ma femme en train de s’envoyer en l’air avec un gugusse, et un peu plus loin, avec deux. Je suis abasourdi :
Je reviens aux premières photos que j’examine, quelque chose me chiffonne. Est-ce la tête de ma femme sur un autre corps ? Est-ce vraiment ma femme ? Ou est-ce une autre femme qui lui ressemble beaucoup ?
Je plisse des yeux pour mieux examiner toutes les photos qui la concerne. La plus grosse différence visible est la chevelure. Ma femme porte en général un chignon, cette femme laisse libres ses cheveux, mais ça ne veut rien dire. Toujours cette impression que quelque chose cloche. Après quelques secondes d’examen fort attentif, avec un gros soupir de soulagement, je lâche :
Je pointe du doigt une photo de gros plan :
Je ne vais pas lui avouer à Didier que ma femme a déjà des seins marqués par la gravité, tandis que sur ce magazine, son double les a nettement en forme de poire. Tout en regardant mon voisin, je soupire :
Didier contre-argumente :
J’ai parlé un peu trop vite, j’explique à mi-mots une triste réalité de mon quotidien :
Il a tapé juste. Faire l’amour à l’aveugle, ce n’est pas toujours le nirvana :
Cherchant une explication à la pudeur de ma femme, Didier propose :
Une idée floue, un peu folle, idiote, vient de germer. Mais avant, il faut que je contacte la personne adéquate qui pourra m’aider.
Grâce à un autre collègue très pornographe, j’ai pu mener ma petite enquête. Cette femme qui ressemble à la mienne a posé plusieurs fois, et même fait quelques vidéos. J’ai pu visionner deux cassettes : dans l’une, elle était figurante en arrière-plan, et dans une autre, elle était en vedette et bien entreprise.
Pour faciliter les choses, cette inconnue a toujours conservé le même pseudo : Sybille.
Les photos sont aussi très évocatrices, ça donne franchement des idées et des envies, surtout que j’ai la parfaite illusion de voir ma femme. Je ne demande pas à Solange de se lancer à fond dans la débauche, mais d’être moins coincée. Je me demande si ça serait intelligent de lui montrer qu’elle possède quelque part un sosie nettement plus libéré. Mais elle serait capable de m’en vouloir à mort, me traitant de pervers dégénéré.
Quelques jours plus tard, Georges (le pornographe, je sais, c’est amusant) me confie :
Posant devant moi un papier sur lequel figurent son pseudo avec un prénom, un nom, une adresse et un numéro de téléphone, mon interlocuteur affiche un sourire satisfait et supérieur :
Mon pornographe me demande :
Je réponds la vérité :
Je prends en main le papier :
Georges pose sa main sur mon épaule :
Je me mets à sourire :
Maintenant que j’ai la plupart des éléments en main, je fais quoi ? Je laisse tomber ou j’essaye de la rencontrer ?
Ayant garé ma voiture pas loin de l’adresse indiquée et attendu, je prends mon courage à deux mains pour aborder dans la rue le/la clone de ma femme qui se dirige vers son logement. Peut-être que j’aurais dû prendre contact par téléphone… Plus je me rapproche, plus j’ai la franche impression de venir faire un petit coucou à ma femme :
Elle ne semble pas très étonnée d’être abordée de la sorte :
Je tends une photo nous montrant tous les trois, ma femme, ma fille et moi. D’un air las, elle jette un coup d’œil, puis elle se fige, s’emparant du cliché pour mieux le regarder :
Je tends d’autres photos qu’elle consulte aussitôt :
À moitié rassurée, elle accepte. Une fois attablés et après avoir passé commande, je lui montre toutes les photos que j’ai apporté. Je lui montre aussi une photocopie d’une preuve de mon mariage ainsi que de la naissance de ma fille. Sylviane demande :
Je le lui dis, elle exclame :
Intriguée, elle demande :
Elle grimace :
Je réponds franchement :
Elle ne répond pas, je n’insiste pas. Elle continue de regarder les photos que j’ai apportée. Elle me pose diverses questions sur mon couple et ma fille.
Nous continuons à discuter. Comme convenu avec Georges, et après avoir expliqué pourquoi à mon interlocutrice, je fais trois clichés de nous-deux dans le café. Se prêtant au jeu, Sylviane dévoile avec amusement un décolleté assez profond. En effet, elle n’a pas la même poitrine que mon épouse.
Quand nous nous séparons, elle lâche d’un ton un peu désabusé :
Je suis un peu étonné par le ton de cette remarque. Je reste neutre :
Puis chacun part de son côté.
Bien que je n’aurais peut-être pas dû, par deux fois, j’ai revu Sylviane, en lui téléphonant avant. Elle a accepté à chaque fois.
À mots couverts, elle m’a raconté sa vie pas très folichonne depuis son enfance dans sa famille nombreuse pas très fonctionnelle. J’ai mieux compris son exclamation « elle a de la chance » concernant ma fille. J’ai aussi saisi que son incursion dans le domaine du X ne s’est pas fait par pur amusement, il y avait derrière une nécessité pécuniaire. Mais elle a ajouté un bémol :
De son côté, elle a vite remarqué que je n’étais pas toujours très satisfait de mon couple, avec une femme souvent absente qui se contente du minimum syndical en ce qui concerne les relations intimes. D’un air un peu las, j’explique :
Néanmoins, je suis globalement mieux loti que Sylviane. Avec le recul, je dois reconnaître que nos rencontres sont un peu malsaines. Je confie ce que j’ai au fond de moi à une inconnue qui ressemble trait pour trait à mon épouse, une femme dont je sais qu’elle est nettement plus libérée que la mienne. J’aimerais beaucoup que Solange ait le dixième de la liberté de mœurs de Sylviane. De son côté, la quasi-jumelle de mon épouse se déverse auprès d’une oreille compatissante.
Une double thérapie psychanalyste !
Je suis obligé d’admettre que mon actuelle vie de couple me frustre. Oui, je n’aurais pas dû rencontrer « la clone » de ma femme, je mesure trop bien l’écart entre ce que j’aurais aimé avoir et ce que j’ai, surtout en ayant sous les yeux une femme dont la sexualité est à l’opposé de la mienne. Mais ce qui est fait et fait.
Didier n’est absolument pas au courant que j’ai pu rencontrer la femme des photos. À ce propos, je lui ai vite rendu sa revue, mais j’ai réussi à acheter la même pour mon usage personnel.
Georges a apprécié les clichés que j’ai pu prendre et que je lui ai donné (après avoir fait une copie). Plus perspicace, il a vite compris mon souci :
Parfois, dans certains de mes rêves, je remplace l’une par l’autre. La bienséance et ma tranquillité d’esprit voudraient que j’arrête de rencontrer Sylviane, mais je n’en ai pas trop envie. C’est alors que me vient une (autre) idée.
C’est au téléphone que j’explique cette idée à Sylviane : une rencontre fortuite entre les deux femmes. Bien sûr, pour éviter les soucis, nous ferons comme si nous ne nous connaissons pas. Bien sûr aussi, elle se cantonnera à son métier d’infirmière sans préciser le reste.
Sylviane est dubitative :
La dernière fois que nous nous sommes vus, nous avons basculé naturellement au tutoiement. Il a fallu que je me surveille, car j’avais envie de la prendre dans mes bras, car j’avais nettement l’impression d’être avec ma vraie épouse en mode plus disponible. Je ne sais pas si Sylviane aurait apprécié ce geste de ma part. Quant à moi, je ne tiens pas à être infidèle.
Ce dimanche matin, Solange, Gwen et moi allons faire un tour sur la grande braderie de Tournai. Ma femme a un peu tiqué, mais je lui ai rappelé que nous avions déjà fait cette braderie avant notre mariage et que ça lui avait plu. Visiblement pour me faire plaisir, elle a accepté, à condition de ne pas se lever trop tôt.
Après un déplacement qui a duré presque une heure, nous sommes à pied d’œuvre sur la braderie de Tournai. Ma fille bat des mains, elle semble adorer l’ambiance. Ma femme est plus morose, elle aurait sans doute voulu dormir jusqu’à midi.
Nous déambulons dans les rues, parmi mille choses exposées, donc certaines sont peu communes, étranges ou presque improbables. À l’heure convenue, la rencontre programmée se déroule à l’arrière de la cathédrale, en face à face, l’une venant vers l’autre. Solange stoppe pile net. La nouvelle venue en fait de même.
C’est Sylviane qui fait le premier pas, car ce n’est pas trop le genre de ma femme :
Sylviane n’a pas à se forcer pour être étonnée, même si elle a déjà vu les photos de son double. En tout cas, la mayonnaise prend. Après un bref moment de flottement, les deux femmes bavardent comme si elles se connaissaient depuis un certain temps, se trouvant divers points communs. Moi, je suis le mouvement, ma fille dans les bras. Gwen ne semble pas traumatisée à la vue de deux mamans identiques. Mais est-ce qu’elle prend Solange pour sa mère ? Parfois, je me pose la question !
Quand arrive l’heure du midi, c’est tout naturellement que nous allons tous les quatre déjeuner dans une petite brasserie. La journée s’écoule à une vitesse folle. Puis il faut que chacun rentre chez soi.
Les deux femmes ont vraiment sympathisé, je n’en demandais pas tant.
Peu de temps après la rencontre, c’est Solange qui a proposé d’inviter chez nous Sylviane. Malgré le tarif élevé des communications entre les deux pays, les deux femmes ont bavardé plusieurs fois au téléphone. Un peu étonné par cette initiative, je réponds d’une façon neutre :
Puis elle me regarde fixement :
Elle se met à rire :
J’expose ma pensée sur le sujet :
Les deux femmes ont convenu d’une date : samedi fin de mois. J’espère ne pas faire d’impair lors de cette soirée. Pour venir, Sylviane peut compter sur sa petite voiture, le seul bien qui soit réellement à elle. De plus, elle est vraiment contente de venir. Tant mieux pour elle.
Quand notre invitée est sur le seuil, les deux femmes se font la bise. J’en fais une à Sylviane, son contact me trouble. Elle est habillée d’une petite robe fort seyante possédant un joli décolleté. Ma femme est beaucoup plus classique avec un pull un peu trop grand et une jupe en jean par-dessus des bas en laine. Comme de coutume, Sylviane laisse flotter ses cheveux. Solange a coupé la poire en deux, la moitié de sa chevelure est un chignon, et l’autre moitié est libre devant ses oreilles, ce qui lui va bien.
Nous habitons une classique maison familiale avec trois chambres à l’étage, comme il y en a eu tant de bâties récemment. Nous avons la chance d’avoir un garage et d’être en bout de rangée, ce qui ôte un voisinage. Nous avons eu aussi la chance d’opter pour un crédit juste avant le choc pétrolier, ce qui a limité le taux. La banque veut renégocier, mais nous avons la Loi pour nous.
Pour la maison, nous nous y sommes pris un peu avant le mariage pour gagner du temps, nous avons bien fait, car le crash est intervenu peu après !
Les deux jumelles bavardent de tout et de rien durant l’apéritif. Ravie de l’aubaine, Gwenaelle y va de bon cœur avec les biscuits salés et les petits toasts. Parfois, elle se plante devant notre invité pour lui montrer une peluche ou un jouet. Visiblement, elle sait distinguer les deux femmes. Ma fille trotte sans souci à travers la maison, mais ne parle pas encore. Quelque chose me dit que quand elle parlera, on ne pourra plus l’arrêter !
Durant le repas, elles continuent d’échanger leurs morceaux de vie. Je connais déjà une partie de l’itinéraire de Sylviane, mais j’en découvre d’autres. Idem pour ma femme qui ne m’a visiblement pas tout raconté. Curieusement, c’est un peu comme si j’étais absent. Il est vrai que j’évite de trop m’impliquer dans la conversation, je pourrais éventuellement me trahir en annonçant quelque chose que je n’étais pas sensé savoir, car j’ai théoriquement rencontré Sylviane en même temps que ma femme.
Bon, je me console en me disant que Solange apprécie vraiment cette soirée, c’est le principal. Je retrouve petit à petit la femme un peu moins stricte qu’elle était avant d’avoir été happée par son boulot.
De temps à autre, les deux femmes font des messes basses tout en pouffant de rire. Je suis content que Solange se laisse aller, ça la détend. Soudain, elles se lèvent pour aller à l’étage. Sans doute que ma femme souhaite faire visiter le haut à sa nouvelle copine. Durant ce temps, ma fille s’amuse avec des gros Duplo, une appellation toute récente.
Les deux femmes apparaissent dans le salon. J’ouvre de grands yeux, Solange a changé de tenue, elle a opté pour une robe, pas aussi décolleté que sa fausse jumelle, mais une robe quand même.
Avec un grand sourire sur les lèvres, je me lève :
Je m’approche de ma femme. Quelque chose fait « tilt » en moi. Je regarde mieux Solange puis Sylviane. C’est alors que je comprends :
« Solange » se tourne vers sa voisine :
Puis ma vraie femme s’adresse à moi avec un amusement flagrant :
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd :
Je préfère éviter de dire que le décolleté m’a aussi mis la puce à l’oreille, ma vraie femme n’ayant une poitrine si « pointue ».
C’est toujours à Sylviane que Gwen fait voir ses jouets, même si notre invitée possède un chignon comme sa mère qui a maintenant les cheveux flottants. Elle sait faire la distinction, elle ne s’étonne même pas. Je me demande quel est le critère exact sur lequel ma fille se base, car bien des personnes se feraient avoir par cette permutation.
Les deux femmes conservent la coiffure et les vêtements de l’autre, ce qui ne m’occasionne par deux fois par inadvertance une erreur d’attribution, ce qui les fait rire. Curieusement, Solange ne prend pas la mouche quand j’ai dit « chérie » à sa voisine. Je me défends comme je peux :
C’est rare que ma femme se comporte ainsi. La boisson aurait aidé ? Même si la situation est très particulière, ça me convient. La conversation roule sur d’autres sujets. Je commence à savoir distinguer leurs voix, grâce à de minuscules indices.
Ma fille commence à vaciller, surtout qu’elle s’est gavée de biscuits, de chips, de toasts et autres, sans oublier les jus de fruit. Après avoir résisté, elle finit par s’endormir sur le canapé. J’attends un peu avant d’aller monter la coucher dans son lit. Je me décide cinq minutes plus tard.
Quand je reviens, Sylviane dit à sa voisine :
Je m’assieds tranquillement à ma place. Ma femme me lance :
Avec un petit sourire, Solange se tourne vers sa voisine :
Soudain, elle se met à bailler :
Ma femme est un peu gênée, elle s’en sort par une pirouette :
Solange réoriente la conversation sur la télévision et les séries qui y sont diffusées, un sujet consensuel et moins intime.
Puis c’est un défilé de séries et aussi de films durant de longues minutes. Je suis étonné que ma femme en sache autant alors qu’elle ne regarde quasiment pas la télé. Je suppose qu’ils en parlent entre collègue à la clinique.
Soudain, après un étrange hoquet, ma femme s’écroule. Après un bref instant de stupeur, sa voisine intervient aussitôt. Nous étendons soigneusement Solange sur le canapé. Encore heureux que ma fille dort déjà dans sa chambre !
Sylviane ausculte soigneusement ma femme, je vois bien qu’elle commence à paniquer, puis elle s’exclame :
Pivotant vers moi, elle me regarde, l’air affolé :
Statufié, je n’arrive pas à réaliser. De son côté, reprenant ses esprits, Sylviane dit :
Ne perdant pas espoir, je propose :
Je me précipite sur le téléphone.
Prestement, Sylviane pose ma main sur ma mienne, m’empêchant de téléphoner :
Assez abasourdi, j’abonde malgré moi plus ou moins dans son sens :
D’un air suppliant, Sylviane explique :
Malgré l’étrangeté de la situation dans laquelle nous sommes plongés, je reconnais :
Je suis stupéfait par la dérive des événements, mais un coin de mon cerveau comprend la proposition de Sylviane. Celle-me regarde, les yeux embués :
Assez ébranlé, je m’assieds :
Toujours assis, restant assez calme, je deviens méfiant :
Elle s’agenouille devant moi, son visage presque à la même hauteur que le mien :
Elle marque une légère pause avant de continuer :
Les yeux toujours embués, Sylviane se met à rougir :
Dans certains de mes rêves, je n’en demandais pas tant, je suis étonné :
Le moment est en effet très mal choisi, mais spontanément, en me penchant, je dépose un fugace baiser sur ses lèvres, puis je me relève immédiatement en disant :
Elle me regarde avec des yeux pleins d’espoir. Pourquoi l’ai-je embrassée ? Je ne sais pas, chaque chose en son temps. Je décide de prendre en main les choses, ayant à présent les idées étrangement claires sur ce que nous devons faire :
Sachant où ils étaient, je pose le permis de conduire et la carte d’identité de Solange sur la table :
Pour ma part, je pars vérifier si ma fille dort bien. Pas de souci, elle est encadrée par deux grosses peluches. Je ne pense pas qu’elle se réveillera de sitôt. En passant par ma chambre, j’embarque avec moi une grosse couverture. Durant ce temps, Sylviane a échangé la plupart de ses affaires avec Solange, échangeant les manteaux et le reste, comme je lui avais demandé avant d’aller voir Gwen.
Oui, on pourrait jurer que c’est vraiment Solange qui se tient debout…
Après un détour dans la salle de bain, j’enfile des gants chirurgicaux que ma femme avait ramener du boulot. Après avoir placé la grosse couverture sur la banquette arrière de notre voiture située dans notre garage (celle de Solange étant garée dans la rue), je dépose délicatement mon épouse dessus. Après une brève hésitation, je plaque mon oreille sur sa poitrine en espérant entendre quand même quelque chose, mais je n’entends rien, strictement rien. Puis je la recouvre avec le reste du tissu.
Revenant dans la maison, je lance à ma peut-être future femme de substitution :
Quelques longues minutes plus tard, nos deux voitures sont maintenant à l’arrêt sur l’aire d’autoroute. Par chance, il n’y a presque personne, les camions étaient stationnés à l’autre bout du parking. De plus, l’éclairage est mauvais. Les astres sont décidément bien alignés.
Mes mains toujours gantées, avec un énorme pincement au cœur, je dispose ma défunte épouse sur le siège conducteur, puis j’attache la ceinture de sécurité. Très mal à l’aise, je vérifie certains détails. J’espère que cette mise en scène fonctionnera : la conductrice est morte d’un arrêt cardiaque naturel ou d’une rupture d’anévrisme. Juste avant de succomber, elle a senti les premiers symptômes et elle a réussi à s’arrêter tant bien que mal. Volontairement, la voiture est mal garée, comme dans l’urgence.
Contemplant ma femme, je murmure :
Rien de penser à ce charcutage, je me sens à nouveau mal à l’aise.
Me regardant à travers la vitre, Sylviane attend dans ma voiture, sur la place du passager. Son regard est un étrange mélange de crainte et d’espoir.
Peut-être que je suis en train de faire une énorme connerie, la plus grosse de ma vie. Peut-être est-ce vraiment un nouveau départ pour plus de bonheur. Je le saurais bientôt.
En attendant, avant de refermer la portière sur une étape décisive de mon existence, je dépose un dernier bisou sur le front de celle qui fut ma femme et la mère de ma fille, après lui avoir enlevé sa bague, notre bague…