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Temps de lecture estimé : 30 mn
26/02/25
Résumé:  Isabelle, sur les conseils de sa psy, noircit les pages de son journal intime. Elle y couche ses maux, sa colère et ses regrets, pour dévoiler une existence que l’on devine chaotique. La plume sera-t-elle son salut ou le début d’une descente aux enfers ?
Critères:  #journal #réflexion #psychologie #drame #rupture #adultère #enseignant fh fplusag profélève amour dispute fellation cunnilingu pénétratio
Auteur : Rainbow37      Envoi mini-message

Série : Journal d'un monstre

Chapitre 03 / 04
Journal d'un monstre 3

Résumé des épisodes précédents :

Isabelle s’assume dans sa décision d’entretenir une relation adultère avec Vincent, et en profite pour tisser des liens avec son enfant.




Lundi 26 novembre 2018


Je n’avais pas passé une aussi bonne journée depuis très longtemps. J’avais presque oublié ce que ça faisait de se sentir si légère, presque aérienne.


Comme prévu, il y a eu le cours avec Vincent ce matin. Même quand il ne se passe rien, il se passe toujours quelque chose avec lui… ou plutôt avec moi. J’ai senti une pointe de déception m’envahir, une petite blessure sourde lorsqu’il est entré dans la salle avec les autres élèves. Il m’a totalement ignorée. Je me suis ressaisie, après tout, je m’attendais à quoi ? Ce n’est qu’un « employé de mon plaisir », c’est ce qu’on avait convenu… Il n’y a rien d’autre entre nous.


Quelques minutes plus tard, la classe était plongée dans un devoir, le silence régnait. Au bout de quelques minutes, il a relevé la tête, ses yeux, sombres et intenses, ont rencontré les miens, pendant une seconde, ou une éternité, je ne saurais le dire. J’avais envie de sourire, de briser cette neutralité feinte, mais je me suis retenue. Pourtant, j’ai eu cette sensation étrange, apaisante, qu’on s’était compris. Sans un mot, sans un geste.


Ce soir, je repense à ces moments de complicité, d’intimité, d’une douceur inattendue. Et lorsque ses doigts ont effleuré les miens… Est-ce cela, un amant ?


Peu importe, je n’ai qu’une envie : le revoir et sentir à nouveau sa bouche, sa langue, sa peau contre la mienne. Mercredi, à la pause, je lui proposerai. Il reste toujours dans la salle, ça sera facile.




Mardi 27 novembre 2018


J’ai passé une bonne partie de la soirée à râler contre Patrice. Une broutille, évidemment, mais il m’a vraiment agacée. Comme toujours, il a laissé traîner ses affaires partout dans la maison, d’autant plus que je venais de passer l’aspirateur. Le bruit du téléviseur, lointain et insistant, ajoutait à mon irritation. Un détail ridicule, mais il s’en moque tellement que ça me rend folle.


Et bien sûr, comme à chaque fois, il s’est défendu en prétendant que je m’énervais pour rien. C’est toujours le même refrain, et à force, je me demande pourquoi je perds encore mon temps à lui dire. Je suis rentrée dans ma bulle ensuite, et je ne lui ai plus adressé la parole de la soirée.




Mercredi 28 novembre 2018


À la pause, je n’ai pas perdu de temps. Je suis directement allée voir Vincent à sa place. Juste quelques mots, prononcés d’une voix assurée et confiante : « 14 h chez toi. » Il a eu ce sourire convenu, presque complice, qui m’a rassurée autant qu’il m’a excitée.


À 14 h pile, j’étais devant sa porte. Tout s’est déroulé comme les fois précédentes, c’était bon, très bon. Un exutoire parfait, dépourvu d’ambiguïté. Son corps contre le mien, la chaleur de sa peau, la fermeté de son étreinte. Le plaisir était intense, mais sans la tension des rencontres précédentes, il y avait quelque chose de plus simple, de plus direct. Comme si nous commencions à nous apprivoiser. Pourtant, j’ai tenu à éviter les gestes trop intimes de la dernière fois. Je ne voulais pas franchir à nouveau cette frontière. Du moins je me réprimais autant que possible.


J’étais plus que satisfaite de la tournure que prend cette parenthèse nécessaire. Mais, c’est au moment où je me rhabillais que ça a dérapé. Vincent m’a proposé un thé, juste pour attendre que Lilou se réveille de sa sieste.



Comment refuser ?


Quand j’ai entendu les bruits venant de la chambre, Vincent et moi avons échangé un regard.



Je ne crois pas qu’il ait vu à quel point son invitation m’enthousiasmait, bien que j’ai failli renverser ma tasse.


Je suis restée deux heures de plus, sans m’en rendre compte. Boire du thé, parler, écouter Lilou gazouiller et rire… J’étais si bien que le temps m’a filé entre les doigts. C’est quand Vincent a regardé l’horloge que j’ai compris qu’il aurait dû me mettre dehors depuis longtemps. Mais, dans son regard, je lisais autre chose : un regret de devoir se séparer.


Quand je suis partie, j’avais le cœur léger.




Samedi 1ᵉʳ décembre 2018


Ce soir, le silence régnait dans la chambre, seulement interrompu par le tic-tac de la pendule qu’on entendait depuis le salon. J’étais allongée sur le lit, un livre à la main, mais mes yeux glissaient sur les pages sans rien comprendre, mon esprit étant ailleurs.


Patrice est entré dans la chambre, hésitant, et s’est approché de moi. Il m’a caressé la cuisse, maladroitement, et m’a demandé :



J’ai senti une vague de lassitude m’envahir. Non. Ça ne me disait rien du tout. D’ailleurs, j’étais encore comblée de ma dernière rencontre avec Vincent.


Mon cher époux adultère n’était pas « sorti » depuis quelque temps, alors son désir, si rare et si timide, ne me dupait pas et ne m’inspirait que de l’agacement. Mais, comme ça faisait un moment qu’il ne me l’avait pas demandé, j’ai accepté, pour faire mon « devoir conjugal », et surtout pour ne pas avoir à me justifier.


Comme toujours, c’était convenu, routinier, sans éclat. Son corps contre le mien, ses gestes, toujours les mêmes, sans aucune tendresse. Pendant qu’il s’activait au-dessus de moi, mon esprit a divagué. Je me suis demandé s’il était aussi peu expressif, aussi peu enthousiaste avec sa maîtresse, si elle aussi trouvait ça… fade. Peut-être est-elle plus jeune, plus belle, plus excitante que moi, alors il dévoile sans doute un autre visage.


Peut-être sait-elle lui donner ce que je ne suis plus capable de lui offrir. Je devrais être jalouse, non ? Mais, au lieu de ça, j’ai ressenti une étrange curiosité, presque détachée, comme si j’observais une scène de loin, comme si je n’étais plus concernée. Cette pensée m’a fait un drôle d’effet, surprenant, perturbant. Je me suis trouvée bizarre, me jugeant en silence. Qui pense à ce genre de choses dans un moment pareil ?


Quand ce fut fini, Patrice s’est retourné et s’est endormi presque immédiatement. Moi, je suis allée me nettoyer sous la douche, pour ensuite écrire ces lignes, un peu blasée. Je suis curieuse de voir ce qu’en pensera ma psy.




Mardi 4 décembre 2018


Je suis malade, clouée au lit avec une fièvre brûlante, des frissons intenses, des courbatures qui me brisent le dos. Ce matin, quand j’ai entendu le médecin me dire que j’étais arrêtée, j’ai été happée par une vague de déception et de frustration… J’ai réalisé que je ne verrais pas Lilou et Vincent cette semaine. Ça m’a donné un coup au moral.


J’ai appelé le lycée pour signaler mon absence, puis j’ai dû me résoudre à envoyer un message à Vincent pour le prévenir, ce qui a été plus difficile que je ne veux bien l’admettre. Qui aurait cru que ces moments comptaient à ce point ?


Sa réponse, pourtant, m’a réchauffé le cœur. Il m’a souhaité un bon rétablissement, bien sûr, mais ce n’est pas tout. Il a joint une photo de Lilou. Elle se tient presque debout, en s’appuyant sur le fauteuil du salon.


La voir si fière de ses progrès, son sourire ravi… Rien ne pouvait m’apporter plus de réconfort aujourd’hui. Mon cœur s’est serré, mais pas de douleur. D’un mélange de fierté, de tendresse, et de… je ne sais quoi d’autre.


Je vais garder cette photo précieusement.




Samedi 8 décembre 2018


Cette grippe m’a complètement terrassée. Toute la semaine, je suis restée à la maison à me traîner du canapé au lit, le corps lourd et l’esprit engourdi. Patrice, malgré son travail, a fait de son mieux pour m’aider dans ma convalescence.


Il m’a préparé des repas simples, a veillé à ce que je prenne mes médicaments, et même changé les draps pour que je sois plus confortable installée. C’était mignon de sa part.


Ça m’a touchée… un peu, juste assez pour semer le trouble dans mon esprit. Je ne sais plus sur quel pied danser avec lui. Je me demande s’il était sincère, ou s’il agissait par culpabilité, pour se faire pardonner ses erreurs, pour apaiser sa conscience. Je ne savais plus si je devais lui en vouloir, ou lui être reconnaissante.




Lundi 10 décembre 2018


Quelle joie de reprendre le travail après une semaine d’inactivité contrainte, même si ma voix était encore rauque et que je devais faire des efforts pour ne pas tousser ! Les élèves m’ont accueillie avec leurs habituels éclats de voix et leurs demandes à n’en plus finir, mais j’ai trouvé ça plaisant.


C’était plaisant de revoir Vincent… Rien que de l’écrire, je m’en rends compte. Mince, qu’est-ce qu’il m’arrive ? Son regard a allumé un feu doux en moi, me donnant l’impression d’avoir à nouveau quinze ans.


Pendant le cours, alors que tout le monde travaillait sur un exercice, Vincent a levé la main pour me poser une question. En m’approchant de lui, j’ai ressenti une agitation intérieure que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Je me suis penchée pour écouter sa pseudo-demande, sachant très bien que ce n’était qu’un prétexte à attirer mon attention. Son parfum subtil m’enivrait et j’ai eu un léger sursaut au moment où je me suis rendu compte que j’étais vraiment trop près de lui.


J’ai expédié la question et, en lui rendant sa feuille, ses doigts effleurant les miens, il a murmuré avec un sourire :



Ce sourire… Il était doux, complice, presque tendre. Un sourire qui disait tout et rien à la fois, c’est comme si tout le monde dans la salle avait disparu. Juste lui et moi. Je me suis surprise à rougir, alors j’ai fait mine de regarder quelque chose au fond de la classe pour reprendre contenance.


J’ai beau me mentir, je sens que mes sentiments pour lui sont plus complexes que je ne veux bien l’admettre. Mais qu’en est-il de lui ? Je ne lui ai même pas demandé si j’étais plus qu’un plan cul pour lui.




Mardi 11 décembre 2018


C’est bien ma veine. Ce matin, en me levant, je me sentais vaseuse, le ventre noué et les nerfs à fleur de peau. Très vite, j’ai compris. Mes règles. Évidemment. Toujours là au plus mauvais moment.


J’avais pourtant espéré que ça n’arriverait pas avant la fin de la semaine… Mais non, elles ont décidé de se pointer en avance, comme pour saboter ce mercredi après-midi avec Vincent que j’attendais depuis mon arrêt maladie.


Je ronchonne intérieurement. Je voulais me sentir belle, désirable, pleine d’énergie. Je me sens plutôt tout le contraire. Bon, il va falloir s’adapter, comme d’habitude. Mais franchement, l’univers ne pourrait-il pas me laisser un peu de répit ?




Jeudi 13 décembre 2018


Hier, mercredi, a été une journée… particulière, pleine de contrastes. Tout avait pourtant mal commencé : un mal de crâne insupportable, comme si chaque pulsation résonnait dans ma boîte crânienne. La première heure de cours a été un véritable calvaire, j’avais l’impression que mon cerveau était pris dans un étau, mais il fallait tenir bon.


Puis ce fut au tour des deux heures en salle informatique avec la classe de Vincent. En entrant, j’ai immédiatement remarqué son sourire s’éteindre en me voyant, laissant place à une expression d’inquiétude. Je devais vraiment avoir une mine affreuse malgré mes efforts pour afficher un sourire de façade. À la pause, fidèle à lui-même, il est resté dans la salle, seul, son visage fermé.


Je suis allée le voir, décidée à lui dire que notre rendez-vous de l’après-midi devait être annulé pour… « raisons féminines », lui ai-je dit, un peu gênée. Mais il m’a prise de court, avec ce calme et cette spontanéité qui lui sont propres : il m’a proposé de venir plus tôt, juste pour le déjeuner, pour passer un moment avec lui et Lilou. Cette simple idée m’enthousiasmait.


J’étais tellement pressée que je suis arrivée chez lui… avant lui. Il avait dû passer chercher Lilou chez la nounou. Lorsqu’il est arrivé, la petite dans les bras, je n’ai pas pu résister : je l’ai prise immédiatement. Et je ne l’ai plus lâchée. Pendant qu’il s’affairait à cuisiner, je suis restée là, ce petit trésor blotti contre moi.


Ce n’était pas un grand repas, mais à trois autour de cette table, tout paraissait parfait, simple et authentique. Chaque bouchée, chaque sourire partagé avait un goût différent, unique, presque magique, car… familial. Quand Lilou a commencé à somnoler, Vincent m’a proposé de la coucher. Je l’ai portée délicatement jusqu’à son lit, l’ai bordée et suis restée un moment à la regarder dormir. Elle semblait si paisible…


En revenant au salon, je me suis excusée pour ma mine abattue. Vincent, lui, avait une idée : un remède maison. Curieuse, je me suis laissé guider. Il m’a demandé de m’asseoir sur le canapé, et, avant que je puisse poser trop de questions, il était sur moi, assis sur mes cuisses, versant un liquide chaud et parfumé dans ses paumes.



Et il a commencé à masser doucement mon visage, ma nuque, mes joues. L’huile sentait divinement bon, la pression de ses doigts, la chaleur de ses mains, c’était presque… indécent de bien-être.


Et là, le trou noir.


Je me suis réveillée en sursaut, confuse et désorientée. Je m’étais endormie ! En ouvrant les yeux, j’ai réalisé que j’étais allongée sur le canapé, et Vincent, déjà chaudement vêtu et prêt à sortir, avait Lilou dans ses bras. Il riait en me disant que j’avais fait une plus grosse sieste que la petite et qu’il m’avait trouvé « adorable », filet de bave inclus.


Avant que je ne puisse protester, il m’a proposé une promenade en forêt. Emportée par son enthousiasme, j’ai accepté sans réfléchir, même si, en voiture, je me cachais au fond de mon siège, nerveuse à l’idée d’être vue. Vincent m’a rassurée avec une phrase simple, mais qui m’a retournée :



Rien de mal… Je n’ai pas su quoi répondre. Mais je me suis sentie bien. Étrangement bien. Il avait raison. J’avais le droit d’être heureuse, j’avais le droit d’aimer cette enfant, j’avais le droit d’être une grand-mère, et le regard des autres importait peu.


Pour combler le silence qui s’était installé, j’ai remercié Vincent pour le massage. Il m’avait fait un bien fou, et j’étais curieuse :



Vincent, les yeux fixés sur la route, n’a pas répondu tout de suite. Il semblait réfléchir à ses mots, comme s’ils avaient du poids. Puis, légèrement perdant de sa bonne humeur, il a avoué :



Ces mots m’ont figée sur place.



Je n’ai pas pu terminer ma phrase, mais l’idée était claire. Avant qu’elle ne tombe enceinte.


Vincent a hésité, visiblement gêné, puis il a fini par répondre d’une voix plus basse :



Il a marqué une pause, avant de rajouter à demi-mot, presque comme un aveu arraché :



Ses mains serraient le volant, je n’avais pas besoin de le regarder pour que je ressente sa douleur dans chaque syllabe.


À ce moment-là, tout ce que j’avais imaginé sur Vincent, tout ce que j’avais projeté sur lui, s’est effondré comme un château de cartes. Je l’avais vu comme un opportuniste, un irresponsable qui avait bouleversé la vie de ma fille, de ma famille, sans réfléchir. Mais non.


Ma fille… Justine. Elle m’avait caché bien des choses. Peut-être pour protéger ce qu’ils avaient ensemble. Peut-être par peur de mon jugement. Elle avait sans doute aimé Vincent, et lui, il avait aussi perdu quelqu’un qu’il aimait profondément ce jour où elle nous a quittés en mettant Lilou au monde.


Et moi ? Moi, dans ma tristesse aveugle, je n’avais vu qu’un coupable. Il était un homme brisé, essayant de recoller les morceaux, tout comme moi. Et, au lieu de le voir comme un allié dans notre douleur commune, je n’avais fait que le rejeter, l’enfoncer. J’avais ignoré sa peine. J’avais projeté sur lui toutes mes frustrations, ma colère.


Arrivée sur le parking, j’ai senti les larmes me monter aux yeux. Sans même réfléchir, je suis sortie de la voiture et j’ai fait quelques pas comme pour fuir ma honte. Bien sûr, il m’a rattrapée. Je me suis tournée vers lui, la gorge nouée :



Sans un mot, sans hésitation, il m’a prise dans ses bras. Ses gestes n’étaient pas empreints de pitié, mais de réconfort et de tendresse. Un partage silencieux d’une douleur commune, mais surtout, je me suis sentie proche émotionnellement comme avec personne d’autre avant. Après de longues minutes, il m’a doucement relâchée, ses mains posées sur mes épaules.



Je me suis essuyé les yeux et j’ai hoché la tête.


Sous le soleil hivernal qui illuminait les arbres dénudés, nous avons fait une belle promenade à trois. Lilou babillait dans sa poussette, les yeux grands ouverts, fascinée par le spectacle de la nature. Vincent racontait une histoire légère, et, pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie libérée du poids de mes regrets.


Une fois rentrée chez Vincent après cette promenade si particulière, j’ai réalisé qu’il commençait à se faire tard. À contrecœur, je me suis résolue à rentrer chez moi.


Mais avant de partir, je n’ai pas pu résister. J’ai pris Lilou une dernière fois dans mes bras. Elle riait, sa petite main agrippant un bout de mon écharpe, et son rire résonnait dans l’appartement comme un écho de bonheur simple.


Puis je me suis tournée vers Vincent pour le saluer. Mais, sans vraiment comprendre pourquoi ni comment, c’est moi qui ai franchi la distance entre nous.


Je l’ai embrassé.


C’était rapide, léger, mais tellement sincère. Ce n’était pas prémédité, et pourtant, tout semblait naturel à cet instant. Quand je me suis reculée, un sourire doux sur les lèvres, j’ai vu dans ses yeux une lueur de surprise, comme s’il n’arrivait pas à croire ce qui venait de se passer.



Puis, en attrapant mon sac, j’ai ajouté dans un souffle :





Vendredi 14 décembre 2018


Je n’arrive pas à me sortir de la tête cette conversation avec Vincent au sujet de Justine. Cette relation qu’ils ont eue, et tout ce que je n’ai pas su voir ou entendre à l’époque… Comment ai-je pu être aussi aveugle à ce qui se passait autour de moi ?


Alors, aujourd’hui, j’ai décidé d’appeler Camille, la meilleure amie de Justine. Nous avons pris un café ensemble, et après quelques échanges convenus sur le temps, le passé et les fêtes qui approchent, je n’ai pas pu m’empêcher d’aborder le sujet qui tourne en boucle dans ma tête.


J’ai demandé, d’une voix hésitante :



Camille n’a pas été surprise. Et elle m’a tout confirmé.


Justine était amoureuse de Vincent depuis un moment déjà, et ils ont fini par sortir ensemble quelques mois avant qu’elle ne tombe enceinte. Mais Justine n’arrivait pas à trouver le courage de me parler de leur relation. Elle craignait ma réaction, pensant que je ne l’accepterais jamais, parce qu’il avait deux ans de plus qu’elle, parce qu’il avait une enfance instable, baladé de foyers en familles d’accueil. Ça m’a fait mal, comme un coup de poignard dans le cœur. Était-ce vraiment l’image que je lui renvoyais ?


Mais ce n’est pas tout. Camille m’a révélé des choses que je n’aurais jamais imaginées. Justine avait aussi menti à Vincent, lui faisant croire qu’elle prenait la pilule. Ils n’avaient pas pris le temps de se protéger, et quand elle est tombée enceinte, il a été mis devant le fait accompli. Puis Camille m’a fait part du plan de Justine… Elle voulait s’enfuir peu après l’accouchement, aller vivre avec Vincent, couper les ponts avec moi et Patrice. Et surtout revenir sur son abandon de maternité.


Tout cela me bouleverse. Que penser de tout ça ? Justine, ma Justine, a vécu une histoire d’amour pleine de secrets, d’hésitations, et de non-dits. Et Vincent… il a été autant victime que complice de cette situation.


Je me sens perdue. Chaque nouvelle vérité m’éloigne un peu plus de l’image que je m’étais faite de cette période et de ma fille.


Et maintenant ? Que réserve l’avenir ? Je ne sais pas.




Samedi 15 décembre 2018


Hier soir a eu lieu le conseil de classe. Une séquence interminable pour faire le point sur les élèves, évaluer leurs progrès, identifier leurs difficultés, et mettre en place des mesures d’accompagnement. Nous étions tous réunis dans une salle de classe, Charles, le proviseur, les autres enseignants, les délégués des parents et ceux des élèves, le tout dans une atmosphère à la fois studieuse et détendue.


Puis, vint le moment où j’ai abordé le nom de Vincent. Et là, j’ai senti tous les regards se tourner vers moi. J’ai eu un instant de panique, comme si tout le monde était au courant, comme si notre secret était dévoilé. J’ai senti mes joues rougir, ma respiration se couper, et j’ai baissé les yeux sur ma feuille à la recherche d’une chose qui n’existait pas.


Me voyant atermoyer, Charles a brisé le silence, avec sa voix posée et bienveillante.



Je me suis reprise, en me forçant à sourire, en essayant de paraître détendue et j’ai lâché sans vraiment réfléchir :



J’ai presque regretté mes paroles immédiatement, consciente de leur ambiguïté. Heureusement, tout le monde a pris ma remarque au second degré, l’interprétant comme une simple plaisanterie.


J’ai lâché un soupir de soulagement, heureuse d’avoir échappé au désastre.


Au final, tout le monde était dans le consensus sur les qualités de Vincent. Un élève brillant, prometteur, qui méritait d’être encouragé et soutenu. Quelque part, j’étais fière de lui.




Lundi 17 décembre 2018


Tout le week-end, j’ai tourné autour du pot avec Patrice, je m’étais décidée à lui parler, je suis prête à l’entendre. Il a passé tout son temps collé à son portable, à faire je ne sais quoi. Ça m’a agacée, mais je n’arrivais pas à trouver l’occasion de lui parler franchement.


Finalement, dimanche soir, il a lâché sa petite bombe : il devait s’absenter le week-end prochain pour, soi-disant, aider un collègue à déménager dans une autre ville. Une excuse tellement bidon que j’ai failli éclater de rire… un rire nerveux. Au lieu de ça, je me suis mise en rogne. Pas à cause de son infidélité – je ne suis pas exactement blanche non plus – ce qui m’a exaspérée, c’est le mensonge. Encore et toujours, ces histoires inventées à la va-vite pour couvrir ses absences. Des mensonges qui, au final, ont contribué à détruire notre famille.


Je n’ai pas pu me retenir : on s’est disputés, encore une fois, et dans un accès de rage, j’ai fini par lâcher :



Comme ça, de but en blanc. Tremblante de colère, je l’avais fait.


Après l’instant de surprise, il a nié, bien sûr, avec un aplomb presque insultant, feignant l’innocence et me demandant de quoi je parlais. Puis, la voix basse et me prenant tendrement la main, il m’a dit qu’il m’aimait toujours.


J’ai serré ses doigts dans les miens, le regardant avec intensité.



Le voyant tergiverser, j’ai insisté pour qu’il se confie :



Il ne réagissait toujours pas, alors, exaspérée, j’ai tourné les talons, marmonnant quelque chose d’inintelligible. Lui est sorti dans le jardin en claquant la porte. Je pensais qu’il allait partir en voiture, mais au bout d’un moment, j’ai vu à travers la fenêtre qu’il n’avait pas bougé.


Il faisait les cent pas près de la clôture, son téléphone collé à l’oreille, le visage crispé. Je ne pouvais pas entendre ce qu’il disait, mais son expression trahissait son anxiété, son mal-être. Je l’ai observé pendant de longues minutes.


Puis, soudain, il a raccroché, a pris une profonde inspiration, comme s’il se préparait à affronter une épreuve, et s’est dirigé vers la maison. Il est entré, a posé son téléphone sur la table, et m’a regardé, les yeux emplis de tristesse et de remords.



J’ai vacillé, un instant. Deux ans !?! Donc bien avant la grossesse de Justine ! Comment ai-je pu ne rien voir là aussi ?


J’ai pris sur moi pour garder le contrôle. Alors, je lui ai dit que j’étais heureuse qu’il ait trouvé quelqu’un pour s’occuper de lui, surtout avec tout ce qu’on a traversé récemment, ou même avant en l’occurrence. Je pouvais comprendre qu’il avait eu besoin d’une échappatoire.


Ses yeux se sont écarquillés, il était déconcerté, pris de court par ma résignation. Puis il a admis que, oui, ça faisait du bien de s’évader dans un autre contexte.


Alors, dans cet étrange instant de sincérité, je lui ai avoué :



Le silence s’est abattu sur la pièce, un silence de mort, un silence où chaque battement de mon cœur résonnait comme un coup de tonnerre. Son visage s’est décomposé, son regard s’est assombri.



Il a hésité, cherchant ses mots, incapable d’exprimer sa surprise, sa déception.


Alors, j’ai complété sa phrase, avec un sourire amer et une pointe d’ironie.



Il a baissé les yeux, incapable de soutenir mon regard.



Ses épaules se sont affaissées, ses yeux s’humidifiant légèrement, réalisant l’ampleur du vide. Le regardant droit dans les yeux, je lui ai dit :



Il m’a regardée, surpris par cette étrange forme de lucidité que j’affichais.



J’ai soupiré, un sourire triste se dessinant sur mes lèvres.



Il a hoché la tête, lentement, comme s’il pesait le pour et le contre, comme s’il essayait de comprendre où je voulais en venir.



Après une courte réflexion, il m’a dit :



On s’est mis d’accord. Désormais, si l’un de nous souhaite passer du temps avec son « ami », on se le dira, simplement. On a aussi convenu de préserver ce petit jardin secret, de ne pas poser de questions, une manière d’être honnêtes sans pour autant tout exposer.


C’était une conversation étrange. Presque irréelle. Mais elle m’a soulagée, et j’ai vu que c’était pareil pour lui.


Peut-être que ce n’est pas l’amour parfait, si on peut encore parler d’amour, mais c’est notre réalité désormais.




Mardi 18 décembre 2018


Aujourd’hui, j’ai appelé Vincent. Après ma grande révélation, j’avais besoin d’entendre sa voix, d’avoir de ses nouvelles, de sentir sa présence. Mais je devais aussi lui dire que je ne pourrais pas passer ce mercredi après-midi avec lui. Patrice a décidé de prendre une journée de congé pour qu’on passe du temps ensemble, il avait besoin de parler après avoir digéré un peu tout ça.


Quand je l’ai annoncé à Vincent, j’ai senti de la déception dans sa voix, même s’il essayait de ne pas la montrer. Ça m’a fait mal, et j’ai voulu me rattraper. Alors, je lui ai dit que je passerais toute la journée – et même une partie de la nuit s’il le voulait – chez lui, ce samedi.


Il est resté silencieux un instant, comme s’il n’était pas sûr d’avoir bien entendu, puis il m’a demandé si j’étais sérieuse. J’ai confirmé, ajoutant que Patrice était au courant que je voyais quelqu’un d’autre. Là, j’ai cru qu’il allait s’étouffer de surprise.


Je lui ai promis que je lui expliquerai tout samedi.




Jeudi 20 décembre 2018


Hier, l’après-midi avec Patrice a été particulière. Il y avait une volonté palpable de laisser les rancœurs derrière nous, de repartir sur de nouvelles bases.


Il m’a proposé une balade dans un parc, le vent froid nous piquant les joues, mais nous faisant du bien. Nous avons marché côte à côte, silencieux, puis, peu à peu, la conversation s’est installée, timide au début, puis plus fluide, plus sincère. On a parlé de tout et de rien au début, puis de rêves que nous avions caressés autrefois, et que nous avions abandonnés en cours de route.


Ensuite, il m’a emmenée boire un chocolat chaud dans une petite brasserie où nous avions l’habitude d’aller quand Justine était encore petite. C’était à la fois réconfortant et nostalgique. Nous avons évoqué notre fille, sa joie de vivre, et, pour une fois, nous avons pu le faire sans nous accuser, sans nous apitoyer sur notre sort.


C’est alors que Patrice m’a posé cette question surprenante dans cet instant. « Isabelle… Ce garçon, il est toujours dans ta classe ? »


J’ai vacillé.



Il a précisé sans détour :



J’ai froncé les sourcils, me demandant où il voulait en venir, quel était le but de cette question étrange et inattendue.



Il a soupiré, puis il est passé à autre chose. On est rentrés un peu tard, et nous nous sommes endormis l’un contre l’autre, comme avant. Je ne vais pas mentir : une partie de mon esprit était ailleurs. Je pensais à Vincent, à Lilou. Je ne peux pas m’en empêcher. Samedi me semble encore si loin… J’ai tellement hâte.




Vendredi 21 décembre 2018


Aujourd’hui, j’avais rendez-vous avec ma psy. Dès que je suis entrée dans son bureau, je lui ai tendu ce cahier, où je consigne tout. Je n’avais même pas besoin de parler, tout était dedans.


Elle a levé un sourcil en le prenant, presque intriguée. Je me suis assise en silence, les mains posées sur mes genoux, en la regardant parcourir quelques pages. Son visage était impassible au début, concentré. Puis, peu à peu, j’ai vu ses sourcils se froncer légèrement, une expression qui oscillait entre surprise et réflexion.


Quand elle est arrivée vers la fin du récit où il est souvent question de Vincent et de Lilou, elle a marqué une pause, m’a jeté un coup d’œil, mais n’a rien dit. Arrivée aux dernières lignes, elle a lâché un souffle bref, peut-être un rire discret, avant de relever les yeux vers moi :



Elle a posé le cahier devant elle, visiblement cherchant ses mots :



J’ai souri, un peu nerveuse.



Elle a pris une inspiration, joignant les mains, et m’a regardée avec sérieux :



Elle a marqué une pause, son regard s’adoucissant :



Je n’ai rien répondu. Elle a poursuivi :



Et elle m’a tendu le cahier.


Elle avait raison, évidemment. Mais ce dilemme, je ne suis pas sûre de vouloir y réfléchir tout de suite. Est-ce mal de simplement ressentir, sans tout analyser ? Je n’ai pas encore les réponses, mais une chose est sûre : demain, je serai avec Vincent et Lilou et j’ai hâte, et ça, ça me semble déjà une évidence sur ce que je veux pour la suite.




Dimanche 23 décembre 2018


Voilà. J’ai vraiment passé la soirée avec mon « amant officiel » …


Je suis arrivée chez Vincent un peu avant l’heure du goûter. Dès que je l’ai vu, un étrange sentiment de confusion m’a envahie. J’avais cette envie irrésistible de l’embrasser, lui aussi, je crois, mais on n’a pas osé. Finalement, il a détourné la situation en me montrant Lilou, qui était déjà levée.


Mais avant que je puisse m’occuper de la petite, Vincent a eu un air grave et m’a dit qu’il avait quelque chose d’important à m’annoncer. J’ai immédiatement compris où il voulait en venir quand il m’a demandé de m’accroupir dans l’entrée, et j’ai trouvé ça adorable. Ce fut magique quand mon petit trésor, en toute innocence, a fait ces quelques pas vers moi. Elle était si touchante dans sa fragilité, un tout petit être qui, en toute confiance, venait se réfugier dans mes bras.


L’après-midi m’a paru ne durer qu’un instant tant je me sentais bien. Et tout à coup, j’ai réalisé que la soirée était bien entamée en voyant ma petite fille qui s’endormait paisiblement entre nous deux après le dîner. Je l’ai soulevée délicatement et l’ai posée dans son lit. Je n’ai pas pu l’abandonner tout de suite. Je l’ai simplement observée dans son sommeil, tout était si calme dans la lumière tamisée de sa chambre.


Puis, derrière moi, j’ai senti les mains de Vincent se poser doucement sur mes hanches. Sa chaleur m’a envahie, et avant même que je m’en rende compte, il murmurait dans mon oreille, ses mots doux me caressant comme un souffle léger :



Je me suis tournée, lui aussi m’avait manqué, bien plus que je n’avais voulu l’admettre. Nos lèvres se sont rencontrées, doucement d’abord, puis il les a entrouverts un peu plus et sa langue est venue à la rencontre de la mienne.


Il m’a ensuite attirée hors de la chambre d’enfant, m’entraînant doucement dans le salon. Mais, avant que nous ne nous laissions emporter davantage, il a hésité, une fraction de seconde, et m’a demandé timidement :



Je lui ai répondu d’une voix plus assurée que je ne l’étais réellement :



Pourtant, au fond de moi, je commence à comprendre l’ampleur de mes sentiments pour Vincent, et que Patrice et moi n’avons plus d’avenir ensemble. Mais je n’ai pas envie d’y réfléchir pour l’instant, car cela m’obligerait à prendre des décisions nécessaires et forcément douloureuses.


Vincent m’a regardée intensément, comme pour sonder la vérité dans mes yeux. Puis, il a demandé, toujours sur le ton de l’humour :



Je me suis mise à rire.



Puis, dans un souffle, je lui ai dit :



Cette phrase, presque murmurée, a tout changé. Il m’a regardée, un éclat dans les yeux, et sans un mot de plus, il m’a pris la main, nous guidant vers la chambre.


Vincent a fermé doucement la porte, son regard plongé dans le mien reflétait quelque chose de nouveau. Ce n’était plus le désir brut, l’urgence des premières fois, mais quelque chose de plus profond, de plus intime.


Il s’est approché lentement, comme s’il me demandait la permission à chaque pas, et a posé ses mains chaudes sur mes joues, ses pouces caressant délicatement mes pommettes. Son contact était doux, presque fragile, comme s’il avait peur de me briser. Je fermai les yeux, savourant cette sensation, laissant son souffle chaud effleurer mes lèvres.


Son baiser fut lent, explorateur, une danse subtile de nos bouches qui se cherchaient, se goûtaient, s’apprivoisaient. Ses lèvres quittèrent les miennes, pour se perdre dans mon cou, me faisant frissonner. Puis, d’une voix chaude, il murmura à mon oreille :



Nos mains se sont cherchées, se sont entrelacées, et, lentement, nous avons commencé par défaire mes vêtements, chaque geste empreint d’une douceur nouvelle.


Enfin, j’étais nue devant lui, sans aucune crainte, sans aucun doute, car nous nous étions choisis, ayant dépassé ce cap de partenaires de circonstances. Je me suis appuyée sur le bord d’une commode pour contempler son corps apparaître devant mes yeux pendant qu’il ôtait ses vêtements à son tour. Puis il a collé son corps chaud contre moi. Ses mains mutines se sont noyées dans mes cheveux alors qu’il m’embrassait longuement.


J’ai passé mes bras autour de son cou, mes jambes autour de ses hanches. Il m’a portée jusqu’au lit avec douceur, et nous nous sommes allongés l’un contre l’autre, nus et vibrants de désir.


Il prit son temps pour me préparer, sa bouche se perdant dans les reliefs de mon corps, ses mains explorant chaque pore de ma peau. J’ai commencé à onduler, lui signifiant que j’étais prête. Il a stoppé ses caresses pour me regarder intensément, cherchant mon consentement. Un oui muet, sincère, lui fut donné par un baiser.


Il a accolé à mon intimité sa verge gonflée d’envie, moi j’ai soulevé mes cuisses, me permettant ainsi de m’ouvrir davantage à lui. Il lui a suffi d’une légère poussée pour me pénétrer tant je lui étais déjà offerte. Je sentais sa colonne de chair s’enfoncer en moi, peu à peu.


Il s’arrêta un instant, laissant à mon corps le temps de s’habituer à sa présence. C’était bon, meilleur encore que les fois précédentes. Sa chaleur irradiait dans mes entrailles. Puis, il commença à bouger, lentement au début, avant d’augmenter le rythme.


Je sentais le frottement de sa peau contre la mienne, le contact ferme de ses muscles sur mes cuisses. Son sexe emplissait mon corps avec une force mêlée de douceur, une sensation qui me prenait aux tripes.


Mes mains s’accrochaient à son dos, mes doigts s’enfonçant dans sa chair, mes ongles griffant légèrement sa peau. Je l’entendis gémir, et cela me faisait vibrer plus intensément. Il continuait de bouger en moi, plus vite, plus fort. Les sensations s’intensifiaient, me faisant perdre pied, me faisant oublier le reste du monde. J’ai senti des vagues de plaisir de plus en plus fortes me secouer à l’approche de l’orgasme, puis une tension libératrice s’est répandue en moi.


Vincent s’est tendu à son tour et il m’a serrée contre lui. Nous sommes restés allongés l’un contre l’autre, nos corps encore tremblants, nos cœurs battant à l’unisson. Son souffle chaud caressait le creux de mon oreille, et j’ai senti ses lèvres se poser délicatement sur ma tempe. Il n’y avait pas de mots, juste une profonde connexion, un sentiment de plénitude partagé. Ce n’était pas un simple « baiser », j’avais envie d’y voir une déclaration d’amour.


Je dois avouer que j’ai eu du mal à me décider à rentrer. Il y avait quelque chose de tellement réconfortant à rester là, dans les bras de Vincent, à sentir sa chaleur, sa présence, à nous imaginer comme un vrai couple dans ce cocon si simple, si doux. Mais la raison a fini par me rattraper. Je ne pouvais pas rester toute la nuit pour cette première fois, aussi parfaite et intense était-elle.


Vincent, bien que visiblement à contrecœur, a compris ma décision. Il m’a regardée avec cette tendresse infinie qui le caractérise et m’a dit doucement :



J’ai senti mon cœur se serrer. Partir n’était pas facile, mais il fallait que je garde un équilibre, aussi fragile soit-il.


J’ai embrassé Lilou endormie une dernière fois et, dans un élan de tendresse, je me suis approchée de Vincent pour l’embrasser encore. Nos lèvres se sont retrouvées, marquant à la fois un au revoir et une promesse.


En arrivant chez moi, un imprévu m’attendait : Patrice était rentré, beaucoup plus tôt que d’habitude. Mon esprit s’emballait déjà, cherchant à comprendre pourquoi il était déjà. L’inquiétude me gagnait, mais son visage ne trahissait rien de particulier, juste une certaine fatigue, ou peut-être même un soupçon d’appréhension.


Il m’a regardée en silence un moment, puis a demandé d’une voix douce :



J’ai hoché la tête avec un sourire timide.



J’avais envie de lui montrer que je n’avais rien à cacher, mais, en même temps, je ne voulais pas qu’il se sente dévalué.


Il a baissé les yeux, hésitant, puis, presque suppliant, il a relevé son regard vers moi et m’a demandé :



Cette demande m’a déconcertée. Je venais de vivre un moment si intense avec Vincent, une parfaite connexion physique et émotionnelle. Mais en voyant Patrice ainsi, vulnérable, je me suis rendu compte qu’il n’était pas encore prêt à accepter pleinement cette nouvelle réalité aussi bien que je l’avais déjà fait. Ce n’était pas de la jalousie agressive ni une demande de justification. Je pense que c’était autre chose : il avait besoin de se réapproprier une partie de moi, de nous, pour ne pas se sentir exclu ou perdu dans cette nouvelle dynamique. Il avait encore besoin de montrer qu’il faisait partie de mon monde, qu’il pouvait, à sa manière, me « réclamer ».


Alors, je lui ai offert un sourire rassurant. J’ai pris sa main dans la mienne et, doucement, je l’ai guidé jusqu’à notre chambre. Ce n’était pas par obligation ni par culpabilité, mais par compassion, par cette volonté de préserver ce qui restait de notre lien, tout en lui montrant que, même si les choses avaient changé, je ne l’abandonnais pas.


Émotionnellement et sentimentalement, je suis déjà passé à autre chose. Mais avec ce caprice de Patrice auquel j’ai cédé, je réalise qu’il y a un ancrage matériel dont je dois me séparer si je veux avancer.