| n° 22200 | Fiche technique | 28669 caractères | 28669Temps de lecture estimé : 20 mn | 25/12/23 |
Résumé: Les jeux érotiques se concrétisent | ||||
Critères: fh couleurs sport campagne dispute voir caresses jeu | ||||
| Auteur : Nycthémère Envoi mini-message | ||||
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Résumé de l’épisode précédent :
Jeux érotiques entre un homme et une femme. Vincent me proposa de reprendre nos jeux d’écritures en instiguant des lancés de dés simultanés qui stimuleraient notre créativité et pimenteraient nos récits. C’était là une manière détournée de m’inciter à me dévoiler un peu plus, au fil des lignes que je produirais. C’est ainsi que nous sommes entrés dans une forme de jeu de miroirs subjuguant.
Célia s’égarait en terre inconnue. Pour mon plus grand plaisir, l’intrigue instillée par ce jeu de dés l’encourageait à se dévoiler un peu plus à chacune de ses histoires, dans ses fantasmes et sa vision dégradée des hommes si évidente lors de nos échanges.
J’étais honoré par cette confiance totale. Touché par sa sensibilité à fleur de peau, d’éternelle amoureuse au cœur d’artichaut qui s’ignore.
Elle a beau s’en défendre, équipée de sa tenue permanente de scaphandrier totalement hermétique aux tentatives séductrices, si sincères soient-elles pourtant (parfois), je ne suis pas dupe. S’abaissant à interpréter le rôle du sale mec dans sa gestion des relations. Celui de ces brutes ; bourreaux qui l’avaient tant malmenée jusqu’à la réduire comme peau de chagrin. Se nourrissant de sa lumière pour mieux l’éteindre tout en prétendant l’étreindre. Trop consumée pour être capable de communiquer sa lumière diffuse à travers le photophore fêlé.
C’est l’espoir qui disparaît quand la bougie se consume totalement avant d’avoir rallumé d’autres flammes. Métaphore de l’histoire de sa vie.
Collectionneuse, inatteignable et insensible. Je sais, moi, que c’est un leurre.
L’occasion de la pousser un peu plus dans ses retranchements est trop belle alors, pour la laisser passer. Je prends le risque de dédier une missive digitale pour provoquer sa réflexion. Étrange et tout aussi troublante.
Étrange, oui, j’en conviens, notamment parce que l’écriture m’engage à reprendre le vouvoiement de nos débuts. Troublante, parce que je n’aurais jamais imaginé qu’une histoire d’animaux lui ferait autant d’effet.
Vous êtes quelqu’un de bien, une amie à qui l’on tient1 ; et vous savez combien je vous admire. Pour tout ce que vous accomplissez, mais aussi pour cette manière si particulière que vous avez d’en parler ou de le taire. Vos phrases comme vos interlignes me vont bien, lorsque nous nous retrouvons en open-end.
Je ne me fais toutefois aucune illusion sur le fait que vous vous accordiez parfois quelques écarts de langage. Je suis sûr qu’en confiance avec une amie, vous usez de ces qualificatifs percutants, mais politiquement très incorrects qui donnent quelques couleurs aux exploits ou aux errements d’un récent amant.
Sincèrement, ne vous êtes-vous jamais retenue de qualifier de formidable étalon un amant gâté par la nature qui aurait délicieusement malmené vos muqueuses intimes ? Pourtant, l’expression est discriminante (pour les moins gâtés) et irrespectueuse pour le gâté, qui est d’abord un être masculin sensible avant d’être une bête de sexe. Même si, comme vous le dites, vous ne baisez bien qu’avec des mecs pour lesquels vous n’avez pas de considération.
D’ailleurs, sans vouloir vous contredire, savez-vous vraiment comment se comporte un étalon lors de la saillie ? Et la jument, comment s’y prend-elle pour chauffer le mâle ?
Il y a là lacune à combler. J’ai une amie vétérinaire, responsable des questions de reproduction dans un petit haras. Si vous voulez vivre cette expérience, elle ne verra aucun inconvénient à ce que je vous y invite, au cours de la prochaine saison de monte.
Je dois toutefois vous prévenir qu’on ne sort pas indemne d’un tel événement. La violence latente, l’exacerbation des instincts, la force brute et la puissance de la copulation équine n’ont à ma connaissance aucun équivalent dans le règne animal. Et surtout pas dans l’espèce humaine, n’en déplaise au plus fougueux de vos amants.
Ne m’en veuillez donc pas si à la place d’une vidéo qui rend mal compte de la réalité2, je préfère vous décrire en quelques mots ce qui va se passer. Ainsi préparée, vous pourrez à votre convenance vivre à quelque distance le bouleversement des sens qui pourrait se produire en vous. Ou, au contraire, m’offrir le partage de ces émotions en venant entre mes bras.
Au début, la jument est seule, attachée par un licol et entravée des postérieurs. Les joutes de séduction sont habituellement très vives. Même fortement en chaleur, la jument se rebiffe jusqu’à ce que l’étalon la maîtrise et la soumette. Les sabots postérieurs sont déferrés, mais les ruades peuvent être d’une extrême violence, voire mortelles dans de rares cas.
L’étalon qu’on amène peu après le sait instinctivement, ce qui ne diminue en rien sa libido, mais le rend prudent lors des premiers contacts. Néanmoins, dès qu’il a flairé la femelle et s’est rempli les naseaux de ses parfums génitaux, plus rien ne l’arrêtera.
Les plus expérimentés commencent par chercher la bonne ouverture et la meilleure prise pour fixer la jument au moment de forcer le passage de sa vulve de leur monstrueuse érection. Les novices se prennent des volées de coups qui ne font qu’exacerber leur désir.
L’issue des joutes est toutefois inéluctable. La jument se refuse en réalité pour mieux exciter le mâle. À moins qu’elle soit suitée par un poulain, qui risque de se placer dangereusement entre l’étalon et le cul de la jument, ce que le mâle ne tolère pas.
Lorsque tout se déroule comme prévu par la nature, les joutes sont ponctuées de cris stridents très particuliers, accompagnés de ruades. Les oreilles baissées, comme sous l’emprise d’une violente colère, la jument lâche de larges giclées d’urine qu’elle projette en l’air à grands coups de queue. Progressivement, l’atmosphère est saturée des phéromones et des effluves génitaux qui excitent l’étalon. Sous son ventre apparaît alors un sexe incroyablement long et raide, coiffé d’un gland énorme et champignonesque.
Poussé par son instinct et le bouillonnement de ses hormones, il n’est pas rare qu’il s’approche imprudemment de la jument. Si le contact ne lui convient pas, une nouvelle salve de ruades et d’esquives éloigne l’étalon. Il ne débande pas pour autant. Dans son état d’excitation, c’est à peine si son pénis ramollit et se met à balancer.
Si ses efforts ne sont pas couronnés de succès, l’étalon change de méthode. Plutôt qu’une approche brutale et dominatrice, il relève sa narine supérieure pour mieux intégrer les odeurs de sexe qui envahissent de plus en plus l’air ambiant, tout en frottant sa tête contre les postérieurs et la zone génitale de la jument. Ces contacts le font à nouveau formidablement bander, et le poussent instinctivement à sautiller en portant le poids de son corps sur ses postérieurs, comme au moment de copuler.
La jument connaît ces signes d’impatience. Les entraves ne suffisent cependant pas à lui ôter le plaisir de jouer encore à refuser les avances. Dans la nature, cela pourrait pousser deux mâles de force égale à se battre entre deux tentatives de saillie. Que le meilleur gagne !
Dans le même temps, comme pour brouiller les signaux érotiques, la jument ouvre et ferme rythmiquement sa vulve. Ce que le mâle découvre lorsqu’elle place sa queue de côté, comme un impudique aveu de son désir.
En réalité, jusqu’à ce que l’étalon la monte, elle va continuer à se refuser. Elle ne se campe sur ses quatre membres que lorsqu’il la domine de toute sa force et de sa fureur. Car finalement, après les longues minutes de séduction et d’excitation, vient le moment de l’impatience. Le pénis de l’étalon gonfle encore plus, son dos se tend, celui de la jument se creuse de moins en moins discrètement. Enfin, elle écarte ses postérieurs et accepte les approches du mâle en rut.
Alors, quelque chose se produit que seules les bêtes savent percevoir et qui permet enfin la saillie. Dès ce moment, tout est démesuré, d’une violence inouïe, d’une intensité bouleversante. Aussi bien la passivité de la jument perforée par le membre hypertrophié de l’étalon, que la formidable pénétration et les coups de reins qui accompagnent l’éjaculation.
Homme ou femme, on ne peut rester insensible à l’effort physique de la jument, qui porte tout le poids de l’étalon sur son dos. Ou à celui de l’étalon, qui fixe la jument avec ses antérieurs sitôt après s’être dressé sur ses postérieurs, tout en la mordant à l’encolure pour mieux manifester son emprise virile.
Malgré l’abondance de l’éjaculation, l’acte lui-même ne dure plus très longtemps. À part l’intensité des souffles au travers des naseaux dilatés, un dialogue de hennissements particuliers et la crispation spasmodique du dos du mâle et du ventre de la femelle, peu d’indices caractérisent le plaisir qu’ils pourraient prendre pendant l’acte. Seuls les secousses des crinières et les frissons qui traversent les corps lorsqu’ils se séparent laissent supposer une certaine satisfaction génitale.
À vous de juger à quelques autres signes qu’une connivence féminine pourrait vous permettre de percevoir, si l’étalon a su donner autant de plaisir à sa jument, que votre fougueux amant ne vous en a offert.
Un mot encore concernant les effets potentiels d’une telle saillie sur la libido humaine. La dernière fois que je suis allé dans le haras, au moment de sortir, j’ai entendu des bruits étranges dans un box au fond du couloir de l’écurie où était retourné l’étalon. Je me suis approché pour vérifier que tout était en ordre. J’ai alors découvert la jeune vétérinaire aux prises avec un des palefreniers. Aux prises, c’est-à-dire, pour elle, la jupe relevée jusqu’au ventre, pour lui le pantalon descendu sur ses bottes d’équitation. Elle venait visiblement de lui coller une baffe, et se préparait à une ruade en direction de son bas-ventre. Ce qui ne l’empêchait pas d’arborer une superbe et volumineuse érection.
J’ai cru un bref instant à un abus sexuel, mais rapidement l’attitude de la fille et le regard amoureux du gars m’ont convaincu du contraire. C’est bien elle qui le cherchait et l’excitait par ses rebuffades, comme la jument quelques minutes auparavant. Chacun sa manière de trouver son plaisir.
Après quelques tentatives de coups de pied et de gifles, le palefrenier arriva à bloquer une jambe de la vétérinaire, à la faire basculer puis tomber, le ventre contre une botte de paille.
Bien que moins intense que la saillie précédente, cette copulation n’en fut pas moins fougueuse et voluptueuse, si j’en crois les expressions salaces que la belle proféra jusqu’à l’orgasme simultané dont ils ont profité au débotté.
La jeune vétérinaire m’a avoué plus tard qu’elle avait remarqué ma présence, ce qui avait accéléré son plaisir et augmenté son intensité. En reproduction équine, on appelle souffleur le cheval castré qui prépare et teste la jument, pour épargner des efforts aux étalons de grande valeur.
Je prends sa remarque pour un compliment. D’autant plus que depuis ce jour-là, elle est particulièrement attentionnée à mon égard et me gratifie de charmantes marques de tendresse.
Quel que soit le déroulement de la saillie, je suis sûr qu’une telle scène ne vous laisserait pas indifférente. Viendrez-vous avec moi dans ce lieu de pure animalité ? Accepterez-vous ensuite de m’avouer vos émotions, en plein jour ? Ou vous sentiriez-vous plus à l’aise rue Quincampoix, « Dans le noir » ?
Un mot encore. Ne vous formalisez pas, si, lors de votre visite, elle prétend avoir choisi un étalon « à la saillie particulièrement élégante comme votre ami » pour vous faire découvrir la vie sexuelle des chevaux.
Je vous assure que je n’ai pas couché avec elle. Enfin, pas vraiment. J’ai juste un peu mordillé sa nuque. Mais de cela, je ne parlerai avec vous qu’une fois la nuit tombée.
La hardiesse suggestive et inhabituelle de Vincent m’impose une pause de quelques semaines, sous couvert de nos nombreuses activités respectives.
Finalement, j’accepte de nous revoir.
J’avoue avoir hésité, tant je sens qu’il y a une sorte de précipitation de l’instant, provoquée par l’émotion encore émergente à la lecture de son dernier texte. Il n’y a que de mauvaises décisions lorsqu’elles sont le fruit d’émotions débordantes.
Mais je sais Vincent assez respectueux de mes émotions pour ne pas dépasser les limites que je sentirais nécessaires à fixer. Il sait que mon humeur peut changer du tout au tout, qu’une phrase peut bousculer mes défenses et que j’ai alors besoin de me retirer dans ma bulle pour me protéger.
En vrai, Vincent est peut-être le seul homme que j’accepterais à proximité de cette bulle. Un Janus capable de me pousser dans mes derniers retranchements en me décrivant telle qu’il me voit, avec une insupportable clairvoyance, mais en même temps de m’y accompagner avec légèreté.
Plutôt que de lui envoyer ma réponse à son texte cavalier, je la lui fais lire dans le restaurant où nous nous sommes donné rendez-vous ; île de la Cité.
Il lui prête des dons de guérisseuse de charme. D’apprentie marabout. L’est-elle ?
Elle shoppait sur le site de la pomme croquée du péché divin. Il faisait du lèche-vitrine. Se défendre d’en être fan la laisse dubitative quand il passe ses quasi-journées sous le statut « en ligne » ou « occupé ». Qu’importe, elle n’est pas exclusive. On est #MMM ou pas.
Et puis, pour lui, c’est vacances, hamac, bouquin, casino et cul dans l’eau avec les copains. Alors…
Les lunettes et Céline lui confèrent un côté intello. Elle aime.
Il a le crâne dégarni, mais la tête plutôt bien remplie. Autant de bons points pour exciter une cérébrale sapio sur les bords, qui n’a d’autre genre que l’improbable, pourvu qu’il soit grand, élancé au physique athlétique.
S’agissant de ce critère, elle l’apprécie sur sa galerie ; son book privé. Elle fond devant ses plaquettes de chocolat et ses bras de malabar.
Dès lors, elle s’imagine embarquée dans des étreintes musclées.
À l’esprit dont il sait faire preuve, il lui promet du spiritueux ; présageant de belles soirées endiablées. Il faut dire que les métis antillais ont une sacrée réputation.
Ça lui vaut le bénéfice du doute pour le reste : il est coincé du dos (pas du cul… OUF !!!). Le pauvre… Il se jure de consulter un rebouteux, à défaut d’une diseuse de Bonne Aventure.
Ça compromet les galipettes dont elle se faisait déjà une fête. Mais qu’importe. Elle maîtrise l’art du fantasme virtuel et s’en fait un sex-toy ; en attendant le réel.
Il la provoque, la confronte. Toujours, il voudrait une photo de plus. Presque toujours, elle refuse. C’est tellement cliché… Elle a failli laisser tomber ; trop compliqué. D’autant qu’au fil de leurs échanges, il se révèle en instance de divorce contre un profil « célibataire » déclaré.
Ce qu’elle préfère, elle, ce sont les hommes libres aux sens propre et figuré. Les maqués, elle a déjà donné.
Et puis, ils ne parlent pas toujours le même langage.
Il s’en est fallu d’un mot de trop, tandis qu’elle ironisait sur son verbe littéraire malhabile d’un « Oh oui, parle-moi comme un livre ! ».
Il se vexe ; lui file la bile d’un « Poufiasssssse » qu’il tente de mettre sur le compte d’une mauvaise blague cryptée.
C’en serait définitivement resté là, pour elle, si de remords il n’avait eu.
Des kilomètres d’excuses, contre les 8000 qui les séparaient. Il se disait l’âme déchirée, parce qu’il l’avait déjà dans la peau.
Pour elle, c’en était trop. Elle ne sait pas faire avec les grandes déclarations. Surtout lorsqu’elles n’ont pas de sens. Elle manque de le ghoster. Le blacklister. Se sentant harcelée.
Tout ce qu’elle veut, elle, c’est la paix !
Silence…
De son cœur ou de sa raison, elle ignore ce qui l’a emporté.
De curiosité, de recul, elle fait preuve. Par écrit, la nuance est complexe, elle en convient. Son désir de lui revient avec la deuxième chance, concédant qu’un dérapage est vite arrivé quand on ne maîtrise pas l’exercice de la langue de Voltaire du bout des doigts. C’était son cas à lui ; bien qu’il sache donner le change.
Et ce, malgré son bafouillage scriptural, parfois incompréhensible, illisible à en faire saigner les yeux.
À croire qu’il écrivait de la main gauche sur son smartphone, tandis qu’il s’astiquait de l’autre. Quand on est droitier ; c’est ballot !
À l’honneur du billet doux, il opte pour un « petit billet d’humeur sur le marabout ».
Il prétend que sa prose lui fait du bien. Libère son chakra racine (surtout le sacré).
Elle note, satisfaite, que depuis l’épisode de l’absence et du silence radio, il craint de déborder dans le vulgaire. Il fait des efforts.
À la sorcellerie des têtes et pattes de poulet, elle préfère confectionner une poupée vaudou du genre Jack Rabbit, histoire de conjurer son mauvais sort et tenter une guérison des plus rapides. Plus vite il sera rentré ; plus vite elle sera fixée.
Il lui manquait juste un échantillon pilaire, pour parfaire le rite.
Il paraît que la pensée a un pouvoir sur la matière. C’est scientifiquement prouvé. De la science, ça tombe bien, elle en a ; elle expérimente ; elle « expérience ».
Après tout, dans « dubitative », il y a « b… » qu’il voudrait qu’elle goûte, ses yeux goulus plantés de plaisir dans les siens. Sa main empoignant ses cheveux, et tout et tout.
Sa chatte humide, il voudrait bien y goûter aussi, s’y tremper les doigts et peut-être même aussi sa queue.
S’en faire son amante ? Simple supposition de superposition/d’imbrication charnelle/érotique/hygiénique.
Et puis, pour les langues, voyager lui a confirmé, à elle, que ça s’apprend ; pourvu qu’on soit magnanime et habile de ses doigts. Parler avec les mains, c’est très méditerranéen. Justement, elle a ça aussi dans le sang.
En attendant, il lui promet un moment enivrant, comme elle en est friande. Au pire, elle parie qu’elle en gardera des saveurs de rhum arrangé sur les lèvres, la langue et le palais. Elle se dit que ce sera toujours ça de « prix » !
Elle est joueuse : soit elle gagne ; soit elle apprend.
La lecture terminée, je trouve nécessaire de préciser que la verve de ces dernières lignes était le fruit d’un récent échange, dans lequel l’intéressé s’était targué de louvoyer sur le site de rencontre, comme un prédateur à l’affût de sa proie.
Vincent poursuit dans le registre de la provoc, d’un air mutin :
Et de poursuivre :
C’était ignare, j’en conviens. De mauvaise foi surtout ! Mon orgueil du dernier mot gagnerait à s’abstenir plus souvent.
Revient alors à mon esprit sa démonstration détaillée au sujet du rituel animal avant la saillie. Son approche digne d’un animaliste quant à la parade nuptiale et la charge phéromonale ambiante, avant l’intensité de l’accouplement. Brutal, furtif.
Je fuis la virilité primate et animale. Celle-là même qui sert de faire-valoir, quand les mecs ne savent rien faire d’autre que de buriner jusqu’au geyser. En général, c’est expédié comme un lapin sur sa lapine. Et encore ! Quand Popol fonctionne… Sûre qu’Alain de Loin de « Tournez Ménage » s’en sortirait aussi bien !
Trop peu pour moi. C’est sans compter les grandes déclarations, qui tombent à défaut d’excuses, quand ils n’affichent pas de dédain pour la femelle qu’ils ont souillée. S’ils arrivent au bout ! Combien de fois ai-je entendu dire : « tu vas me quitter » ; « je ne te mérite pas » ; « tu es trop gentille » ; « mais avec tous les mecs que tu as eus »… ? Me prêter des conquêtes à la pelle, quand ils craignent de prendre un râteau ?
Ne s’accroche-t-on pas aux branches comme on peut, quand on est à court de crédit ? Bien moins habiles que les singes sur les cimes des arbres, si tant est qu’ils ne soient pas piégés sur un Araucaria araucana.
Narcissiques, le concept du « tu qui tue », ils maîtrisent.
Comment croire alors que ces « Êtres », d’un genre fauve qui me dégoûte puissent avoir une fibre sensible qui soit autre chose que de l’orgueil à l’affût de l’antilope ?
Nulle gazelle. La belle est stimulée par le complexe, par le compliqué. Il y a des actes qui se passent de mots.
Punchline. Uppercut. Clap de fin. Next !
C’est pour ça que je compte plus « d’improbables » que d’étalons à mon actif. Parce que les intellos/les cérébraux, c’est ma came.
Quoi qu’en pense Vincent, j’ai bien moins la connaissance des hommes que de l’Homme dans son humanité.
Pourtant, je me débrouille assez bien si je veux, dans le registre animal. Depuis l’apprêt, jusqu’aux préliminaires. En mode séduction : souligner ma silhouette et valoriser mes courbes, du haut de mes escarpins Louboutins douze centimètres. Avec mes cuissardes, ça me confère une allure de jument. Nul licol, c’est moi qui chasse. Dominatrice. Froidement sexy. Je chevauche.
De simplement mettre des mots sur la réalité de ma sensibilité plutôt que de dérouter en brouillant les pistes de celui qui voudrait prendre le soin et la patience de toucher là où ça fait des papillons dans le ventre.
Je m’esclaffe !
Vincent fait mouche !
Je suis alors déchirée par des sentiments contradictoires. Cette nuit, à l’instant, j’ai justement envie de fermer les yeux. Sous ses baisers par exemple. Mais en même temps, je ne peux évacuer de possibles conséquences douloureuses. Pour lui comme pour moi.
Un ange passe. La gêne s’installe soudain… Je l’évacue en proposant une promenade digestive.
Ces quelques évocations envolées, nous errons côte à côte, dans les rues de l’Île de la Cité. Nous passons devant Berthillon où nous nous arrêtons pour nous délecter silencieusement d’un sorbet, avant de revenir par la Fontaine de la Vierge puis sur le square du Vert Galant. Paris magique. Une brève halte sur le Pont-Neuf…
Je dois reprendre mon dernier métro. Et pourtant… Profiter encore de l’instant présent. Jusqu’où ?
Il me regarde, comme un serpent bénéfique, mais néanmoins hypnotisant. Un long frisson me traverse et me sort de la trop douce torpeur qui menace.
Célia veut finalement m’accompagner à pied jusqu’à mon hôtel. Mi-superstitieux, mi-nostalgique, sans savoir où nous mèneraient nos retrouvailles, j’avais réservé il y a quelque temps la chambre 26. Celle où nous avions passé une nuit troublante il y a cinq ans3.
Dans un de ses textos, Célia a toutefois précisé qu’elle ne resterait pas pour la nuit. Elle l’a même posé comme condition à un rendez-vous. Je comprends ses raisons, c’est une sage décision. Mais à l’instant, l’idée de la voir partir me rend triste. Nous allons rompre un fil qui nous a étroitement liés au cours des dernières heures. Nous avons repris notre conversation quasiment là où nous l’avions interrompue à l’époque. Nous confiant en face-à-face comme nous en avons retrouvé l’habitude par courriels depuis quelques semaines. Nous aurions encore tant à partager.
Alors que nous nous sommes retenus de tout contact physique au cours de la soirée, Célia s’approche de moi et prend mes mains dans les siennes. Elle ferme les yeux, comme pour mieux ressentir la douceur et la chaleur de nos épidermes.
Puis sans lâcher ma main, dans un de ces gestes spontanés et impulsifs qui la caractérisent, elle m’entraîne à sa suite jusqu’au deuxième étage.
Devant la porte de la chambre, elle met ses bras autour de mon cou.
J’embrasse les lèvres qu’elle m’offre en guise de signature au bas de cet étrange et inattendu contrat. Puis nous passons la porte.
Dans le noir, nous nous déshabillons mutuellement, nous nous caressons, nous nous embrassons longuement.
Toujours en silence, nous partageons une douche très chaude et nous nous découvrons à tâtons, corps contre corps, fesses contre ventre, érection contre moiteur intime, pointes des seins au creux des mains.
De retour dans la chambre, sur le lit, elle prend l’initiative et me guide d’impertinence en impertinence jusqu’à ses intimes limites. Ses gémissements approbateurs me poussent à les dépasser. Dix fois pourtant elle repousse mes assauts, onze fois je l’amène au bord du plaisir, juste au bord, sans jamais dépasser la limite.
Nous sommes maintenant flanc contre flanc, essoufflés, excités, nos corps en attente d’une conjonction plus intense pour laquelle de nouvelles règles de jeu s’imposent.
ooo000ooo
1. ↑ https : //www.youtube.com/watch ? v=Bo16qG-a9WM
2. ↑ https : //www.dailymotion.com/video/x5u9gd
3. ↑ http : //revebebe.free.fr/histoires/rvb155/reve15564.html#txt5