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06/11/23
Résumé:  Deux élèves en architecture navale s’aiment et enterrent leur vie de célibataire. Un faux-semblant va tout gâcher.
Critères:  jeunes école bateau
Auteur : Briard      Envoi mini-message

Série : Faux-semblant

Chapitre 04 / 04
Faux-semblant

Résumé des épisodes précédents :

Deux élèves en architecture navale s’aiment et enterrent leur vie de célibataire. Un faux-semblant va tout gâcher.




Partie 4


L’été fut consacré au passage du permis de conduire et à quelques régates en catamaran. Ils empruntèrent chacun de quoi s’offrir une première voiture, après avoir consacré le produit de la vente de leurs scooters comme apport.

Lisa opta pour une e-208 vert menthe, Dylan préférant une e-Golf bicolore turquoise et noire. La rentrée arriva vite et ils s’installèrent rapidement dans leur chambre de pensionnat au Lycée Naval de Brest.

La vie brestoise fut assez rapidement adoptée par les deux tourtereaux et le rythme scolaire également. Trente heures dont vingt de Maths et Physique-Chimie sur quatre jours, leur laissaient le mercredi et le samedi pour rejoindre Navale Composite et superviser l’avancement des travaux de construction des cinq voiliers. Le lycée avait validé les stages avec l’entreprise qui se réjouissait d’avoir ses deux futurs architectes aussi disponibles.

Les vacances d’été entre la première et la seconde année de prépa furent consacrées aux révisions et à quelques régates qui leur permirent de consolider leur réputation de navigateurs redoutables.

La seconde année fut un peu plus chargée en horaires, puisque les trente-cinq heures de cours se répartissaient en trois jours de neuf heures et le vendredi de huit.

Ils découvraient la vie de couple, et, avec elle, apprenaient à se connaître un peu plus chaque jour. Elle s’aperçut qu’il s’impliquait totalement dans tout ce qu’il entreprenait, que ce soient les tâches ménagères, comme le travail lié au cours ou bien encore dans le suivi de la construction des voiliers.

Elle décela chez lui un souci de l’achèvement de tout ce qu’il entreprenait. Il ne lâchait jamais rien en cours de route, il allait au bout des choses. Elle aimait qu’il soit précis, méticuleux, attentif aux moindres détails.

De son côté, Dylan compris rapidement à quel point elle était mûre pour la vie à deux, combien elle savait déjà gérer son quotidien, son « chez nous » comme elle disait.

Elle aimait que chaque chose soit bien à sa place, détestait le désordre, tout autant que l’imprévu. Il se rendit compte que sa vie était rythmée par un agenda d’occupation du temps

permanent.

Tout était « calendé », organisé, méticuleusement préparé. Pas de place pour le contretemps, l’imprévisible, l’incertain. Même le temps libre avait sa place dans l’organisation de son temps. Rien ne devait être dû au hasard, tout devait être programmé.

Elle admirait son sens de la répartie et son petit air de « je ne suis surpris en aucune façon » ; sa façon de rester maître de lui-même et des événements en toutes circonstances.

Elle aimait son aplomb, même quand elle savait à quel point il était en défaut. Elle adorait plus que tous les jeux de mots interminables dans lesquels il l’embarquait parfois quand il lui prenait l’envie de tourner les choses en dérision.

Elle était aux anges quand il la taquinait et l’agaçait pour la ranger à son avis, qu’elle partageait déjà, mais dont elle soutenait le contraire juste pour le faire enrager.

De son côté, il avait vite compris qu’elle fonctionnait à l’affect, et que chaque situation conflictuelle la mettait dans tous ses états. Aussi, leurs différends se réglaient toujours après un petit instant de réflexion et de longs moments de réconciliation, souvent ponctués de séances de baisers plus enflammés les uns que les autres.

Elle ne restait jamais longtemps fâchée, détestait bouder, et savait reconnaître ses torts. Les différences de point de vue devaient faire l’objet d’un débat, argumenté, passionnel, mais toujours loyal et honnête.

Il appréciait qu’elle le consulte sur les vêtements qu’elle devait porter en telle ou telle occasion, et adorait les séances d’essayage, juste pour la voir évoluer tel un mannequin devant lui. Elle guettait, chaque matin, le moment où, rasé de près, il viendrait frotter sa joue contre la sienne, pour lui faire sentir l’eau de toilette qu’il avait choisi de porter.

Elle adorait plus que tout le voir évoluer nu, juste après la douche, cherchant quels habits il allait prendre, et ne résistait pas au plaisir de lui claquer amoureusement les fesses à chaque fois qu’il passait à sa portée.

Ils aimaient passer du temps à programmer leur semaine, que ce soit pour les repas du soir, les rares moments de temps libres, les quelques courses ou, simplement, pour les programmes télé qu’ils envisageaient de regarder ensemble.


Il leur arrivait de se promener dans le parc du lycée, à la tombée de la nuit ou de flâner main dans la main le long de la route de la corniche.

Leur couple devint la coqueluche du lycée et le point de mire de la quasi-totalité des élèves. Chaque trimestre faisait l’objet d’un classement des élèves de prépa qui était affiché sous le préau du bâtiment principal.

Dès le premier trimestre, deux élèves se détachèrent, quant à leur moyenne, frisant les dix-huit sur vingt, alors que le gros du peloton flirtait plutôt avec les dix-douze. Lisa l’emporta en décembre la première année et Dylan lui offrit une paire de boucles d’oreilles celtiques arbre de vie argent.

Le trimestre suivant, c’est lui qui trôna et elle lui offrit une coque de mobile personnalisée. Les trimestres se succédèrent et le classement vit une alternance régulière, sans que cela contrarie l’impressionnant écart de moyenne avec le reste des élèves du Lycée.

Le passage en seconde année, en Prépa MP, fut une formalité pour le couple tant leurs résultats dépassaient, et de loin, les meilleures moyennes de l’histoire de l’établissement.

À la mi-février, ils constituèrent leur dossier de candidature pour l’ENSTA Brest, pour la formation des ingénieurs architectes Navale et Offshore en alternance. Une fois recueillis les documents nécessaires, ils prirent rendez-vous avec le directeur du Lycée pour lui remettre leur demande d’avis de poursuites d’études.

Le CV et les résultats déjà obtenus leur permirent de valider la dernière pièce des dossiers et c’est fiers et heureux qu’ils consolidèrent leur inscription en ligne.

À la fin des vacances d’avril, ils reçurent leur avis de sélection pour la prestigieuse école. Ils savaient qu’ils partaient pour trois ans de cours à l’université et de travail au bureau d’études de Naval Composites à l’étude d’un projet de création et de construction d’un trimaran de compétition et de plaisance.

Cette formation permettait aux apprentis de bénéficier d’un salaire et se déroulait au sein d’un complexe de sept hectares avec des conditions de logement très confortables.

La seconde année de prépa se termina comme dans un rêve pour nos deux futurs élèves ingénieurs. Corenthin qui avait suivi un DUT de gestion partait rejoindre l’entreprise familiale et c’est le cœur gros qu’il dit au revoir à ses deux amis, leur jurant de garder le contact et de se revoir le plus souvent possible.

Les travaux de leur voilier avançaient et Hervé, le patron de l’entreprise leur annonça une bonne nouvelle. Le calendrier était respecté et la première mise à l’eau pourrait avoir lieu avant la fin de l’été.

Ils passèrent celui-ci à cheval entre les sorties en mer, les cours au cercle nautique et l’atelier de construction.

Comme convenu, c’est sous les regards de toute une région qu’ils baptisèrent tous les deux leur voilier. Ils dévoilèrent son nom « Unaniezh » (Union en breton) au public venu nombreux assister à cet événement et frappèrent sa coque avec une bouteille de champagne selon la tradition.

Le bateau dévala la rampe et plongea bruyamment à l’eau. Ils prirent le zodiac d’Hervé et le rejoignirent rapidement, grimpèrent à l’échelle et prirent enfin les commandes. Lisa hissa les voiles pendant que Dylan les tendait.

Ils posèrent chacun une main sur le gouvernail et saluèrent la foule amassée sur le port. Leur première virée les vit prendre le navire en main et partir joyeusement dans la direction de Belle-Île-en-Mer.

Ils atteignirent progressivement cinq nœuds et stabilisèrent la vitesse pour faire toutes les vérifications d’usage avant de pousser un peu le voilier pour voir ce qu’il avait dans le ventre. Une fois au large, Lisa prit seule les commandes et l’amena rapidement à la vitesse de dix nœuds. La journée avait été bien choisie, car le vent soufflait à cinq Beaufort et même à six par moments.



Elle lui fit tendre les voiles et l’allure augmenta rapidement pour atteindre trente-cinq nœuds.



Il embraqua l’écoute à lui et la fixa. L’allure grimpa encore et atteignit quarante nœuds.



Il la rejoignit à la barre, se pencha et l’embrassa sous le vent. Elle le regarda dans les yeux.



Les trois années de formation d’ingénieur affermirent leurs connaissances, leur savoir-faire professionnel et leur amour.

Au début du mois de mars de leur troisième année, ils commencèrent à compléter leur dossier d’inscription pour le Master Spécialisé Ingénierie Marine et Offshore. Ils s’étaient préinscrits en ligne en octobre de l’année précédente.

L’ENSTA était jumelée avec onze autres écoles dans le monde. Deux aux USA, Seattle et Providence, deux en Australie, Adélaïde et Brisbane, deux en Nouvelle-Zélande, Auckland et Christchurch, deux au Royaume-Uni, Aberdeen et Brighton, une en Suède à Göteborg, une en Norvège à Bergen, une en Finlande à Turku, une au Danemark à Malmö, et une aux Pays-Bas à La Haye.

Les dossiers d’inscription et les cursus étaient communs et un élève devait, pour être admis, avoir priorisé trois sites. Le jury sélectionnait une première moitié d’élèves parmi les autochtones et une seconde moitié parmi les candidats du monde entier, suivant un classement très strict des dossiers basés sur un barème de points complexe.

Fin mai, chaque élève admis connaissait son lieu de destination et avait deux mois pour faire appel et proposer une autre école.

À la mi-juin, les résultats de l’année tombèrent en même temps que le relevé d’avis du jury. Ex æquo avec 18,5 de moyenne, ils étaient admis en Master 2 à Brest, mais étaient également pressentis admissibles pour leurs deux autres choix, Auckland et Adélaïde.

Plus que jamais désireux de se marier, ils décidèrent d’organiser eux-mêmes leurs enterrements séparés de vie de célibataire, le trente juin au soir, et réservèrent pour cela la salle de fitness pour elle et le grand hall de l’hôtel Center de Brest pour lui.

La sœur de Lisa, Anaïs « babysitterait » Dylan et le grand frère de Corenthin, Ronan, petit copain d’Anaïs, « babysitterait » Lisa. L’objet du baby-sitting était de s’assurer que chacun des deux serait frais et dispo pour leur mariage le lendemain.

La plupart des copains et copines de classe et d’enfance participèrent aux réjouissances. L’après-midi fut consacré à des jeux potaches, au Capucin en premier, où quelques énigmes avec gages leur furent proposées, puis sur le sentier de randonnée menant à la Pointe du Petit Minou où ils participèrent à une course au trésor et, enfin, à une course d’orientation aux cabanes de pêcheurs de Maison-Blanche.

Le soir arriva très vite. Les deux salles avaient été aménagées avec une scène et un coin buffet. Les deux futurs mariés furent mis sur la sellette avec radio-crochet, devinettes, mimes et autres jeux plus amusants les uns que les autres.

Vers vingt-trois heures trente, Dylan se rendit compte que la plupart de ses invités avaient forcé sur la bouteille et que l’ambiance était tombée à plat de son côté. Sans demander la permission à sa baby-sitter, partie se rafraîchir aux toilettes, il se rendit discrètement dans la salle de fitness pour voir comment se déroulait la soirée dans l’autre salle. Il pénétra à pas feutrés et se cacha derrière un petit monticule d’appareils de musculation, recouverts par une bâche, d’où il pouvait voir sans être vu.

Il vit Lisa, debout derrière un pupitre, qui répondait aux questions de ses amies assises sur plusieurs rangs de chaises face à la scène. Tout le monde avait l’air un peu éméché, particulièrement Lisa qui semblait plutôt bien imprégnée par l’alcool.

Il découvrit Corenthin, se promenant entre les rangées, faisant passer le micro à qui levait la main. Éloane le prit et interpella Lisa.



Elle prit appui de la main gauche sur le pupitre et leva sa main droite dans laquelle elle tenait une bouteille de Jack Daniels déjà bien entamée. Elle but une longue rasade, et s’essuya la bouche d’un revers de la main.



La salle l’interpella.



Elle but encore une longue rasade.



Corenthin était monté sur la scène pendant qu’elle parlait et se tenait juste derrière elle.



Elle but encore une rasade de whiskey.



Corenthin la retourna soudainement et la porta dans ses bras, puis se pencha vers le micro.



Il colla sa bouche à celle de Lisa et fit demi-tour puis descendit de scène par l’arrière et l’emporta vers les premières chambres.

Tout le monde se leva si bien que Dylan fut obligé de sortir de sa cachette pour voir ce qu’il se passait. Il vit Corenthin de dos, ouvrir la porte de la première chambre et y pénétrer, tout en continuant d’embrasser Lisa qui semblait ne pas se débattre.

Il sentit une terrible chaleur lui monter au visage et ses jambes trembler. Il allait tomber lorsqu’Anaïs, qui venait de le rejoindre, le retint et l’aida à s’asseoir.



Elle s’élança en courant, slaloma entre les chaises et les filles qui semblaient pétrifiées sur place, gravit en deux sauts les six marches de l’escalier, traversa l’estrade, redescendit de l’autre côté et emprunta le couloir.

Elle arriva devant la porte de la chambre où elle les avait vus entrer. Celle-ci était verrouillée de l’intérieur. Elle tambourina avec le poing.



Elle entendit du remue-ménage à l’intérieur. Elle frappa de nouveau à plusieurs reprises à la porte.



Le silence se fit dans la chambre et, après un temps qui lui parut très long, la porte s’ouvrit sur une Lisa en pleurs, le maquillage dégoulinant sur ses joues pleines de larmes noires.



Elle bouscula sa sœur et entra. Elle découvrit Corenthin gisant face contre terre, l’arrière du crâne rouge de sang.



Anaïs se pencha vers la tête du garçon. Elle tâta son crâne et sentit une énorme bosse sous ses doigts.



Elle posa son index sur sa carotide et sentit le pouls battre.



Elle se releva et alla dans la salle de bain. Elle ouvrit l’eau et trempa une des serviettes mises à disposition. Elle revint dans la chambre et nettoya consciencieusement l’entourage de la bosse. La serviette rougit rapidement et absorba tout le sang qui, heureusement, ne s’était pas répandu sur la moquette.

Elle fit plusieurs aller-retour vers la salle de bain pour remettre le jeune homme en état. Elle essaya de le réveiller, mais ne réussit qu’à le mettre sur le dos.

Il se mit aussitôt à ronfler fortement.



Elle lui donna quelques derniers coups d’essuie-mains et jugea qu’il était redevenu présentable. Elle remit la serviette dans l’autre pièce et aida sa petite sœur à se lever du lit où elle s’était allongée.

Elle l’entraîna à son tour dans la salle d’eau et lui mit le visage sous l’eau froide pour finir de la démaquiller et atténuer les effets de l’alcool. Au bout d’un bon quart d’heure, elle se releva d’elle-même et prit un drap de bain pour s’essuyer et finir d’enlever les restes de son maquillage. Anaïs l’aida quelques instants puis lui prit la serviette des mains.



Elles revinrent dans la salle où les attendaient leurs amies. Lisa se précipita vers elles.



Éloane la prit dans ses bras.

« Je crois qu’il est parti. Il est resté pas mal de temps à pleurer sur sa chaise, puis on l’a vu se lever et partir en courant vers la sortie de l’hôtel. »

Lisa attrapa la main de sa sœur et elles commencèrent à courir.



Elles arrivèrent sur le parking pour constater que sa voiture avait disparu. Lisa sortit son mobile et appela celui de son petit ami.



Anaïs prit les clés de la voiture de sa sœur et la conduisit à l’ENSTA. La chambre était vide. Le garçon était passé et avait emporté toutes ses affaires.



Elles prirent la route et arrivèrent environ deux heures plus tard au domicile des Nédélec. L’accueil fut glacial.



Anaïs prit la main de Lisa.



Elles prirent la route pour Arzon et y arrivèrent une demi-heure plus tard. Lisa ouvrit le portail et elles se précipitèrent à l’intérieur des deux ateliers vides de toute présence.



Elles coururent jusqu’à l’embarcadère et le découvrir vide. Le voilier avait disparu.



De nouveau, Lisa appela le jeune homme et tomba sur sa messagerie une fois de plus.

Elle s’assit à même le sol et éclata en sanglots ininterrompus.

Anaïs s’accroupit auprès de sa sœur.



Elles retournèrent à Lorient où elles se jetèrent dans leur lit.


Le lendemain, elles se rendirent à la gendarmerie pour signaler la disparition du garçon. Elles apprirent qu’un voilier en difficulté avait été vu au large de Belle Île et avait disparu des radars aux alentours de cinq heures du matin. Lisa fit un malaise et fut transportée aux urgences du CHU du Groupe Hospitalier Bretagne Sud de Lorient.

Elle rentra chez ses parents en fin de matinée pour apprendre que la disparition du jeune homme était devenue officielle, même si rien ne pouvait affirmer que le voilier disparu était celui de Dylan.


Lisa passa son été à naviguer dans la zone de mer autour de Belle-Île, mais sans succès.

Plus le temps passait, plus elle s’assombrissait et se muait dans une lypémanie sévère contre laquelle il ne semblait exister aucun remède.

Les recherches se poursuivirent jusqu’en début septembre puis furent définitivement abandonnées.


L’année scolaire reprit et elle se réfugia dans le travail. Elle avait mis fin au contrat avec Naval Composite et partageait, sans enthousiasme, un projet de port à sec avec Éloane.

Elle croisa, un week-end où elle était chez ses parents à Lorient, un Corenthin à la mine défaite qui venait aux nouvelles. Elle se précipita sur lui.



Elle la prit tout de même.



Elle referma la porte et monta pleurer dans sa chambre.


L’année scolaire s’acheva. Lisa termina brillamment première de sa promotion. Il était de tradition que la cérémonie de remise des diplômes d’architecte naval se déroule le même jour dans les douze écoles et que les douze directeurs affichent le montage des portraits du meilleur élève de chaque école.



La jeune fille s’avança. Elle allait arriver près du directeur lorsqu’apparurent les douze portraits. Un murmure s’éleva de la salle et elle leva les yeux vers l’écran. Elle se figea sur place, le regard rivé sur l’image puis, soudainement, s’écroula de tout son long sur le sol.



L’avion se posa tout en douceur sur l’asphalte de la piste, puis s’immobilisa. Lisa se précipita, valise en main, et courut vers la sortie de l’aéroport.

Elle court-circuita la file d’attente aux taxis et monta dans le premier d’entre eux. Elle demanda au chauffeur de prendre la direction de la péninsule de Te Atatu.

Le trajet ne prit que vingt-cinq minutes. Elle régla la course et se rua vers l’entrée de l’entreprise de construction navale Alloy Yachts, probablement la plus célèbre fabrique de bateaux de plaisance et de course du monde. Elle s’adressa à l’hôtesse d’accueil qui lui indiqua où se rendre.

Elle l’aperçut et eut un coup au cœur. Elle s’approcha du bureau et il leva les yeux. Il avait maigri, s’était laissé pousser une petite barbe, mais son regard, bien que triste, était toujours aussi beau.



Elle posa son PC portable devant lui.



Il lui demanda de sortir et d’attendre en bas au salon de réception des clients.

Il regarda la vidéo en silence. Quand il eut terminé, il se mit à réfléchir quelques instants. Il se leva et alla voir son patron.

Quand l’entretien fut terminé, il donna un coup de téléphone et alla sur le balcon de l’étage. Il appela Lisa et lui dit de rester dans le salon de réception et qu’elle l’attende, car il devait s’absenter une petite heure.

Le temps parut interminable pour la jeune femme.

Une heure trente plus tard, elle le vit enfin revenir. Il n’était plus en jeans, mais en costume, cravaté, rasé de près et beau comme un dieu.

Il entra, lui fit signe de se lever et de le suivre. Ils traversèrent la cour, franchir le portail.

Elle vit leur voilier arrimé au quai. Il grimpa sur le pont, se retourna et lui tendit la main. Il lui fit face jusqu’à la toucher.



Elle pleurait sans interruption. Lui aussi avait les yeux noyés de larmes. Il sortit deux mouchoirs de sa poche, lui en donna un et s’essuya avec l’autre.



Il lui prit les mains.



Elle le regardait intensément et tremblait de tout son corps.



Il sortit un document plié en quatre de sa poche revolver.



Il s’agenouilla, fouilla dans la poche de sa veste et en sortit un écrin en cuir bleu marine qu’il ouvrit pour laisser apparaître une bague de fiançailles sertie d’un superbe saphir taillé.



Lisa se mit à genou et noua ses mains derrière sa nuque.



Ils s’embrassèrent et scellèrent, de nouveau, mais pour toujours, cette fois, leur destin.