| n° 21811 | Fiche technique | 26608 caractères | 26608 4339 Temps de lecture estimé : 18 mn |
30/05/23 |
| Présentation: En présentant ces deux femmes de lettres, j’ai voulu mettre en avant leurs communs: elles firent scandale, étant diamétralement à l’opposé de la conception de la femme prônée par la société patriarcale de l’époque | ||||
Résumé: Le destin de deux femmes de lettres qui eurent en commun la gloire littéraire, l’engagement politique et une vie sentimentale agitée : Germaine de Staël, farouche opposante à Napoléon et George Sand, égérie du socialisme « utopique ». | ||||
Critères: #nonérotique #historique #personnages fh ff fbi fplusag extracon médical nympho laid(e)s hotel voyage amour dispute | ||||
| Auteur : OlgaT (Quadragénaire, j’aime mêler culture et érotisme) Envoi mini-message | ||||
| Collection : Histoires de femmes libres Numéro 13 |
Résumé des épisodes précédents :
Cette collection parle de femmes qui, par leur pensée, leurs écrits, la liberté de leurs mœurs, ont été des précurseurs dans l’Histoire.
Germaine de Staël (1766-1817) et George Sand (1804-1876) n’appartiennent pas à la même génération. Elles marquèrent pourtant autant l’une que l’autre le XIXe siècle de leur influence intellectuelle et politique, mais aussi choquèrent par la liberté de leurs mœurs. Ces deux intellectuelles furent l’antithèse du modèle patriarcal de la femme que Napoléon avait voulu graver dans le marbre du Code civil, privant les femmes de droits juridiques, faisant d’elles d’éternelles mineures soumises à l’autorité du père, puis du mari.
Elles furent également, l’une et l’autre, célèbres par les grandes passions qu’elles suscitèrent et vécurent : Germaine, par sa liaison orageuse avec le grand penseur libéral Benjamin Constant, George Sand par ses amours mythiques avec Musset, Michel de Bourges et Chopin. Elles eurent enfin la réputation d’être bisexuelles, Germaine de Staël du fait de sa proximité avec la belle Juliette Récamier, George Sand avec la comédienne Marie Dorval.
Germaine est la fille du célèbre Jacques Necker, riche banquier genevois et ministre de Louis XVI dont il fut le contrôleur général des finances à deux reprises.
La jeunesse de la jeune fille se passe au milieu des gens de lettres, qui fréquentent assidûment le salon de sa mère. Les Necker sont protestants et ne veulent pas d’un gendre catholique pour leur fille unique, qui de son côté rejette de nombreux prétendants. Parmi eux, figuraient le comte suédois Axel de Fersen, amant présumé de la reine Marie-Antoinette, le duc Georges-Auguste de Mecklembourg (1748-1785), ou encore William Pitt (1759-1806), futur Premier Ministre britannique, farouche adversaire de la Révolution française puis de Napoléon.
En 1786, Germaine finit par épouser le Baron Erik Magnus de Staël-Holstein (1749-1802), Ambassadeur de Suède en France de 1785 à 1793, poste qu’il occupera à nouveau en 1795-1796, puis de 1798 à 1799. Il s’agit évidemment d’un mariage arrangé, en aucun cas d’un mariage d’amour. Ce ne fut pas davantage un mariage heureux : le bonheur, Germaine tentera de le trouver ailleurs, sans d’ailleurs y parvenir réellement.
Le couple aura cinq enfants, mais la paternité du Baron a été contestée pour au moins trois d’entre eux. Le père du troisième enfant, Louis-Auguste, né en 1790, ainsi que celui du quatrième, Mattias, né en 1792, serait le comte de Narbonne. Albertine, née en 1798, serait, quant à elle, la fille de Benjamin Constant. Napoléon, s’érigeant en défenseur de la morale, ne manquera jamais de stigmatiser « l’inconduite » de son opposante.
Madame l’ambassadrice tint, comme le fit sa mère avant elle, un salon, où se bousculèrent des intellectuels et hommes politiques favorables aux idées nouvelles comme le Marquis de Lafayette, le Vicomte de Noailles (1756-1804), à l’origine de la « nuit du 4 août », le Marquis Stanislas de Clermont-Tonnerre, ou encore le philosophe et futur conventionnel Condorcet.
Germaine ne fit pas que tenir salon. Elle collectionna aussi les amants. Louis Marie de Narbonne-Lara (1755-1813), qui fut brièvement ministre de la Guerre de Louis XVI, fut sa première grande passion et, probablement le père de deux de ses enfants. Pendant cette période, Germaine fut aussi « très proche » de Mathieu de Montmorency-Laval (1766-1826), Député à la Constituante, mais aussi du célèbre Talleyrand. Après la rupture avec Narbonne, elle se consola dans les bras du comte suédois Adolph Ribbing (1765-1843).
En 1793, Germaine quitta la France pour l’Angleterre. Elle se réfugia ensuite en Suisse, où elle connut une idylle avec François de Pange (1764-1796), homme de lettres. Les sentiments de Germaine ne furent pas partagés. Ayant appris que sa cousine Anne-Louise de Domangeville avait échappé de peu à la guillotine et avait été libérée après la chute de Robespierre, Pange retourna en France et l’épousa.
Revenue à son tour en France, redevenue « Madame l’ambassadrice », Germaine publia, ses « Réflexions sur le procès de la Reine », plaidoyer en faveur de Marie-Antoinette à l’adresse des autres femmes, où elle dénonça les misères de la condition féminine.
Germaine, fascinée par le jeune général Bonaparte, s’imagina qu’elle puisse devenir son égérie, mais celui-ci répondit par une grande froideur à ses avances, alors qu’elle l’assaillait de questions :
Ça ne pouvait se passer que mal entre Napoléon, foncièrement misogyne, et cette femme de tête, de cœur, d’esprit et de talent. Ce fut le début d’une longue inimitié. Napoléon Bonaparte détesta Germaine, qu’il jugeait laide, prétentieuse et qui, au surplus, osait lui donner des leçons !
Sous le consulat, Madame de Staël, à partir de son salon et de ses écrits, devint l’âme de l’opposition libérale au régime. C’est elle qui incita son amant Benjamin Constant, membre du Tribunat, à prononcer devant cette assemblée un discours où il dénonça la naissance d’une nouvelle tyrannie.
Ses romans valurent à Germaine une grande célébrité, mais lui valent l’exil. La publication de « Delphine », en 1802, déplut vivement à Bonaparte. Ce roman dénonce ouvertement la régression à tous points de vue de la condition féminine, malgré la Révolution, les malheurs auxquels leur position dans la famille patriarcale condamne les femmes.
Dès octobre 1803, il lui fut interdit d’approcher Paris à moins de quarante lieues. Elle se réfugia alors au château de Coppet, en Suisse, propriété de Necker. Elle y reçut de nombreuses visites et voyagea à travers l’Europe. De ces années datent son roman « Corinne » (1807) et surtout un essai, « De l’Allemagne », terminé en 1810 et qui fut saisi par ordre de l’Empereur. La colère de l’empereur était à son comble. Exilée, Germaine se rendit en Russie, en Suède et en Angleterre. Partout, elle poussa les souverains contre Napoléon.
L’empereur aurait dit : « J’ai quatre ennemis, la Prusse, la Russie, l’Angleterre et Madame de Staël ».
Rentrée en France après l’abdication de 1814, elle ne s’opposa pourtant pas au soutien que Benjamin Constant apporta à l’empereur lors des Cent Jours, lorsqu’il rédigea « l’Acte additionnel aux Constitutions de l’empire. »
Germaine reprit ses salons. Devenue dépendante à l’opium, sa santé se dégrada rapidement et elle mourut le 14 juillet 1817.
Des nombreux amants de Madame de Staël, le plus célèbre fut Benjamin Constant (1767-1830), le grand penseur libéral. Le couple fut l’un des plus célèbres de l’histoire littéraire, un peu comme le sera, au XXe siècle, celui que formèrent Sartre et Beauvoir.
Constant et Madame de Staël se détestèrent aussitôt au moins autant qu’ils se fascinèrent. Leur amour romantique prit la forme d’une longue rupture. Vaudois et protestant comme elle, Constant ne pouvait vivre qu’à Paris. Ensemble, ils entreprirent, de fin 1803 au printemps 1804, un long et romantique voyage en Allemagne, décisif pour l’œuvre littéraire de Madame de Staël.
Mais la volonté de tout régenter de Madame de Staël, et les tromperies de Benjamin Constant, firent qu’ils se séparent, mettant fin à une liaison qui aura duré près de quatorze ans, après une demande en mariage que Madame de Staël refusa.
Germaine eut une ultime liaison avec un jeune colonel Albert de Rocca (1788-1817). Rocca rencontra, au printemps 1811 Germaine de Staël, qui, exilée de Paris par Napoléon, résidait dans son château de Coppet. Après avoir échangé avec lui une promesse de mariage en mai 1811, Madame de Staël mit secrètement au monde, le 7 avril 1812, un fils baptisé Louis-Alphonse Rocca. Elle avait alors près de quarante-six ans, ce qui était tout à fait exceptionnel à cette époque !
Germaine n‘était certes pas belle, elle manquait de grâce et d’élégance et, pourtant, elle ne cessa de séduire de jeunes hommes intelligents, beaux parfois. Parmi les autres amants de la femme de lettres, on cite aussi Prosper de Barante (1782-1866) écrivain et homme politique, dom Pedro de Souza, un diplomate portugais, le comte autrichien Maurice O’Donnel (1780-1843). Bref, Germaine avait du tempérament, capable de séduire des hommes bien plus jeunes qu’elle !
J’en terminerai en évoquant les relations entre Germaine de Staël et la belle Juliette Récamier (1777-1849), elle aussi femme de lettres, l’une des « trois Grâces » du Directoire avec Joséphine de Beauharnais et Madame Tallien.
Germaine et Juliette avaient en commun un mari plus âgé, qu’elles respectaient, mais pour qui elles n’éprouvaient aucun sentiment. Leurs vrais points communs furent les salons intellectuels dont elles étaient les reines et l’opposition à Napoléon, qui leur vaudra l’exil.
Germaine et Juliette furent, l’une et l’autre des séductrices. Elles furent aimées, l’une et l’autre, par Benjamin Constant.
Bien des choses les différenciaient cependant. Juliette fut réputée être la plus belle femme de son temps, alors que Germaine, qui collectionna pourtant les amants, n’était pas belle.
Alors qu’il est impossible de dénombrer les amants de Germaine, Juliette eut la réputation d’un bourreau du cœur de ses nombreux soupirants. On ne lui connaît d’ailleurs que deux grands amours, Auguste de Prusse et Chateaubriand.
L’amitié des deux femmes fut-elle particulière ? Dans son article « Le lesbianisme ou l’amour entre femmes dans l’histoire », la journaliste Marie Gasc écrit : « Le lesbianisme connaît une heure de gloire avec les amitiés romantiques. On peut notamment évoquer l’histoire entre Madame de Staël et Juliette Récamier. »
Elle considère ainsi comme acquise la bisexualité de Juliette et de Germaine. La belle Juliette aurait donc, elle aussi, succombé aussi au charme bien particulier de la fille de Necker. C’est aussi le point de vue de Julien Arbois dans son ouvrage « Dans le lit de nos ancêtres » (City éditions, 2016).
Ces deux intellectuelles, qui furent, avant l’heure, des féministes, revendiquèrent leur liberté sentimentale et sexuelle. Que ces deux amies aient pu pousser loin leur intimité n’est pas surprenant.
George Sand fit, elle aussi, scandale par sa vie amoureuse agitée, par le port d’une tenue vestimentaire masculine, combinée avec un pseudonyme masculin, qu’elle adopta dès 1829.
George Sand (1804-1876) s’appelait en fait Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil. Par son père, Aurore est l’arrière-petite-fille du célèbre maréchal Maurice de Saxe, le vainqueur de la bataille de Fontenoy (1745), sous le règne de Louis XV.
Son grand-père maternel fut maître oiselier, qui exerçait à Paris, sur le quai aux Oiseaux. Aurore avait ainsi deux origines sociales diamétralement opposées, qui expliquaient sa personnalité et son engagement politique à venir.
Son père, Maurice Dupin effectua, jusqu’en 1808, les guerres de la Révolution et de l’Empire. Lors de la campagne d’Italie, en 1800, il s’éprit de Sophie Victoire Delaborde, qui était alors la compagne d’un intendant affecté aux subsistances. Victoire suit Maurice à son retour en France. La mère de ce dernier, Marie-Aurore de Saxe, tenta en vain de s’opposer à leur mariage ; ce fut donc à son insu que, le 5 juin 1804, moins d’un mois avant la naissance de la future George Sand, le capitaine Maurice Dupin signa devant le maire du 2e arrondissement de Paris, l’acte de mariage avec Victoire.
Aurore grandit à Nohant, tout d’abord avec sa mère et sa grand-mère. George Sand resta attachée toute sa vie à Nohant et à sa campagne. La petite Aurore appréciait sa grand-mère, femme délicate et cultivée.
Le 5 octobre 1822, Aurore épousa Casimir Dudevant (1795-1871). Originaire d’une famille du Sud-Ouest, fils illégitime d’un officier, le Baron Jean-François Dudevant, mais reconnu par celui-ci, Casimir intégra la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr, avant de poursuivre des études de droit et de devenir avocat.
Les époux s’installèrent à Nohant. Aurore comprit rapidement que Casimir ne voyait en elle que la riche héritière. Aurore donna naissance à un fils, Maurice (1823-1889). En 1824, lors d’une soirée chez les Du Plessis, amis de la famille Dupin, Casimir gifla Aurore en public pour un motif futile. Aurore comprit que tout la séparait de cet époux, grossier et peu cultivé.
En juillet 1825, lors d’un voyage avec Casimir dans les Pyrénées, Aurore fit la connaissance d’Aurélien de Sèze, avocat de talent, substitut au tribunal de Bordeaux et neveu du défenseur de Louis XVI. Séduisant, intelligent, Aurélien conquit le cœur d’Aurore. Cette première histoire d’amour fut pourtant courte, passionnée et resta platonique.
Aurore, au cours de ses séjours à Nohant, de 1827 à 1828, devint la maîtresse de Stéphane Ajasson de Grandsagne (1802-1845), auteur et éditeur de livres de vulgarisation de physique, et d’astronomie, créateur d’une « bibliothèque populaire ». Stéphane fut le premier des nombreux amants de la future George Sand. Aurore mit au monde une fille, Solange (1828-1899), dont la paternité a été contestée, du fait de la liaison avec Stéphane, devenue de notoriété publique. Ce fut le premier d’une longue série de scandales.
Les choses se gâtèrent avec Casimir, qui s’adonnait à la boisson, se montrait de plus en plus odieux et ne se privait pas de coucher avec les servantes. Les époux firent dès lors chambre à part.
La situation s’aggrava quand Aurore rencontra un nouvel amant, un romancier, Jules Sandeau (1811-1883). Une nouvelle scène, en décembre 1830, rendit la rupture inévitable avec Casimir. Aurore s’établit à Paris. Dans un premier temps, Solange et Maurice restèrent auprès de leur père à Nohant. Une fois établie à Paris, Aurore fit venir sa fille chez elle et Casimir Dudevant se laissa convaincre, par la suite, de confier Maurice à sa mère.
À Paris, Aurore afficha publiquement sa liaison avec Jules Sandeau. Ensemble, ils commencèrent une carrière de journalistes au Figaro. Ils écrivirent en commun un roman, « Rose et Blanche », publié sous le pseudonyme de J. Sand.
Ce livre connut un certain succès, au point qu’un autre éditeur se présenta et commanda un prochain roman sous la même signature. Jules Sandeau, par modestie, refusa de revendiquer la paternité d’un livre auquel il était totalement étranger. Le nom de Sand fut alors conservé pour satisfaire l’éditeur et le prénom fut modifié pour distinguer les deux auteurs : Aurore prit celui de George. Sans le « s » final du prénom, elle joua sur l’ambiguïté et l’androgynie. Tous ses romans ultérieurs furent publiés sous le pseudonyme de George Sand, qu’elle adopta définitivement.
Au début de 1833, ce fut la rupture avec Jules Sandeau, coupable d’une infidélité. George Sand eut alors une brève relation avec l’écrivain Prosper Mérimée (1803-1870), qui s’avéra très décevante.
En janvier 1833, George Sand rencontra la comédienne Marie Dorval (1798-1849). Pour George Sand, ce fut un véritable coup de foudre.
Les correspondances que les deux femmes échangent semblent attester d’une amitié particulière. Ainsi le 18 mars 1833, George Sand écrivit à Marie Dorval : « Je ne peux vous voir aujourd’hui, ma chérie. Je n’ai pas tant de bonheur. Lundi, matin ou soir, au théâtre ou dans votre lit, il faudra que j’aille vous embrasser, madame, ou que je fasse quelque folie. Je travaille comme un forçat, ce sera ma récompense. Adieu, belle entre toutes » et Marie de lui répondre : « Vous êtes une méchante et je comptais bien sur le bonheur de vous avoir toute la soirée dans ma loge. Nous aurions vite dîné, à cinq heures, et nous serions parties ensemble. Voyons, tâchez. Je vous ai vue hier toute la soirée, je vous ai regardée sans rencontrer vos yeux. Vous aviez l’air d’une boudeuse. C’est moi qui viendrai vous voir demain matin. »
Cette relation fit beaucoup parler. Son ami, le critique Gustave Planche (1808-1857) écrivit à Sand de se méfier de cette « dangereuse amitié », tandis que le poète Alfred de Vigny, amant de Dorval, mit en garde la comédienne : « j’ai défendu à Marie de répondre à cette Sapho » !
En juin 1833, George Sand rencontra le poète Alfred de Musset (1810-1857). Fin juillet, ils devinrent amants et Musset s’installa chez George Sand.
La liaison avec Musset est le premier des célèbres amours romantiques qui viennent à l’esprit quand on pense à George Sand. Leur liaison tumultueuse fait inévitablement songer à ces vers de Musset, dans son poème « le Pélican » :
Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. »
Excepté l’amour de la littérature, ils n’avaient rien en commun. En plus, le poète est infidèle, alcoolique et drogué. Ensemble, ils partirent pour un voyage en Italie, en décembre 1833. Ce voyage inspira à Musset sa pièce « Lorenzaccio », considéré comme le chef-d’œuvre du drame romantique.
Ils firent une partie de la traversée en compagnie de Stendhal, rencontré à Marseille et qui rejoignait son poste de consul à Civitavecchia. À Gênes, George Sand tomba malade. Les amants parvinrent à Venise le 31 décembre 1833 et descendirent au célèbre hôtel Danieli.
George Sand, toujours souffrante, dut rester alitée deux semaines. Musset, quant à lui, s’adonnait à tous les plaisirs. George Sand, qui ne supportait plus les frasques du poète, lui interdit alors son lit. Alfred de Musset tomba gravement malade à son tour, atteint d’une fièvre accompagnée de crises de délire. Toujours amoureuse, George Sand resta à son chevet.
Elle fit appel à un jeune médecin, Pietro Pagello (1807-1898), qui diagnostiqua une fièvre typhoïde. C’est alors que George Sand s’éprit de Pagello, alors que la santé de Musset s’améliorait. La guérison de Musset assurée, Pagello lui avoua sa passion pour George Sand. Musset quitta alors Venise le 29 mars 1834 et rentra en France.
En août 1834, George Sand revint à Paris avec son nouvel amant, le docteur Pagello. Musset ne renonça pas et finit par obtenir une rencontre avec Sand. Elle le revit dès le 17 août. Ils essaient de s’éloigner l’un de l’autre et de quitter Paris le 24 août, Musset pour le Pays de Bade et Sand à Nohant. Quant à Pagello, il refusa de suivre sa maîtresse et reste dans la capitale. Depuis l’Allemagne, Musset envoyait des lettres enflammées à George Sand, qui renoua avec le poète à son retour en France, le 20 octobre 1834. Pagello, jaloux, repartit pour l’Italie.
La passion de Sand et de Musset était destructrice. Musset rompit le premier, le 9 novembre 1834 et ne répondait plus aux lettres de son amante. Celle-ci décida alors de couper sa magnifique chevelure et de lui envoyer cette preuve de son amour et de son chagrin.
Au début du mois de janvier 1835, Sand et Musset renouèrent, une fois de plus, leur idylle et le 14 janvier, Sand, triomphante, écrivit au poète Alfred Tattet (1809-1856), ami et confident de Musset : « Alfred est redevenu mon amant ». Leur relation se poursuivit, orageuse, marquée par des plaintes, des remontrances, des récriminations, jusqu’à leur rupture définitive le 6 mars 1835, mais, cette fois-ci, à l’initiative de George Sand.
Cette relation terrible et romantique inspira à George Sand les trois premières « Lettres d’un voyageur » et à Musset « La Confession d’un enfant du siècle ».
George Sand ne resta pas longtemps inconsolable. Elle reprit aussitôt sa vie de femme libre. Elle portait désormais une redingote, un pantalon et un chapeau. Elle écrivait jour et nuit. Elle continua à mener une vie mondaine et à recevoir d’illustres personnages de son siècle : Flaubert, Delacroix, Dumas. Certains devinrent ses amants le temps d’une nuit.
Les rapports avec son mari, Casimir Dudevant, se dégradèrent encore, à cause du train de vie dispendieux de Casimir. Des amis lui recommandèrent le célèbre avocat républicain Louis Michel, plus connu sous le pseudonyme de Michel de Bourges (1797-1853), pour obtenir une séparation définitive avec le baron Dudevant.
La séduction fut réciproque : en mai 1835, se retrouvant à Paris, ils devinrent amants. Avec Musset, la passion fut romantique. Avec Michel de Bourges, elle fut politique. Michel convertit George Sand, déjà sensible aux opinions républicaines, aux idées du socialisme utopique.
Michel gagna le procès en séparation de George Sand, au terme d’une longue procédure, le 16 février 1836. Il ne tint pas sa promesse de vivre avec elle, car, marié, il ne voulut pas quitter son épouse. Leur rupture intervint en juin 1837.
George Sand se réfugia alors dans des liaisons éphémères : Félicien Mallefille, le précepteur de son fils Maurice, l’écrivain suisse Charles Didier (1805-1864) ou l’acteur Pierre Bocage (1799-1862).
Malgré sa rupture avec Michel de Bourges, George Sand continua à défendre des idées socialistes, celles de Lamennais ou encore de Pierre Leroux.
C’est alors qu’elle vécut une nouvelle grande passion, en rencontrant, par l’intermédiaire de Franz Liszt et de Marie d’Agoult, le compositeur polonais Frédéric Chopin (1810-1849). Leur liaison commença au mois de juin 1838. George Sand et Frédéric Chopin, c’est en fait une histoire d’amour à sens unique. Elle aime les plaisirs de la chair, lui non. Leur liaison dura près de dix ans, alors que Chopin se montrait de plus en plus insupportable. Contrairement à la sensuelle George Sand, il était peu porté sur « la chose », comme elle l’écrivit à un ami, en 1847, une fois la rupture consommée : « Il y a sept ans que je vis avec lui comme une vierge. » Il mourra deux ans plus tard, elle lui survivra presque trente ans.
Très engagée dans la Révolution de 1848, George Sand tenta d’oublier Chopin et multiplia les conquêtes amoureuses. Incontestablement, la romancière aimait le sexe et elle ne pouvait s’en passer.
Une rencontre, en cette fin du mois de décembre 1849, à Nohant, bouleversa à nouveau sa vie. Son fils Maurice Sand lui présenta un ami, graveur et auteur dramatique, Alexandre Manceau (1817-1865).
Tout les séparait, en particulier l’âge et le milieu social. Pourtant, pendant quinze ans, Alexandre fut à la fois son amant et son secrétaire. Mais Alexandre contracta la tuberculose et mourut en août 1865.
George Sand, socialiste en 1848, rejoignit, en 1871 les écrivains qui condamnèrent la Commune de Paris. Elle se déclara choquée par les destructions, les incendies et les exécutions d’otages. Cette position resta incomprise : celle qui fut l’égérie du socialisme utopique devint alors la « Bonne Dame de Nohant ».
Libre-penseuse, féministe avant l’heure et longtemps socialiste convaincue, George Sand (1804-1876) ne peut ni se résumer à ses amours tumultueuses ni être réduite à la « Bonne Dame de Nohant »
Les attaques misogynes contre elle pendant sa vie furent virulentes, à l’image des frères Goncourt, qui la décrivaient comme « hermaphrodite ».
George Sand ne fut pas la seule femme de son époque à s’habiller en homme, ce qui lui facilitait l’accès aux fosses de théâtre, aux bibliothèques restreintes, aux procès publics. Dans son autobiographie « Histoire de ma vie », George Sand justifia le choix de sa tenue par sa situation financière : son mari ayant dans un premier temps conservé le contrôle de sa fortune et de sa propriété de Nohant, elle jugea plus économique et plus pratique de s’habiller en homme. Elle n’en resta pas moins une femme séduisante, qui ne dissimulait pas sa féminité : la veste était cintrée, elle moulait son buste et ses hanches.
Au regard de son époque, George Sand se singularisa par sa liberté de mœurs, le rejet du mariage, sa volonté farouche doublée d’une personnalité hors du commun.
Elle fit scandale non seulement par sa conduite, mais aussi par ses écrits : ses trois premiers romans, « Indiana », « Valentine » et « l’abominable Lélia », comme le qualifia le critique Jules Janin (1804-1874) dans le Journal des Débats, sont trois brûlots contre le mariage, dans lequel le mari est trompé, l’amant apparaît comme un lâche et la femme se révolte contre les conventions sociales et le pouvoir masculin. Plaidoyers féministes avant l’heure, ses romans plaident en faveur des ouvriers et des pauvres (« Le Compagnon du Tour de France ») et défendent la République.
Le paradoxe est que George Sand ne correspondait pas aux canons de la beauté qui régnaient à cette époque : elle était petite, avec un teint très mat, alors qu’il fallait au XIXe siècle qu’une femme fut pâle. Et pourtant, ses nombreuses conquêtes en attestent, elle était irrésistible.
Femme passionnée, muse du socialisme utopique et de la Révolution de 1848, George Sand fut une femme de conviction autant qu’une rebelle et une scandaleuse.
En présentant en parallèle ces deux femmes de lettres, j’ai voulu mettre en avant les traits communs de leurs caractères et de leurs parcours. Par leur mode de vie, en collectionnant les aventures sentimentales, elles firent scandale, étant diamétralement à l’opposé de la conception de la femme prônée par la société patriarcale de l’époque, telle que codifiée par Napoléon.
Il est évident que ces deux femmes de lettres ont toute leur place dans cette rubrique des « femmes libres ». J’ai jugé intéressant que leurs destins, du fait de traits communs, soient évoqués en parallèle. Que ce soit par leurs engagements politiques ou leurs vies personnelles, un mot résume à lui seul Germaine de Staël et George Sand : libres !
Pour ceux et celles qui voudraient aller plus loin, je les renvoie aux ouvrages et liens suivants :
1. Sur Madame de Staël :
Je recommande la lecture de :
• Une biographie : Michel Winock, « Madame de Staël », (Fayard, 2010).
• L’ouvrage de Laurence de Cambronne : « Madame de Staël, la femme qui faisait trembler Napoléon » (Allary Editions, 2015)
Sur internet :
• http://www.stael.org/qui-est-germaine-de-stael/
• https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/biographies/stael-germaine-de-necker-baronne-de-stael-holstein-anna-louise-germaine-1766-1817-ecrivain-et-femme-politique/
• https://www.actualitte.com/article/livres/tel-est-mon-caractere-telle-est-ma-nature-germaine-de-stael/83662
• http://www.racontemoilhistoire.com/2017/04/lesbianisme/
2. Sur George Sand :
Outre la récente biographie d’Ysabelle Lacamp : « George Sand, non aux préjugés » (Acte Sud junior, 2019), je signale sur Internet :
• https://vivreparis.fr/portrait-de-femme-qui-a-marque-paris-george-sand/
• http://georgesand.artiste.free.fr/pdf/Les%20amants.pdf
• https://www.pays-george-sand.com/decouvrir/terre-dinspiration/george-sand/
À suivre : (14) « Impératrices de Chine : sensualité, cruauté et ambitions »