| n° 21584 | Fiche technique | 26923 caractères | 26923 4410 Temps de lecture estimé : 18 mn |
04/03/23 |
Résumé: Surnommée « l’Autrichienne », la reine Marie-Antoinette fut au cœur des attaques au moment de la Révolution Française. Il ne s’agit pas ici de réhabiliter son rôle politique, mais de dénoncer les infâmes calomnies qu’elle a subies. | ||||
Critères: #nonérotique #historique f fh ff fbi extracon alliance nympho jardin danser fête | ||||
| Auteur : OlgaT (Quadragénaire, j’aime mêler culture et érotisme) Envoi mini-message | ||||
| Collection : Histoires de femmes libres Numéro 11 |
Cette collection parle de femmes qui, par leur pensée, leurs écrits, la liberté de leurs mœurs, ont été des précurseurs dans l’histoire.
Je reprends, après une interruption de plusieurs semaines, le fil de cette série de récits historiques, pour évoquer le destin d’une femme qui eut le malheur d’être reine.
***
Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine (1755-1793), épouse de Louis XVI, fut la cible des attaques les plus virulentes contre la monarchie. Ses adversaires l’ont affublé de nombreux surnoms : « l’Autrichienne », « Madame déficit », « Madame Veto » ou, pire encore, « L’autruchienne ».
Marie-Antoinette a été attaquée pour sa légèreté et ses folies dépensières, dans un royaume en banqueroute. Lui prêtant de nombreux vices, sa fidélité envers le roi fut mise en doute. On reprochera à Marie-Antoinette ses passions, à savoir le théâtre, la comédie, le jeu, la danse et la musique. Très vite, on critiquera ses toilettes, mais aussi ses bals et ses soirées dansantes chez ses amies ou ses beaux-frères. On considérait en particulier les bals masqués de l’Opéra comme particulièrement inconvenants pour une reine de France.
Marie-Antoinette fut une épouse qui a soutenu son mari, quand bien même elle lui a souvent donné de bien mauvais conseils. Elle fut aussi une mère, pour laquelle j’ai des sentiments de sympathie, de pitié et même de colère, face aux infâmes accusations colportées contre elle, lors de son procès.
Je n’entends pas réhabiliter la reine dans son rôle politique. Qu’elle fût largement calomniée dans sa vie personnelle est cependant une évidence.
***
Marie-Antoinette est la quinzième et avant-dernière enfant de l’empereur François Ier du Saint-Empire et de la grande Marie-Thérèse d’Autriche, qui régna à Vienne durant 40 ans, de 1740 à 1780.
Marie-Antoinette est blonde, avec des yeux bleu pâle. À son arrivée à Versailles, la jeune dauphine a déjà beaucoup de grâce. Sa portraitiste préférée, Elisabeth Vigée-Lebrun, dira que la future reine est « grande, admirablement faite » avec « des bras superbes ». Marie-Antoinette a reçu une éducation où le maintien, la danse, la musique et le paraître occupaient l’essentiel de son temps, ne bénéficiant, de ce fait, d’aucune éducation politique.
Un mariage avec le Dauphin de France doit concrétiser, aux yeux de l’impératrice Marie-Thérèse, l’alliance avec la France, qu’avait favorisée la Pompadour, mettant fin à une rivalité séculaire entre les deux dynasties. Le 16 mai 1770, Marie-Antoinette épouse donc le Dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI, qui n’a que 16 ans. En 1774, après le décès de Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoinette deviennent souverains à 20 ans. La reine Marie-Antoinette aurait prononcé ces mots prémonitoires : « Mon Dieu ! Protégez-nous, nous régnons trop jeunes ».
***
La première nuit et les suivantes furent un désastre et une immense frustration pour la jeune femme. La non-consommation du mariage, loin d’être une affaire privée, va rapidement devenir une affaire d’État. C’est en vain que Louis Auguste tente chaque nuit d’accomplir son devoir conjugal. Cette situation va durer sept ans. Peu romantique, Louis XVI se réfugie dans la chasse. Profondément frustrée, Marie-Antoinette s’étourdit de fêtes et tente d’oublier par ses relations avec ses favorites, la Lamballe et la Polignac. Les époux vivent dans des appartements séparés. Quand le roi « rend visite » à son épouse, cela se fait sous le regard de courtisans curieux, notamment par la traversée du salon de l’Œil-de-bœuf. L’éducation prude et pudibonde des deux jeunes époux ne les avait d’ailleurs guère préparés aux relations conjugales.
Les rumeurs vont bon train sur l’impuissance de Louis XVI ou la stérilité de Marie-Antoinette. Ces attaques sournoises sont d’ailleurs encouragées par le frère du roi, le comte de Provence, le futur Louis XVIII, qui se juge seul apte à gouverner. Le roi se révèle en fait inexpérimenté et intimidé par sa femme. Cette dernière, peu attirée par son époux, ne montre guère d’enthousiasme à accomplir le devoir conjugal.
Craignant que sa fille ne soit répudiée, Marie-Thérèse envoie son fils aîné Joseph II le 19 avril 1777 à la Cour de France, afin d’analyser au mieux la situation du couple. Selon les uns, Joseph a convaincu Louis XVI d’accepter une opération chirurgicale pour se débarrasser de son phimosis. Pour d’autres, il aurait réussi à lever les inhibitions de son beau-frère et aurait sermonné sa sœur.
Un an plus tard, le couple donne naissance à leur première fille, Marie-Thérèse-Charlotte, mais cette naissance tant attendue apparaît suspecte, la paternité de la princesse étant attribuée au comte d’Artois ou au duc de Coigny. Le couple royal aura au total quatre enfants : outre Marie-Thérèse Charlotte, « Madame Royale » (née en 1778), Louis-Joseph, le premier dauphin (né en 1781), Louis-Charles, l’enfant du Temple (né en 1785) et Marie-Sophie-Béatrice (née en 1786).
Cette longue attente, avant la consommation du mariage, a considérablement terni l’image du couple. Dès ce moment, les libelles, qui circulent sous le manteau, se moquent du roi et accusent la reine d’adultère. La reine devient, dès l’été 1777, la cible de chansons hostiles diffusées depuis Paris jusqu’à Versailles. Les pamphlets circulent, d’abord de courts textes pornographiques, puis des libelles de plus en plus orduriers. La reine est accusée d’avoir des amants (le comte d’Artois son beau-frère, le comte suédois Axel de Fersen) ou même d’entretenir des relations saphiques avec la duchesse de Polignac et la princesse de Lamballe). On lui reproche de gaspiller l’argent public en frivolités ou pour ses favoris et, déjà, de trahir la France, en étant au service de l’Autriche. Pour ces écrits qui circulent sous le manteau, Marie-Antoinette est une nymphomane perverse et insatiable, décrite comme une « prostituée babylonienne », une « infâme tribade » ayant l’habitude, à Trianon, d’épuiser quotidiennement plusieurs hommes et plusieurs femmes pour satisfaire sa « diabolique lubricité ».
L’affaire du collier de la reine (1785) va encore dégrader son image. Bien qu’innocente, elle sort de ce scandale, totalement déconsidérée auprès du peuple. Non seulement l’affront ne fut pas lavé, mais il donna lieu à une vaste campagne de désinformation. Les « Fake news » n’ont pas attendu les réseaux sociaux ! Marie-Antoinette réalise enfin combien elle est impopulaire et se décide à réduire ses dépenses. Trop tard : la reine est définitivement « Madame Déficit », accusée de tous les maux du royaume de France.
Le couple royal va vivre deux drames, avec la perte d’une de ses filles, en 1787, à l’âge de 11 mois, puis, au moment des États Généraux, en 1789, la mort du premier Dauphin, Louis-Joseph, à l’âge de 8 ans. On oublie généralement de dire que Marie-Antoinette prenait soin d’élever elle-même ses enfants et combien ceux-ci comptaient pour elle, alors qu’habituellement une reine s’en remettait aux nourrices et aux précepteurs.
***
Incontestablement, Marie-Antoinette eut une influence politique néfaste sur Louis XVI, notamment au moment de la désastreuse fuite à Varennes. Voulant entraver la marche vers une monarchie constitutionnelle, la reine cache à peine son souhait d’une intervention militaire des monarchies européennes contre la France. Autant dire que ses tractations plus ou moins secrètes avec l’ennemi, assimilables à un crime de haute trahison, puisque portant sur les plans et les mouvements de l’armée française, pèseront lourd dans son procès, même si les preuves « d’intelligence avec l’ennemi », aujourd’hui avérées, ne furent alors pas produites.
Le peuple des sans culottes et des sections parisiennes est très remonté contre « l’Autrichienne ». Les pamphlets et journaux révolutionnaires la traitent de « monstre femelle » ou encore de « Madame Veto », et on l’accuse de vouloir faire baigner la capitale dans le sang. Renversé le 10 août 1792, le roi déchu est enfermé avec sa famille sont enfermés à la prison du Temple. Pendant les « Massacres de septembre », la princesse de Lamballe, ancienne favorite de la reine, est sauvagement assassinée, démembrée, mutilée, déchiquetée et sa tête est brandie au bout d’une pique, devant les fenêtres de Marie-Antoinette, pendant que divers morceaux de son corps sont brandis en trophée dans Paris. Les auteurs du meurtre veulent « monter dans la tour et obliger la reine à embrasser la tête de sa grue ». Ils veulent lui montrer la tête et le corps nu et profané de la princesse sur lequel, ils en sont convaincus, la reine s’est si longtemps livrée à ses penchants saphiques.
Louis XVI est séparé de sa famille le 11 décembre 1792 et, après son procès devant la Convention, exécuté le 21 janvier 1793. À son tour, Marie-Antoinette sera séparée de ses enfants et transférée à la Conciergerie. Atteinte de saignements, affaiblie, vieillie prématurément par les épreuves, elle aurait développé un cancer de l’utérus. Le 14 octobre 1793, Marie-Antoinette comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, mené par l’accusateur public Fouquier-Tinville. Le procès est à charge : il faut condamner la « veuve Capet » !
On en arrive à l’odieux : pour charger l’accusation, on fait témoigner le petit Dauphin contre sa mère, qui est alors accusée d’inceste par le pamphlétaire Jacques-René Hébert, substitut du Procureur. Interpellée, Marie-Antoinette se lève et répond « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature elle-même refuse de répondre à une telle accusation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ! ». La foule (et surtout les femmes) applaudit la reine.
La condamnation à mort, pour haute trahison, est prononcée le 16 octobre 1793 vers 4 heures du matin. Marie-Antoinette adressera une dernière lettre, très émouvante, à sa belle-sœur, Madame Elisabeth. Sa préoccupation essentielle concerne l’état d’esprit dans lequel ses enfants assumeront la mort de leurs parents. C’est son courage face à ce procès abominable et cette dignité devant la mort qui ne peuvent que susciter un profond respect envers Marie-Antoinette, au-delà de ses fautes politiques.
Après sa mort sur l’échafaud, les royalistes ont composé la légende de la reine martyre. Alors que de son vivant, la reine eut à subir des paroles ou des écrits malveillants, bien des souvenirs furent oubliés plus ou moins volontairement et camouflés après sa mort.
***
Venons-en à la vie intime de Marie-Antoinette et aux rumeurs qui ont couru à ce sujet.
Les informations colportées sur le saphisme de Marie-Antoinette prennent racine dans ses amitiés féminines, notamment sa grande intimité avec Madame de Lamballe, puis avec la Duchesse de Polignac. Le jour de son mariage avec le Dauphin, elle fait la connaissance de Marie-Thérèse-Louise de Savoie (1749-1792), veuve du prince de Lamballe. Marie-Antoinette trouve en cette princesse une oreille attentive et une confidente sincère, dont elle devient rapidement dépendante. Elle la fait donc déménager au palais et l’installe tout près de ses appartements. Marie-Antoinette ne jure que par cette magnifique blonde aux yeux gris. Les deux femmes deviennent inséparables et semblent tout partager. Cette proximité fait jaser à Versailles. On prétend alors que les deux femmes sont plus qu’intimes. Peu importe les rumeurs, Marie-Antoinette ne se sépare pas de la Lamballe, qu’elle appelle son « cher cœur » et qui devient « surintendante de la maison de la reine », en charge donc d’organiser toutes les fêtes et les plaisirs de la souveraine.
La reine va ensuite s’enticher de Gabrielle de Polignac (1749-1793), plus enjouée et spirituelle, plus fraiche et plus insolente. La Duchesse ne laisse personne indifférent et chacune de ses venues à la cour est un événement. Marie-Antoinette est fascinée par cette beauté ravageuse et décide de l’installer dans ses appartements au château. L’historienne Evelyne Lever affirme même qu’avec elle, « Marie-Antoinette a l’impression de vivre sa vie par procuration ».
Quand elle aime, Marie-Antoinette dépense sans compter : elle couvre la Polignac et ses proches de cadeaux, de faveurs et de grosses sommes d’argent. Pour les détracteurs de la reine, il n’y a aucun doute : comme la reine voit plus souvent Gabrielle que Louis XVI, le supposé saphisme de la souveraine est relancé. D’autant que le clan des Polignac pousse la duchesse à s’immiscer dans les affaires politiques du royaume. Une rumeur sur une relation de la Polignac avec le comte de Vaudreuil mécontentera la reine, jalouse. Face aux nombreux scandales qui ne se taisent pas, la duchesse se résout à quitter Versailles avec ses enfants. Les adieux déchirants entre celles qui se sont tant aimées sont rapportés ainsi par le prince de Ligne, dans ses Fragments d’Histoire : « La reine pleure, embrasse la comtesse, lui prend les mains, la conjure, la presse, se jette à son cou ».
De cette « amitié particulière », Chantal Thomas fera un roman : « Les Adieux à la Reine » (Seuil, 2002), adapté en 2012 au cinéma par Benoît Jacquot.
***
Si le doute persiste encore en ce qui concerne les amours saphiques, beaucoup d’auteurs sont convaincus que le bel Axel de Fersen (1755-1810), officier et comte suédois, fut bel et bien l’amant de la reine. Le jeune Suédois rencontre la future reine lors d’un des fameux bals masqués de l’Opéra, donné en janvier 1774. Marie-Antoinette est séduite par cet homme, dont le visage est dissimulé derrière un loup de velours. Elle ne voit que ses yeux, bruns, ténébreux, qui l’envoûtent. Les deux jeunes gens se tournent autour sans se soucier des regards inquisiteurs.
Quatre ans plus tard, il revient à la cour de France. Cette fois, Fersen prend le temps de déclarer sa flamme à la souveraine, qui n’y résiste pas. Puis, il est à nouveau appelé par les sirènes de la guerre, de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis. Marie-Antoinette le retrouve trois ans plus tard et lui fait promettre, cette fois, de ne plus l’abandonner. Durant plusieurs mois, ils vivent ensemble une idylle, dans les alcôves et les jardins ombragés du Petit Trianon. Certains vont jusqu’à prétendre qu’il est le véritable père du petit Dauphin.
Pour ne pas éveiller les soupçons, Fersen prend aussi d’autres maîtresses, comme la courtisane italienne Eleanore Sullivan ou encore Elisabeth Foster, fille du comte de Bristol, à laquelle il avouera les liens qui le lient à la reine de France. Fersen continue de filer le parfait amour avec la souveraine, qu’il rejoint régulièrement, en catimini, dans ses appartements. Quand ils sont éloignés, les deux amants s’envoient même des lettres enflammées dans une langue cryptée, pour plus de sécurité. C’est Fersen, déguisé en cocher, qui organise la fuite à Varennes en 1791, mais le roi refusera que le Suédois les accompagne lors de ce voyage. « Mon seul chagrin est de ne pouvoir la consoler entièrement de tous ses malheurs et de ne pas la rendre aussi heureuse qu’elle mérite de l’être », écrit-il à sa sœur, quand il apprend que son aimée est enfermée dans une geôle. Jusqu’à la fin, il tentera en vain de la sauver. Il survivra 17 ans à celle qu’il a tant aimée.
***
On a prêté bien d’autres amants à Marie-Antoinette et d’abord son beau-frère, le comte d’Artois, le futur Charles X (1757-1836). Le comte partage beaucoup de passions communes avec la reine. Avec l’enthousiasme et l’insouciance de ses vingt ans, il dépense, lui aussi, sans compter pour les plaisirs de la fête, du jeu et du sexe. Et puisqu’il a hérité des traits de son grand-père Louis XV, le comte ne laisse aucune femme de la Cour indifférente. Même Marie-Antoinette est charmée et ne se cache jamais de le complimenter en public. Artois est le confident de la reine. Il l’accompagne aux courses, à la promenade ou à l’opéra.
Un soir d’octobre, alors qu’ils achèvent l’une de leurs folles journées, la reine défie son beau-frère de lui construire un château dans le bois de Boulogne. Après plusieurs mois de travaux acharnés, durant lesquels quelques mille ouvriers se relaient jour et nuit, le domaine de Bagatelle ouvre ses portes.
L’esprit de ce lieu est compris dans son nom. Meublé de lits incommensurables, de miroirs suggestifs et décoré de fresques licencieuses, ce petit palais accueille les amours libertines de son créateur, mais aussi, a-t-on dit, celles de la reine. Il est vrai que Marie-Antoinette et Artois s’y rencontraient souvent.
« On dit que j’ai des tas d’amants », aurait un jour lancé, amusée, Marie-Antoinette à sa confidente, la Polignac. « On dit pire », aurait alors répondu la duchesse.
Parmi les liaisons qu’on a prêtées à la reine, l’une des plus célèbres fut Armand-Louis de Gontaut Biron, duc de Lauzun, un invétéré séducteur. Lors d’une réception, il flirte avec la reine et va jusqu’à lui offrir la plume de héron blanc qu’il porte sur son chapeau. Un soir, alors qu’il flatte Marie-Antoinette dans ses appartements privés, celle-ci le congédie en hurlant. Elle ne voudra plus jamais le revoir. Personne, à part certainement sa femme de chambre, ne sait ce qui s’est vraiment passé. Il est à noter que Louis XVIII, contrairement à Napoléon, ne s’opposera pas à la publication en 1822 des mémoires du duc de Lauzun, qui laissent entendre que Marie-Antoinette eut une aventure avec lui.Juliette Benzoni, dans le chapitre qu’elle consacré à Marie-Antoinette dans son ouvrage « Dans le lit des reines » rapporte que Mme Campan, femme de chambre de la reine, tout en affirmant le contraire dans ses Mémoires, reconnut que Marie-Antoinette fût également la maîtresse du Duc de Coigny.
Marie-Antoinette se réfugie dans les joies de la fête. Au Grand Trianon, la reine planifie ses réceptions les plus somptueuses, où le faste et l’abondance sont de mise. Dans son petit Trianon, son paradis terrestre, elle retrouve ses amis les plus proches pour des soirées plus intimes. Devant eux, elle se produit sur la scène d’un petit théâtre. La reine danse souvent jusqu’à la pointe du jour. Seule ombre au tableau de ses innombrables fêtes, le roi Louis XVI en est souvent absent. D’où les ragots qui déferlent !
***
Rarement reine de France n’aura autant déchaîné les passions et les critiques de plus en plus virulentes au fil des années. Pour ses détracteurs, qui s’en donnent à cœur joie, elle serait la nouvelle Messaline, nymphomane et adultère. Héroïne de nombreux pamphlets graveleux et à caractère pornographique, la souveraine voit sa sexualité fantasmée et noircie sur des pages et des pages, distribuées dans les rues ou publiées dans les journaux : « Les fureurs utérines de Marie-Antoinette », « L’Autrichienne en goguettes », « Bordel royal », « la Vie privée, libertine et scandaleuse de Marie-Antoinette » et surtout « Essais historiques sur la vie de Marie-Antoinette ». Les titres ne manquent pas !
Elle apparaît dans ces « torchons » comme incapable de contrôler ses pulsions sexuelles, prête à tous les subterfuges pour les assouvir, lors d’orgies qu’elle organise au petit Trianon, ou dans les appartements de Versailles, à la barbe du Roi qui, en abruti accompli, ne voit rien. Dans le pamphlet « Bordel royal », paru en 1790, Marie-Antoinette se livre à des bacchanales paillardes et bestiales, où elle ne craint pas de s’offrir à quatre, cinq voire six hommes à la suite…Rien n’est épargné à Marie-Antoinette, « folle de son corps », outragée en des termes très crus : sodomie, entretien de partenaires sexuels, prostitution… Certains pamphlets se surpassent en vulgarité, décrivant de véritables scènes pornographiques.
La police du roi est incapable d’enrayer l’impression toujours croissante de ces pamphlets, car des gens de Cour les font imprimer ou en protègent l’impression. Autant certains pamphlets ne s’embarrassent pas d’esthétique littéraire, autant il apparaît clairement que d’autres sont l’œuvre d’ « écrivains ».
L’un d’eux, publié en secret à Londres en 1789 et circulant clandestinement « les Amours de Charlot et Toinette », aurait été écrit par Beaumarchais, que la Reine avait pourtant protégé et soutenu, alors que le roi refusait la publication de sa pièce « incendiaire », « le Mariage de Figaro » et publié en secret à Londres.
Dans les « Essais historiques », on « apprend » que le Duc de La Vauguyon aurait placé sa bru, la duchesse de Saint-Maigrin, dans le lit de Marie-Antoinette. Lui auraient succédé la duchesse de Cossé et bien d’autres. Les « Essais » accusent la reine d’avoir conçu l’un de ses enfants avec le duc de Coigny. Ils se complaisent dans la description des prétendues orgies de la reine dans les bosquets de Versailles, qualifiés de « nocturnales ». Selon « Les essais » : « Il est inouï combien la reine chercha et trouva d’aventures : hommes et femmes, elle essaya tout ».
Dans l’ensemble de ces histoires, les auteurs lui prêtent des pulsions sexuelles incontrôlables et une liste d’amants longue comme le bras. Marie-Antoinette ne pourra pas lutter contre ce torrent de boue, qui ne cessa de grandir, avant et après 1789.
***
Encore de nos jours, Marie-Antoinette est la « vedette » de textes érotiques. Le plus récent exemple est une bande dessinée érotique, que j’ai citée en biographie. Dans « les plaisirs d’une reine », l’auteur imagine les souvenirs de la Princesse de Lamballe, enfermée à la prison de La Force, où ses geôliers abusent d’elle.
Ses souvenirs concernent une Marie-Antoinette frustrée par la non-consommation de son mariage et ignorante des choses de l’amour. La Dauphine découvre dans la bibliothèque des ouvrages libertins, qui l’inspirent dans ses plaisirs solitaires. Exaspérée par l’étiquette de la Cour et la cérémonie du lever, Marie-Antoinette décide que seule désormais Marie-Thérèse de Lamballe s’occupera d’elle. Elles deviennent intimes, la Lamballe, « son cher cœur », racontant en détail à la Dauphine ce qu’elle a vécu auprès de son débauché de mari. C’est tout naturellement que les deux femmes deviennent amantes. Pour parfaire son « éducation », Marie-Antoinette demande à la Lamballe de se faire baiser par un garde, pendant qu’elle-même ne perd pas une miette du spectacle, qu’elle observe grâce à une glace sans tain. Lors d’une seconde séance, Marie-Antoinette ne se cache plus et se masturbe, pendant que son « cher cœur » se fait sodomiser.
La bande dessinée mentionne ensuite la passion de la Reine pour la rivale de la Lamballe, Yolande de Polignac. C’est la seconde expérience saphique de la Reine. Autant la Lamballe est amoureuse de la reine, autant la Polignac est décrite comme une garce. La Lamballe n’écoute que son amour pour la reine et surmonte sa jalousie. Les trois femmes se livrent désormais à des parties saphiques à trois.
La bande dessinée décrit ensuite l’adultère de la reine avec Axel de Fersen, organisé avec la complicité de la Polignac et de la Lamballe, qui se gouinent pendant que Marie-Antoinette découvre (enfin) le plaisir viril. L’ouvrage se termine sur les Massacres de septembre et l’horrible mort de la Lamballe, fidèle à sa reine jusqu’au bout.
***
« Accusée de quantité de choses, Marie-Antoinette, frivole et tragique, est devenue le miroir dans lequel se projettent les fantasmes de n’importe quelle époque », a écrit l’historienne Évelyne Lever. Aucune reine de France n’a en effet fait couler autant d’encre. Beaucoup a été dit sur la dernière reine de France : frivole, dépensière, écervelée, infidèle, lubrique. On ne saura jamais la vérité sur l’intimité de la reine la plus haïe et bafouée de l’histoire de France. Comme l’écrit Evelyne Lever, dans son « Dictionnaire amoureux des reines », le couperet de la guillotine a rendu à Marie-Antoinette la majesté dont ses ennemis l’avaient dépouillée, faisant oublier la légende noire de la « reine scélérate ».
On a réécrit inlassablement l’histoire de cette femme sensible et imprudente que rien ne préparait à son terrible destin. Les images se superposent : une princesse au charme rayonnant, frivole par désœuvrement, mais aussi la mère attentive, amoureuse sincère du comte de Fersen, femme et reine humiliée.
Dans cette série, on m’a souvent demandé de prendre position après mes lectures. J’en conclus que Marie-Antoinette ne fut pas la Messaline que ses ennemis ont brocardé dans les pamphlets. Il y a à mes yeux une certitude : elle fut profondément frustrée dans son couple et, même après que le roi soit, « enfin », parvenu à assumer son devoir conjugal, il ne lui a pas apporté ce qu’appelait la sensualité de la reine. Il y a une forte probabilité : son amour pour Fersen n’est pas resté platonique et a certainement été consommé. Il y a enfin une hypothèse, celle de la bisexualité de Marie-Antoinette, qui a cherché la consolation dans les bras de ses deux favorites, la Lamballe et la Polignac. Une chose est certaine : Marie-Antoinette fut une femme malheureuse, dont le destin a effacé sa légèreté et ses « fautes ».
D’autres femmes de pouvoir, que j’ai évoquées dans cette série de textes, ont été stigmatisées, décrites en « salope », en putain, en nymphomane, avide et cruelle. C’est est un thème récurrent, qui parcourt toute l’histoire, depuis l’Antiquité et qui aura été si tragique pour Marie-Antoinette.
***
Les références concernant Marie-Antoinette sont évidemment très nombreuses.
Je citerai, non pas une biographie exhaustive, mais les ouvrages que j’ai lus pour réaliser cette chronique :
• Hélène Delalex : Marie-Antoinette, la légèreté et la constance (Perrin, 2021)
• Jean-Christophe Petitfils : Marie-Antoinette, dans les pas de la reine (Perrin, 2020)
• Emmanuel de Valicourt : Les favoris de la reine (Tallandier 2019)
• Evelyne Lever : Louis XVI (Fayard, 1991)
• Evelyne Lever : Marie-Antoinette, Fayard 1991)
• Evelyne Lever : « Dictionnaire amoureux des reines » (Plon, 2017)
Je signale également :
• Le chapitre que lui consacre Juliette Benzoni dans son ouvrage « Dans le lit des reines » (Perrin, 2011)
• Le chapitre que consacre Patrick Caujolle au phimosis de Louis XVI dans son livre « Histoire de la France polissonne » (Le Papillon rouge, 2013)
• Alain Dag’Naud a écrit tout un chapitre sur le couple de Marie-Antoinette et Louis XVI, dans son ouvrage « Les dessous croustillants de l’Histoire de France » (Larousse 2017)
• Une bande dessinée érotique, qui soutient la thèse d’une Marie-Antoinette libertine et bisexuelle : « Les Plaisirs d’une reine. La vie secrète de Marie-Antoinette » (Pylate, 2018)
Voici également les principaux liens que j’ai consultés sur Internet, en plus de l’article de Wikipédia :
• https://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/2959-la-biographie-de-marie-antoinette-1755-1793.html
• https://www.herodote.net/Marie_antoinette_1755_1793_-synthese-1871.php
• https://www.lepoint.fr/people/marie-antoinette-la-reine-la-plus-haie-de-france-20-03-2012-1443248_2116.php
• http://iutmdl.over-blog.com/2018/12/marie-antoinette-la-reine-au-destin-tragique.html
• https://www.vanityfair.fr/savoir-vivre/diaporama/ces-scandales-sexuels-qui-ont-eclabousse-marie-antoinette/35535
• http://plume-dhistoire.fr/marie-antoinette-victime-pamphlets-erotico-obscenes/
***
À suivre (12) : « Madame Tallien, Notre Dame de Thermidor »