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09/03/22
Résumé:  Trois prénoms, trois personnes qui bouleversent la vie du narrateur.
Critères:  fh hplusag couple alliance caresses entreseins fellation pénétratio fsodo -diffage -prof
Auteur : Roy Suffer  (Vieil épicurien)            Envoi mini-message

Série : Belles (-) Filles

Chapitre 03 / 03
Adeline, Yannick et Patricia

Résumé de l’épisode précédent :

Chaque texte de cette série est indépendant des autres. Seul le thème est commun.









Adeline


Mon envie de toujours, peut-être née de mes nombreuses lectures de livres d’aventures, était de courir le monde, d’aller voir sur place la réalité des choses que rapportent ouvrages et reportages. En même temps, enfant obéissant, je voulais également faire plaisir à mes parents en ayant un métier « honorable ». Bloqué dans ce choix cornélien, j’ai longtemps dandiné d’un pied sur l’autre. J’ai envisagé quelques solutions, comme par exemple rentrer dans la Marine pour voyager à peu de frais et faire une carrière militaire. Oui mais c’est bien ce mot « militaire », qui me déplaisait profondément. Obéissance aveugle, crâne rasé, uniforme, très peu pour moi. Il me fallait trouver un métier qui me permette de gagner un peu d’argent pour financer mes voyages et qui me laisse le temps de les accomplir. C’est comme ça que je suis devenu instituteur, maître d’école, « professeur des écoles » comme on dit aujourd’hui. Habitant dans un logement de fonction, nourri le midi à la cantine en échange de ma surveillance, je gagnais certes peu mais je dépensais également très peu. Du coup, j’épargnais chaque année un joli petit magot qui me permettait de partir deux mois, grâce aux longues vacances, à l’autre bout du monde. Mes parents étaient ravis et ne me parlaient plus de rencontrer une gentille collègue pour leur faire des petits enfants. C’était bien le genre de charge que je voulais à tout prix éviter.


Pourtant, comme tout jeune homme en pleine santé, il me fallait bien de temps en temps vider mes gonades. La période se prêtait assez bien à ce genre d’exercice avec la « libération de la femme », désormais armée de pilules anticonceptionnelles et gérant sa vie sexuelle à l’égal des mecs. De réunions entre copains en réunions entre collègues, j’avais un petit succès auprès de la gent féminine, le baroudeur qui pouvait des soirées entières parler des forêts canadiennes, des lagons bleu turquoise de Thaïlande ou des montagnes du Népal. Aventures sans lendemain, sauf une. Une gentille fille, pas très belle, un peu triste, qui m’a dit le matin au moment de la quitter :



C’était une collègue sévissant dans une classe unique, en pleine campagne, à une quarantaine de kilomètres. Elle avait eu un gros chagrin d’amour et ne voulait plus s’attacher, disait-elle. Je ne pouvais cependant que constater qu’elle s’était attachée à moi, mais sans jamais parler d’amour, le faire suffisait. Un coup de fil à midi, je l’emmenais dîner dans un petit restaurant et nous passions la nuit ensemble.



C’était pratique, agréable, sans histoires. La moindre des choses était de lui réserver la primeur de mes photos de vacances aventurières dès la rentrée, de même que la réserve de spermatozoïdes stockés durant deux mois. Au fil des années, j’avais accumulé une quantité incroyable de photos, des diapos essentiellement mais aussi des noir et blanc, des portraits, d’enfants généralement. Il m’arrivait de faire des petites conférences avec projection pour quelques cercles culturels ici ou là, et des petites expositions dans des halls d’hôtels de ville, des MJC ou des centres culturels. Malgré tout, je disposais d’un matériel considérable sous-utilisé. Et à force de m’entendre dire « Oh, vous devriez faire un livre ! », j’ai fini par me lancer dans cette nouvelle aventure.


Maquette, recherche d’éditeur, première épreuve à corriger, mon premier bouquin s’appelait « Laddak », d’autres suivirent. C’était bien, car faire la classe vingt-sept heures par semaine et trente-six semaines par an commençait à générer un peu d’ennui, de routine, tout ce dont j’avais horreur. Mais mon trou de campagne se prêtait mal à mes allers et retours à la capitale et, comme j’étais bien noté et que mon ancienneté me le permettait, j’ai fini par demander ma mutation au chef-lieu, plus près d’une gare SNCF. J’obtins presque miraculeusement la direction vacante d’une petite école de quartier à cinq classes. J’appris plus tard qu’il y avait une très forte rivalité pour ce poste entre deux collègues plus âgés, et l’inspecteur avait tranché en octroyant la direction à quelqu’un venant de l’extérieur tant la tension était grande entre les deux. Pas plus évolués que leurs élèves !


Je débarquai donc, à peine descendu de l’avion en provenance du Kenya où j’avais fait, entre autres, le Kilimandjaro, en réunion de pré-rentrée. Sur la glace en plein cagnard, il y a intérêt à porter des lunettes à œilletons sinon c’est l’ophtalmie garantie. Le tour de mes yeux était donc blanc et le reste entre marron et rouge avec quelques lambeaux de peau brûlée malgré l’écran total, sur le nez, les pommettes, le front et les oreilles. Les braves collègues me regardèrent donc arriver comme un extra-terrestre descendant de sa soucoupe. Il y avait là les deux anciens antagonistes tutoyant la cinquantaine, un type assez jeune mais déjà dégarni et une petite rousse aux grands yeux verts à mi-chemin entre Marlène Jobert et Rosanna Arquette. Cette mignonne faisait le CP, le tondu le CE1, moi le CE2 et les anciens se partageaient les deux CM. D’emblée, la discussion tourna au vinaigre, faisant ressurgir toute l’amertume que mon arrivée à la direction suscitait. Curieusement, c’est le chauve qui accusa sa petite collègue de lui envoyer des élèves ne sachant pas lire.



Sur ces bonnes paroles, le collègue Jacques se leva et partit déjeuner, dédaignant le pot que j’avais prévu. Restait Daniel à la casquette en peau de fesse et les deux dames.



Curieusement, c’est la plus âgée, l’autre évincée du poste de direction qui se fit la plus pressante.



L’après-midi était consacré aux travaux de groupes, pour se coordonner. Adeline et David se partagèrent les élèves équitablement et ajustèrent leurs programmes, tandis qu’Yvonne et Jacques se chamaillaient de leur côté. Je pris un peu de recul en consultant les derniers courriers officiels arrivés et en commençant à organiser ma classe. Yvonne et Jacques vinrent me trouver. En maugréant, il avait accepté de partager ses élèves avec Yvonne, moyennant qu’elle prenne les plus difficiles du CM1 et lui les plus difficiles du CM2. Je pus ainsi afficher les listes par classe sur la vitre de la porte d’entrée, et chacun put organiser sa classe en deux groupes. Étiquetage, préparation des cahiers, répartition des livres et des fournitures, à dix-neuf heures nous y étions encore. J’avais découvert un appartement dans un état lamentable et décidai d’aller dîner en ville. En revenant à la nuit tombante, je sortis un tapis de sol et un duvet pour dormir sur la pelouse, à l’abri d’une haie. C’est le grincement des volets d’Adeline qui me réveilla, je fis coucou à son air ébahi puis repliai mon petit matériel. Elle m’attendait sur le palier en peignoir :



Timide et réservée, mais plutôt drôle, la Miss. Un café délicieux, des tartines de pain dur grillées, comme faisait ma mère, avec du beurre salé et de la confiture. Oui, je sais, ça paraît bizarre, mais je ne vous dis qu’une chose : essayez ! Elle me raconta que l’ancien directeur avait une épouse très malade qui faisait de fréquents séjours à l’hôpital et donc qu’il avait dû négliger un peu le ménage depuis des années. Elle se proposa de venir m’aider. J’enfilai tout de même un short et un T-shirt, et commençai le nettoyage. Elle vint me rejoindre quelques instants plus tard dans le même accoutrement et avec son propre matériel. Vers treize heures, je lui proposai de l’emmener déjeuner en ville, elle refusa et me dit avoir des pizzas au congélateur qu’on pourrait partager. Pourquoi pas ?



Vers dix-sept heures, un peu maculé et en nage, j’avais recouvert tous les murs de blanc, d’une de ces nouvelles peintures monocouches, étalée grassement. Ma foi, l’endroit devenait vivable. Je partis à nouveau pour récupérer le fourgon que j’avais retenu afin de rapporter mes meubles le lendemain. Ils ne peinaient pas parce que, quand mon départ fut connu, nombre de parents préférèrent inscrire leurs enfants dans de plus gros bourgs voisins, au grand dam du maire du patelin. Du coup, l’inspection avait fermé l’école et mes meubles ne gênaient personne. Quand je revins, Adeline terminait de lessiver le sol du couloir à reculons. J’avoue qu’elle n’avait pas que le minois de joli à regarder, et ce qu’elle offrait à ma vue était fort galbé et attirant.



Elle alla se doucher et revint en peignoir, crinière flamboyante attachée au sommet de la tête pour ne pas la mouiller. Je pris sa place sous le jet bienfaisant et revins en jean’s et T-shirt propre. Elle s’affairait dans la cuisine comme une vraie petite maîtresse de maison, je la regardais à la dérobée. Son profil dégagé était splendide, petit nez bien droit, petit menton volontaire, coquillages délicats des oreilles, et une poitrine petite mais ferme faisait galber élégamment le V de son peignoir. Elle me jeta un coup d’œil.



Sa salade était délicieuse et rafraîchissante, avec du maïs, des dés de gruyère, des cœurs de palmier. Il y en eut une seconde, de fruits, celle-là, dans des coupes avec un nuage de fromage blanc et de la gelée de groseille.



Nous rigolâmes ainsi un moment puis je la quittai en la remerciant encore, promettant de ne pas dormir sur la pelouse cette fois. Pour en être certaine, elle n’avait qu’à m’inviter dans son lit, je n’aurais pas refusé. Au lieu de ça, j’ai posé mon mince matelas sur la moquette d’une chambre et j’ai dormi là. Moquette sale qui ne sentait pas bon, malgré les efforts d’Adeline. Elle m’avait dit que, comme elle, il faudrait que je loue une shampouineuse pour la rafraîchir. Le mieux n’était-il pas de l’arracher ? J’ai commencé dans un coin, retrouvant le béton brut. Alors le lendemain, au lieu de mettre tous mes meubles en place, j’ai tout empilé dans le salon. Et dès le mercredi, je suis allé à la mairie pour négocier quelques travaux.


Par une entreprise ? Trop cher, il faut attendre le budget suivant. Par les employés municipaux ? Ce serait faisable mais leur planning est plein pour le moment, il faut attendre quelques mois. Si vous le faites vous-même ? Mais avec plaisir. Nous avons un compte dans tel magasin, voici un bon de commande, vous nous rapportez le bon de caisse. Ben, voilà ! Assez de parquets flottants pour faire les deux chambres, et au boulot le week-end prochain. J’en profitai pour prendre également de la peinture et faire passer les pots déjà achetés dont j’avais gardé le ticket. On me fit un avoir que je dépensai en luminaires. Les coups de marteau sur la cale de bois, pour ajuster le parquet, attirèrent ma rousse voisine.



Elle se contenta de me passer les lames et, de temps en temps, un verre d’eau. Il n’empêche que je gagnais du temps. Et puis c’était plus agréable que d’être seul. Beaucoup plus. Étant à genoux sur le sol et elle accroupie dans l’encadrement de la porte avec une petite robe d’été, je bénéficiais d’une vue directe sur les parties les plus tendres de ses cuisses blanches, jusqu’à sa petite culotte. Je me surpris à bander tellement cette vue était fraîche et sans arrière-pensée. Le samedi soir, nous avions terminé la première chambre. Le dimanche, nous fîmes la seconde.



Adeline se proposa encore de nous faire la cuisine, mais cette fois j’avais fait les courses. Cependant, elle préféra s’installer chez elle avec les ustensiles dont elle avait l’habitude. Nous continuions ainsi à passer les week-ends ensemble, chez l’un et chez l’autre. Mon appartement était devenu très agréable et j’ai pu véritablement emménager. Il ne restait plus que le carrelage beigeasse du couloir, maronnasse des toilettes et de la salle de bains et ces faux carreaux brisés et assemblés de la cuisine. Je me proposai de retourner négocier un revêtement de sol, Adeline m’accompagna pour profiter de la générosité municipale à son tour. Chez elle, je fis les sols, elle fit les peintures. Elle était adorable sur son escabeau avec une salopette rose trouvée dans ses vieilleries et une de mes casquettes ajustables pour protéger sa tignasse rousse. Cette fois, nous mangeâmes chez moi et elle y dormit aussi, mais dans la seconde chambre où nous avions installé son lit, ne supportant pas plus les odeurs de peinture qu’une fenêtre ouverte. Qu’elle était mignonne le matin dans sa chemise de nuit, pointant vers moi ses deux petits canons prêts à perforer la fine cotonnade ! Les vacances de Toussaint approchaient.



Tiens, ça me fit penser à Françoise, mon hospitalière amie à qui je réservais le privilège de voir mes photos jusqu’ici. Je n’avais plus du tout envie d’aller la voir, et pourtant mes réserves spermatiques étaient à leur paroxysme. La présence de cette petite Adeline avait complètement changé ma vie. Attention camarade, attention à ne pas t’attacher ! Pourtant, tout concourrait à tisser doucement des liens forts entre nous. Souvent, désormais, nos deux portes palières restaient grandes ouvertes et nous circulions librement d’un appartement dans l’autre, pour un oui, pour un non. Pour me laisser travailler un maximum, elle me proposa de faire les courses et la cuisine tout le temps des vacances. J’acceptai. Quand je lui tendis quelques billets pour participer aux dépenses, elle refusa tout net.



Alors je lui tendis mes clés de voiture.



Je la regardai partir, rouge et contente comme une petite fille découvrant ses cadeaux de Noël. Le quatre cylindres à plat ronronna puis vrombit, quelques gravillons de la cour volèrent, eh oui, ce n’est pas sa R5.


Le 31, elle m’avait préparé un plateau-repas, je n’y avais même pas touché. Je sentais la fin du bouquin toute proche, je voulus terminer. C’était agréable de revivre les choses deux ans plus tard pour ce titre, « Le cercle polaire ». J’avais toujours deux voyages d’avance sur les bouquins, le temps de maturer les impressions, de prendre le recul nécessaire à une objectivité maximale, même si je ne relatais qu’une expérience toute personnelle. Adeline fut emballée par la maquette et me corrigea quelques fautes de frappe oubliées. Il nous restait trois jours avant la rentrée et je lui proposai :



Direction Le Puy en Velay. Merveille que de voir ses grands yeux étonnés découvrir le monde pour la première fois. Hôtel Ibis, chambre à deux lits.



Elle se détourna pudiquement jusqu’à ce que je sois couché. Le lendemain, Pont du Gard, Nîmes et ses Arènes, la Maison carrée, les Jardins de la Fontaine et la tour Magne. Les vers d’Henri Monnier, « Gal, amant de la reine, alla tour magnanime, Galamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes » lui plurent énormément. Nous terminâmes la journée aux Baux de Provence, logés dans un petit hôtel un peu luxueux, mais à cette période de l’année il n’y avait guère de choix, et surtout en partie troglodyte. C’est extraordinaire de dormir presque dans une grotte mais hélas, il n’y avait pas de chambre à deux lits, sauf des lits d’enfants. Nous voici donc dans le même lit. Je la sentais tendue comme une corde de piano.



Ce ne fut pas la seule grotte que j’ai visitée cette nuit-là. Quelle nuit ! Elle a épuisé toutes mes réserves avec une gourmandise absolue, mais avec des gestes d’une infinie tendresse et douceur. Je ne trouvais pas de défaut à l’harmonie des courbes entrelacées de son petit corps, un vrai corps de nymphette, à la peau immaculée d’une douceur de bébé. J’adorais le galbe parfait de ses hanches, ses fesses rebondies à la fois tendres et fermes surmontées de deux petites fossettes, ses cuisses souples et musclées sans la moindre trace de cellulite. Et ses seins, assez petits mais suffisants pour remplir mes paumes, drus, exempts de ptôse et si prompts à s’ériger. Sa taille fine comme ses poignets et ses chevilles, et ses tout petits pieds, elle chaussait du 35, affirmant sa délicate fragilité. Le contraste était fort entre son corps et le mien, tellement plus grand et plus robuste, mais en même temps il me conférait l’aptitude à la manipuler avec aisance, la soulever comme une enfant et l’exquis sentiment de pouvoir la protéger en toute circonstance. C’était comme si je venais d’acquérir une précieuse œuvre d’art que je pouvais palper de tous mes sens en prenant bien soin de ne pas l’abîmer. Il fallut que nous nous découvrions, que nous nous apprenions mutuellement, que nos corps apprennent à se comprendre et à s’accorder, mais ce fut très vite fait. Visiblement, c’est quand elle me chevauchait à son rythme que son plaisir s’exprimait à son apogée. Elle pouvait passer de très longues minutes empalée sur mon érection, son corps ondulant sur un rythme lent et constant à la manière des chameliers, faisant à peine coulisser nos sexes l’un dans l’autre mais pressant son clitoris sur mon pubis. Elle plongeait son regard d’émeraude dans le mien avec un sourire lointain, je prenais ses seins en coupe, en titillais les tétons entre index et majeur. C’est à sa respiration plus courte et saccadée que je sentais monter son plaisir, jusqu’à ce qu’elle s’écroule sur mon poitrail et agite violemment son bassin une quinzaine de fois avant d’exploser dans un orgasme dévastateur.


Le moulin de Daudet, la Camargue, Aigues-Mortes, les Saintes, la mer puis le retour au village en traversant ces groupes de caravanes venues pour la Toussaint, éclairées par des feux de camp et sonnantes de guitares artistiquement massacrées. Tout lui était prétexte à émerveillement, elle rayonnait et dévorait à table. Nous repartîmes vers nos grisailles et la rentrée. Nous ne savions plus trop où habiter ni quel appartement privilégier, ils étaient symétriques. Je retournais à la mairie me plaindre d’un palier trop froid, sans chauffage, et de portes palières laissant passer les vents coulis. Je proposais donc de dresser une cloison en lieu et place de la balustrade et d’installer une véritable porte d’entrée bien isolante en haut des marches. Selon les mêmes modalités que précédemment, je fis cela en carreaux de plâtre avec une belle porte étanche, et nous transformâmes le palier en entrée d’un appartement double mais unique et très vaste. Seule Yvonne remarqua un changement dans le comportement d’Adeline qu’elle trouva « tellement plus épanouie ».






Yannick



Combien elle avait raison, cette futée d’Yvonne ! Malgré notre vie commune plus qu’agréable, ma rousse compagne tint absolument à ce que je fasse mon voyage prévu en Océanie mais refusa catégoriquement de m’accompagner. À mon retour, je lui prouvais toute ma fougue et combien elle m’avait manqué.



Adeline était folle de joie et nous convolâmes devant Monsieur le Maire avec pour témoins, devinez qui ? Yvonne et Jacques bien entendu. Daniel invoqua un empêchement et ne répondit même pas à notre invitation. Quant aux familles, nous les avions volontairement « oubliées », comme nos religions. Ce fut moins agréable lorsque Adeline me présenta à ses parents, parfaitement acerbes avec leur fille, quant à moi ils m’ignorèrent. Ce fut un rude coup pour ma chérie, mais nous avions heureusement un autre projet en tête : faire un enfant. Nous nous y attelâmes avec assiduité, voire même acharnement. Mais un an se passa entre plaisir et déception, les tests restant invariablement négatifs. Notre toubib évoqua quelques examens, on commença par moi, le plus simple. Mon épouse fut d’un très grand secours pour, dans cette cabine étroite et triste, me faire remplir le tube à essai. Une vraie spécialiste de la fellation. Mon sperme était riche, mes spermatozoïdes vigoureux, le problème ne venait pas de moi. Pour Adeline, les examens furent plus compliqués et bien plus désagréables, ma bouche ne suffisant pas à aspirer sa potentielle ponte ovulaire. En conclusion, il fallait se tourner vers la fécondation in vitro, et le calvaire commença. Les ovulations provoquées faisaient affreusement souffrir et j’accompagnais au centre parisien une petite femme déformée par la douleur. Une fois, deux fois, dix fois… Adeline avait maigri et perdu sa joie de vivre, perpétuellement dans l’angoisse de nouvelles souffrances pour rien. Je décidai alors d’interrompre cette torture inhumaine, au désespoir d’Adeline qui aurait tant voulu me donner un enfant. Je la rassurai en lui disant que nous allions faire des économies en contraceptifs, et qu’après tout nous pouvions aussi adopter. L’idée fit son chemin, bien plus vite que le dossier.


Enfin un jour, on nous appela pour que nous allions chercher un petit garçon, notre petit garçon. Un beau bébé brun qui avait déjà près d’un an et demi, mais qui ne parlait pas et ne marchait pas, sans pour autant présenter de troubles médicaux. Qu’importait, nous allions nous en occuper de ce petit ange. Un autre calvaire se profilait devant nous. Je crois que je ne vais pas le conter par le menu, tellement cette période m’est difficile à évoquer. Je ne croyais pas qu’un enfant, même très jeune, puisse vous pourrir la vie comme Yannick a pourri la nôtre. Il nous a tout fait, TOUT sans exception. Petit, nous l’amenions aux urgences presque toutes les semaines : il a roulé dans les escaliers, s’est ébouillanté, a avalé des pointes… Au point que les urgences nous ont envoyé les services sociaux soupçonnant une maltraitance. Le temps de la visite de l’assistante sociale, il a réussi à vider son sac à main, dévorer son rouge à lèvres et s’est éclaté la tête sur le coin d’une table. Nous fûmes disculpés. Je me souviens encore du train électrique offert pour Noël. Il a vu comment le démarrer, a battu des mains, j’ai cru qu’enfin il allait s’intéresser à quelque chose. Le temps d’appeler Adeline, il shootait dans le jouet, pulvérisant wagons, rails et boîtier de commande. Un monstre ! Un médecin lui donna des calmants, mais on ne pouvait le garder ainsi sous contrainte chimique permanente, d’autant que s’il était plus calme le jour, il se rattrapait la nuit.


Nous avons, je crois, tout essayé, tout tenté. Homéopathie, guérisseurs, psychologues, thérapie familiale, psychiatre, rien n’y fit. Tant qu’il fut en primaire, avec des calmants et notre aide, les collègues eurent l’infinie patience de le supporter. Au collège, il se fit virer de partout, même des institutions privées. Il arriva au lycée, professionnel il s’entend, « à l’ancienneté » et n’y apprit pas grand-chose de plus sinon à goûter au cannabis et à l’alcool. C’est ce qui le conduisit, outre les cellules de dégrisement et autres mésaventures avec la maréchaussée, à lever la main sur sa mère pour lui soutirer de l’argent. Il allait avoir dix-huit ans dans quelques jours. Moi aussi, j’ai eu mille fois envie de lever la main sur lui, de lui donner ne serait-ce qu’une fessée tellement méritée. Adeline m’en a toujours dissuadé, et maintenant c’est lui qui la frappait. Trop c’est trop, je n’ai plus écouté ma femme. J’ai pris ce gamin par le col et je l’ai emmené dans le garage vide. Là, je lui ai collé une danse, une trempe, une vraie. Des claques d’abord, aller et retour à lui décoller la pulpe du fond. Il m’a nargué, comme d’habitude, « même pas mal ». J’ai augmenté la puissance, il a commencé à vaciller, ses joues commençaient à enfler. Dans un regain d’orgueil, il s’est jeté sur moi pour me ceinturer les bras et me donner des coups de boule. Mais nous n’étions pas dans la même catégorie de poids, il a rebondi sur mon torse. Puisqu’il en était ainsi, qu’il voulait un combat d’hommes, alors je l’ai boxé, boxé à en avoir les poings en sang. Il est tombé KO, je l’ai réveillé avec un seau d’eau et je l’ai mis dehors définitivement.


Adeline pleurait et m’en voulait, tant pis. Ça m’avait fait beaucoup de bien. Et pourtant, pour le supporter pendant seize ans et demi, il nous en avait fallu, de l’amour. Une sacrée dose. Mais quelque chose s’était cassé entre nous, bien que la paix fut revenue dans le joli pavillon que nous avions fait construire, avec un grand jardin pour que notre « monstre » puisse s’y ébattre et se fatiguer. Il ne réussit juste qu’à y mettre le feu, deux fois… heureusement sans trop de gravité. Nous ne faisions plus l’amour, depuis longtemps déjà, usés sans répit par l’inquiétude permanente. Mais là, je savais bien qu’Adeline m’en voulait, me reprochait ce déchaînement de violence et s’inquiétait pour Yannick voué à la rue. La distance se fit plus grande, nous ne nous parlions presque plus. J’ai pensé un temps à reprendre mes voyages, mais je n’en avais plus le goût. Quelques années passèrent ainsi, tristes et mornes.


Et puis un jour, elle se plaignit d’avoir grossi, de ne plus rentrer dans ses pantalons, et notamment d’avoir pris du ventre. Elle décréta qu’elle devait faire un régime et commença à maigrir. Elle maigrissait en effet, de partout sauf du ventre. J’essayais de la plaisanter sur une grossesse tardive, mais j’étais tout de même inquiet de la voir ainsi desséchée. Le médecin enfin consulté fit faire des examens, radio, échographie, scanner. Le verdict tomba, terrible : un gros vilain crabe s’était installé dans ses organes stériles. Opération. Que c’est moche un couloir d’hôpital quand un chirurgien vous annonce qu’il y en a partout, qu’il n’y a plus rien à faire, que la femme de votre vie n’en a plus que pour quatre à six mois ! Chimiothérapie, radiothérapie, ma pauvre petite rousse perdit ses beaux cheveux et devint toute rabougrie. Chaque soir après la classe, je passais deux heures avec elle et ensuite la nuit à pleurer.


Elle sentit sa fin venir, pleinement consciente de sa condamnation. Alors un soir, elle me demanda de lui faire une promesse, de retrouver Yannick et de faire la paix avec lui. Je m’y engageai, que peut-on refuser à une mourante qu’on a tant aimée ? Le lendemain, ses souffrances étaient terminées. J’ai remué ciel et terre pour retrouver notre fils, c’est grâce à l’armée que j’obtins la meilleure piste. Il y avait passé ses permis et revoyait de temps en temps un copain qui s’était engagé. J’allais voir ce garçon, il me dit que Yannick était chauffeur de poids lourds dans une entreprise de livraison bien connue, qu’il s’était bien calmé et même qu’il vivait en couple. Arrivé vers seize heures dans son entreprise, j’attendis son retour jusqu’à dix-neuf heures trente. Il descendit de son camion, me regarda, ferma le véhicule et passa près de moi comme s’il ne m’avait pas vu. Il aurait pu me rendre ma trempe, il avait forci et moi j’étais laminé par des mois d’horreur.



Il vint avec sa petite compagne qui pleura comme une madeleine sans même avoir connu Adeline. C’était une longue fille assez jolie, très discrète et réservée, brunette aux cheveux longs, qui le suivait comme son ombre. Je me demandais bien ce que cette pauvre petite pouvait faire avec ce monstre. Peut-être avait-il changé, je n’osais le croire, pourtant il était venu et sa pâleur traduisait une certaine émotion. Après la cérémonie rapide, au cimetière seulement, il accepta de me rejoindre à la maison.



Patricia revint avec le café, roulant toujours les deux billes d’obsidienne qui lui donnaient le regard d’un petit animal traqué, et nous trouva les mains serrées, elle eut un vague sourire. Ils reviendraient, c’était promis.


Ils revinrent sans prévenir le jour du premier janvier pour me souhaiter la bonne année.



Je les trouvais moins bien qu’au moment des obsèques. Yannick était plus débraillé, mal rasé, et Patricia avait les yeux cernés. Amaigrie, elle paraissait nerveuse et inquiète. Je proposai de nouveau un café, cherchant une boîte de gâteaux.



D’accord, maintenant Yannick picolait et la vie ne devait pas être facile pour Patricia. Je croisais les doigts pour qu’il ne la frappe pas. Ils partirent en m’assurant venir déjeuner dans un an.


J’avais mis les petits plats dans les grands, et m’étais vraiment remis à cuisiner, ce qui ne m’était plus arrivé depuis des mois. Foie gras truffé aux figues avec une réduction d’oignons au vinaigre balsamique, oie rôtie aux châtaignes et purée de potimarron, tarte Tatin aux poires et boules de glace à la pistache. Et pour accompagner ça, vendanges tardives et Vosne-Romanée, champagne en apéritif et au dessert. Je ne bois jamais de champagne, je ne le digère pas, je lui préfère le whisky. Yannick m’accompagna dans ce choix à l’apéritif, mais bu du champagne au dessert avant de tomber raide dans le canapé. Patricia m’aida à débarrasser et à faire la vaisselle, puis nous prîmes un café tous les deux dans la cuisine. Elle avait les traits tirés, le visage triste et fermé.



Elle y va, avec beaucoup de douceur pourtant, mais il se réveille en la houspillant.






Patricia


J’avais côtoyé la misère dans des pays exotiques où elle était quasiment la règle. Mais c’est une tout autre affaire lorsqu’on y est confronté directement. Ils s’installèrent en février.



Et pour arranger, elle a arrangé. En quelques jours, tout fut nickel du sol au plafond. Des pièces que je n’utilisais pas furent aérées, les volets, fermés depuis des mois, débarrassés de leurs toiles d’araignées et une bonne odeur de propre flottait partout. Aux petites vacances, elle me dit :



On vida, on déplaça et on découvrit la saleté accumulée depuis des années. Vint le tour de l’armoire de ma chambre.



Elle rougit, emporta le tout dans sa chambre et revint préparer les cartons. Nous allâmes ensemble chez Emmaüs où elle se fit même envie de quelques vêtements exposés. Mais elle renonça vite, ayant encore quelques dettes à rembourser. Elle était vraiment bien, d’une grande moralité. À la maison, elle portait toujours la même chose, un gilet de laine angora vieux rose et une jupette noire avec des fleurs que je retrouvais régulièrement en train de sécher, le matin dans la salle de bains. Et pour sortir, elle passait un vieux jean délavé et un imperméable élimé. Quelque part, ce déménagement toujours repoussé me soulagea d’un poids. Il restait encore un coffret rempli de bijoux que je lui tendis.



Je l’emmenai et la déposai près de la bijouterie, la laissant y aller seule. Je n’avais pas envie de raviver les souvenirs de toutes les occasions où j’avais offert ces bijoux à Adeline. C’est bon pour la torture, je ne suis pas masochiste. Elle revint au bout d’un quart d’heure avec le coffret sous le bras.



Je suis entré dans la boutique plus remonté que les pendules qu’ils vendaient.



Je la laissais faire d’abord, puis la conseillais à la hausse. Tous les bijoux de mon épouse étaient maintenant étalés sur le comptoir, et j’avais du mal à soutenir ce livre de souvenirs. Mais je savais très bien leur valeur d’achat. Patricia laissa encore une fois parler ses qualités en commençant par choisir une belle montre et une gourmette pour Yannick, disant que c’était avant tout les bijoux de sa maman. Ensuite, elle eut tendance pour elle à rester dans la pacotille, je l’incitai à prendre trois ou quatre belles pièces, une parure, une montre en or, des broches, un collier de vraies perles…



La vendeuse fit les paquets sans mot dire et nous sortîmes. Une fois dans la voiture, Patricia me sauta au cou, me serrant très fort.



Je trouvais très agréable de rentrer le soir dans une maison claire et propre, sentant bon le dîner qui mijotait, accueilli par un grand sourire. Chaque mois, je lui laissais une enveloppe de billets sans que Yannick le voie, il aurait pu être tenté, de quoi faire les courses à la supérette du quartier. Elle la planquait je ne sais où et invariablement me disait qu’il lui en restait beaucoup. Elle nous avait même inscrits à une association de type AMAP qui nous livrait un cageot de légumes bios et des œufs frais chaque semaine.



Au fil des semaines, le creux de ses joues disparut et je constatais en l’observant qu’elle avait repris du poids. Je n’aurais peut-être pas dû lui en parler, les femmes étant si attachées à leur ligne, mais elle le prit bien :



C’est vrai que ses formes étaient à leur zénith, généreuses, mais sans excès. Du coup, elle paraissait moins grande, ses jambes moins longues, mais ses avantages étaient encore plus appétissants. Et je n’avais pas perçu en la voyant tous les jours son évolution entre la nymphette maigrichonne des premiers temps et la femme trentenaire et épanouie qu’elle était devenue, au corps puissant et charnu plein de promesses voluptueuses. Elle avait également perdu ces yeux inquiets d’animal traqué, remplacés par un regard apaisé et légèrement souligné d’un maquillage discret. Elle m’en parut plus accessible, fruit moins défendu, ce qui agaça ma libido. Je repoussais vite cette idée incongrue, mais elle avait changé ma perception d’elle. On n’est pas toujours maître de ses instincts, fussent-ils déplacés, et désormais chaque regard que je portais sur elle générait des fantasmes qui me poursuivaient jusque dans mes songes. C’était vraiment un beau brin de femme sans toutefois pouvoir prétendre à la beauté parfaite, et je crois justement que ses imperfections, loin de la priver de charme, augmentaient encore son sex-appeal.



Le printemps revenu, elle voulut faire les vitres et laver rideaux et voilages. Mais pour cela, elle avait besoin de grimper sur quelque chose de plus haut qu’une simple chaise. J’allais lui débusquer mon vieil escabeau dans le fatras du garage. Il m’avait beaucoup servi et, outre les multiples taches de peinture, il avait pris un peu de jeu. Rien de bien grave et la sécurité n’était pas en cause. Mais l’impression qu’il donnait, en suivant chaque mouvement par une légère inclinaison, n’était pas pleinement rassurante. Patricia ne se sentant ni en équilibre ni en sécurité m’appela à son secours. Tenir l’échelle semble une tâche facile, mais quand une jolie paire de cannes en fait l’escalade et que votre nez se retrouve juste sous l’ourlet d’une petite jupette, repoussée loin par un fessier pommé, cela devient le supplice de Tantale. J’avais l’impression de percevoir la chaleur de ses cuisses rayonnant sur mon visage et le parfum envoûtant de sa féminité. Hésitant au début, je me laissai ensuite aller à mater son superbe cul, plein, rond, s’articulant merveilleusement avec les cuisses charnues en plis profonds et délicats où venaient mourir les bords dentelés de sa petite culotte. Je bandais comme un âne, m’interdisant mille fois de jeter ma bouche et mes mains voraces sur ces chairs tendres. Je savais bien ne pas être très discret, mais de là à provoquer ce visage empourpré lorsqu’elle descendit de l’engin, ce souffle court trahissant un puissant émoi, je ne l’aurais pas imaginé. Tout au plus m’attendais-je à une remarque sarcastique, mais non. Elle s’enfuit avec son chargement de rideaux vers la machine à laver, remplie de confusion.


Cependant, le lendemain soir, il fallut bien raccrocher les stores et donc recommencer le manège. Elle grimpa sur l’escabeau avec une certaine agilité, voire allégresse. Je mis cela sur la satisfaction d’un lavage bien fait qui allait rafraîchir notre environnement, et je repris mon poste, les deux mains sur l’échelle et le museau sous sa jupe. Mais… mais… mais c’est sûr, elle ne portait plus de culotte. Rien que les deux lèvres pulpeuses d’une vulve bien gonflée, soigneusement épilée, mettant splendidement en valeur la crête fripée des petites lèvres dépassant légèrement. Je déglutis avec difficulté, comme si j’avalais ma pomme d’Adam toute ronde, sans la croquer. Quand elle redescendit, un large sourire aux lèvres, c’est moi qui étais couleur tomate, un brin gêné par mon activité de voyeur avouée. Son coup réussi, elle voleta jusqu’à la fenêtre suivante en me disant ironiquement :



Yannick, nous ne le voyions plus beaucoup. Il partait très tôt, vers six heures et demie, et rentrait tard, épuisé. Parfois, il mangeait l’assiette qui l’attendait dans la cuisine, d’autres jours il se douchait et allait directement se coucher. Nous regardions la télé avec Patricia, côte à côte sur le canapé, ses belles cuisses croisées sous mon nez, à portée de main.



De fait, un soir, il rentra beaucoup plus tard, tenant à peine debout. Comment pouvait-il conduire dans cet état ?



Je lui ai tenu la tête au-dessus des toilettes, la moitié de la nuit, le temps qu’il ait tout vomi. Patricia était désespérée. Le lendemain, elle me confia son immense inquiétude.



Dès lors, Yannick partait le lundi matin très tôt, parfois même le dimanche soir et ne rentrait que le vendredi, parfois le samedi. Il dormait tout le week-end ou, exceptionnellement, allait voir un match de foot, ou autre, avec ses copains, puant la bière à plein nez à son retour. Et je plaignais cette pauvre fille qui s’était trouvée sur sa route, un peu naïve et trop gentille, qui subissait cet abruti, fût-il mon fils. La choyer un peu relevait autant pour moi du devoir, sorte de compensation, que du plaisir que sa présence me procurait.


Quelques semaines plus tard, Patricia fit ses comptes.



J’en étais très content, cette fille m’aurait franchement manqué. Étant en fin de droits, il était inutile qu’elle aille régulièrement pointer à Pôle-Emploi et, compte tenu du salaire de Yannick, elle n’était même pas éligible au RSA. Aussi restait-elle à la maison et semblait-elle s’y plaire, trouvant toujours une occupation : faire les cuivres, l’argenterie de ma grand-mère, encaustiquer les meubles… Une vraie fée du logis.


Au dernier trimestre de ma dernière année d’exercice, pour la première fois de ma carrière, je tombai malade. Le nez qui coule, puis une toux grasse, de la fièvre et de terribles courbatures dans toutes les articulations. Je fis venir le toubib, c’était la grippe, mais la vraie grippe HxNx, totalement à contretemps de l’épidémie annuelle, mais c’était comme ça.



Est-ce Yannick qui avait ramené ça de Roumanie ? Peu importait, j’étais incapable d’aller travailler, pire, je risquais de contaminer toute l’école. Un après-midi, j’étais couché sous une couette épaisse et pourtant je grelottais, je claquais des dents. Le thermomètre monta au-dessus de quarante. Patricia m’apporta un troisième comprimé avec un verre d’eau que j’eus bien du mal à boire, tremblant comme une feuille et souffrant le martyre pour porter le verre à ma bouche. Elle était très ennuyée, et moi je répétais sans cesse, un peu dans le cirage, « j’ai froid… j’ai froid ». Après avoir dandiné quelques minutes d’un pied sur l’autre, cette grande fille détacha les boutons de son gilet, posa tous ses vêtements et se glissa sous ma couette, s’étendant de tout son long sur mon corps enfiévré. Sa tête glissée contre la mienne, ses gros seins écrasés sur ma poitrine, son ventre contre mon ventre, ses longues jambes croisées sur les miennes. Petit à petit, la douce chaleur de son corps m’envahit et mes tremblements cessèrent. Dans le brouillard de mon délire, je ne savais plus qui était sur moi, peut-être Adeline qui venait de jouir après une cavalcade « de chamelier » dont elle avait le secret. Peu importait, j’étais bien, si bien. Ce doux et chaud corps de femme réveilla en moi des réflexes depuis longtemps oubliés et je me mis à bander comme jamais, le sexe douloureusement coincé dans sa position de repos sous le mont de Vénus de mon édredon vivant. Elle le sentit et souleva un instant le bassin, que ma bestiole puisse se déployer. Je mis mes mains sur des fesses mal identifiées et m’endormis, apaisé. C’est Patricia qui me réveilla en se soulevant doucement pour se lever. C’est drôle, je bandais encore et nous étions collés par la sueur. Je la vis s’extirper nue du lit en essayant de ne pas m’exposer à l’air froid, puis elle se dirigea, nue, vers la salle de bain.



Quand elle revint, nue toujours, malgré mon regard lourd de concupiscence, elle se rhabilla tranquillement.



Elle plongea alors sous la couette, agenouillée à côté du lit, et empoigna l’objet du délit. À tâtons, c’est le cas de le dire, ma belle-fille me fit l’une des plus belles fellations de ma vie. Tout y était, et à l’aveuglette encore. Petits coups de langue sur le méat, sur le frein, enroulements de la langue autour du gland, aspiration sans excès, agitation de la main bien serrée sur la hampe, massage des testicules, la perfection. Je sentis le pied venir et grognai pour l’annoncer, elle avait senti aussi mais ne se démonta pas et absorba tout sans s’étouffer ni se plaindre. Je l’entendis déglutir et reprendre son souffle, puis elle entreprit le grand nettoyage jusqu’à la dernière goutte. Quel bonheur ! Lorsqu’elle sortit de sous la couette, écarlate, elle eut un petit geste adorable, l’annulaire passé délicatement aux commissures avec les autres levés, puis le bout de sa langue parcourut également ses lèvres. Je l’entendis aller tranquillement se laver les dents, puis elle revint en demandant :



Mes jambes étaient en coton hydrophile mais je n’en déterminais pas la cause précise, fièvre ou autre. Le bain me fit du bien aussi, je m’y serais presque endormi. Mais Patricia frappa et passa la tête :



Elle revint avec un grand drap de bain et un pyjama appartenant sûrement à Yannick, je n’en avais pas. Je dus sortir de la mousse dans le plus simple appareil, mais au point où l’on était, ça n’avait plus d’importance. Elle m’enroula dans la serviette et me frotta énergiquement puis me fit mettre le pyjama.



Esprit pratique, et réelle bonne volonté. Elle me proposa un bouillon de légumes, je préférais un grog et lui donnais ma recette :



Lequel de ces remèdes fut le meilleur, je l’ignore mais le lendemain matin la fièvre était tombée à 38°, je me sentais faible mais beaucoup mieux. Je me levai donc et traînais un peu dans la maison et refis une sieste après-déjeuner. Je ne sais pas si la fièvre accélère aussi les pensées mais je questionnais Patricia :



Je récupérai donc des tests de positionnement auprès d’un collègue qui travaillait dans un GRETA. En français, ce n’était pas mal mais elle avait quelques lacunes sur des règles de base, faciles à corriger. En maths, c’était un petit niveau 3e, mais en biologie et en physique, c’était à peu près nul, sauf son physique mais ça ne compte pas. L’anglais n’était pas trop mal, et grosses lacunes en histoire-géo. Avec ça, quel bac choisir ? Tous les bacs technologiques sont décrits avec « sciences » comme premier mot, à éviter. Le bac S, hors de question, le bac littéraire exige une culture livresque qu’elle n’a pas, reste le bac ES, un peu bateau, assez généraliste, où elle pourrait réussir, une matière en rattrapant une autre. On part là-dessus et on se donne deux ans et trois mois pour y arriver, durant lesquels il faudra faire le programme de la seconde, de la première et de la terminale. Ça lui paraît énorme, mais je lui rappelle que les mômes n’ont que 36 semaines de cours par an, dont il faut retirer les périodes d’examens et autres grèves. En gros, environ 90 semaines au total, nous en disposons de 110. Et puis il y a la maturité et la motivation, qui sont deux facteurs importants de la réussite et que la plupart des plus jeunes n’ont pas vraiment. Ça la rassure un peu. Je lui ai ajouté une table de travail dans mon bureau-bibliothèque, avec tous mes livres et ceux d’Adeline réunis. Une mine d’informations et de culture. Je comptais utiliser les dix premières semaines à la remédiation de ses lacunes et à la remise en route des bons réflexes d’apprentissage, en consacrant en gros une journée de la semaine par matière : français, maths, philo, sciences, SES, histoire-géo et anglais. Après s’être renseignés, les adultes étaient dispensés d’éducation physique et pouvaient ne présenter qu’une langue vivante.


Quand elle annonça son projet à Yannick, le week-end suivant, il éclata de rire et lui dit qu’elle était bien trop conne pour réussir. Et il partit pour voir un match de foot et se saouler avec ses copains. Elle pleura à chaudes larmes sur mon épaule, mais une saine rage l’envahit. Elle jura qu’elle réussirait et qu’elle ne finirait pas femme de ménage comme sa mère. Elle se mit donc au travail avec acharnement et confirma rapidement ce que je pensais : elle était loin d’être sotte et, avec la motivation qui l’animait, elle progressait très rapidement.


Les vacances d’été arrivèrent et, pour mon départ à la retraite, mes collègues sympas m’offrirent un appareil photo numérique. Oh, pas le modèle que j’aurais acheté, mais un petit boîtier permettant de tester cette nouvelle technologie qui allait bouleverser la photographie. Ayant repris goût à la vie, je me dis que je ferais bien quelques escapades pour essayer cet appareil, quelques jours par ci, quelques jours par là, pas très loin. Je mourais d’envie d’emmener Patricia avec moi, mais elle refusa catégoriquement, attachée à poursuivre son programme. Je revins avec quelques centaines de clichés et je compris très vite que mon vieil ordinateur ramait un peu dans le traitement des images. Je décidai donc d’en acheter un autre, mais fis reconfigurer l’ancien pour le donner à ma bru. En effet, le phénomène Internet était en train de se répandre à grande vitesse, déjà des établissements scolaires s’équipaient, il ne fallait pas qu’elle soit en retard sur ce plan-là. Elle battit des mains comme une petite fille, et je l’initiais au maniement de la machine.


Il nous arrivait donc ainsi de travailler ensemble, presque face à face mais décalés, sur nos ordinateurs respectifs. Souvent, je l’observais à la dérobée, plongée dans ses réflexions, mordillant le bout de son crayon. J’en revenais toujours à ma référence, Adeline, dont les stylos étaient comme neufs quand la cartouche était vide. D’ailleurs, elle n’aimait que les stylos rechargeables qui lui faisaient des années, et en égarer un était presque un drame. Patricia bouffait stylos et crayons comme des bâtons de réglisse. Loin d’être moche, elle était très agréable à regarder sans être une beauté de magazine. Pourtant, la comparaison m’amenait à lui trouver quelque chose de vulgaire sans trop savoir quoi exactement. Sa tenue vestimentaire peut-être, ce vieux gilet rose et son invariable jupette noire, ou ses savates qui traînaient le sol de pièce en pièce.


Adeline était toujours impeccablement vêtue et, étant petite, portait toujours des chaussures à talons ou, à la maison, des mules à semelles compensées. Elle se tenait très droite aussi, alors que Patricia, beaucoup plus grande, avait tendance à s’avachir un peu. Peut-être était-ce aussi ce manque de peau au niveau du cou qui faisait que, lorsqu’elle levait la tête, la peau suivait le menton et se tendait depuis la base du cou de façon assez disgracieuse, au lieu de dessiner la mâchoire. Bref, je ne parvenais pas à une réponse précise, mais en plus cette impression me la rendait paradoxalement encore plus tentante, excitante, désirable, accessible.


Avachie devant son écran, la chaise un peu reculée, elle était en appui sur un coude, tenant le stylo qu’elle rongeait, l’autre main sur les genoux. Tiens, que faisait l’autre main ? Je laissai tomber un stylo négligemment sous le bureau, histoire d’aller voir. Bingo ! Sa main gauche avait ramassé le bas de sa jupette en chiffon et caressait tranquillement son pubis à travers la dentelle d’une culotte que je reconnaissais. Cette vision fugitive me mit en émoi et je me mis à bander. Ça devait l’aider à réfléchir, mais ça et le stylo mâchouillé, j’imagine l’interprétation psychanalytique. Malgré tout, je me donnais mentalement une claque monumentale, un angelot me criant « tu n’as pas honte, c’est ta belle-fille » alors qu’un petit diablotin ricanait « oui mais c’est bien elle qui t’a taillé une pipe monumentale » ! C’est dur la vie des fois, je suis sorti faire un tour en remâchant mes contradictions.


  • — Sois honnête avec toi-même. Tu croises cette fille dans la rue, tu ne te retournes même pas, tout juste si tu te dis qu’elle n’est pas mal gaulée. Mais rien d’exceptionnel…
  • — Vrai, mais en même temps, il faut bien avouer qu’elle a des seins superbes et un cul à tourner dingue…
  • — Oui mais ça, c’est parce que tu l’as sous les yeux à longueur de journée. Et puis elle n’a aucun diplôme, aucune culture, à côté d’Adeline ce serait tomber bien bas.
  • — Vrai aussi, mais Adeline est morte, elle.
  • — Hélas oui, et tu n’es qu’un vieux veuf libidineux qui fantasme sur sa belle-fille. Faut arrêter ça tout de suite.
  • — Allez, quitte à reprendre la clope, c’est sûr, j’arrête. Ah mais, je ne peux pas tout arrêter en même temps.
  • — Bordel… ! Mais je réfléchis comme si elle n’avait rien à dire. C’est pas possible ça. Elle n’a peut-être absolument pas envie de faire quoi que ce soit avec moi, certainement même, sinon je le saurais déjà. Ou elle n’ose pas… Pourtant, le coup de la pipe ou de l’escabeau, c’est une invitation, non ?
  • — Ah bon sang, que c’est compliqué. Allez, il faut décider d’une conduite à tenir, et justement s’y tenir. La seule attitude possible, c’est d’être indifférent, faire comme si c’était ma propre fille. La voir mais ne plus la mater, rester gentil-poli et placer mes fantasmes ailleurs. C’est décidé. Ouf ! Ça fait du bien de prendre une décision…


Ce qui devait arriver…


L’été vira à la canicule, on cherchait l’ombre et la fraîcheur. On ne travaillait plus que tôt le matin ou à la nuit tombée, préférant faire une sieste en milieu de journée, dans le souffle des ventilateurs et à l’ombre des volets clos. Patricia me déclara un jour :



Elle partit s’installer dehors, je commençais à m’assoupir, vautré sur le canapé, en regardant je ne sais quelle sottise à la télé qui me berçait. Mes paupières à demi fermées enregistrèrent une élévation subite de la lumière qui me tira de ma torpeur. La longue silhouette de Patricia se dessinait en contre-jour sur la porte-fenêtre. Je ne vis pas tout de suite qu’elle était nue comme un ver.



Je commençai par les épaules, elle restait stoïque. Puis il fallut bien descendre plus bas et palper ce corps sculptural jusqu’à la taille, puis aux fesses que je pétris longuement. Je m’accroupis ensuite pour oindre l’arrière de ses cuisses, le nez à hauteur de sa féminité dont il me semblait percevoir l’enivrante fragrance mêlée au parfum de la crème solaire. Elle écarta les pieds et se cambra un peu plus, ouvrant à mes mains l’intérieur de ses cuisses que j’enduisis également. Par mégarde, un geste un peu trop brusque porta ma main jusqu’à sa vulve soigneusement épilée.



Je me redressai avec le sentiment du devoir accompli, mais elle fit demi-tour et se campa, ses gros seins en avant dans une attitude provocatrice, les yeux mi-clos.



Je repris aux épaules, fis les bras pour retarder ce moment fatidique où je devais caresser ses seins. Mais il fallut m’y résoudre, elle attendait, tête levée, yeux clos. J’entrepris de douces caresses circulaires et arrivais aux pointes. Elles se dressèrent soudain comme deux cobras, tirant avec elles une partie des aréoles sombres, gonflées comme deux demi-macarons. Je repris de la crème et insistai sur ces bouts sensibles qui roulèrent sous mes doigts. Elle respirait plus vite, mon polichinelle parvint à repousser l’obstacle de la ceinture élastique et à montrer sa tête apoplectique, me procurant une délicieuse mais douloureuse sensation de pénétration sèche.



J’insistai donc et m’enhardis, pressant les globes de mes paumes et triturant les tétons entre pouces et index. Sa bouche s’ouvrit pour prendre plus d’air, sa tête se rabaissa pour me regarder avec cet étrange sérieux et ce regard déjà perdu qu’ont certaines femmes lorsqu’elles s’abandonnent. Une de ses mains prit mon poignet et porta ma main entre ses cuisses, alors que le revers de son autre main palpa ma protubérance. Ce faisant, nos bouches se rapprochèrent, nos souffles rapides se mêlèrent et nos lèvres se touchèrent. Ce fut le signal du départ pour qu’un maelström de désir nous emporte soudainement avec une violence inouïe. Nos bouches se dévorèrent si voracement que nos dents s’entrechoquaient. Nos mains s’agrippaient au corps de l’autre comme à un tronc salvateur dans un raz de marée. Le canapé amortit notre chute dans un premier temps, puis le tapis ensuite. Mon boxer avait disparu, je ne sais pas quand ni comment. Je ne pénétrais pas Patricia, tout se passait comme si j’essayais de sortir ma queue de l’aspiration de sa grotte brûlante mais qu’invariablement, inéluctablement, je retombais au fond. Elle jouissait vite et fort, à de multiples reprises. Je nourrissais mon plaisir de son plaisir en rugissant et en la pilonnant de plus belle. Elle sur moi, moi sur elle, par devant, par derrière, bousculant les sièges, plissant les tapis, appuyée sur la table, puis couchée sur la table avec ses jambes autour de mon cou, et même debout contre le mur ce que je ne pouvais pas faire avec Adeline, trop petite.


Ahuris de tant de plaisir, à bout de souffle, ruisselants de sueur, de sperme et de cyprine mélangés, nous cherchâmes la fraîcheur d’une douche pour réparer nos corps endoloris. Mais là encore, il nous fut impossible de contrôler nos pulsions dévorantes qui finirent sur un lit découvert, sans même prendre le temps de nous sécher. Honnêtement, je n’avais jamais vécu à un tel paroxysme, ce déchaînement sauvage des sens. Adeline était d’une grande douceur, toute en subtile retenue, et portait loin la multiplicité et le raffinement des sensations. Patricia ne jouait pas dans la même cour. Elle pouvait se revendiquer d’une animalité dévastatrice et incontrôlée qui bousculait toutes limites. C’était la « fureur de vivre » personnifiée éclatant dans un corps puissant et solide que je ne craignais pas d’abîmer. Je passais d’une petite porcelaine de Saxe à une robuste femelle en rut toute en muscles, en tendons et en os épais. Le discours aussi avait changé de registre, passant de « oui, doucement chéri, oh oui comme ça mon amour, tu me fais du bien » à « allez, baise-moi, défonce-moi, plus fort, vas-y bordel ! ». Toujours est-il qu’au petit matin, dans une fraîcheur toute relative, je sortis à poil sur la terrasse après avoir retrouvé un vieux paquet de cigarettes au fond d’un tiroir. Patricia vint me rejoindre, nue également.



L’un des paradoxes de l’âge c’est que, bien qu’on ait conscience d’en disposer beaucoup moins que les jeunes, on sait prendre le temps. Chaque « coup » tiré est peut-être le dernier, surtout lorsqu’on tient entre ses bras une jeunette trentenaire. Alors il faut en profiter, faire durer, en goûter chaque seconde, créer les derniers souvenirs fabuleux qui hanteront la mémoire jusque sur le lit de mort. Car enfin, la seule, l’unique vraie richesse que l’on ait sur Terre, c’est bien le temps, et le drame est qu’on ne sait pas combien nous est alloués. La maladie, AVC, infarctus, cancer, Alzheimer, et autre sénilité peuvent frapper dès demain sans prévenir. Aussi, la furia du premier et puissant désir animal étant passée, en ayant bien entamé mes forces il faut l’avouer, je pris tout le temps pour explorer le corps sculptural qui m’était miraculeusement offert. Les seins d’abord, gros, lourds, encore fermes, certainement en volume quatre fois ceux d’Adeline, avec surtout ces aréoles qui, en les excitant de caresses, de coups de langue ou de succions, gonflaient et saillaient comme deux macarons à la framboise, projetant les tétons durcis à près de deux centimètres en avant. Profitant de ces délicieuses gourmandises, je les gobais à pleine bouche pour en tirer tous les sucs d’une langue fouilleuse. Elles révélèrent alors leur hyper sensibilité, directement reliées au bas-ventre de ma partenaire qui se tordait en tous sens, cuisses serrées, en gémissant et en ahanant.


Il fallait aller voir de près ce qui se passait plus bas. Descendant le long du petit ventre délicatement formé, m’attardant quelques instants sur la cavité profonde du nombril, j’arrivais jusqu’au ticket de métro soigné ornant son mont de Vénus. La même dilatation l’avait envahi, le faisant saillir anormalement, alors que les deux grandes lèvres ressemblaient déjà à deux petits pneus brillants et gonflés comme pour un rallye, pressant entre eux la petite crête fripée et brune des petites lèvres. Pas d’attaque directe. Les cuisses sollicitées s’écartèrent largement offrant à mes baisers l’infinie douceur de leurs faces internes. Les « Oh ! », les « Ah ! », les « Prends-moi, je t’en supplie, prends-moi ! » ne m’empêchèrent pas de poursuivre mon exploration méthodique, léchant la plante des pieds, suçotant les orteils, puis revenant vers les délicates merveilles du trésor caché. Une abondante rosée sourdait du sillon palpitant qui ne demandait qu’à s’ouvrir, ce que je fis de la pointe de la langue. Nous passâmes aux petits cris, et les mains de ma belle avaient remplacé ma bouche sur ses seins. Saisissant les fines muqueuses entre mes doigts, je lapais d’une large langue les sucs débordants puis prolongeais mon mouvement de la rosette plissée jusqu’au petit bouton encore encapuchonné. La cape de chair tendre retirée, il m’apparut dans toute sa splendeur rose pâle, dressé et dur comme un petit sucre d’orge ne demandant qu’à être sucé. Je l’aspirai entre mes lèvres pour mieux le fouetter de coups de langue, et soudain je n’entendis plus ni gémissements ni halètements. Deux puissantes cuisses s’étaient refermées sur mes oreilles, bringuebalant ma tête dans leurs soubresauts.


Quand l’apaisement fut revenu me rendant ma liberté, je contemplai, le temps de souffler cette formidable jonction entre cuisses et bassin. Cet endroit témoignait à lui seul de la puissance athlétique du corps de Patricia. Fuseau avant qui partait haut sur la hanche, large muscle dans le prolongement du fessier sur l’arrière et puissant tendon juste à hauteur de la vulve à l’intérieur. À l’arrière de cette robuste attache, un creux douillet préservait les orifices, clos à l’arrière par l’extrémité des fessiers très développés, meules de chair qui devaient formidablement broyer la queue audacieuse qui oserait s’aventurer entre elles. Cette attache athlétique, impressionnante mais non redoutable, donnait au contraire envie de la saisir à pleines mains, de confronter les forces et d’entamer une joute sexuelle que seul le plaisir pourrait départager. Je replongeais entre ces cuisses sublimes, le sexe turgescent de promesses de bonheur. Un ruisselet de cyprine épaisse et transparente, collante en longs filets au moindre contact s’échappait de sa grotte et stagnait temporairement en une petite flaque sur la rosette palpitante. Aubaine pour mes doigts qui conquirent cet orifice aisément, rappelant à la jeune femme que l’orgasme peut ne pas s’éteindre à l’instigation de sensations nouvelles. Elle miaulait comme une chatte en chaleur, prononçant par instant des syllabes incohérentes. Sa cyprine avait un goût exquis, acidulé et odorant, et mes doigts ramoneurs faisaient des clapotis. Je cherchais en vain son point G, ne trouvant aucune zone différenciée sur la face antérieure de son vagin. Il me prit la soudaine envie de mieux profiter de son fessier, et je la retournai sur ses genoux. Ô prodigieux séant, développant ses deux orbes charnus sous mes yeux émerveillés ! Quelle majesté grandiose que ce cul-là, quelle profondeur de sillon ! « Un cul de jument de brasseur », aurait dit mon père. Plaquant mes deux mains sur ses fesses, je les écartais pour faire saillir sa vulve dilatée et reprendre à contresens mes coups de langue voluptueux. Elle se cambra encore plus, posant sa joue sur le lit dans un soupir d’épuisement avant même que les choses sérieuses n’eussent commencé. Il y avait dans sa pose et son abandon une animalité absolue, celle de tout mammifère femelle s’offrant au mâle en rut. Je n’y tins plus et me ruai en elle, obligé d’abaisser mon sexe trop érigé.


La joute fut incroyable, loin de se laisser faire passivement, elle lançait son bassin vers mon dard et s’empalait avec de grands râles rauques. Nos corps se percutaient avec de grands bruits de sévère fessée, nos sexes pistonnaient en laissant échapper des bulles de gaz humide, j’ahanais, elle feulait. Mes mains auraient voulu être partout à la fois, pincer ses tétons, massacrer son clitoris, claquer ses puissantes fesses, elles voletaient de l’un à l’autre et la jeune femme glapissait à chaque fois. Le plaisir l’enfiévrait et une fine pellicule de sueur faisait briller ses formes. Je voulus embrasser sa bouche et tirai sur sa tignasse, elle se retourna de côté et son corps glissa. Je le suivis sans éjecter et me retrouvai pris dans l’étau de ses cuisses, l’une entre les miennes, l’autre levée par-dessus mon bras. Merveilleuse position dans laquelle j’avais accès à sa bouche, à ses seins, mais aussi à son bourgeon et à sa rosette dont mes deux mains s’emparèrent en synchronisation, de part et d’autre de mon phallus en action. Cette triple prise lui fut fatale. Je vis sa bouche s’ouvrir, ses yeux se révulser, un hurlement de louve retentit alors que des soubresauts d’une violence inouïe l’agitèrent comme un pantin désarticulé. Son plaisir fut mon plaisir, et lorsque je sentis l’explosion se produire, je sortis vite de son antre pour aller me répandre sur ses seins, le rêve de l’instant. Mon sexe encore mal apaisé termina de se vider dans sa bouche, qui accueillit également mes testicules un à un pour me tirer de nouveaux spasmes.


Nous nous retrouvâmes haletants, proches de la syncope, répandus sur le lit tête contre tête et les jambes pendantes en dehors, nos sexes boursouflés et meurtris.



Toute honte bue, j’honorais quotidiennement ma maîtresse plusieurs fois par jour, en hallucinant de la chance qui m’était donné de coucher avec une femme de vingt-cinq ans ma cadette et qui avait l’air d’aimer ça. Nous prenions tout de même quelques précautions, évitant de partager le même lit la nuit, au cas où Yannick se serait pointé à l’improviste. Mais en revanche, Patricia ne portait plus aucun dessous afin d’être toujours « disponible », comme elle disait, et se promenait même souvent nue dans la maison aux volets clos à cause de la chaleur. Par précaution, elle trimballait toujours avec elle une djellaba rouge à encolure dorée que j’avais rapportée d’Afrique du Nord, un peu trop petite pour moi, parfaite pour elle. Ainsi, en deux secondes, elle pouvait la revêtir et paraître convenable.


Ayant souffert de maux de tête après quelques journées de concentration dans les bouquins ou sur son écran, elle avait dû consulter un ophtalmo et portait maintenant des lunettes pour travailler. Ces lunettes étaient souvent la seule chose qu’elle portait devant sa table haute, lui permettant d’alterner les positions assise et debout pour moins peiner à la longue, ce qui l’empêchait également de s’avachir. Quel spectacle pour mon regard avide, que de désir renouvelé en permanence ! Yannick revenait les week-ends, visiblement de plus en plus imbibé, et Patricia remettait une tenue décente. Mais sortait-il pour aller voir un match que nous nous jetions l’un sur l’autre, attirés irrésistiblement comme deux aimants néodymes. Quand elle eut ses règles, je crus qu’elle allait se calmer quelques jours. Point du tout. Elle me fit une fellation dont elle avait le secret et, arrivée à mon paroxysme :



Je trouvai une pommade adéquate et tentai l’intromission. Elle avait tellement envie de me sentir en elle qu’elle était prête à subir les derniers outrages sans broncher.



Plus que « pas mal », son conduit serré et les contractions qu’elle lui donnait m’avaient arraché un invraisemblable orgasme. J’en profitai pour satisfaire ma curiosité :



Mon cœur avait tapé si fort que je m’en inquiétai et décidai d’aller consulter un cardiologue. Je le demandai à mon docteur habituel, ainsi qu’une analyse de sang complète du type check-up des 55 ans. Le cardiologue m’examina, me fit passer électro, échographie, test à l’effort et me demanda pourquoi je venais le consulter.



J’en ai porté des sacs de ciment, des palettes entières dans les mois qui suivirent. Ça n’empêchait pas de travailler et de bien travailler. Patricia était inscrite aux cours du CNED et avait d’excellents résultats. Mais voilà, avec mon aide et sous mon contrôle et avec toutes les ressources dont elle disposait : bouquins, Internet qui commençait à se développer fortement, des annales et leurs corrigés, etc. Souvent le soir nous regardions la télé, ne ratant pas une émission politique ou économique, et nous en discutions longuement afin qu’elle intègre bien tous les éléments à l’éclairage de mes souvenirs et de l’enchaînement historique des faits. C’était intéressant et enrichissant pour moi également car, petit à petit, elle me poussait dans mes derniers retranchements d’analyse et de commentaires. Mais la proximité des corps sur le canapé finissait aussi souvent en parties de jambes en l’air. Cette fille me faisait incroyablement bander et je me souvenais de cette phrase de Mitterrand : « je crois aux forces de l’esprit », pensant qu’éventuellement Adeline n’était pas étrangère à notre rencontre et au bonheur que je vivais.


Quelques mois passèrent dans cette parfaite harmonie, et un soir elle me dit au dîner :



On dit qu’il ne faut pas provoquer le destin, peut-être n’aurions-nous pas dû déclarer haut et fort ce que nous ressentions. Le lendemain, le téléphone sonna :



Patricia prit le combiné, je la vis pâlir puis raccrocher au bout d’un long moment sans avoir dit autre chose que « allô ». C’était le patron de Yannick qui venait d’apprendre qu’il avait eu un accident au sud de la Hongrie. D’après les autorités qui l’avaient prévenu, le chauffeur n’aurait pas survécu.



Elle était décomposée mais ne pleurait pas, comme anesthésiée par le choc. Nous allâmes chez l’employeur qui n’avait guère plus de renseignements, sinon qu’il conduisait une semi-remorque avec une citerne de produits hautement inflammables pour une entreprise roumaine d’engrais. Nous décidâmes d’aller à l’ambassade de Hongrie, square Vergennes à Paris dans le XVe, où nous fûmes extrêmement bien reçus. Il semblait bien qu’il n’y ait ni foule ni activité débordante dans cet organisme officiel. On s’occupa très bien de nous, on téléphona partout en Hongrie pour obtenir des renseignements, un interprète nous transmettait tout ce qu’on lui apprenait. Le camion avait, semble-t-il, dérapé sur une plaque de verglas en pleine forêt. La remorque avait commencé à passer devant le tracteur mais avait basculé une fois en travers. Puis tout s’était embrasé, au point que la forêt avait brûlé sur plusieurs centaines de mètres. Le chauffeur ne s’en était pas sorti, on n’avait pu l’identifier qu’à la montre et à la gourmette qu’il portait et qui avaient partiellement fondu. Le Consul se confondit en condoléances et nous raccompagna en personne, nous assurant qu’il ferait tout pour faciliter le rapatriement du corps, ou de ce qu’il en restait.



Les experts hongrois et ceux dépêchés par l’assurance de la boîte de transport s’arrachèrent les cheveux. Il ne restait plus rien ou pas grand-chose tellement la température de l’incendie avait été élevée. Le corps était réduit à sa plus simple expression, pratiquement sans chair et il était impossible de pratiquer une autopsie qui aurait pu montrer une éventuelle présence d’alcool ou de produits stupéfiants. Le « mouchard » du camion était également inexploitable et il était impossible de savoir si la vitesse était excessive. Le verglas avait évidemment fondu dans l’incendie, et le bitume aussi, détruisant toute trace. Les assureurs faisaient grise mine. Rien qu’entre le camion, son contenu, la route abîmée et la forêt à replanter, il y en avait déjà pour une somme considérable. Mais de plus, il fallait indemniser la famille, à savoir Patricia. Si seulement ils avaient pu incriminer la responsabilité de Yannick, ils auraient pu faire de grosses économies : la rente qu’ils allaient devoir verser à sa compagne, 60 % de son salaire annuel ce qui, compte tenu du treizième mois, allait représenter à peu près 18 000 € par an, 4 500 € par trimestre à vie, plus qu’un SMIC. Au moins serait-elle à l’abri du besoin, et c’était très bien ainsi.


La cérémonie ne put avoir lieu qu’un mois plus tard, malgré les efforts du consulat : formalités, cercueil scellé, second cercueil métallique, rapatriement par avion et nouvelles formalités à l’arrivée… Patricia fut très digne, en stricte robe noire et long manteau, coiffée d’un petit chapeau à voilette. Elle versa quelques larmes et me confia à voix basse :



Quelques copains de virée de Yannick étaient là également ainsi qu’une jeune femme inconnue, extrêmement vulgaire qui pleura beaucoup très bruyamment, et qui ne vint même pas nous présenter ses condoléances.



Retour silencieux à la maison. Sans son chapeau et son manteau, j’eus presque honte de trouver ma belle-fille très sexy dans sa robe noire moulante, collants et escarpins noirs. Il est vrai que depuis le sinistre coup de fil, nous n’avions plus fait l’amour, moi parce qu’il s’agissait tout de même de son compagnon, elle parce qu’il était mon fils, une sorte de respect mutuel tacite. J’étais donc gonflé à bloc et prompt à l’érection qui naturellement se manifesta. Cependant, je restais sage et respectueux du deuil. Je me vengeais donc sur un grand whisky, assis dans un fauteuil, en la regardant avidement mettre la table pour le dîner. Elle s’était notablement étoffée depuis son arrivée à la maison, certainement pas loin de dix kilos, hanches rebondies, fesses et cuisses charnues, taille moins marquée et épaules bien développées, poitrine généreuse. Oubliée la nymphette, place à la trentenaire épanouie. Sa silhouette plus épaisse ne la rendait pas moins appétissante, au contraire, cela la rapprochait de moi et de mes tempes grisonnantes. C’est là que je remarquais quatre discrètes petites bosses sur le haut de ses cuisses.



Elle s’approcha de moi, me débarrassa de mon verre de whisky sur un guéridon et vint s’asseoir sur mes genoux. M’enlaçant le cou, elle déclara :



En progressant, je découvris qu’elle portait des bas tenus par un porte-jarretelles et sans la moindre culotte. Il s’avéra que ses seins lourds étaient libres également. Pardon Yannick, mais ta petite femme est vraiment trop désirable. Où tu es, tu t’en fous, d’autant que tu avais, semble-t-il, trouvé ton bonheur ailleurs, loin de la maison paternelle où tu ne devais pas te sentir très à l’aise. « Zip » fit la fermeture à glissière de sa robe durant notre baiser, puis après quelques contorsions l’étoffe noire s’envola. Ses seins étaient à portée de ma bouche qui s’en empara. Ma main investit son intimité déjà humide. Retrouvailles des sens, des gestes du plaisir, qui scellèrent définitivement notre nouvelle vie de couple, enfin totale. Délire que le galbe de ses jambes gainées de nylon, que ce corps chaud et réactif posé sur mes genoux. Mon pouce sur son clitoris, mon majeur dans son vagin, ses zones les plus sensibles étaient prises dans mon étau qui oscillait doucement, puis de plus en plus vite tandis que je croquais à l’envi ses macarons à la framboise. Les crispations spasmodiques de ses fesses entretenaient délicieusement ma furieuse bandaison. Dans une vibration frénétique de la main, je la conduisis jusqu’à l’orgasme, si aisé à atteindre après deux semaines de privation. Un flot de cyprine inonda mon pantalon et le fauteuil, quelle importance ?


Revenant à elle, elle me gratifia d’un fabuleux baiser et sans rien dire, se laissa glisser jusqu’au sol, à genoux entre mes jambes. Elle me tendit de nouveau mon verre, dégrafa mon pantalon et entama sa figure favorite. De son visage, je ne voyais qu’une touffe de cheveux s’agitant méthodiquement sur mon sexe turgescent. Mais plus loin, je voyais la sublime cardioïde de son cul, et regrettais de ne pas disposer d’un miroir derrière elle. Je sentis le plaisir monter, je bus une petite lampée de whisky, puis me retenir devint soudain impossible. En experte, elle accompagna mon orgasme et reçut dans sa bouche toutes mes réserves du mois écoulé. Se retirant lentement et délicatement, elle se redressa en écartant ses cheveux et ouvrit la bouche pour la montrer remplie de ma semence, puis elle déglutit avec un sourire complice. Elle avait dû voir ça dans un porno, pas possible autrement, mais je dois avouer que c’est très touchant. Elle eut encore ce geste élégant d’essuyer les commissures de ses lèvres de son annulaire, les autres doigts levés, puis prit mon verre pour en boire une gorgée.




Loin d’abandonner pour autant ses études, ce qu’elle aurait pu faire au regard de son revenu assuré et de la perte d’une motivation importante, Patricia poursuivit son effort jusqu’à l’examen, qu’elle obtint brillamment avec une honorable mention « Bien ». Nous fîmes la fête et décidâmes de vacances à la mer, au début du mois de septembre. Il fait encore très beau, tout est moins cher et il y a beaucoup moins de monde. Elle s’y montra aussi heureuse qu’infernale, jouant la provocation en permanence. Dès que nous trouvions un coin tranquille, elle en profitait pour poser robe ou maillot de bain, ne cherchant qu’à me faire sortir de mes gonds, ce qu’il ne manquait pas d’arriver fréquemment. On ne peut pas dire que cette fille au corps sculptural, un peu plus bronzé chaque jour, était impudique ou exhibitionniste car elle se cachait à la moindre alerte, derrière un rocher, dans une serviette ou même derrière moi. Non, elle m’avait comme public privilégié, je lui disais qu’elle était belle, qu’elle me faisait bander et elle aimait ça. Elle cultivait la provocation et montrait son envie de continuer à me plaire.


C’est au retour que je me pris soudain un gros coup de blues assorti de crises d’angoisse. Je compilais les photos de vacances numériques sur mon ordinateur, et le plus gros répertoire était sans conteste celui nommé « Patricia ». Je le bricolais inlassablement avec passion, retouchant ici le cadrage, là la luminosité ou encore l’équilibre des couleurs. À maintes reprises, elle m’avait donné l’occasion de faire des séries de nus en pleine nature, et je régalais mes rétines. Peut-être n’était-elle pas un top-modèle, mais ce corps jeune, athlétique et débordant de vie était magnifique à regarder, même à la loupe. Je pris soudain conscience que je fourrais quotidiennement ma queue dans tous ces détails éminemment érotiques que je grossissais à l’envie sur l’écran. Moi, retraité, à l’orée du troisième âge avec cette jeune beauté, voilà une histoire qui ne pouvait pas durer, et qui n’avait déjà que trop duré. Parce que j’en étais tombé éperdument amoureux et que j’allais prendre à nouveau l’autobus en pleine poitrine. Je sortis acheter des clopes et me remis à fumer, broyant du noir et tournant en rond, souffrant déjà mille maux. Patricia s’en aperçut aussitôt :



Elle s’agenouilla devant moi, assis sur le bord d’un fauteuil, et me prit les mains.




Épilogue



Comme les gens heureux n’ont pas d’histoire, inutile de conter dans le détail les vingt années qui viennent de s’écouler. Nous avons fait l’acquisition d’un grand camping-car pour courir l’Europe. Grand n’est pas le terme adapté, c’est en fait un véhicule de taille moyenne, mais dont les côtés coulissent de soixante centimètres chacun à l’arrêt. Malgré tout utilisable refermé, mais alors aussi exigu qu’un autre, ce mètre vingt supplémentaire offre un immense confort. Trouver plus opposé que moi à ce genre d’engin était pourtant difficile, moi l’ancien baroudeur au simple sac à dos. Cependant, je dois avouer qu’il offre plein d’avantages. Il nous permet de voyager à notre guise et à moindre coût, de faire l’amour quand nous le voulons sans déranger personne, de nous poser dans les endroits les plus déserts possibles pour que Patricia puisse exposer tranquillement sa nudité au soleil, à mes regards lubriques et à mon objectif.


Elle a pris goût aux études et les poursuit en prenant son temps par une licence puis un master. Cet essor intellectuel lui confère une certaine assurance, une confiance en soi, une aisance et une culture qui l’élèvent bien au-dessus du rôle de « belle plante » qu’elle craignait être son unique vocation. Ayant toujours l’envie de l’étonner, je lui organisais des sorties culturelles qu’elle n’avait jamais vécues : l’opéra, la Villette, les grands musées, le Palais de la Découverte, le Futuroscope, Lascaux, etc.. Elle découvre tout avec un appétit insatiable qui fait plaisir à voir. Cependant, avec toutes ces sorties, sa grande préoccupation du moment devient la tenue vestimentaire. Précédemment, elle allait au moins cher, au plus pratique et refoulait ses désirs ô combien féminins de belles toilettes. Il s’avère qu’elle est très difficile à habiller. Quand on a des hanches et une forte poitrine, toute tenue un peu floue, gommant le dessin de ses formes, la fait paraître grosse, ou du moins plus qu’elle ne l’est.



En fait, ce qui lui sied le mieux, ce sont les vêtements près du corps, des secondes peaux en quelque sorte, qui soulignent le dessin de ses formes magnifiques. Pour aller à l’opéra, je lui ai offert un fourreau de satin bordeaux qui la moule au millimètre, profond décolleté dans le dos jusqu’aux reins et la longue jupe fendue haut sur la cuisse. Gants noirs, escarpins et pochette noirs, elle est étourdissante et, lorsque nous faisons notre entrée, elle fait le spectacle dans la célèbre salle, soulevant dans son sillage une vague de murmures d’admiration. J’avoue que lui tenir le bras est fort agréable, d’autant que moi je sais que rien n’a pu trouver place entre le satin et sa peau nue.


Quelques épisodes sympas se passent également à la maison. Au fil du temps et des rencontres, nous avons sélectionné quelques amis que nous recevons, l’été au jardin avec barbecue et le reste du temps à l’intérieur. Le seul critère est qu’ils soient suffisamment larges d’esprit pour accepter sans réserve notre couple atypique. Patricia notamment reçoit des copines de son cours de danse et même sa prof, parfois accompagnées de leurs conjoints. J’adore voir la tête des mecs, pupilles dilatées comme un certain loup dans un dessin animé. Quand ma chérie leur fait face avec ses robes moulantes, leurs rétines se perdent sur ses seins sans pouvoir en décoller. Mais dès qu’elle se retourne pour attraper quelque chose, tous les regards masculins s’abaissent sur son fabuleux postérieur. C’est presque devenu un jeu entre nous. Elle veille à mettre son décolleté en valeur, trémousse sans excès du popotin puis me lance une œillade pour vérifier que tout fonctionne bien. Eh oui, messieurs, c’est moi qui la baise !


Je crois que Patricia connaît l’apogée de sa beauté vers la quarantaine, sa période « cheveux courts ». À ce moment, elle découvre par hasard, planquée au fond d’un placard, ma collection de bouquins de voyages.



J’y ai pensé, je me suis renseigné, mais au lieu d’essayer à nouveau d’éditer mes photos, les temps ayant changé, j’en fais un site Internet et j’en vends à des boîtes de tourisme, de régions ou de municipalités. Et puis un jour, une marque de la grande distribution me contacte pour refaire le décor de ses magasins avec des posters géants de photos du patrimoine local. Une aubaine, 704 sites à couvrir, partout en France et en Europe. Le contrat est juteux, incluant un forfait déplacement-hébergement systématique, sur lequel nous faisons un important bénéfice grâce à notre camping-car. 61 000 kilomètres parcourus tout de même, plus de 100 000 clichés réalisés avec un grand format numérique acheté pour l’occasion ainsi qu’un puissant ordinateur. Un an de travail et de voyages très agréables. Et une conséquente rentrée d’argent par-dessus le marché (ou l’hypermarché !). De quoi refaire toute la déco de la maison après de longs mois d’absence et nous mettre à l’heure des énergies renouvelables : isolation renforcée, capteurs solaires, pompe à chaleur sur forage, toutes choses qui coûtent cher en investissement mais qui diminuent considérablement le fonctionnement ensuite.


Peut-être est-ce à cause de cette année trépidante, de la vie en camping et de sa cuisine sommaire, mais jamais le corps de Patricia ne fut plus affûtée qu’à ce moment-là, muscles dessinés, peau bronzée presque en permanence, cheveux coupés plus courts, c’est plus pratique. Elle a la quarantaine flamboyante, me conférant une soixantaine jubilatoire, épanouie et délirante. Avec toutes les connaissances qu’elle a acquises, l’assurance prise avec ce savoir et l’âge également, c’est une compagne absolument délicieuse et agréable, pas seulement au lit. Et avec ce nouveau look, elle a quelque chose d’une « executive woman » comme on dit maintenant, une femme d’affaires « jeune cadre dynamique ». Ayant connu la timide jeune fille au regard inquiet, je suis ravi par cette plénitude épanouie. Elle est heureuse, donc moi aussi.


À soixante-quinze ans, il me reste un peu de verdeur, soigneusement et quotidiennement entretenue par ma compagne. Elle n’a que cinquante ans et je la trouve toujours aussi magnifique et aussi bandante qu’avant, même si son corps s’est un peu alourdi avec les années. Malgré cela, elle joue toujours les coquines et ne rate pas une occasion de me rendre fou de désir pour elle. C’est elle ma petite pilule bleue. Ce qui me ravit, c’est qu’elle avait dit vrai. Jamais nous ne connûmes de problèmes de couple, jamais elle ne fut attirée par une autre vie ailleurs. Elle semble réellement heureuse et amoureuse, je le suis également, on le serait à moins. Et comme d’aucuns disent que refaire sa vie avec une femme plus jeune augmente résolument l’espérance de vie, j’ai peut-être encore une petite décennie sympa devant moi. Après on verra… Nous n’espérons qu’une chose : « encore une fois autant », comme on dit en Normandie.